Louis Aragon

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Louis Aragon

Louis Aragon (3 octobre 1897, Neuilly-sur-Seine — 24 décembre 1982, Paris) est un poète et un romancier français.

Fondateur du mouvement surréaliste avec André Breton notamment, il est engagé depuis 1927 au Parti communiste français. Sa poésie est pour la plupart inspirée de l'amour qu'il portait à sa compagne, Elsa Triolet (Cantique à Elsa, Les Yeux d'Elsa, Le Fou d'Elsa…).

Littérature n°8, 1919 (critique)[modifier]

Le développement de l'individu reproduit celui de l'espèce. Les gens regardent ces métamorphoses sans les comprendre et baptisent contradictions les fruits d'une logique supérieure. Quand il eut écrit des poèmes plus séduisants que les plumes des oiseaux mâles, André Breton se mit résolûment à prendre l'observation de l'esprit humain. Cette action sacrilège lui valut de déplaire à ceux-là même qui avaient applaudi à ses premières expériences. Nul ne fit jamais si bon marché du succès : il abandonna aux chercheurs d'or les filons qu'il mettait négligemment au jour et devint prospecteur de radium. Quelqu'un de ses aînés bénéficiera plus tard de ses découvertes. Il sourit à cette idée et laisse aux autres le soin de faire figure dans l'histoire. Il sait qu'on reconnaîtra toujours son sillage comme un paraphe au milieu des contemporains.
Avez-vous lu un livre merveilleux qui s'appelle Le Phare du Bout du Monde ?

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton lui-même. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil de poésie Mont de Piété dont Breton était l'auteur.
  • « Livres Choisis, André BretonMont de Piété », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 28


Voici des années mortes. On vit au jour le jour. De temps à autre, on tourne la page et ce qu'on lit au verso n'est pas pour effrayer. A force de monter les escaliers et de les descendre, je me suis fait une philosophie. Quelques pays, quelques amis : tout passe, et parfois il y a des colères bleues, des injures, des gifles, un peu de sang sur les doigts. Mais ce qui revient toujours, c'est le décor de Paris que traversent la Seine et le métropolitain comme deux poignards tatoués.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Dix-neuf poèmes élastiques de Blaise Cendrars dont il est question ici.
  • « Livres Choisis, Blaise CendrarsDix-neuf poèmes élastiques », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 29


Il cultivait dans des verres d'eau ces oignons cendrés dont naissent les belles jonquilles. Un jour la fleur qui s'ouvrit fut, comme une flèche indicatrice, un revolver braqué.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Rose des Vents de Philippe Soupault dont il est question ici.
  • « Livres Choisis, Philippe SoupaultRose des vents », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 30


Pour se retrouver lui-même, il lui suffisait de revenir s'accouder aux marbres des cafés dont on suit d'un œil idiot les veines jolîment entrelacées. Là, les mots entendus prennent des inflexions subites et on lit par désœuvrement les inscriptions de porcelaine des vitres qui tournent le dos.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Rose des Vents de Philippe Soupault dont il est question ici.
  • « Livres Choisis, Philippe SoupaultRose des vents », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 30


Littérature Nouvelle Série n°4, 1922 (critique)[modifier]

Je ne voudrais pas dire de mal de ce livre.
Je n'en dirai d'ailleurs pas, mais je voudrais bien retrouver en Philippe Soupault le personnage de Chansons, l'espèce d'humour qu'il sut créer et qu'il abandonne trop pour un mirage ridicule.
Je ne vous connaissais pas, cher ami, à l'époque où vous construisiez le monde, mais j'ai appris que cela existait et je voudrais bien vous revoir ainsi.
Je me fiche pas mal que vous collaboriez à la Vie des Lettres ou aux Feuilles libres. Je vous reproche seulement d'avoir changé de point de vue puisque vous n'ajoutez rien à vous-même.
C'est triste au fond.
Si au moins vous deveniez ministre.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon qui avait choisi de commenter la récente publication de Philippe Soupault, à savoir Westwego.
  • « Les Livres, Philippe SoupaultWestwego », Louis Aragon, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 14


Le Libertinage, 1924[modifier]

La parole n’a pas été donnée à l'homme : il l'a prise.

  • Le Libertinage, Louis Aragon, éd. NRF, 1924, p. 20

Le Paysan de Paris, 1926[modifier]

La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen Age, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C'est un monstre immense de tôle, percé mille fois de couteaux.

  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. « Découverte Gallimard Littérature », 2000  (ISBN 2-07-053140-6), chap. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926, p. 162


Le sang de la nuit moderne est une lumière chantante. Des tatouages, elle porte des tatouages mobiles sur son sein, la nuit. Elle a des bigoudis d'étincelles, et là où les fusées finissent de mourir, des hommes sont montés sur des astres glissants.

  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. « Découverte Gallimard Littérature », 2000  (ISBN 2-07-053140-6), chap. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926, p. 162


La nuit a des sifflets et des lacs de lueurs. Elle pend comme un fruit au littoral terrestre, comme un quartier de bœuf au poing d'or des cités. Ce cadavre palpitant a dénoué sa chevelure sur le monde, et dans ce faisceau, le dernier, le fantôme incertain des libertés se réfugie, épuise au bord des rues éclairées par le sens social son désir insensé de plein air et de péril.

  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. « Découverte Gallimard Littérature », 2000  (ISBN 2-07-053140-6), chap. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926, p. 163


Me voici dans l'excellence du destin. L'air est sauvage, et brûle aux yeux. Il faut que l'évènement tourne à ma folie. Je sais contre la raison que ma folie a pour elle un pouvoir irrépressible, qui est au-dessus de l'humain. Ombre ou tourbillon c'est tout comme : la nuit ne reprend pas ses vaisseaux.

  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. « Découverte Gallimard Littérature », 2000  (ISBN 2-07-053140-6), chap. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926, p. 163


Traité du style, 1928[modifier]

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard.

  • Traité du style, Louis Aragon, éd. L'Imaginaire/Gallimard n° 59, 1980, p. 64


Les Yeux d'Elsa, 1942[modifier]

    C'est au sens de Virgile que je dis je chante quand je le dis. Arma virumque cano… "Je chante les armes et les hommes…" ainsi commence l'Énéide, ainsi devrait commencer toute poésie.

  • Les Yeux d'Elsa (1942), Louis Aragon, éd. Seghers, 1992  (ISBN 2-232-10280-7), p. 30


    Pourquoi écrivez-vous ? Ma réponse, elle est dans Virgile. Et mon chant ne peut se refuser d'être ; parce qu'il est une arme lui aussi pour l'homme désarmé, parce qu'il est l'homme même, dont la raison d'être est la vie. Je chante parce que l'orage n'est pas assez fort pour couvrir mon chant, et que quoi que demain l'on fasse, on pourra m'ôter cette vie, mais on n'éteindra pas mon chant.

  • Les Yeux d'Elsa (1942), Louis Aragon, éd. Seghers, 1992  (ISBN 2-232-10280-7), p. 31


L'enfant accaparé par les belles images
Équarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

  • Les Yeux d'Elsa (1942), Louis Aragon, éd. Seghers, 1992  (ISBN 2-232-10280-7), p. 34


Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s'éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent

  • Les Yeux d'Elsa (1942), Louis Aragon, éd. Seghers, 1992  (ISBN 2-232-10280-7), p. 104


Aurélien, 1944[modifier]

    Les paroles servent à masquer les sentiments, non à les exprimer.

  • Aurélien (1944), Louis Aragon, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2016  (ISBN 978-2-07-037750-3), p. 319

Les Yeux et la Mémoire, 1954[modifier]

Je réclame le droit de rêver au tournant
De la route Aux grands charmes de la promenade
Le droit de m’émouvoir du monde maintenant
Que s’approche la canonnade

  • Les Yeux et la Mémoire, Louis Aragon, éd. Gallimard, 1954, IV (« Je plaide pour les rues et les bois d'aujourd'hui »), p. 36


Le Roman inachevé, 1956[modifier]

Sur le Pont-Neuf j'ai rencontré
Fumée aujourd'hui comme alors
Celui que je fus à l'orée
Celui que je fus à l'aurore

  • Le Roman inachevé (1956), Louis Aragon, éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-030011-0), p. 16


   Un front qui s'appuie
   À moi dans la nuit
   Deux grands yeux ouverts
   Et tout m'a semblé
   Comme un champ de blé
   Dans cet univers

  • Le Roman inachevé (1956), Louis Aragon, éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-030011-0), p. 182


Mais toutes les comparaisons ici paraissent inutiles
Vous pouvez brûler tous les mots sans expliquer ce qu'est le feu
Le bonheur et la flamme sont ce qui danse au fond de nos yeux
Pour qui ne les a jamais vus comment se ressembleraient-ils

  • Le Roman inachevé (1956), Louis Aragon, éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-030011-0), p. 184


Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs
Vous retrouverez dans mon chant sa voix
    Ses yeux dans mes veines
Et tout l'avenir de l'homme et des fleurs
Toute la tendresse et toute la joie
    Et toutes les peines

  • Le Roman inachevé (1956), Louis Aragon, éd. Gallimard, 1996  (ISBN 2-07-030011-0), p. 246


Le Fou d'Elsa, 1963[modifier]

Croire au soleil quand tombe l'eau.

  • Le Fou d'Elsa (1963), Louis Aragon, éd. Gallimard, 1963, p. 292


Monument aux morts, guerre 1939-1945, Bayeux (Calvados)[modifier]

Monument aux mort de la guerre 39-45 à Bayeux, Calvados

Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leurs pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas

  • Louis Aragon, 1945, Bayeux, dans Monument aux morts, Louis Aragon : Inscriptions sur la stèle.
Il s'agit d'un extrait de "La Rose et le Réséda" publié dans le recueil "La Diane française" chez Seghers

Divers[modifier]

[P]uisqu’au nom de la France on peut envoyer des hommes à la mort, que cette idée, comme toutes les idées nationales, disparaisse de la terre. Le fanatisme des patriotes toujours menaçant, je le combattrai partout où je le rencontrerai. Athée de leur religion (la religion du nationalisme), qu’ils me brûlent, puisque nous en sommes encore au temps de l’Inquisition et de la Censure.

  • Déclaration de Louis Aragon à « La Clarté » en juillet 1925 en réaction à la guerre du Maroc
  • Discours politique des surréalistes, 1919-1969, Carole Reynaud Paligot, éd. CNRS, 1995, p. 41


Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit.

  • Citation extraite de « La révolution d'abord et toujours » publié en août 1925 dans diverses revues, en réaction à la guerre du Maroc
  • L’année 1925: L’esprit d’une époque, Claude Leroy, éd. Presses universitaires de Paris Ouest, 2014, p. 71


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