Travail

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Les Casseurs de pierres

Le travail désigne communément l'ensemble des activités humaines coordonnées en vue de produire ce qui est utile.

A ranger[modifier]

Léon Blum, Nouvelles conversations de Goethe avec Eckermann, 1901[modifier]

— Mon enfant, il faut aimer la vie, et travailler pour qu'elle aime chacun de nous. Et si nous la trouvons mauvaise et dure, il faut l'aimer cependant, et la réaliser meilleure, non par le désespoir et la violence, mais par le travail. C'est ce que les meilleurs d'entre nous comprennent spontanément. Ils aiment naturellement le travail, l'action, la pensée ; ils sont nés les bons ouvriers robustes, prêts à la tâche, qui sauront souffrir et travailler seuls. Mais aux plus faibles pour les gagner au devoir de vivre, à la joie de vivre, il faut le bonheur, l'amour, la paix au cœur, le charme continu des présences douces. Ce que je dis est vrai de toutes les faiblesses, et il n'est pas un de nous qui, à certaines heures, ne soit un faible à son tour. C'est pourquoi l'avenir, à qui incombent tant de grandes tâches, qui doit réaliser la paix du travail, l'équité laborieuse, devra, peut-être avant toute chose, assurer toute sa liberté à l'amour.


Jacques Ellul[modifier]

Tout refus de travail, tout refus de participer à la technique dans notre société est un acte de déviance notoire. L'un des plus graves sans doute !
  • Déviances et déviants (1992), Jacques Ellul, éd. érès, 2013, p. 57

Corinne Maier[modifier]

Ne crois pas trop à ce que tu fais, ce serait inutile, voire antiproductif. Les individus qui prennent au sérieux les tâches qui leur sont confiées sont des empêcheurs de tourner en rond, voire des fanatiques, qui mettent en danger le système.
  • À propos des 10 commandements imposés au cadre moyen.
  • Bonjour paresse (2004), Corinne Maier, éd. Michalon, 2004  (ISBN 2-84186-231-3), p. 109


Muhammad Yunus[modifier]

L’idée qu’un être jeune doive travailler dur pour se rendre utile à un employeur me paraît tout à fait révoltante. […] La vie humaine est trop précieuse pour qu’on la gâche ainsi à se préparer au marché du travail, pour passer ensuite sa vie entière au service d’un employeur.


Littérature[modifier]

Biographie[modifier]

André Maurois, Lélia ou la vie de George Sand, 1952[modifier]

Toujours elle souhaitera retrouver l'indépendance masculine, dont Nohant et Deschartres lui avaient donné le goût. Toujours aussi elle gardera ce sens que donne le contact avec les réalités de la terre et du travail. La pensée trop libre n'avance pas, malgré ses efforts ; elle aurait besoin, comme l'oiseau, de la résistance du milieu. L'action révèle les limites que doit s'imposer l'esprit.
  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004  (ISBN 2-253-10923-1), chap. I. Aurore Dupin, V. L'héritière de Nohant, p. 69


Jerzy Popiełuszko, Le chemin de ma croix, 1984[modifier]

Finalement, la dignité humaine, c'est aussi la dignité du travail humain. C'est le droit à avoir des conditions de travail, telle que les forces de l'homme ne s'épuisent pas, que l'homme ne soit pas prématurément exténué. La chose la plus importante n'est pas que l'homme fasse beaucoup de choses en peu de temps, mais qu'il travaille bien et longtemps. On peut humilier l'homme, on peut aussi le priver de sa dignité par le travail, quand par l'excès de stimulants on l'incite à un effort extrême, et l'on viole l'ordre divin. La civilisation purement matérielle fait de l'homme un esclave de ses propres productions et elle le prive de sa vraie valeur.
  • Le chemin de ma croix, Jerzy Popiełuszko (trad. Michel de Wieyzka), éd. cana, 1984, p. 167


Essai[modifier]

François Cheng, Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, 2013[modifier]

Nous n'ignorons pas cependant la triste réalité : une grande partie de l'humanité est privée de la possibilité de choisir son activité, et accepte un travail à seule fin de « gagner sa vie », situation qui engendre toutes sortes de souffrances et d'injustices. Car l'homme est ainsi réduit à son utilité technique, ce qui est pour lui une mutation. S'il a naturellement besoin de faire, ce n'est pas seulement au niveau d'une production matérielle et directement utile au plan social, c'est surtout dans la dimension de ce que les Grecs appelaient poïen, qui signifie « faire » au sens de la poïesis, la « création ». C'est par ce « faire » créatif, par le travail en vue d'une réalisation que l'homme donne un sens à sa vie, qu'il devient le « poète » de sa vie. Telle est sa vocation, ce à quoi il est appelé.


Lettre[modifier]

Léon XIII, Rerum Novarum, Lettre encyclique, 1891[modifier]

Que le patron et l'ouvrier fassent donc tant et de telles conventions qu'il leur plaira, qu'ils tombent d'accord notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. Si, contraint par la nécessité ou poussé par la crainte d'un mal plus grand, l'ouvrier accepte des conditions dures, que d'ailleurs il ne peut refuser parce qu'elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l'offre du travail, il subit une violence contre laquelle la justice proteste.

  • « Rerum Novarum, Lettre encyclique de sa sainteté le pape Léon XIII », Léon XIII, Le Vatican, 1891 (lire en ligne)


Il faut encore pourvoir d'une manière toute spéciale à ce qu'en aucun temps l'ouvrier ne manque de travail, et qu'il y ait un fonds de réserve destiné à faire face, non seulement aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de la mauvaise fortune.

  • « Rerum Novarum, Lettre encyclique de sa sainteté le pape Léon XIII », Léon XIII, Le Vatican, 1891 (lire en ligne)


Nouvelle[modifier]

Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire, 1967[modifier]

La grande défonce

Et les vieux se mettent parfois dans une colère noire contre les jeunes : «Bon sang, j'ai travaillé dur toute ma vie!» (Ils prennent le travail pour une vertu, mais ça prouve seulement qu'un type est taré).


Notes sur la peste

La peste fréquente votre lieu de travail, quel qu'il soit. Je suis la proie des pestes. J'ai travaillé dans une boîte où il y avait un type qui ne parlait à personne depuis quinze ans. Le lendemain de mon arrivée, il m'a parlé pendant trente-cinq minutes. Il était complètement cinglé.


Prose poétique[modifier]

Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927[modifier]

le travail du comptable et celui du poète laissent finalement les mêmes stigmates sur le papier et (...) seul l’œil perspicace des aventuriers de la pensée est capable de faire la différence entre les lignes sans mystère du premier et le grimoire prophétique et, peut-être à son insu, divin du second


Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958[modifier]

Travaux du poète

Il est quatre heures trente, quatre heures trente. Le jour m'assaille avec sa sentence : il faudra se lever et affronter le travail quotidien, les saluts matinaux, les sourires crispés, les amours dans des lits d'aiguilles, les peines et les diversions qui laissent des cicatrices ineffaçables. Et tout cela sans s'être reposé un seul instant, car maintenant que je suis mort de sommeil, et que je ferme les yeux pesamment, la montre m'appelle : il est huit heures, c'est l'heure.
  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1966  (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VII, p. 53


Roman[modifier]

Georges Darien, La Belle France, 1898[modifier]

Les pauvres croient [...] que le travail ennoblit, libère. La noblesse d'un mineur au fond de son puits, d'un mitron dans la boulangerie ou d'un terrassier dans une tranchée, les frappe d'admiration, les séduit. On leur a tant répété que l'outil est sacré qu'on a fini par les en convaincre. Le plus beau geste de l'homme est celui qui soulève un fardeau, agite un instrument, pensent-ils. "Moi, je travaille", déclarent-ils, avec une fierté douloureuse et lamentable. La qualité de bête de somme semble, à leurs yeux, rapprocher de l'idéal humain. Il ne faudrait pas aller leur dire que le travail n'ennoblit pas et ne libère point ; que l'être qui s'étiquette Travailleur restreint, par ce fait même, ses facultés et ses aspirations d'homme ; que, pour punir les voleurs et autres malfaiteurs et les forcer à rentrer en eux-mêmes, on les condamne au travail, on fait d'eux des ouvriers. Ils refuseraient de vous croire. Il y a, surtout, une conviction qui leur est chère, c'est que le travail, tel qu'il existe, est absolument nécessaire. On n'imagine pas une pareille sottise. La plus grande partie du labeur actuel est complètement inutile.


Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900[modifier]

— Parfois, vous renouvelez dans mon esprit l’émerveillement de ce statuaire qui, ayant transporté le soir dans le temple les simulacres des dieux encore chauds de son travail et pour ainsi dire encore adhérents à son pouce plastique, le matin d’après les revit dressés sur leurs piédestaux, enveloppés dans un nuage d’aromates et respirant la divinité par tous les pores de la sourde matière en laquelle il les avait modelés de ses mains périssables. Vous n’entrez jamais dans mon âme, chère amie, que pour y accomplir de telles exaltations.
  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 8


André Breton, L'Amour fou, 1937[modifier]

C'est aussi l'heure où des bandes de fêtards commencent à se répandre en ces lieux pour y finir la nuit dans quelque petit torchon renommé, jetant dans la cohue robuste et franche du travail la note noire, mousseuse et équivoque des tenues de soirées, des fourrures et des soies.


John Darnton, La Conspiration de Darwin, 2005[modifier]

N'importe quel boulot peut faire rêver tant qu'on ne s'y essaie pas.

Philosophie[modifier]

Emil Cioran, Sur les cimes du désespoir, 1934[modifier]

Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l’homme se désintéresse alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s’attacher à n’importe quoi : l’œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente transfiguration, est devenue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter l’intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu à désigner une activité purement extérieure : aussi l’homme ne s’y réalise-t-il pas — il réalise.
  • Sur les cimes du désespoir, Emil Cioran, éd. L'Herne, 1990, p. 194


Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885[modifier]

Un peu de poison par-ci par-là : cela donne des rêves agréables. Et beaucoup de poison, pour finir : cela donne une mort agréable.
On travaille encore car le travail est un divertissement. Mais on prend soin que le divertissement ne soit pas trop fatiguant [...].
Point de berger et un troupeau. Chacun veut la même chose : chacun sera pareil, celui qui sentira les choses autrement, ira volontairement à l'asile d'aliénés.

  • Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. « Les Classiques de Poche », 1972  (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 5, p. 27


Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, 1888[modifier]

Qu'est-ce qui détruit plus rapidement que de travailler, de penser, de sentir sans nécessité intérieure, sans un choix profondément personnel, sans plaisir, comme un automate mû par le « devoir » ? C'est, tout bonnement, la recette de la décadence, et même de l'idiotie... Kant en est devenu idiot...


Françoise Barbaras, Une sociologie en puissance ?, 2010[modifier]

En termes modernes, la puissance chez Spinoza renvoie au concept scientifique de travail ; elle a la dimension d'une énergie, grandeur scalaire, et non d'une force, vecteur de changement, supposant à la fois un point d'application, la localisation d'une source et une direction.
Ce concept spinoziste de « puissance » implique un bilan, l'idée d'une équivalence entre ce qui se dépense dans la cause et ce qui se gagne dans l'effet, entre les quantités de réalité, les « perfections » comme dit Spinoza, qui sont engagées dans une cause et dans un effet. La puissance est une grandeur conservative, une quantité de réalité (une « perfection ») qui se conserve dans la liaison de la cause à l'effet, la composition réglée qui définit l'action.

  • Cette citation provient d'un dossier coordonné par Maxime Rovere concernant la philosophie spinozienne.
  • « Une sociologie en puissance ? », Françoise Barbaras, Le Magazine Littéraire, nº 493, Janvier 2010, p. 82


Presse[modifier]

Matthew Crawford, Seules les traditions peuvent résister à la puissance du marché, 2016[modifier]

Je pense qu'un bon travail se caractérise par la marge qu'il laisse pour progresser en compétence et en compréhension. […]
Une autre caractéristique d'un travail de qualité est la capacité à mesurer l'effet direct de ce travail dans et sur le monde, et de voir que ces effets sont bons. C'est ce qui nous permet de nous approprier nos actions, de faire en sorte qu'elles deviennent intelligibles à nos propres yeux : on les assume soi-même, directement, en les affirmant publiquement.

  • « Seules les traditions peuvent résister à la puissance du marché. », propos recueillis par Eugénie Bastié (trad. Pierre Jova), Revue Limite, nº 4, Octobre 2016, p. 64


Pierre-Yves Gomez, Il nous faut une doctrine alternative au récit néolibéral, 2016[modifier]

Il faut affirmer qu'il n'y a rien de plus stupide qu'un ordinateur, tas de composants électroniques parcouru par un courant électrique auquel seule l'intelligence humaine donne une signification et une valeur. Coupez le courant, l'ordinateur n'est qu'une boîte. Il nous faut réapprendre à considérer les techniques comme des outils au service du travail. Et donc mettre le travail des hommes en premier. C'est l'homme et lui seul qui donne le sens de son travail et qui doit en avoir la responsabilité. La première conversion est donc d'ordre spirituel : elle conduit à choisir son maître.

  • « Il nous faut une doctrine alternative au récit néolibéral », Entretien avec Pierre-Yves Gomez par Johannes Herrmann et Foucauld Guiliani, Revue Limite, nº 4, Octobre 2016, p. 76


Il faut choisir : ou bien une société qui se fonde sur la reconnaissance du travail de ses membres, sous toutes ses formes, ou bien une société du consumérisme qui s'établit à partir de la consommation la plus large et la plus intense. Le choix est là. À mon sens, c'est la question politique fondamentale de notre génération.

  • « Il nous faut une doctrine alternative au récit néolibéral », Entretien avec Pierre-Yves Gomez par Johannes Herrmann et Foucauld Guiliani, Revue Limite, nº 4, Octobre 2016, p. 77


Divers[modifier]

La plupart des usines sont comme des dictatures militaires. Ceux à la base sont les soldats, les superviseurs les sergents, et ainsi de suite suivant la hiérarchie. L'organisation peut décider de tout, de notre habillement et notre coiffure à comment nous vivons, dans une large mesure, au travail. Elle peut contraindre à faire des heures supplémentaires ; elle peut nous contraindre à consulter un médecin du travail si nous avons un problème médical ; elle peut nous empêcher de s'engager dans une activité politique pendant notre temps libre ; elle peut supprimer la liberté d'expression, de la presse et d'association — elle peut utiliser les cartes d'identités ou armer des agents de sécurité, avec un circuit de vidéo-caméras pour nous surveiller ; elle peut punir les insoumis par des "licenciements disciplinaires" (comme les appellent les Ressources humaines), ou elle peut nous licencier. Nous sommes forcés, par les circonstances, d'accepter la plupart de ces choses ou de rejoindre les millions de chômeurs [...] Dans presque chaque travail, nous avons seulement le "droit" de partir. Les décisions majeures sont faites au sommet et on attend de nous d'y obéir, que nous travaillions dans une tour d'ivoire ou au fond d'un puits de mine.
  • (en) Most factories are like military dictatorships. Those at the bottom are privates, the supervisors are sergeants, and on up through the hierarchy. The organisation can dictate everything from our clothing and hair style to how we spend a large portion of our lives, during work. It can compel overtime; it can require us to see a company doctor if we have a medical complaint; it can forbid us free time to engage in political activity; it can suppress freedom of speech, press and assembly -- it can use ID cards and armed security police, along with closed-circuit TVs to watch us; it can punish dissenters with 'disciplinary layoffs' (as GM calls them), or it can fire us. We are forced, by circumstances, to accept much of this, or join the millions of unemployed. . . In almost every job, we have only the 'right' to quit. Major decisions are made at the top and we are expected to obey, whether we work in an ivory tower or a mine shaft.
  • Reinventing Anarchy, Again, Howard J. Ehrlich (trad. Wikiquote), éd. AK Press, 1979, For Democracy Where We Work: A rationale for social self-management, p. 193-194


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