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Michel Audiard

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Michel Audiard, 1952
Michel Audiard, 1952

Michel Audiard (15 mai 1920 - 28 juillet 1985) est un dialoguiste de cinéma français.

La Nuit, le jour et toutes les autres nuits, 1978[modifier]

Déjà la Seine charrie des poissons morts.
Il n'y a plus qu'à s'asseoir sur un banc et attendre. La fin du monde est pour dimanche.
Le plus tôt sera le mieux.
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 11


Il a fallu que je vive longtemps parmi les chiens pour apprendre à mordre. Heureusement, ça y est ! Celui qui me tend la main n’a plus l’ombre d’une chance !… Le temps des caresses est passé comme celui de bien d’autres choses. Mais à l'époque j'avais encore le poil accueillant et l'âme simple. Beaucoup en ont abusé.
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 17


On me jette toujours d'autres martyrs à la tête quand je raconte Myrette, comme si…
Alors je vais répondre bien franchement, une bonne fois pour toute, pour qu'on y revienne plus : chacun ses morts. Les miens sont mes bien-aimés, ceux dont je partage la détresse et le froid, dont je sais la panique qui les saisit la nuit dans les cimetières désertés, pareille à celle qui agite les malades à la fin des visites, l'épouvantable solitude des gentils qui, parce que je la devine, me précipite à Montrouge, dès l'heure d'ouverture, pour calmer les peurs. Avec l'alibi dérisoire des bouquets.
Chaque journée qui finit est une journée de moins à soustraire du temps me séparant encore de ceux que j'ai perdus. Les autres, ceux d'Azincourt, de Douaumont, du Bazar de la Charité, de Stalingrad, du Pakistan, je m'en branle !… C'est clair comme ça ?…
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 38-39


Tributaire d'idées reçues sans doute, longtemps j'ai cru que tendre était la nuit et que commençait la fête quand les lampions s'allumaient. Longtemps je me suis trompé. La nuit est vache, elle est longue, compatissante envers ceux qui ont soif, raisonneuse avec ceux qui ont faim. Elle est pourrie de sortilèges et agitée de fantômes. Ceux qu’on y croise ne sont généreux et gais que lorsqu’il sont ivres. Les glaces des bistrots renvoient des portraits retouchés, les prestiges qu’on leur emprunte ne cicatrisent pas vite, pour certains jamais.
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 78


Je n'ai pas toujours détesté tout le monde. Il m'arrivait, il n'y a pas encore si longtemps, de distribuer des caresses, des bouts de sucre, des sous, à les dames, à des clébards, à des confrères dans la gêne. Le genre de truc, voyez, qui ne me tente plus du tout. Je ne me désintéresse pas pour autant des malheurs d'autrui, bien au contraire, c'est seulement la façon d'envisager le problème qui a changé.
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 195-196


On ne m'ôtera jamais de l'idée que parmi les quatre-vingt mille voyageurs pour Dachau, Auschwitz, et autres stations gazeuses, la plupart ont commencé le voyage dans une boîte aux lettres.
  • La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), Michel Audiard, éd. Denoël, coll. « Pocket », 2010, p. 204


Le chant du départ, 2017[modifier]

La disparition de certains êtres m'a éduqué sur la précarité du bonheur.
  • Le chant du départ (2017), Michel Audiard, éd. Librairie Arthème Fayard, 2017, p. 20


Dès que nous fumes seuls, la rousse me fixa en plissant les paupières à la manière des experts en peinture.
- Vous, dit-elle, je vous ai déjà vu. Ne dites rien ! Laissez moi chercher...
- Probablement à la télé, ai-je coupé, redoutant que cela s'éternise.
- Vous êtes dans la politique ?
- Quand même pas ! je trafique dans le cinéma, c'est déjà beaucoup !
  • Le chant du départ (2017), Michel Audiard, éd. Librairie Arthème Fayard, 2017, p. 63-64


"Tout le monde n'a pas eu votre chance..."
Quelle chance ? Probablement les cent dix films qui me laissent hagard et cousu de dettes ? Ou bien mes bouquins qu'on solde sur les quais ? Mais, en vérité je suis de mauvaise foi, puisqu'un effarant snobisme me pousserait assez à écrire de vilains films que tout le monde courrait voir et de beaux livres que personne n’achèterait.
  • Le chant du départ (2017), Michel Audiard, éd. Librairie Arthème Fayard, 2017, p. 84


Audiard par Audiard, 1995[modifier]

Vivant je veux bien être modeste, mais mort, il me paraît naturel qu'on reconnaisse mon génie.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 9


J'parle pas aux cons, ça les instruit.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 79


J'ai divisé la société en deux catégories : mes amis, ou du moins mes cons à moi — mais ça, ça me regarde — et puis les cons des autres, que je ne supporte pas une seconde.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 148


... Car, ce qui me séduit dans la droite, ce sont ses écrivains. Montherland, Morand et Giono, Jacques Perret et Marcel Aymé. Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les Hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu'à droite. La droite est braque, il ne faut jamais l'oublier. À gauche, c'est du sérieux. Ils pensent ce qu'ils disent et, c'est le moins qu'on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n'ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 154-155


Gabin avait un langage prodigieusement drôle. Je lui piquais une quantité de trucs, pas toujours pour lui.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 174


Ce n'est pas un hasard si on a déjà adapté tant de romans de Simenon. Si un seul scénariste avait le talent de Simenon, ça se saurait.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 184


La notion « d'objectivité » me fait toujours rire. Ce doit être nerveux. Si les statistiques sont une forme scientifique du mensonge, l'objectivité en est la forme dialectique. Les gens qui commencent une démonstration par « moi qui suis objectif... » sont des farceurs ou des ganaches.
  • Audiard par Audiard (1995), Michel Audiard, éd. Éditions René Chateau, coll. « la mémoire du cinéma français », 2001, p. 258


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