Élisée Reclus

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Élisée Reclus photographié par Nadar.

Élisée Reclus est un géographe et anarchiste français né à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) le 15 mars 1830 et mort à Thourout (ou Torhout) en Belgique le 4 juillet 1905.

À mon frère le paysan, 1899[modifier]

Sinon votre sort à venir est horrible, car nous sommes dans un âge de science et de méthode et nos gouvernants, servis par l'armée des chimistes et des professeurs, vous préparent une organisation sociale dans laquelle tout sera réglé comme dans une usine, où la machine dirigera tout, même les hommes, où ceux-ci seront de simples rouages que l'on changera comme de vieux fer quand ils se mêleront de raisonner et de vouloir.


L'homme et la terre, 1905-1908[modifier]

La Géographie n'est autre chose que l'Histoire dans l'Espace, de même que l'Histoire est la Géographie dans le Temps.
  • Épigraphe de tous les volumes


L'homme est la nature prenant conscience d'elle-même.


C’est dans la famille surtout, c’est dans ses relations journalières avec les siens que l’on peut le mieux juger l’homme : s’il respecte absolument la liberté de sa femme, si les droits, la dignité de ses fils et de ses filles lui sont aussi précieux que les siens, alors la preuve est faite ; il est digne d’entrer dans une assemblée de citoyens libres ; sinon, il est encore esclave, puisqu’il est tyran.


On a comparé l'intervention des Arabes dans l'histoire à la floraison subite de l'aloès, plante du désert qui reste grise ou poudreuse pendant cinquante ou cent ans, puis, épanouissant soudain sa large fleur écarlate, illumine la plaine de son éclat. La civilisation arabe fut pour beaucoup de peuples conquis une véritable libération, et coïncida pour nous avec l'apport des manuscrits grecs, avec le renouveau de la science hellénique dans la nuit du moyen âge.


Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, 1881[modifier]

Au midi de la France, ce sont d'autres “rois de la mer”, et de race tout à fait étrangère, qui eurent la plus forte part au mélange du sang. Les Sarrasins gardèrent longtemps sur les côtes de la Provence, à la Garde-Freinet, un solide point d'appui et de là purent faire des incursions dans une partie de la France. Au huitième siècle, lors de l'invasion des Berbères dit Arabes, ceux-ci avaient pénétré jusque dans la vallée de la Loire : on parle même de leur venue dans la région orientale de la France, à Luxeuil, dans les Vosges et devant Metz. [...] En maints endroits de la France on signale des colonies de Sarrasins ; il est vrai que ce nom, étant celui des ennemis les plus exécrés, du être fréquemment donné à d'autres peuples que les Maures; mais les observations des anthropologistes ne permettent pas de douter que nombre de familles françaises dans les bassins de la Garonne et du Rhône ne soient issus des envahisseurs musulmans, Berbères modifiés par leur croisement avec les Espagnols, les Arabes et les noirs d'Afrique.
  • Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, Élisée Reclus, éd. Hachette, 1881, t. 2, chap. 1-Vue d'ensemble - Le milieu et la race, Ançêtres de Français, p. 45-46


Prise dans son ensemble, l'œuvre de la nation conquérante, mélangée de bien et de mal et très complexe dans ses effets comme toutes les œuvres humaines, n'a pas eu pour résultante générale la diminution et l'abaissement des indigènes. Sans doute il s'est trouvé des hommes pour demander que la loi du talion historique soit appliquée aux Arabes et qu'ils soient « refoulés » vers le désert, comme ils refoulèrent jadis les Berbères vers les montagnes. En beaucoup d'endroits du Tell et aux alentours des villes ces procédés de « refoulement » ont même été mis en pratique, d'une manière indirecte et légale, « par voie d'expropriation pour cause d'utilité publique » ; mais la plupart des Arabes sont encore en possession de leurs terres, et la part qui leur est restée serait largement suffisante pour les nourrir si elle appartenait aux cultivateurs eux-mêmes, et non pas à de grands chefs, vrais possesseurs sous le nom de la tribu. En dépit des injustices et des cruautés qui accompagnent toute prise de possession violente, la situation des Arabes n'a point empiré; celle des Kabyles, des Biskri, des Mzabites s'est améliorée, grâce à l'extension qui a été donnée à leurs industries et à leur commerce. L'Algérie a beaucoup plus reçu de la France qu'elle ne lui a rendu, et les habitants du pays, quoique non traités en égaux, ont à maints égards gagné en liberté depuis l'époque ou commandait le Turc.
  • Sur la colonisation de l'Algérie
  • Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, Élisée Reclus, éd. Hachette, 1886, t. 11, Mœurs des Kabyles, p. 296-297


Les Français recommencent l'œuvre des Romains, mais en des conditions que la marche de l'histoire a rendues bien différentes. Si ce n'est dans l'Europe occidentale et en Maurétanie, où il atteignait l'Océan, le monde romain était entouré de tous les côtés par des régions inconnues, peuplées d'ennemis; la pression extérieure se faisait sentir constamment sur les frontières, et le moindre relachement des forces dans l'organisme intérieur permettait à l'étau de rapprocher ses branches : il finit par se fermer complètement lors de la rupture d'équilibre politique produite par la migration des Barbares. Aujourd'hui le monde civilisé, que l'on peut, à défaut d'autre nom collectif, appeler le monde européen, n'est point environné par des populations barbares ; au contraire, il les entoure d'une zone incessamment agrandie, il les pénètre, les transforme, leur apporte une industrie nouvelle et de nouvelles mœurs. [...] Maintenant une ère nouvelle a commencé, grâce à l'annexion graduelle du monde barbare au domaine européen, et la postérité pourra reconnaître sans peine la part de travail accomplie depuis 1850 par les colonisateurs français, espagnols, italiens. Elle est déjà fort considérable : d'année en année on voit changer l'aspect de l'Algérie par la naissance des villes, l'accroissement des cultures, l'extension du réseau des routes et des voies ferrées.
  • Sur la colonisation de l'Algérie
  • Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, Élisée Reclus, éd. Hachette, 1886, t. 11, Mœurs des Kabyles, p. 396


Certes, on peut compter sur l'avenir historique de cette nation forte et laborieuse à laquelle l'humanité doit déjà le service immense d'avoir, sous le nom d'Arabes, conservé et développé en Espagne les sciences léguées par le monde hellénique et qui, dans le reste de l'Europe, étaient menacées de se perdre à jamais

sous la nuit du moyen âge.

  • Sur les Kabyles d'Algérie
  • Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, Élisée Reclus, éd. Hachette, 1886, t. 11, Mœurs des Kabyles, p. 464


Les Arabes du Guadalquivir ont été les maîtres et les éducateurs de l'Europe en astronomie, en mathématique, en mécanique, en médecine, en philosophie : l'ingratitude et la mauvaise foi ont seuls pu leur contester ce mérite.[...] Le génie inventif des musulmans d'Espagne se réveillera peut-être un jour chez leurs descendants : c'est assez de plusieurs siècles de sommeil !

  • Nouvelle géographie universelle: la terre et les hommes, Élisée Reclus, éd. Hachette, 1886, t. 1, p. 906-907


Divers[modifier]

Qu'est le patriotisme, pris dans son sens vraiment populaire, sous-jacent à toute phraséologie? C'est l'amour exclusif de la patrie, sentiment qui se complique d'une haine correspondante contre les patries étrangères. [...] La patrie et son dérivé le patriotisme, sont une déplorable survivance, le produit d'un égoïsme agressif ne pouvant aboutir qu'à la destruction, à la ruine des œuvres humaines et à l'extermination des hommes.
  • La Revue mondiale: ancienne Revue des revues, Élisée Reclus, éd. La Revue mondiale, 1904, p. 169


Citations rapportées[modifier]

Notre destinée, c'est d'arriver à cet état de perfection idéale où les nations n'auront plus besoin d'être sous la tutelle d'un gouvernement ou d'une autre nation; c'est l'absence de gouvernement, c'est l'anarchie, la plus haute expression de l'ordre.
  • Sur l’anarchie
  • Élisée Reclus - Paul Vidal de la Blache, le géographe, la cité et le monde, hier et aujourd'hui, J.-P. Bord, éd. L'Harmattan, 2009, p. 33


La société étant divisée en classes ennemies, l’art est dévenu nécessairement faux. […] Chez les riches, il se change en faste ; chez les pauvres, il ne peut être qu’imitation et trompe-l’œil.
  • Sur l'art
  • L’art et le peuple, J.-P. Bord (trad. Étienne Dobenesque), éd. Hors-Limit, 2012, p. Écrits sociaux




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