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Sonia Delaunay photographiée vers 1912.
Sonia Delaunay, née le à Hradyzk (Ukraine) et morte le à Paris, est une peintre française d’origine ukrainienne. Elle est la première femme à avoir eu, de son vivant, une rétrospective au musée du Louvre en 1964 au Pavillon de Marsan, exposition inaugurée par André Malraux.
Je suis attirée par la couleur pure. Couleurs de mon enfance, de l'Ukraine. Souvenirs des noces paysannes de mon pays où les robes rouges et vertes ornées de nombreux rubans volaient en dansant.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 1-Couleurs de mon enfance, p. 17
« En se réveillant, les Delaunay parlent peinture. » Apollinaire n'exagérait pas; il aurait pu ajouter : respirent, vivent peinture, et même dire : ils peignent sur leurs draps de lit. C'était vrai. Nous nous sommes aimés dans l'art comme d'autres couples se sont unis dans foi, dans le crime, dans l'alcool, dans l'ambition politique. La passion de peindre a été notre lien principal.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 4-Voulez-vous jouer à la vie ?, p. 34
Abstrait et sensuel devaient pour moi se marier. Rompre avec la ligne descriptive, ça ne voulait pas dire stériliser. Je veux bien accepter l'antériorité qu'on m'a reconnue – très tard – en ce qui concerne l'art abstrait. Mais j'ajoute aussitôt que les « abstraits » ne m'ont pas suivie ; ils se sont coupés de la vie et de ses rythmes naturels. Ils ont oublié que l'abstrait n'est pas grand-chose s'il n'est qu’une manière, une réaction simpliste; il est majeur lorsqu'on exige qu'il soit un art complet, un art complexe. Cendrars avait été le premier et le seul à comprendre que l'art abstrait n'est important que s'il est le rythme sans fin où se rejoignent le très ancien et le futur lointain.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 5-Les lumières de la ville, p. 46
Le combat pour l'art abstrait.
A propos des recherches et de la collaboration entre les Delaunay.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 10-Mes « années libération », p. 108
Au cours de cette conversation se dissimulait un danger auquel il fallait parer. Le danger que l'on essaie de me dépouiller de tout sous prétexte de religion et d'avoir des toiles pour rien.
À Grenoble, le où elle rencontre le directeur du musée des beaux-arts, Andry-Farcy, les gens lui demandent si elle n'a pas d'ennuis, étant israélite.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 12-Solitude et fidélité, p. 133
Je crois que c'est la révolution spirituelle qui devrait se faire, le matérialisme absolu ne peut amener que la destruction.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 13-La vie, la vie toujours recommencée, p. 163
J’ai eu trois vies : une pour Robert, une pour mon fils et mes petits-fils, une, plus courte, pour moi. Je ne regrette pas de ne pas m’être plus occupée de moi. Je n’avais vraiment pas le temps.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 14-Le soleil de minuit, p. 204
La liberté dans le domaine artistique est l'indépendance à tout assujettissement d'un ordre différent que le but créatif posé par l'artiste. Parmi les sculpteurs comme parmi les peintres, il y a des artistes qui commencent comme artistes et finissent comme commerçants. Alors, tous les moyens sont bons : une publicité tapageuse, surproduction, etc. Ce n'est plus de l'art, c'est de la fabrication.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 14-Le soleil de minuit, p. 205
L’art dit abstrait, le vrai, est plus difficile que l’art qui se réfère à l’apparence du réel, car il faut recréer un monde nouveau de toute pièce.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 14-Le soleil de minuit, p. 205
Je ne sais pas définir ma peinture. Ce n'est pas un mal, car je me méfie des classifications et des systèmes. Comment et pourquoi définir ce qu'on a sorti avec ses tripes ?
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 14-Le soleil de minuit, p. 206
Jacques Dutronc: Comment expliquez-vous qu'il y ait très peu de femmes peintres ? Et il y en a encore moins qui on une certaine influence, elles n'ont rien changé, la plupart.
Sonia Delaunay: Non, elles n'ont pas changé mais la qualité de leurs peintures est meilleure que la moyenne des hommes […]. Parce qu'elles sont plus consciencieuses.
Sonia Delaunay, Quatre temps, La première chaîne de l'ORTF, 9 décembre 1968 (accéder en ligne)
Je suis contre le fait que les œuvres des femmes soient vues à part. Je pense que je travaille comme un homme.
Entretien avec Cindy Nemser, publié dans « Art Talk: Conversations with 12 Women Artists », , p. 37.
Je veux réaliser le tableau fini, le tableau qui ne soit pas morcelé, le tableau complet […] On ne verra pas comment les couleurs sont mises […] elles y seront avec les principes de toujours, mais on ne verra pas comment elles passent l’une dans l’autre.
Entretien avec Pierre Dumayet à partir de 11min50.
Sonia Delaunay, Le temps de lire, La première chaîne de l'ORTF, 14 janvier 1972 (accéder en ligne)
Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction, Anne Montfort et Cécile Godefroy (dir.), éd. Paris Musée, 2014 (ISBN978-2-7596-0239-1), p. 275
Comme dans la poésie écrite, ce n’est pas l’assemblage des mots qui compte, c’est le mystère de la création qui donne une émotion ou pas… de même avec les couleurs, c’est la poésie, le mystère d’une vie intérieure qui se dégage rayonne et se communique. À partir de là on peut créer librement un langage nouveau.
1968, cité dans dans Sonia Delaunay, Musée de Grenoble, 1974, p.10.
Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction, Anne Montfort et Cécile Godefroy (dir.), éd. Paris Musée, 2014 (ISBN978-2-7596-0239-1), p. 274
Tous ces travaux étaient créés pour les femmes et toujours avec une idée de construction par rapport au corps. Ce n'était pas des copies de tableaux transposés sur la femme comme l'ont fait d'autres couturiers avec Piet Mondrian ou les peintres du Op'art.
Sur ses créations de robes simultanées, dans une lettre à Jacques Damase en mai 1968.
Sonia Delaunay, mode et tissus imprimés, Jacques Damase, éd. Jacques Damase, 1991 (ISBN2-904632-34-4), p. 72
Si nous fûmes amenés à une nouvelle conception de la peinture, ce ne fut pas par un raisonnement philosophique, mais par l’observation de la lumière. La brisure des objets et des formes par la lumière et la naissance de plans colorés amenaient une nouvelle structure du tableau. Ainsi, le lien avec la peinture ancienne est définitivement rompu : la couleur est libérée, elle n’est plus un élément qui sert à décrire un sujet, elle prend sa vie propre et devient elle-même sujet.
Une fois la couleur libérée, il y a un élément qui intervient, qui ordonnance les couleurs et leur donne la vie : c’est le rythme. Le rythme est exprimé par des couleurs strictement mesurées dans leurs rapports et il est l’extériorisation de la poésie intérieure du créateur, l’élément mystérieux qui est à la base d’une plastique nouvelle.
« Sonia Delaunay : 60 ans de recherches et d’innovations », Jacques Damase, XXe siècle, nº 29, 1967, p. 110 (lire en ligne)
[Ayant] passé le stade des recherches qui n’étaient jamais théoriques mais seulement basées sur la sensibilité (chez moi), j’ai acquis une liberté d’expression que l’on trouve dans mes dernières œuvres surtout les gouaches qui sont des expressions d’états d’âme, des poèmes.
« Les gouaches de Sonia Delaunay », Roger van Gindertael, XXe siècle, nº 31, 1968, p. 62 (lire en ligne)
Sous la couleur des projets publicitaires, Sonia Delaunay fait pénétrer violemment dans la peinture le monde qui lui est contemporain {…} La finalité publicitaire de ces œuvres n’est en réalité qu’un prétexte, la plupart des fabricants n’ayant pas même été avertis de ces projets ; c’est en fait, par le biais de la valeur poétique des noms de la marque, le monde moderne, le « profond aujourd’hui » proclamé par Cendrars qui devient la thématique privilégié de l’art.
Citation rapportée de Daniel Abadie, « Les inventions « simultané » de Sonia Delaunay ou l’heure avant l’heure », XXe siècle, no46, septembre 1976, p. 25.
« Les reliures de Sonia Delaunay, Mémoire de Master 1 « Sciences humaines et sociales » en Histoire de l'art », Marion Devron, DUMAS, 2014 (lire en ligne)
Tzara comble [un] vide en arrivant en France, où les futurs surréalistes l'attendent comme un « prophète », d'après Marcel Janco, ou un nouveau Rimbaud, selon Aragon. Ils ne sont pas seuls en ce cas, car c'est sa « voix », se souvient encore Sonia, qui lui « redonne le mal de Paris », c'est son « appel dadaïste » qui fait sonner « l'heure du rapatriement ». « Dada est l'enseigne de l'abstraction; la réclame et les affaires sont aussi des éléments poétiques », lit-elle comme une fulgurance dans le manifeste dada de 1918. Mais, si le texte trouve chez elle une résonance particulière, lui redonnant tout à la fois espoir et le sentiment de ne « plus crier seule dans le désert », sa découverte précède en fait de trois ans un retour sans cesse retardé.
« Sonia Delaunay, Tristan Tzara, Iliazd et les autres », Cécile Bargues, dans Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction, Anne Montfort et Cécile Godefroy (dir.), éd. Paris Musée, 2014 (ISBN978-2-7596-0239-1), p. 114
De chaque création, Sonia Delaunay fait un tout. Il y a la couleur, la substance et aussi les muscles et les os; ses meubles ont des squelettes, ses robes ne sont que les prétextes à embellir le corps. Sonia Delaunay habille et elle habille au sens le plus strict […]. Elle crée, mais ce qu'elle crée, c'est moins une robe, une écharpe, qu'une nouvelle créature.
« La mode moderne. Visite à Sonia Delaunay », René Crevel, Integral, nº 6-7, octobre 1925, p. 18-19 (lire en ligne)
En dehors même du « fauvisme », Sonia appartient — elle le dit par la couleur de ses premiers tableaux —, à l'espèce des grands fauves. Sa force de création est instinctive comme la puissance animale.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 2-Cinq jeunes filles russes à Paris, p. 20
Ses collections de couture sont une collection de tableaux vivants. Elle continue son idée de 1913, date de sa première robe simultanée : car les robes, pour elle, sont comme des architectures de couleurs qui jouent à la manière d'une fugue; une robe, un manteau, c'est une portion d'espace ordonnée et conçue, et par la matière et par les dimensions.
Citation de Jacques Damase
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 9-La maison Delaunay, p. 97
Comme elle dit souvent: « J'ai fait tout cela pour m'amuser »; les gens pendant longtemps l'ont crue sur parole, ils ne réalisaient pas l'importance de son « Amusement » car au fond savoir « s'amuser » dans la vie est la chose la plus grande qui existe et peut-être le plus grand facteur de création.
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. Postface, p. 214
Sonia Delaunay portant ses créations de la Casa Sonia vers 1918.
Venue de l’Orient vers l’Occident, apporte en elle cette chaleur, cette mysticité caractéristique et classique et sans se briser au contact occidental, au contraire, se recrée en trouvant son expression constructive par ce frottement, s’amplifie et se développe en une transformation où les éléments qui composent son art se transfusent en un art nouveau – qui a ses caractéristiques occidentales et orientales, pour ainsi dire, formelles et indivisibles, dont seule elle est le moule créateur. Comme tous les artistes ou poètes de l’Orient, elle possède à l'état atavique la couleur.
« Sonia Delaunay-Terk », dans Du cubisme à l’art abstrait, Robert Delaunay, éd. SEVPEN, 1957, p. 200
Elle a aussi collaboré avec des poètes nouveaux, comme Tzara, Soupault, pour créer la robe-poème qui fit sensation – la Poésie s'adaptant admirablement, ornementalement, et aussi complémentant tout l'intérêt que l'on peut porter à la robe vue non vêtement, comme dans la couture habituelle, mais complexe et imprévue selon des lois nouvelles – qui changent en apportant à la mode une nouveauté qui la fait justement revivre et qui touche l'intérêt du public. [En note] L’idée de ces robes-poèmes date de 1914.
« Sonia Delaunay-Terk », dans Du cubisme à l’art abstrait, Robert Delaunay, éd. SEVPEN, 1957, p. 202
C'est à Sonia Delaunay que nous devons ce nouvel art qui n'emprunte rien au passé, mais qui stigmatise notre époque. Elle invente un art de toute pièce en partant des lois qui régissent les couleurs et qui furent découvertes en 1912. Dans les tableaux de Sonia, de cette époque, vous voyez les premiers éléments colorés, dits contrastes simultanés, qui sont la base et l'essence même de cet art neuf de la couleur. C'est la couleur seule qui, par son organisation, sa dimension, ses rapports distribués sur la surface de la toile ou des tissus ou des meubles – en général de l'espace – …
détermine les rythmes des formes; et ces formes sont comme des architectures de couleur qui jouent à la manière de la fugue. Ces recherches dans la forme, qui sont à la base dans la question des tissus et qui touchent la mode elle-même ont toujours intéressé Sonia Delaunay qui a inventé une mode complètement nouvelle. Ces recherches naissent pour elle du moment où elle créait cette forme de figuration qui appartient à sa peinture – dans laquelle elle cherchait depuis longtemps une expression neuve des volumes.
« Les tissus « simultanés » de Sonia Delaunay », dans Du cubisme à l’art abstrait, Robert Delaunay, éd. SEVPEN, 1957, p. 205
Sonia Delaunay possède le secret de son art : le simultané pour elle, c’est son brevet, la marque de son esprit.
« Les tissus « simultanés » de Sonia Delaunay », dans Du cubisme à l’art abstrait, Robert Delaunay, éd. SEVPEN, 1957, p. 206
Si Robert Delaunay date l'idée des robes-poèmes de 1914, l'apport d'Iliazd semble ici déterminant. Engagé par Sonia Delaunay pour recopier les dessins de tissus, le poète russe crée le patron d'une robe-poème pour Véra Soudeïkine, danseuse et maîtresse d'Igor Stravinsky : le langage zaoum appliqué au vêtement offre une compréhension partielle et dynamique du texte, forte de correspondances musicales. C'est probablement ce patron daté du 14 janvier 1922 qui donne à Sonia Delaunay l'impulsion de composer les robes-poèmes d'après les vers de Tzara, Delteil, Aragon, Soupault et Huidobro. Fascinée par l'imbrication naturelle que Tzara fait du mot et de l'image, elle imprime ou brode plusieurs de ses poèmes au moyen de rubans sur tissu. Sommet de la fusion entre art, vie et poésie, ces objets hybrides permettent à l'artiste d'explorer les propriétés plastiques du mot sur le vêtement et au poète d'expérimenter le textile comme un nouveau support d'investigation poétique. « Complexe et imprévue selon des lois nouvelles », la robe-poème illustre littéralement la formule de Cendrars : « Et sur la hanche/ La signature du poète ».
Sonia Delaunay : sa mode, ses tableaux, ses tissus, Cécile Godefroy, éd. Flammarion, 2014 (ISBN978-2-0813-3307-9), chap. « Travestis de bal » et « paradoxes en soie peinte » : les costumes Dada, p. 46
Tout l'œuvre de Sonia Delaunay est conduit par son amour du métier et la richesse de ses modes d'expression, traits qui caractérisent la création contemporaine : l'entrecroisement des disciplines, de plus en plus complexe à mesure que l'on s'éloigne du XXe siècle, s'accompagne d'une libération complète de la forme et des sujets. À la polysémie du langage répond l'hybridation des moyens, dont l'artiste « nomade » d'aujourd'hui explore avec gourmandise le champ des possibles. Parce que dès ses origines le métier simultané s'est engagé sur la voie du décloisonnement, privilégiant la relation de la peinture à ses nombreuses applications dans une quête poétique d'art total, Sonia Delaunay, dont l'œuvre a traversé le siècle des modernités, constitue pour les générations d'artistes à venir un modèle précoce et pérenne, à la faveur d'une rencontre entre « l'abstrait » et le « sensuel », et du « rythme sans fin où se rejoignent le très ancien et le futur lointain »
Sonia Delaunay : sa mode, ses tableaux, ses tissus, Cécile Godefroy, éd. Flammarion, 2014 (ISBN978-2-0813-3307-9), chap. Conclusion, p. 170
Chez Sonia Delaunay, l’abstraction n’est ni un hasard heureux ni un épisode passager. Sa carrière est d’une étonnante cohérence – pour ne pas parler de logique dans un domaine où la logique n’a que faire. La place de Sonia Delaunay dans l’art abstrait est celle d’une libératrice de la couleur. […] pour Sonia Delaunay, il ne s’agit pas simplement de créer d’heureuses harmonies de couleurs vives, mais de tirer de la couleur un langage complet. Chez elle, la couleur, autonome, libérée, prend une vie propre. Toute l’œuvre de Sonia Delaunay […] est une poésie de la couleur, ou si l’on veut, couleur devenue langage poétique. Pour elle, la peinture et tous les arts visuels doivent s'adresser au cœur, à la sensibilité, à l'imagination et non à la raison desséchante. Les tons sont pour elle comme les mots pour le poète. Ami des plus grands d'entre eux, Sonia Delaunay a toujours été une passionnée de poésie, attachée à la signification et à la résonance de cet art. Elle agit avec les couleurs comme le poète avec les mots, leur donnant vie sur la toile.
« Préface », Michel Hoog, dans Sonia Delaunay : rythmes et couleurs, Jacques Damase, éd. Hermann, 1971 (ISBN978-2-7056-8493-8), p. 12-13
Sonia crée ses objets, ses costumes, ses chapeaux, ses meubles, de la même manière comme elle créerait un poème, une œuvre d'art vivante et parlante.
(es)Sonia crea sus objetos, sus trajes, sus sombreros, sus muebles, sus decoraciones, lo mismo que si crease un poema o una obra de arte viviente y parlante.
Guillermo de Torre, « El arte decorativo de Sonia Delaunay-Terk », Alfar, no35, 1923, p. 18 [texte intégral].
Nous irons jusqu'au soleil, Sonia Delaunay avec la collaboration de Jacques Damase et Patrick Raynaud, éd. Robert Laffont, 1978 (ISBN2-221-00063-3), chap. 7-Les grandes vacances, p. 81
Madame, Madame, si vous saviez
comme je vous aime et vous idôlatre
vous ne partiriez pas sans une assurance
sur la vie à laquelle je pense
et sans acheter notre produit spécial
L'INTELLIGENCE en vente partout toujours.
Sonia et Robert Delaunay, Florence Callu, Sabine Coron et Françoise Woimant, éd. Bibliothèque nationale de France, 1977 (ISBN2-7177-1388-3), chap. Les Delaunay et leurs amis poètes et peintres, p. 50 (lire en ligne)
L'Ange a glissé sa main
dans la corbeille l’œil des fruits
Il arrête les roues des autos
et le gyroscope vertigineux du cœur humain.
Avec la simultanéité des formes et des couleurs, Sonia Delaunay réussit à retranscrire, à traduire visuellement ce qui est immatériel : la musique et sa vibration. Le rythme de la peinture devient celui de la musique.
À propos du tableau Chanteurs de flamenco (dit Grand Flamenco).
« LE COUPLE DELAUNAY ET LES RYTHMES DE LA PEINTURE », Camille, blogs.univ-poitiers.fr, février 2015 (lire en ligne)
↑Publié et illustré par Sonia Delaunay dans : Poésie de mots, poésie de couleurs, 1962 ; partiellement repris par Tzara dans : De nos oiseaux, 1923 (mis en vente en 1929), cf. Œuvres complètes, t. I, Flammarion, 1975 (ISBN2-08-06 0764-2) [lire en ligne], p. 205.
↑Voir la « Robe-poème no688 », sur MoMA. Le texte, envoyé par Tzara dans une lettre du 22 mai 1922, est publié dans Sonia Delaunay, 1925 et repris dans Poésie de mots, poésie de couleurs, 1962, cf. Sonia et Robert Delaunay, BNF, 1977 [lire en ligne], p. 65.
Elles@centrepompidou : artistes femmes dans la collection du Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, Centre Pompidou, (ISBN978-2-84426-384-1).
[Godefroy 2014] Cécile Godefroy, Sonia Delaunay : sa mode, ses tableaux, ses tissus, Flammarion, (ISBN978-2-08-133307-9).
Christine Macel et Karolina Ziebinska-Lewandowska, Elles font l'abstraction (exposition, Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, 5 mai-23 août 2021; Bilbao, Musée Guggenheim, 22 octobre 2021-27 février 2022), Centre Pompidou, (ISBN978-2-84426-894-5).