Patriotisme

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Le patriotisme est un sentiment d'appartenance à un pays, la patrie, qui renforce l'alliance selon des valeurs communes.

Louis Aragon[modifier]

Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit.

  • Citation extraite de « La révolution d'abord et toujours » publié en août 1925 dans diverses revues, en réaction à la guerre du Maroc
  • L’année 1925: L’esprit d’une époque, Claude Leroy, éd. Presses universitaires de Paris Ouest, 2014, p. 71


Mikhaïl Bakounine[modifier]

J'ai tenu seulement à constater que le patriotisme, que les poètes, les mystiques, les politiciens de toutes les écoles, les gouvernements et toutes les classes privilégiées nous vantent comme une vertu idéale et sublime, prend ses racines non dans l'humanité de l'homme, mais dans sa bestialité.

  • Fédéralisme, socialisme et antithéologisme. Lettres sur le patriotisme. Dieu et l'état, Mikhaïl Bakounine, éd. P. V. Stock, 1907, p. 236


Georges Darien[modifier]

Le patriotisme n'est pas seulement le dernier refuge des coquins ; c'est aussi le premier piédestal des naïfs et le reposoir favori des imbéciles.


Karl Deutsch[modifier]

Le patriotisme s’adresse à tous les habitants d’un pays, sans tenir compte de leurs origines ethniques. Le nationalisme s’adresse à tous les membres d’un groupe ethnique, sans tenir compte du pays ou ils vivent.

  • Nationalism and Social Communication: An Inquiry into the Foundations of Nationality, Karl W. Deutsch (trad. Wikiquote), éd. The Technology Press of the Massachussets Institute of Technology / John Wiley & Sons, 1953, p. 232


Georges Elgozy[modifier]

Patriotisme : seule forme avouable de xénophobie.

  • Le Fictionnaire ou Précis d'indéfinitions, Georges Elgozy, éd. Denoël, 1973, p. 257


Romain Gary[modifier]

Le patriotisme, c'est d'abord l'amour des siens, le nationalisme, c'est d'abord la haine des autres.

  • Pour Sganarelle (1965), Romain Gary, éd. Gallimard, 1965, p. 371


Hermann Göring[modifier]

Bien entendu, le peuple ne veut pas de guerre. Pourquoi est-ce qu'un pauvre gueux dans une ferme voudrait risquer sa vie dans une guerre dont il ne peut espérer au mieux qu'il en reviendra entier ? Naturellement, le commun de la population ne veut pas de guerre ; ni en Russie, ni en Angleterre, ni en Amérique, ni, en ce qui nous concerne, en Allemagne. C'est bien entendu. Mais, après tout, ce sont les dirigeants d'un pays qui en déterminent les lignes d'action, et ce n'est jamais qu'une question simple que d'entraîner le peuple, que ce soit dans une démocratie, une dictature fasciste, un Parlement, ou une dictature communiste. […] Le peuple peut toujours être converti à la cause des dirigeants. Cela est facile. Tout ce qu'il suffit de faire, c'est de leur dire qu'ils sont attaqués et dénoncer les pacifistes pour leur manque de patriotisme qui expose le pays au danger. Cela marche de la même manière dans tous les pays.

  • Nuremberg Diary, Gustave Gilbert, éd. Da Capo Press, 1995 (Reprint Edition)  (ISBN 978-0306806612), p. 278


Emma Goldman[modifier]

Gustave Hervé, un autre grand antipatriote, considère le patriotisme comme une superstition, bien plus dangereuse, brutale et inhumaine que la religion. La superstition de la religion provient de l’incapacité de l’homme à expliquer les phénomènes naturels. En effet, lorsque les hommes primitifs entendaient le roulement du tonnerre ou voyaient des éclairs, ils ne pouvaient leur trouver d’explication. Ils en concluaient donc que, derrière ces phénomènes, se cachait une force plus puissante qu’eux-mêmes. De même, les hommes ont vu une entité surnaturelle dans la pluie et dans les différentes manifestations de la nature. Le patriotisme, quant à lui, est une superstition créée artificiellement et entretenue par tout un réseau de mensonges et de faussetés ; une superstition qui enlève à l’homme tout respect pour lui-même et toute dignité, et accroît son arrogance et son mépris. En effet, mépris, arrogance et égoïsme sont les trois éléments fondamentaux du patriotisme.

  • texte de 1911
  • « Le patriotisme, une menace contre la liberté », Emma Goldman, Ni patrie ni frontières, nº 28, 2003, p. 44-45

Gustave Hervé[modifier]

Il est piquant de constater qu’en tous pays la religion patriotique est introduite dans les cerveaux et dans les nerfs par les mêmes procédés que les religions proprement dites. L’une comme l’autre prend l’enfant dès le jeune âge, avant que son esprit critique n’ait commencé à se former ; les chansons patriotiques remplacent les cantiques ; les manuels d’histoire et d’instruction civique remplacent la bible et le catéchisme ; au lieu de chasubles éblouissantes d’or et de pierreries du prêtre, ce sont les costumes criards, tapageurs des soldats et des officiers, un mélange carnavalesque de bleu, de rouge, de vert, de doré, de plumes de coq, de plumes d’autruche ; les chapelets et les autres momeries catholiques sont remplacés par les exercices de chiens savants de la caserne, destinés eux aussi à étouffer toute initiative et toute réflexion ; ce n’est plus la musique troublante de l’orgue, c’est le bruit énervant des tambours, des trompettes, des musiques guerrières ; en guise de processions, des revues, des parades, des alignement ; tirés au cordeau, des défilés à grand orchestre, où l’on voit 50 000 marionnettes humaines lever la patte en cadence au commandement. Pas une fête publique, ni en Allemagne ni en France, qui ne soit accompagnée d’une exhibition solennelle de soldats sous les armes. Chaque 14 juillet, en l’honneur des grands ancêtres qui ont pris la Bastille, l’armée française est exhibée sur les places publiques de toutes les villes de garnison. Des centaines de milliers de citoyens se lèvent de bon matin, pour aller voir griller sous le soleil, en costume carnavalesque, le guignol national. Et là, tous, ils poussent des bravos frénétiques quand ils voient défiler, au milieu de nuages de poussière, des lignes interminables d’hommes, de chevaux, de canons, une masse formidable de viande de boucherie et d’instruments d’abattoir. Et quand passe devant eux, au bout d’un bâton, le morceau d’étoffe qui est l’emblème sacré de la patrie, un frisson religieux court dans leurs nerfs et ils se découvrent dévotement devant l’icône, comme leurs pères se découvraient devant le Saint-Sacrement. Arrivé à ce degré de déformation intellectuelle, le patriote est bête à tuer : il est à point pour l’abattoir.

  • Leur patrie, Gustave Hervé, éd. Bureaux de "La Guerre sociale",, 1910, p. 25


Victor Hugo[modifier]

Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité. Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie.

  • « Choses vues » (1887), dans Œuvres complètes, Histoire, Victor Hugo, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1987, p. 1313


Un jour, espérons-le, le globe sera civilisé. Tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l'intelligence : avoir pour patrie le Monde et pour nation l'Humanité.

  • Les Burgraves (1843), Victor Hugo, éd. J. Hetzel, 1843, Préface, p. 22


Alphonse de Lamartine[modifier]

Je suis homme avant d'être Français, Anglais ou Russe, et s'il y avait opposition entre l'intérêt étroit de nationalisme et l'immense intérêt du genre humain, je dirais, comme Barnave : « Périsse ma nation, pourvu que l'humanité triomphe! ».


Paul Léautaud[modifier]

J'ai écrit un jour : « Le mariage fait des cocus et le patriotisme des imbéciles. » J'aurais pu ajouter, et je l'ajoute aujourd'hui, pour le patriotisme : et des coquins.

  • Journal litteraire, Volume 17, Paul Léautaud, éd. Gallimard, 1964, p. 338


Vous êtes nés dans ce pays et vous en êtes fier et vous lui êtes attaché. Vous seriez né dans un autre pays, vous en seriez tout aussi fier et vous lui seriez attaché de même. Mieux, même : né ici, on vous aurait aussitôt transporté dans un autre pays où vous auriez été élevé et auriez grandi ? Vous seriez de ce pays et c'est de lui que vous seriez fier et ce pays auquel vous seriez attaché. Supposez que les bruns se mettent à être fiers d'être bruns, avec une idée de prévalence, - et qui dit prévalence dit bientôt rivalité, - sur les blonds ou vice versa ? Vous voyez si vous êtes comique avec votre orgueil national et votre patriotisme : vous avez eu autant de part à être de ce pays plutôt que d'un autre, que les bruns à être bruns et les blonds à être blonds.


André Malraux[modifier]

L'approche de la faillite apporte aux groupes financiers une conscience intense de la nation à laquelle ils appartiennent.


Guy de Maupassant[modifier]

Si la guerre est une chose horrible, le patriotisme ne serait-il pas l'idée-mère qui l'entretient ?


Louis-Sébastien Mercier[modifier]

Votre patriotisme est une vertu fausse et dangereuse à l'humanité. [...] Pourquoi l'Anglais serait-il mon ennemi? Je suis lié avec lui par le commerce, par les arts, par tous les nœuds possibles; il n'existe entre nous aucune antipathie naturelle. Pourquoi voulez-vous donc que passé telle borne je sépare ma cause de celle des autres hommes? Le patriotisme est un fanatisme inventé par les rois et funeste à l'univers.

Octave Mirbeau[modifier]

J'ai remarqué que le sentiment patriotique est, de tous les sentiments qui agitent les foules, le plus irraisonné et le plus grossier : cela finit toujours par des gens saouls.

  • Sébastien Roch: roman de mœurs, Octave Mirbeau, éd. Librairie Charpentieret Fasquelle, 1906, p. 332


Jean-Gabriel Peltier[modifier]

[L]es ignorants se persuadent qu'il n'y a de fanatisme qu'en fait de religion, comme s'il n'était pas démontré ainsi que nous l'avons déjà dit, que le fanatisme de la patrie a mille fois plus causé de guerres que celui de la religion.

  • Le martirologe: ou, L'histoire des martyrs de la Révolution, Jean-Gabriel Peltier, éd. Chez Artaud, 1792, p. 261


Élisée Reclus[modifier]

Qu'est le patriotisme, pris dans son sens vraiment populaire, sous-jacent à toute phraséologie? C'est l'amour exclusif de la patrie, sentiment qui se complique d'une haine correspondante contre les patries étrangères. [...] La patrie et son dérivé le patriotisme, sont une déplorable survivance, le produit d'un égoïsme agressif ne pouvant aboutir qu'à la destruction, à la ruine des œuvres humaines et à l'extermination des hommes.

  • La Revue mondiale: ancienne Revue des revues, Élisée Reclus, éd. La Revue mondiale, 1904, p. 169


Jean-Jacques Rousseau[modifier]

L'esprit patriotique est un esprit exclusif, qui nous fait reconnaître comme ennemi tout autre que nos concitoyens. Tel était l'esprit de Sparte et de Rome.

  • Correspondance complète de Jean Jacques Rousseau, Jean Jacques Rousseau, éd. Institut et Musée Voltaire, 1991, vol. 16, Lettre à Paul Usteri (1763), p. 15


Saint Simon[modifier]

Les moralistes se mettent en contradiction quand ils défendent à l'homme l'égoïsme et approuvent le patriotisme, car le patriotisme n'est pas autre chose que l'égoïsme national, et cet égoïsme fait commettre de nation à nation les mêmes injustices que l'égoïsme personnel entre les individus.

  • Œuvres choisies, Saint Simon, éd. Van Meenen et Cie., Imprimeurs, 1839, p. 29


Arthur Schopenhauer[modifier]

Le patriotisme est la plus sotte des passions et la passion des sots.

  • Les munitions du pacifisme: anthologie de plus de 400 pensées et arguments contre la guerre, Ermenonville, éd. Brochure Mensuelle, 1933, p. 15 (texte en ligne)


Shūsui Kōtoku[modifier]

Je crois avoir réussi à vous expliquer et éclaircir la nature du patriotisme, ce qu'on nomme l'amour de la patrie. Elle se résume en un instinct animal, en superstition, en fanatisme, en vanité, en sentiment belliqueux.

  • L'impérialisme, le spectre du XX siècle, Shūsui Kōtoku, éd. CNRS éditions, 2008 (1901), p. 126


Tzvetan Todorov[modifier]

Le règne de l'égalité chez soi n'empêche pas d'être esclavagiste ou colonialiste à l'extérieur : telle est la logique du patriotisme.


Quel est le défaut inhérent au patriotisme ? C'est que, en préférant une partie de l'humanité au reste, le citoyen transgresse le principe fondamental de la morale, celui de l'universalité : sans le dire ouvertement, il admet que les hommes ne sont pas égaux. [...] la vraie morale, la vraie justice, la vraie vertu présupposent l'universalité, et donc l'égalité des droits.


Léon Tolstoï[modifier]

Au lieu des haines nationales qu'on nous inspire sous le couvert du patriotisme, il faut enseigner aux enfants l'horreur et le mépris de la carrière militaire, qui sert à diviser les hommes, il faut leur enseigner à considérer comme un signe de sauvagerie la division des hommes en États, la diversité des lois et des frontières; que massacrer des étrangers inconnus sans le moindre prétexte est le plus horrible des forfaits dont est capable l'homme tombé au dernier degré de la bête.

  • Les munitions du pacifisme: anthologie de plus de 400 pensées et arguments contre la guerre, Ermenonville, éd. Brochure Mensuelle, 1933, p. 25


Le patriotisme est un sentiment artificiel et déraisonnable, source funeste de la plupart des maux qui désolent l'humanité.

  • Les munitions du pacifisme: anthologie de plus de 400 pensées et arguments contre la guerre, Ermenonville, éd. Brochure Mensuelle, 1933, p. 47


Le patriotisme ne peut pas être bon... Le patriotisme n’est pas naturel : c’est un virus qu’on nous a inoculé.

  • Texte paru dans la Revue blanche du 1er mai 1896
  • La Revue blanche, Collectif, éd. Revue blanche, 1896, vol. 10, p. 47


Voltaire[modifier]

Qu’est-ce que l’amour de la patrie? Un composé d’amour-propre et de préjugés dont le bien de la société fait la plus grande des vertus.


Il est triste que souvent pour être bon patriote on soit l'ennemi du reste des hommes. [...] Telle est donc la condition humaine, que souhaiter la grandeur de son pays c'est souhaiter du mal à ses voisins. Celui qui voudrait que sa patrie ne fût jamais ni plus grande, ni plus petite, ni plus riche, ni plus pauvre, serait le citoyen de l'univers.

  • Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire, éd. Menard et Desenne, 1827, t. 11, article « Patrie », p. 236-237


Uli Windisch[modifier]

Je trouve pourtant notre patriotisme plutôt soft. On ne se tape plus sur la poitrine, on ne bombe plus le torse. On ne s'est jamais considérés comme un peuple élu, et en tout cas pas élu par Dieu. Cela ne correspond pas à la sensibilité populaire.


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