Paul Klee

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Portrait par Alexander Eliasberg en 1911.

Paul Klee est un peintre allemand né le 18 décembre 1879 à Münchenbuchsee et mort le 29 juin 1940 dans un hôpital de Muralto dans le canton du Tessin.

Citations[modifier]

Journal, 1957[modifier]

Livre ouvert

Berne, 27-4-1898. « Asseyez-vous et tâchez de l'apprendre mieux », disait-on en mathématiques, mais voilà qui est passé et oublié. Pour l'instant se déroule au-dehors le premier orage de l'année. Un frais vent d'ouest m'effleure qui m'apporte une odeur de thym et des sifflets de chemin de fer, et se joue dans mes cheveux humides. La nature m'aime donc ! Consolatrice et prometteuse.
Pareil jour, je demeure invulnérable. Souriant à l'extérieur, riant plus libre au-dedans, une chanson dans l'âme, un gazouillant sifflotement sur les lèvres, je me jette sur le lit, me détends, préserve la sommeillante force.
Vers l'ouest, vers le nord, où que le sort m'entraîne : je crois !


La musique est pour moi comme une bien-aimée ensorcelée. Gloire, en tant que peintre ? Écrivain, poète lyrique moderne ? Mauvaise plaisanterie. Ainsi je reste sans vocation et je flâne.


Rétrospective. Inspection de moi-même ; j'ai dit résolument adieu à la littérature, à la musique. Abandonné mes efforts pour acquérir une expérience sexuelle raffinée dans ce cas particulier. Je pense à peine aux arts plastiques, je ne veux travailler qu'à ma personnalité.


La tempête me clarifie et la vie me captive.


Je me sentais à l'aise dans la « tempête de la vie ». Un peu de calme eût été plus sain, mais impossible.


L’idée que la peinture serait ma vraie vocation s’affermit de plus en plus. Seul le verbe continue d’exercer son charme. Peut-être en pleine maturité m’en servirai-je tout de même un jour.


Il est aisé de qualifier d'aberrante une volonté ruinée.


Au-dedans de moi ondule, certainement, une mer, parce que je suis sensible. L'irrémédiable, c'est de ressentir de telle sorte qu'à toutes les extémités règne la tempête et nulle part un maître qui commande au chaos.


Je sers la beauté en dessinant ses ennemis (caricature, satire), me disais-je souvent. Mais tout n’est pas fait pour autant. Il me faut, en outre, la figurer directement, avec une pleine force de conviction. But lointain et sublime. N’étant qu’à demi dégagé du sommeil, je me risquais déjà dans cette voie. C’est à l’état de veille que ceci devra s’accomplir. Voie peut-être plus longue que ma vie.


Je me sens tellement un avec elle que je reste longtemps sans lui adresser la parole, comme seul. Peut-on désirer davantage ?


Tantôt je m’imaginai capable de dessiner, tantôt capable de rien. Au cours du troisième hiver, je reconnus que, sans doute, je ne saurais jamais peindre. Je songeai à la sculpture et commençai à graver. Il n’y a guère qu’en musique que je n’aie jamais connu d’hésitations.


Je voulais mettre de l’amour en toutes choses. Je le pouvais, j’en avais le don.


La tempête forme des cuisses puissantes dans le valonnement de la vague et dans la nuque du chêne. On croirait à un combat entre la branche et l'écume. Ce n'est pourtant que jeu. La divinité y assiste et préserve les limites. Dans un sens analogue j'ai contemplé un orage accompagné de grêle. 27 juillet 1901.


Rire à se pâmer. Et je le dis à nouveau, ce rire élève au-dessus de l'animal.


Hautes maisons (jusqu'à treize étages), ruelles des plus étroites dans la vieille ville. Fraîches et malodorantes. Le soir, occupées par une foule compacte. De jour, davantage par la jeunesse. Langes flottant dans l'air comme autant de drapeaux dans une ville pavoisée. Cordes tendues entre les fenêtres qui se font face. De jour, soleil ardent sur ces ruelles, reflets métalliques de la mer là en bas, afflux de lumière de toute part ; éblouissements. A quoi s'ajoutent les résonances d'un orgue de Barbarie, pittoresque métier. Tout autour, ronde d'enfants. Le théâtre dans la réalité. Emporté avec moi assez de mélancolie par-delà le Saint-Gothard. L'influence de Dionysos sur moi n'est pas si simple.
  • À propos de Gênes.


7-12-1901. Deux lettres et deux cartes sont en route vers le Nord qui ne supposent point de réponse. Je veux savoir rompus la plupart des fils qui me rattachent à naguère. Peut-être est-ce là l'indice d'une commençante maîtrise. Je me sépare de ceux qui m'avaient enseigné. Ingratitude de l'élève ! Que me reste-t-il alors ? Rien que l'avenir. Je m'y apprête avec violence. Je n'avais pas beaucoup d'amis et dès que j'exige de l'amitié intellectuelle je suis à peu près abandonné.


Les singes au parc de la villa Borghèse ! Adorable. Je n'en excepte que le babouin, trop au-dessous du zéro moral. L'existence la plus sinistre qui se puisse voir jamais. Et nonobstant terriblement humain. Plus affreux que le diable même, mais étroitement apparenté à lui, engendré par lui d'une sorcière rabougrie. O forêt vierge du Nord. O Blocksberg. Il n'est pas à sa place dans Rome.


Une petite bête gélatineuse et angélique (d'une transparence psychique) nageait d'un mouvement continu sur le dos, faisant tournoyer sans cesse un petit, subtil pavillon.


O intarissable pêle-mêle, les déplacements de plans, le soleil sanglant, la profonde mer semée de voiles inclinées. Matière sur matière, au point qu'on pourrait s'y dissoudre. Être homme, être antique, naïf et rien, pourtant heureux.


Au-dedans de moi, quel changement ! J'ai vu vivre un morceau d'histoire. Le Forum et le Vatican m'ont adressé la parole. L'humanisme me veut prendre à la gorge, il est davantage qu'une torturante invention des professeurs de lycée. Il me faut le suivre, ne serait-ce qu'un bout de chemin. Adieu Elfes, fée de la lune, étoiles filantes.
Ma bonne étoile ne se lève point, ne se lèvera pas avant longtemps. Estime-toi heureux, Barbare ! Pourvu que tu puisses penser ! Ulysse a vu la mer et moi j'ai vu Rome. Exorcisé ! Voici l'Europe néoclassique.


Les fées sont toujours d'un certain âge et quelque peu sévères. Car autrement il faudrait bien que dans un conte quelconque, lors des trois souhaits habituels, il arrivât que le garçon, pour une fois, souhaitât posséder la fée.


Faux-fuyants : dans les cas de vouloir sans pouvoir.
Dire que les Dieux ne vous l'accordent pas.
Nier prudemment et bravement Mme Vénus.
Croire le Christ encore vivant.
Faux-fuyants.


Le dimanche après-midi berbois est toujours si accablant ! On aimerait se réjouir, comme dans le Faust, lorsque après une semaine de travail tout le monde va s'ébattre en plein air. Mais ces pauvres gens sont pour la plupart si laids qu'on les déteste plus qu'on ne les plaint. Et ce n'est point là de la simple et saine laideur.
Déjà sur les traits délicats des enfants se peut discerner la trace du péché originel. Et ce mauvais goût mi-paysan, mi-petit-bourgeois ! Là où subsisterait un quelconque charme physique, il se voit éliminé sans pitié par le vêtement. Ainsi, des souliers, Dieu sait que les pieds d'enfants grandissent vite, et les nouveaux souliers, justement les souliers du dimanche, sont prévus en conséquence. Les bas témoignent d'une absence totale du sens des couleurs. Tout cela parle un jargon si affreux, d'un esprit si borné. Seules les couleurs ne parlent pas, elles jurent.
Et la voiture d'enfant, archibondée, quelle misère ! La mère enceinte, pâle, méchante et tenace !
Vers le soir l'alcool commence à faire sentir son effet. Le crétinisme gagne en importance, tous deux agissent de façon significative.
Le tout sans élan, le moindre geste entravé. Les gens se gênent parce que, dans le fond, ils ne sont du tout aussi mauvais qu'ils en ont l'air. D'une manière quelconque le dimanche tout entier a un sourire gêné.
Qu'il est difficile, tout de même, de se faire un sentiment social !


Le Héros à l’aile
Janvier 1905 (Der Held mit dem Flügel), « Le héros ailé d’une aile », héros tragi-comique, peut-être un antique Don Quichotte. Cette idée poétique dont la formule surgit toute bourbeuse en novembre 1904, la voici définitivement mise à sec, élaborée. Ce personnage, né avec une seule aile d’ange, contrairement aux natures divines, s’efforce infatigablement de prendre son essor. Ce faisant, il se brise bras et jambes, mais n’en persévère pas moins dans son idée. Le contraste de son attitude monumentale et solennelle avec son état d’ores et déjà ruineux, était particulièrement à retenir en tant que symbole du tragi-comique.


Travail plutôt préparatoire. Un Oiseau Phénix. Un homme brandissant les poings serrés, en forme de ramure. Et un autre à qui pousse une denture de fauve dans un moment de passion.


Je commence logiquement à partir du chaos, voilà ce qu’il y a de plus naturel. Je reste calme ce faisant, parce qu’il m’est permis tout d’abord d’être moi-même chaos.
  • Juin 1905.


Dans l'antique Rome on disposait des vomitifs sur la table. De nos jours on les fait s'asseoir en habit et cravate blanche, joliment répartis parmi les invités. Je l'ai constaté moi-même à la société des beaux-arts.


De plus en plus s’imposent à moi des parallèles entre la musique et l’art plastique. Et cependant je n’arrive point à les analyser. Les deux arts sont certainement d’une nature temporelle, on pourrait le démontrer facilement.


Adieu, vie que je mène présentement. Tu ne saurais durer telle qu'elle. Noble tu fus. Pur esprit. Paisible et solitaire. Adieu honneur, dès le premier pas fait en public.
  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 193-194


Nul n’a besoin d’ironiser à mes dépends, je m’en charge moi même.


Rêve. Je m’envolais à la maison, où est le Commencement. D’abord je fus à méditer en me rongeant les doigts. Ensuite je reniflai quelque chose ou goûtai quelque chose. La température m’a dissous. Tout dissous d’un seul coup, j’avais fondu comme le sucre dans l’eau. Mon cœur était aussi dans le jeu, beaucoup trop grand depuis longtemps, il gonfla démesurément. Mais nulle trace d’oppression. Et il se vit transporté en des lieux où l’on ne cherche plus la volupté. Si maintenant une délégation se présentait chez moi et s’inclinait solennellement devant l’artiste, désignant avec reconnaissance ses œuvres, ceci ne m’entonnerait guère. Car j’étais là où est le Commencement : chez mon adorée Madame Cellule Originelle, promesse de fécondité.
  • janvier 1906.


O poète ! Si tu veux peindre la moisissure de ton antre et que l’inspiration si nécessaire à cette effet te vienne à manquer, achète-toi un camembert et, le reniflant de temps en temps, tu réussiras.


Il y eut un instant où le cœur sembla s'arrêter. Mon cerveau était embrumé. Point de pensée autre que le cœur qui s'était arrêté. Ne tombe point, Moi ! Avec toi s'écroulerait le monde, et c'est par toi que vit Beethoven !


Je rêvai que j'assommais un jeune homme et que je traitais le mourant de songe. L'homme s'en montrait indigné, n'était-il pas sur le point de rendre l'âme ? Tant pis pour lui, répliquai-je, puisqu'il ne saurait plus évoluer !
Malheur à la bourgeoisie engraissée !


Quand on songe à tout ce que doit être un artiste : poète, naturaliste, philosophe ! Et me voici bureaucrate du fait d’établir un long et précis catalogue de toute ma production artistique depuis mon enfance.


En ce moment, maintes choses s’éclairent pour moi au sujet de Van Gogh. À lire ses lettres dont je possède un choix, ma confiance en lui ne cesse de croître. Il pouvait puiser profondément dans son cœur.


Lundi, le 6 avril. La matinée à flâner dans Marseille et jusqu’au delà des portes. On le sentait bien, on resterait parfaitement ici pendant longtemps encore. La région est d’un grand style et d’un coloris pour moi nouveau.


Tunis, mercredi, 8 avril. La tête pleine des impressions nocturnes de la veille. Art – nature – moi. Tout de suite à l’œuvre, j’ai peint à l’aquarelle dans le quartier arabe. Me suis attaqué à la synthèse de l’architecture de la cité et de l’architecture du tableau.


J'abandonne maintenant le travail. L'ambiance me pénètre avec tant de douceur que sans plus y mettre de zèle, il se fait en moi de plus en plus d'assurance. La couleur me possède. Point n'est besoin de chercher à la saisir. Elle me possède, je le sais. Voilà le sens du moment heureux : la couleur et moi sommes un. Je suis peintre.
  • Kairouan. Jeudi 16 avril 1914.


Macke et Moilliet s’attarderont quelques jours encore. Quant à moi, j’éprouve une certaine inquiétude, ma charrette est trop chargée, il me faut aller au travail. Finie la grande classe. Le moment est venu de dénombrer le gibier.
  • 19 avril 1914.
  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 284-285


Voir d’un œil, sentir de l’autre.


La genèse comme mouvement formel constitue l'essentiel de l'œuvre. Au début le motif, insertion de l'énergie, sperme. Œuvres en tant que génération de la forme au sens matériel : originellement féminines. Oeuvres en tant que sperme déterminant la forme : originellement masculines. Mon dessin appartient au domaine masculin.


Au commencement la masculine spécialité du choc énergique. Ensuite la charnelle croissance de l'œuf. Ou encore : le fulgurant éclair, puis la nuée pluvieuse. Où l’esprit est-il le plus pur ? Au commencement. Ici, l’œuvre qui devient (biparti). Là, l’œuvre qui est.
  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 298-299


Plus ce monde (d’aujourd’hui précisément) se fait épouvantable, plus l’art se veut abstrait, tandis qu’un monde heureux produit un art porté vers l’ici-bas.


Un chantier d'inauthentiques éléments pour la formation d'impurs cristaux.
Voilà où nous en sommes.
Mais ensuite : il arriva que saigna la druse. Je pensais en mourir, guerre et mort. Puis-je donc mourir, moi cristal ?
Moi cristal.


Avec l’aigle

J'ai porté cette guerre en moi depuis longtemps. C'est pourquoi elle ne me concerne pas intérieurement.
Pour me dégager de mes ruines, il me fallait avoir des ailes. Et je volai. Dans ce monde effondré je ne m'attarde plus guère autrement qu'en souvenir, à la manière dont on pense parfois au passé.
Ainsi je suis « abstrait avec des souvenirs ».

  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 300-301
  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 300-301


Mythe de fleur.
Ce que la guerre signifiait pour moi au début, était plutôt d’ordre physique : que le sang coulait dans le voisinage. Que le propre corps était menacé, sans lequel l’âme ne saurait pas même (subsister) ! Les stupides réservistes allant chantant dans les rues de Munich. Les victimes fleuries.


  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 304-305
La peinture polyphonique est en ce sens supérieure à la musique que le temporel y est davantage spatial. La notion de simultanéité s’y révèle plus riche encore.
  • Journal, Paul Klee (trad. Pierre Klossowski), éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1999  (ISBN 2246279127), chap. Journal III, p. 313-314


Théorie de l’art moderne[modifier]

 

De même que l’homme, le tableau a lui aussi un squelette, des muscles, une peau. On peut parler d'une anatomie particulière du tableau. Un tableau avec le sujet « homme nu » n’est pas à figurer selon l’anatomie humaine mais selon celle du tableau. On commence par construire une charpente de l’œuvre à bâtir.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 1. Approches de l’art moderne, p. 11


Robert Delaunay, un des meilleurs esprits de l’époque, a donné une solution d’une radicalité saisissante en créant le type du tableau autonome, vivant sans motif de nature d’une existence plastique entièrement abstraite. Un organisme formel avec sa respiration vivante, presque aussi éloigné d’un tapis – il faut le souligner – que l’est une fugue de Bach.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 1. Approches de l’art moderne, p. 12-13


L’art n’est pas une science que fait avancer pas à pas l’effort impersonnel des chercheurs. Au contraire, l’art relève du monde de la différence : chaque personnalité, une fois ses moyens d’expression en mains, a droit au chapitre et seuls doivent s’effacer les faibles cherchant leur bien dans des accomplissements révolus au lieu de le tirer d’eux-mêmes.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 1. Approches de l’art moderne, p. 14


A mesure que l’ouvrage s’étoffe, il arrive facilement qu’une association d’idées s’y greffe, s’apprêtant à jouer les démons de l’interprétation figurative. Car avec un peu d’imagination, tout agencement un peu poussé prête à une comparaison avec des réalités connues de la nature. Une fois interprété et nommé, pareil ouvrage ne répond plus entièrement au vouloir de l’artiste (du moins pas au plus intense de ce vouloir), et ses propriétés associatives sont à l’origine de malentendus passionnés entre l'artiste et le public.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 1. Approches de l’art moderne, p. 23


Remonter du Modèle à la Matrice ! Imposteurs, ces artistes qui bientôt demeurent fixés en chemin. Mais élus ceux qui plongent loin vers la Loi originelle, à quelque proximité de la source secrète qui alimente toute évolution. Ce lieu où l’organe central de tout mouvement dans l’espace et le temps – qu’on appelle cœur ou cerveau de la création – anime toutes les fonctions, qui ne voudrait y établir son séjour comme artiste ? Dans le sein de la nature, dans le fond primordial de la création où gît enfouie la clef de toute chose ? Mais que personne ne s’y croie obligé! que chacun se dirige selon les battements de son cœur.
  • Conférence, Iéna, 1924.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 2. De l’art moderne, p. 30


L’art ne reproduit pas le visible ; il rend visible.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 3. Credo du créateur, p. 34


Un tableau naît-il jamais d’une seule fois ? Non pas ! Il se monte pièce par pièce, point autrement qu’une maison. Et le spectateur, est-ce instantanément qu’il fait le tour de l’œuvre ? (Souvent oui, hélas).
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 3. Credo du créateur, p. 37


Dans l’œuvre d’art, des chemins sont ménagés à cet œil du spectateur en train d’explorer comme un animal pâture une prairie.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 3. Credo du créateur, p. 38


Le dialogue avec la nature reste pour l’artiste condition sine qua non. L’artiste est homme; il est lui-même nature, morceau de nature dans l’aire de la nature.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 4. Voies diverses dans l’étude de la nature, p. 43


Nous construisons et construisons sans cesse, mais l’intuition continue à être une bonne chose. On peut considérablement sans elle, mais pas tout. Sans elle on peut réussir longtemps, réussir beaucoup et diversement, réussir des choses capitales, mais pas tout. Quand l’intuition s’unit à la recherche exacte, elle accélère le progrès de celle-ci de façon saisissante. Et l’exactitude dotée d’ailes par l’intuition a parfois la supériorité.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 5. Recherches exactes dans le domaine de l’art, p. 48


On apprend à voir derrière la façade, à saisir la chose à la racine. On apprend à reconnaître les forces sous-jacentes ; on apprend la préhistoire du visible. On apprend à fouiller les profondeurs, on apprend à mettre à nu.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 5. Recherches exactes dans le domaine de l’art, p. 49


Écrire et dessiner sont identiques en leur fond.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 7. Philosophie de la création, p. 58


L’œuvre est au premier chef genèse et son histoire peut se représenter brièvement comme une étincelle mystérieusement jaillie d’on ne sait où qui enflamme l’esprit, actionne la main et, se transmettant comme mouvement à la matière, devient œuvre.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 7. Philosophie de la création, p. 59


Nulle part ni jamais la forme n’est résultat acquis, parachèvement, conclusion. Il faut l’envisager comme genèse, mouvement. Son être est le devenir et la forme comme apparence n’est qu’une maligne apparition, un dangereux fantôme. Bonne donc la forme comme mouvement, comme faire, bonne la forme en action. Mauvaise la forme comme inertie close, comme arrêt terminal. Mauvaise la forme dont on s’acquitte comme d’un devoir accompli. La forme est fin, mort. La formation est Vie.
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 7. Philosophie de la création, p. 60


L’œil suit les chemins qui lui ont été ménagés dans l’œuvre.
  • 13. Production-réception
  • Théorie de l’art moderne (1964), Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), chap. 9. Esquisses pédagogiques, p. 94


Écrits sur l'art[modifier]

 

La pensée créatrice[modifier]

Je commence par le chaos, c'est la démarche la plus logique et la plus naturelle. Je ne m’en inquiète pas, car je peux me considérer, en premier lieu, moi-même comme un chaos.
  • Écrits sur l’art, Paul Klee [textes recueillis et annotés par Jürg Spiller] (trad. Sylvie Girard), éd. Dessain et Tolra, 1973  (ISBN 2-249-25012-X), t. 1 : La pensée créatrice, p. 9


La genèse de l’Écriture nous offre une bonne illustration du thème du mouvement. L’œuvre d’art également est en première ligne genèse ; elle n’est jamais vécue comme simple produit. Un certain feu s’allume ; pour se perpétuer, il atteint la main, débouche sur la toile et, de la toile surgit de nouveau sous la forme d’une étincelle et ferme le cercle en revenant plus profondément à son point d’origine : l’œil (il revient au centre du mouvement, de la volonté, de l’idée).
  • Écrits sur l’art, Paul Klee [textes recueillis et annotés par Jürg Spiller] (trad. Sylvie Girard), éd. Dessain et Tolra, 1973  (ISBN 2-249-25012-X), t. 1 : La pensée créatrice, p. 78


Histoire naturelle infinie[modifier]

Cours du Bauhaus, contributions à la théorie de la forme picturale[modifier]

Au début, le crayon n’en fait qu’à sa tête, il va là où ça lui plait.
  • Paul Klee, Cours du Bauhaus, Weimar 1921-1922, Contributions à la théorie de la forme picturale, Paul Klee, éd. Musées de Strasbourg, Hazan, 2004  (ISBN 9782850259289), chap. Cours 1, p. 37


Correspondances[modifier]

Ma bien-aimée est et a toujours été la musique ; si j’enlace la déesse du pinceau qui embaume l’huile, c’est bien parce qu’elle est ma femme.
  • Lettre à Hans Bloesch, 1898.
  • « Paul Klee et la musique », Beate Schlichenmaier, dans Paul Klee, 1879-1940, polyphonies [exposition, Paris, Musée de la musique, 18 octobre 2011-15 janvier 2012], Marcella Lista (sous la direction de), Beate Schlichenmaier, Éric de Visscher, et al., éd. Cité de la musique, Actes Sud, 2011  (ISBN 978-2-330-00053-0), p. 19


Autres citations[modifier]

Ici-bas je suis insaisissable. Car je demeure aussi bien chez les morts que chez ceux dont la naissance est à venir. Un peu plus près du cœur de la création que d’ordinaire. Et pourtant trop loin encore.
  • Der Ararat, numéro spécial (2), mai/juin 1920. Épitaphe. Journal (1999, p. 324), traduction légèrement différente.
  • Paul Klee, vie et œuvre, Christine Hopfengart et Michael Baumgartner, éd. Hazan, 2012  (ISBN 9782754106450), p. 102


Chat et oiseau, 1928.
Il y a des chats qui vous regardent avec le même regard que celui d’une fleur qui aurait l’arme au poing.
  • Note, 1928.
  • Paul Klee, Boris Friedewald (trad. Florence Rougerie), éd. Citadelles et Mazenot, 2016  (ISBN 978-2-85088-6690), p. 209

Citations rapportées[modifier]

Les messieurs de la critiques disent souvent que mes tableaux ressemblent à des griffonnages ou à des barbouillages d’enfants. Puissent-ils leur ressembler ! Les tableaux de que mon petit Félix a peint sont meilleurs que les miens, qui ont souvent filtré goutte à goutte à travers mon cerveau, ce que je ne puis hélas tout à fait empêcher, car parfois je travaille trop. C’est vrai, disons-le, mais ce n’est pas suffisant. Messieurs les scribes pensent que mes tableaux sont l’œuvre d’un malade mental.
  • Conversation avec Lothar Schreyer, publiée dans Erinnerungen an Sturm und Bauhaus
  • « In der Zauberküche », Lothar Schreyer, dans En souvenir de Paul Klee, Angela Lampe, éd. Centre Pompidou, 2016  (ISBN 978-2-84426-740-5), p. 35-36


Des mondes se sont ouverts et s’ouvrent à nous, qui font partie de la nature, mais que tous n’aperçoivent pas, il se peut que ce ne soit vraiment que les enfants, les fous et les primitifs qui les voient.
  • Conversation avec Lothar Schreyer, publiée Erinnerungen an Sturm und Bauhaus.
  • « In der Zauberküche », Lothar Schreyer, dans En souvenir de Paul Klee, Angela Lampe, éd. Centre Pompidou, 2016  (ISBN 978-2-84426-740-5), p. 38


Léonard de Vinci est le seul homme capable de me réconcilier avec le style noble, sans que je sois pour autant convaincu de pouvoir m’en contenter longtemps.
  • « Introduction », Jürg Spiller, dans Écrits sur l’art, Paul Klee [textes recueillis et annotés par Jürg Spiller] (trad. Sylvie Girard), éd. Dessain et Tolra, 1973  (ISBN 2-249-25012-X), t. 1 : La pensée créatrice, p. 10


Citations sur Paul Klee[modifier]

Louis Aragon[modifier]

Alain Bonfand[modifier]


Pierre Boulez[modifier]

Blanc polyphoniquement serti
Le premier contact avec Paul Klee, souvent, n’éblouit pas. On pense même à un art trop raffiné, trop précieux. Derrière ce premier sentiment, commence à agir une force qui oblige à réfléchir en profondeur. Il n’y a pas de violence, pas de geste agressif : cette œuvre persuade et la persuasion est persistante.


Le grand avantage avec Klee est qu’il ne cherche pas à s’expliquer ; il dit comment il fait cela, pourquoi il le fait. Il ne se confesse pas et ne dévoile pas le « mystère » de ce qu’il fait. […] Il étudie devant nous et nous aide à étudier avec lui. Il est le plus intelligent, le plus fécond, le plus créatif des professeurs.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 9


Il n’utilise aucun vocabulaire spécialisé, le sien est tellement courant, il prend des exemples d’une telle généralité, d’une telle simplicité de base qu’il est possible d’en déduire une leçon s’appliquant à n’importe quelle autre technique. Autrement dit, il réduit les éléments de l’imaginatif à un tel degré de simplicité qu’il nous apprend deux choses :
  1. À réduire les éléments dont nous disposons dans n’importe quel langage à leur principe même, […] quelle que soit la complexité d’un langage, à en comprendre d’abord le principe, à être capable de le réduire à des principes extrêmement simples.
  2. Il nous apprend, du même coup, la puissance de la déduction : pouvoir, à partir d’un unique sujet, tirer des conséquences multiples, qui prolifèrent. Se satisfaire d’une seule solution est tout à fait insuffisant, il faut parvenir à une cascade, à un arbre de conséquences. Et de cela il sait donner des démonstrations tout à fait probantes.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 10-11


La musique a été pour lui une référence ancrée dans ses émotions, ses réflexions et ses expériences de jeunesse. S’étant choisi peintre, c’est en peinture qu’il s’est développé, non en musique. Mais, de sa fréquentation de la musique, il a su tirer tirer des conclusions très fructueuses, ce que la plupart sont incapables de faire.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 26


Klee ne s’attache nullement à établir un parallélisme strict, qui a d’ailleurs de très fortes limitations, entre le monde des sons et celui de la vue. Si quelque leçon doit être apprise de lui, c’est que les deux mondes ont leur spécificité et que la relation entre eux peut être seulement de nature structurale.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 38-44


La machine à gazouiller
[La Machine à gazouiller] a du reste conduit quelques musiciens à imaginer ce que pourrait être la musique écrite pour elle et comment elle sonnerait ! À mon avis, cette machine fonctionne mieux dans le silence parce que nous pouvons y concevoir nombre de sons et de combinaisons extraordinaires que leur transposition dans la réalité tuerait sans pitié.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 44-50


Jusqu’à ma rencontre avec Paul Klee je ne raisonnais qu’en musicien, ce qui n’est pas toujours le meilleur moyen d’y voir clair.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 72


Paul klee, ritmicamente, 1930.JPG
Klee, à un moment donné, a beaucoup travaillé à partir de l’échiquier. L’on pourrait se demander s’il n’était pas obsédé par le jeu d’échecs. Non point, mais il trouvait dans l’échiquier un thème très dense, très en rapport avec l’univers musical, celui de la division du temps et de l’espace, je veux dire une division à l’horizontale : le temps, et à la verticale : l’espace. Que se passe-t-il lorsqu’on lit une partition ? Le temps est horizontal, il va toujours de la gauche vers la droite.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 75-78


La ligne n’est pas la ligne parfaite, mais une approximation de la ligne ; la main n’a pas à concurrencer une règle, elle produit sa propre déviation, sa propre distorsion ; le cercle n’est pas le cercle parfait, mais un cercle, un cercle tracé à la main, pour lequel il a refusé le compas, un cercle parmi cent autres, qui possède l’autonomie merveilleuse de sa propre déviance. On a en même temps la géométrie et la déviation de la géométrie, le principe et la transgression du principe. Je considère que c’est la plus importante des leçons de Klee.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 126-127


Paul Klee, Hauptweg und Nebenwege, 1929, Öl auf Leinwand, 83,7 x 67,5 cm, Museum Ludwig 1976.jpg
Tout le génie de Paul Klee est là : partir d’une problématique très simple et parvenir à une poétique d’une force remarquable où la problématique est totalement absorbée. Autrement dit, son principe de base est primordial, mais son imagination poétique, loin d’être appauvrie par la réflexion sur un problème technique, ne cesse au contraire de s’enrichir. Pour moi, c’est la plus grande des leçons : ne pas craindre de réduire parfois les phénomènes de l’imagination à des problèmes élémentaires, « géométrisés » en quelque sorte. La réflexion sur le problème, sur la fonction, amène la poétique à acquérir des richesses qu’elle n’aurait pas même soupçonnées si l’on n’avait fait que laisser libre cours à l’imagination.
  • Le Pays fertile, Paul Klee, Pierre Boulez, éd. Gallimard, 1989  (ISBN 9782070111749), p. 146-147


André Chastel[modifier]

Le chat Fripouille, 1921.
Tous ceux qui, comme son collègue Lothar Schreyer dans son recueil de souvenirs (1956), ont su rapporter leur impression décrivent une sorte de magicien captif, dessinant inlassablement, enfermé dans l'atelier où règne un gros chat, et toujours accueillant avec « une ironie affable qui adoucit le sérieux de son regard ». Ironique et affable, mais prodigieusement sûr.
  • L'image dans le miroir, André Chastel, éd. Gallimard, 1980, chap. Le dossier Klee, p. 396


L’œuvre entier, qui à sa mort comptait neuf mille numéros, bien catalogués, peintures, aquarelle et dessins, est la réponse faite au jour le jour à une inspiration qui ne cessait apparemment de le visiter. L’art de Klee est la plus extraordinaire manifestation d’une continuité sans faille, que toute exposition doit d’abord mettre en évidence.
  • « Paul Klee, doctor angelicus », Le Monde, 27 novembre 1969 [texte intégral] .
  • L'image dans le miroir, André Chastel, éd. Gallimard, 1980, chap. Paul Klee, doctor angelicus, p. 401-402


L’élément formel qui semble se déployer pour lui-même, Klee se sent presque toujours contraint de l’infléchir vers une allusion signifiante : une perspective contient des yeux, une spirale devient germination et ainsi de suite. Tout son art agit dans ces menues inflexions, dont il connaissait assez le prix pour conseiller de travailler des deux mains : « la main droite court avec plus de naturel, la main gauche écrit plutôt des hiéroglyphes. »
  • « Paul Klee, doctor angelicus », Le Monde, 27 novembre 1969 [texte intégral] .
  • L'image dans le miroir, André Chastel, éd. Gallimard, 1980, chap. Paul Klee, doctor angelicus, p. 405


René Crevel[modifier]

René Crevel, Nouvelles littéraires, 21 septembre 1929.jpg
L’œuvre de Klee est un musée complet du rêve.
Le seul musée sans poussière.


La poésie est la découverte des rapports insoupçonnés d’un élément à un autre. Le peintre doué de poésie, dans la plus sèche géométrie saura trouver les échelles pour ses plongées. Il monte, descend, remonte et, au plus haut palier, parce que la clef a été perdue de cette porte qui devait s’ouvrir à même le ciel, à même le vent, Paul Klee n’aura qu’à regarder par le trou de la serrure, pour découvrir, dans deux centimètres carrés béants, un monde d’étoiles que les hommes croyaient perdu.


Les limites de la raison
En hommage à un poète vous avez eu raison, Paul Klee, de dédier cette échelle rouge perdue au sein de l’éther tourterelle.
Cette échelle, voilà bien l’escalier, le seul qui puisse nous mener jusqu’au tremplin d’où nous sauterons, à pieds joints, dans l’impossible, puisqu’il s’agit enfin de décrocher la lune.


Paul Éluard[modifier]

Christian Geelhaar[modifier]

Sans titre (autoportrait).
Il est une marionnette qui frappe par son sérieux : l’Autoportrait de l’artiste. De ces yeux immenses émane une expression songeuse et lointaine. Le regard de Paul Klee possédait en effet un rayonnement et une profondeur inoubliable dont même les photographies rendent compte. […] Les portraits lui livraient à leur façon autant d’indications sur la connaissance de son ego que les expériences et observations intimes qu’il confiait à ses carnets.
  • Paul Klee et le Bauhaus, Christian Geelhaar, éd. Ides et Calendes, 1972, p. 77-78


Pierre-Henri Gonthier[modifier]

A qui prend de l’œuvre théorique de Klee, une connaissance en profondeur, la conviction s’impose bientôt qu’elle revêt pour l’art du XXème siècle la même importance que les Carnets de Léonard de Vinci pour celui de la Renaissance. Des écrits de ce poète géomètre qui eussent fasciné un Valéry, Georg Schmidt a pu dire qu’ils étaient « le plus profond et le plus éclairant qui ait été formulé sur l’art moderne, et peut-être sur l’art tout court ».
  • « Avant-propos », Pierre-Henri Gonthier, dans Théorie de l’art moderne, Paul Klee (trad. Pierre-Henri Gonthier), éd. Folio, 1998  (ISBN 978-2-07-032697-6), p. 6


Herman Hesse[modifier]

Aussi bleu que neige,
Aussi Paul que Klee.
  • (de) So blau wie Schnee,
    So Paul wie Klee.


Vassily Kandinsky[modifier]

Klee a fait circuler au Bauhaus une atmosphère saine, fructueuse - comme grand artiste et comme être limpide et pur. Le Bauhaus sait l'apprécier.


Félix Klee[modifier]

Marc Le Bot[modifier]

Paul Klee raconte des histoires. Il s’en raconte quand il peint et quand il parle de sa peinture. […] La croyance qui anime l’artiste, quand il peint, est qu’il s’en va à l’aventure. Peut-être est-il attiré, comme dans un vertige, par le vide de la toile ou du papier blanc ? Peut-être. […] L’œil du peintre part impulsivement à travers le visible. Tout peut y arriver, heur ou malheur. Quand il suit le tracé du crayon que la main déplace, il ignore à l’avance par où il va passer.
  • Paul Klee, Marc Le Bot, éd. Maeght, coll. « Chroniques anachroniques », 1992  (ISBN 2-86941-183-9), chap. La lettre, p. 79


Voir et dire jouent toujours entre eux. Les œuvres de Paul Klee créent entre ces deux termes un jeu au sens où nous disons qu’il y a du jeu entre les pièces d’une machine. Ainsi une autre incertitude, une impossible exactitude du commentaire de l’image s’ajoute à l’ignorance où on est de savoir « par où commencer » sa lecture.
  • Paul Klee, Marc Le Bot, éd. Maeght, coll. « Chroniques anachroniques », 1992  (ISBN 2-86941-183-9), p. 82


Égale infini
Égale infini propose la métaphore la plus poignante du désir humain qui est en jeu dans l’art. La série de ses images « pointillistes » montre que Paul Klee poursuit cette rêverie d’infini parmi des paysages ou dans un Parnasse divin que symbolise une pyramide. Égale infini et sa « semaille ponctuelle » entraînent les yeux dans une même rêverie d’infinitude. […] À suivre ces jeux formels, le pensée entre, comme sans échappatoire, dans cette errance infinie, vouée à ne jamais s’arrêter, où Paul Klee veut sciemment nous engager.
  • Paul Klee, Marc Le Bot, éd. Maeght, coll. « Chroniques anachroniques », 1992  (ISBN 2-86941-183-9), p. 123-124


Joan Miró[modifier]

Klee m’a fait sentir qu’il y avait quelque chose d’autre, en toute expression plastique, que la peinture-peinture, qu’il fallait aller au-delà, pour atteindre des zones plus émouvantes et profondes… Je n’ai pas connu Klee, mais j’ai été très ému lorsqu’un jour Kandinsky m’a expliqué que Klee, au temps du Bauhaus, lui avait dit, en parlant de moi : "Il faut suivre ce que ce garçon fait".


Bridget Riley[modifier]

[…]Comme Mondrian, l’œuvre de Klee a toujours été centrale pour moi. On peut être influencée de plusieurs manières. Simplement par l’apparence de quelque chose, ou par la possibilité d’atteindre à travers l’apparence la pensée qui est derrière, comme j’ai pu le faire avec le travail de Seurat. À d’autres moments, on est influencée par les idées et non l’apparence. Ce fut comme cela pour moi, avec Klee. Il m’a montré ce que signifie l’abstraction dans la peinture et comment questionner d’une manière artistique.


Voir aussi[modifier]

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