Intelligence

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L'intelligence est l'ensemble des facultés mentales permettant de comprendre les choses et les faits, de découvrir ces relations entre elles pour aboutir à une connaissance conceptuelle et rationnelle. Elle peut être également définie comme la faculté d'adaptation.

Allégorie de l'intelligenceCesare Dandini (1656)

Notions scientifiques[modifier]

En Psychiatrie[modifier]

Paul-Claude Racamier[modifier]

Préambule et divertimento

Persée part chez la Gorgone. Encore lui faut-il savoir le chemin. Sur le conseil d'Athéna il s'en alla demander l'adresse des Gorgones à leurs trois autres sœurs, les Grées. Et dès lors apparaît le thème du regard, car pour obtenir ces renseignements, Persée dérobe aux vieilles Grées l'unique œil qu'elles se partageaient à elles trois.
Persée ne part pas non plus sans armes : des Nymphes il reçoit le casque d'Hadès, qui rend invisible ; d'Hermès il reçoit des sandales ailées et une serpe ; d'Athéna enfin il reçoit un bouclier de peau poli comme un miroir, et un conseil : celui de ne regarder Méduse que dans ce miroir.
Après un vol sans histoire, Persée trouva enfin Méduse. Il la voit dans le miroir qui réfléchit — qui réfléchit : au lieu de se laisser piéger par les paradoxes médusants, Persée réfléchit sur le paradoxe, utilisant à cet effet l'instrument confié par la déesse de l'intelligence. Dès cet instant-là, Méduse est perdue, son pouvoir est annulé : la voilà qui dort. Alors il lui coupe le cou.

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2001  (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Préambule et divertimento, Persée en paradoxie, p. 33


Schizogrammes

illusion Il ne faudrait quand même pas s'imaginer qu'un débile qui devient schizophrène soit pour autant intelligent.


De la pensée perverse au désordre de pensée

Cette pensée qui déstabilise le mental, serait-ce une pensée véritablement paradoxale ? Pas du tout : le paradoxe déroute, mais il donne quand même à penser. Il peut se muer en humour. Pas la pensée perverse. En vérité elle ne fait qu’attraper le moi ; elle décourage, démobilise et démolit la compréhension dans son principe même. Ses deux anti-mamelles sont la créativité et l’intelligence. Serait-elle simplement sotte — Elle est pire : anti-intelligente.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, De la pensée perverse au désordre de pensée, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


En psychologie[modifier]

Henri Wallon[modifier]

[Il est] chimérique de chercher une opération intellectuelle sans objet [Note : thèse des mécanismes de la mémoire], et un objet intellectuel sans lien avec une société particulière. On ne saurait distinguer l’intelligence de ses opérations.
  • Principes de la psychologie appliquée (1930)) d'Henri Walloncité in Louis Althusser et quelques autres (Notes de cours 1958-1959), Henri Wallon cité par Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2014, partie 4.2, chap. L’encyclopédisme dialectique dans la psychologie d’Henri Wallon, p. 336


On ne saurait distinguer l’intelligence de ses opérations.
  • D'après Principes de la psychologie appliquée (1930) in Louis Althusser et quelques autres (Notes de cours 1958-1959), Henri Wallon reformulé par Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2014, partie 4.2, chap. L’encyclopédisme dialectique dans la psychologie d’Henri Wallon, p. 336


La méthode des tests [d'intelligence ou d'aptitudes] serait plus un moyen d'analyse, de vérification et de mesure qu'un moyen d'investigation et d'invention. Elle ne permettrait pas de saisir le réel organisé ou du moins elle ne pourrait en donner par le jeu de ces ingénieuses mathématiques qui ont été imaginées par Spearman ou par ses émules qu'une image impersonnelle et abstraite. Elle serait inapte à réaliser ces formes et types dans lesquels peut être encadrée la masse diverse et flottante des individus. C'est plutôt l'individu dans sa complexité qui permettra d'aboutir à la structure simplifiée, mais encore particulière, qui se dénomme type.


D'orientation inverse, l'intelligence discursive et l'intelligence des situations, bien qu'opérant l'une sur le plan des représentation et des symboles, l'autre sur le plan sensori-moteur, l'une par moments successifs, l'autre par appréhension et utilisation globales des circonstances, supposent cependant toutes deux l'intuition de rapports qui ont pour terrain nécessaire l'espace.

Mais de l'acte moteur à la représentation il y a eu transposition, sublimation de cette intuition qui, d'incluse dans les relations entre l'organisme et le milieu physique, est devenue schématisation mentale.

Entre l'acte et la pensée l'évolution s'explique simultanément par l'opposé et par le même.
  • De l'acte à la pensée, Henri Wallon, éd. Flammarion, 1942, partie Conclusion, p. 245


Plus un test [d'intelligence ou d'aptitude] devient polyvalent et offre d'alternative à l'interprétation, moins il peut être utilisé comme un critère décisif.


en aucun cas un test [d'intelligence ou d'aptitudes] ne saurait devenir un instrument direct diagnostic


[Le] danger [des tests d'intelligence ou d'aptitudes] n'est pas dans leur utilisation comme instrument de recherche, mais c'est de les prendre pour l'expression d'une réalité fondamentale dont les troubles mentaux ne seraient que la conséquence.


René Zazzo[modifier]

L'intelligence humaine n'est rien d'autre peut-être que la structure du monde qui prend conscience d'elle-même.
  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. Avant Propos, p. VII


Mais, le moment est venu où l'on s'est que s'il est impossible de trouver le test idéal d'intelligence c'est qu'il n'y a pas une Intelligence, que de l 'Intelligence conduit nos comportements, toutes nos activités que la routine n'a point encore endormis. Toutes nos activités : l'intelligence n'est pas séparée de la personnalité, du caractère.
  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. Le style, p. 141


Dans l'analyse de l'intelligence, l'analyse factorielle a conduit Spearman à considérer plusieurs groupes d'activités, plusieurs aptitudes : logique, psychologique, verbale, arithmétique, mécanique, imaginative. Et l'on voit déjà pas là que le facteur G de niveau général est insuffisant pour caractériser un individu puisque la réussite à une épreuve d'intelligence mécanique, par exemple, ne nous permet aucune prévision pour la réussite à une épreuve d'intelligence verbale. La réussite varie donc suivant la matière d'activité : avant que Spearman ne l'établit avec rigueur on s'en doutait bien un peu.
  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. VI_Le style, p. 145


Comment, avec une telle intelligence, Josiane n'était-elle pas parvenue à lire. Et qu'est-ce que l'intelligence en fin de compte ? Est-ce mon test qui avait raison ou les parents ? Et qu'est-ce que cela veut dire : être débile [et être intelligent] ? Peut-on être débile avec un Q.I. de 120 ?
  • Où en est la psychologie de l'enfant ?' (1996 (version révisée de l'édition de 1981)), René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. A propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 80


Je vous dirai seulement nos conclusions majeurs : La notion de débilité a littéralement éclaté. Et dans le même temps la notion d'intelligence elle-même a perdu pour moi son apparente simplicité. Je ne parle plus de L'INTELLIGENCE, mais au pluriel, d'INTELLIGENCES.


La notion de débilité a éclaté, et c'est un bel exemple de combats avec les mots... [où] l'illusion des mots [est] renforcée par la caution d'un chiffre.
  • Où en est la psychologie de l'enfant ?' (1996 (version révisée de l'édition de 1981)), René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. A propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 81-82


En Génétique ou théories héréditaires[modifier]

Stephen Jay Gould[modifier]

Binet rejetait l'interprétation héréditariste, et ne voulait se servir de ce test que comme moyen de déceler les enfants ayant besoin d'une aide éducative particulière; je ne peux que faire l'éloge d'un tel objectif parfaitement humain. [Or], la Mal-mesure de l'homme constitue la critique d'une théorie spécifique de l'intelligence, s'appuyant souvent sur une interprétation particulière d'une certaine façon de pratiquer les tests mentaux : il s'agit autrement, dit de la critique d'une théorie concevant l'intelligence comme une entité unimodale, génétiquement déterminée, et inchangeable. .
  • La Mal-Mesure de l'homme (1996 (version révisée de l'édition de 1981)), Stephen Jay Gould (trad. Jacque Chabert et Marcel Blanc), éd. Odile Jacob, 2009, p. 37


Utilisations sans fondement scientifique[modifier]

En littérature[modifier]

Marie d'Agoult, Nélida, 1866[modifier]

— Et pourquoi voulez-vous que je m'irrite de ce qui se fait, se dit et se pense, là où je ne me soucie pas d'être ? dit Ewald à Guermann dans une discussion souvent renouvelée depuis la soirée de la taverne. Que m'importe à moi, je vous prie, cette espèce de prison dorée que vous appelez le monde, quand je possède de droit divin la création tout entière, avec tout ce qu'elle renferme de visible à mon œil et d'appréciable à mon intelligence ?


Christian Bobin, Ressusciter, 2001[modifier]

Une intelligence sans bonté est comme un costume de soie porté par un cadavre.


Albert Camus, L'homme révolté, 1951[modifier]

L'intelligence dans les chaînes perd en lucidité ce qu'elle gagne en fureur.
  • L'homme révolté (1951), Albert Camus, éd. Gallimard, coll. « Folio/Essais », 1985  (ISBN 978-2-07-032302-9), partie 2 La révolte métaphysique, chap. La négation absolue, p. 57


Jean Giono, Les vraies richesses, 1936[modifier]

L’extraordinaire de notre condition d'homme n'est pas cette intelligence que nous nous sommes composée nous-mêmes, que nous dirigeons comme un rayon à notre gré, croyons-nous (car toujours l'inconnu la réfracte). L'extraordinaire est notre puissance de mélange, cette partie divine de nous-mêmes, toujours insoumise, et qui fait de nous l'expression du monde.


Victor Hugo, Les Misérables, 1862[modifier]

La pensée est le labeur de l’intelligence, la rêverie en est la volupté.


Marc Lévy, Et si c'était vrai..., 2000[modifier]

Identifier le bonheur lorsqu’il est à ses pieds, avoir le courage et la détermination de se baisser pour le prendre dans ses bras... et le garder. C’est l’intelligence du cœur. L’intelligence sans celle du cœur ce n’est que de la logique et ça n’est pas grand-chose.


Daniel Pennac, Chagrin d'école, 2007[modifier]

La naissance de la délinquance, c'est l'investissement secret de toutes les facultés de l'intelligence dans la ruse.
  • Chagrin d'école, Daniel Pennac, éd. Gallimard, 2007, partie 1 (« La poubelle de Djibouti »), chap. 8, p. 37


Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, 1947[modifier]

Nous savons au moyen de l'intelligence que ce que l'intelligence n'appréhende pas est plus réel que ce qu'elle appréhende.
  • La Pesanteur et la Grâce, Simone Weil, éd. Plon, coll. « Agora », 1988  (ISBN 978-2-266-04596-4), p. 207


Virginia Woolf, Les Vagues, 1952[modifier]

Repu comme l'enfant qui a pris le sein, je suis maintenant libre de m'enfoncer, profondément, dans ce qui se passe, cette vie, omniprésente, générale. (Comme tout dépend, me dis-je, du pantalon ; une tête intelligente est totalement handicapée par un pantalon élimé).


Discours[modifier]

Alain, Discours de distribution des prix au lycée de Lorient, 1895.[modifier]

Cultivez donc votre intelligence, chers élèves, mais prenez bien garde aussi qu'elle ne se subordonne tout le reste, et qu'ainsi l'accessoire ne devienne le principal. Que votre cœur ne soit pas la dupe de votre esprit. Pascal a dit : « Le cœur a ses raisons que la Raison ne connaît pas » ; ce mot profond n'est pourtant pas d'une exactitude absolue. Car si le cœur a ses raisons, la Raison les connaît et s'y reconnaît.
Toute l'œuvre de la Raison consiste à subordonner l'Intelligence au Cœur.

  • Discours de distribution des prix au lycée de Lorient, en 1895.
  • à la jeunesse, anthologie de textes, discours à la jeunesse de France, éd. Librio, 2016  (ISBN 978-2-290-12061-3), p. 55


Dans la Presse[modifier]

Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi[modifier]

Homme d'étude et de pensée, détaché d'assez bonne heure des passions et n'ayant du moins jamais été entraîné par elles, il habita et vécut dans la fermeté de l'intelligence. Très bon dans le particulier, naturel et simple, il mérita d'être aimé de tout ce qui l'entourait ; mais, même dans ses parties les plus humaines, on retrouverait ce côté ferme, indifférent, une équité bienveillante et supérieure plutôt que la tendresse de l'âme.
  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. « Collection savoir : lettres », 1992  (ISBN 2-7056-6178-6), partie Montesquieu, 18 et 25 octobre. Causeries du lundi, t. VII, p. 118


Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1920[modifier]

Le vrai des choses entré dans l'intelligence, l'objet fait esprit, devient communicable.
  • « Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », Louis Dimier, Littérature, nº 11, Décembre 1920, p. 22



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