Alexandre Zinoviev

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Nuvola apps important.svg Nuvola apps edu languages.svg Traducteurs
Cet article ou section d'article n'indique pas les traducteurs d'une ou plusieurs citations depuis le dimanche 16 avril 2017.
Afin de respecter la charte chaque citation traduite doit être accompagnée du nom de son traducteur.

Alexandre Zinoviev (en russe : Александр Александрович Зиновьев) (29 octobre 1922 - 10 mai 2006) est un logicien, écrivain et caricaturiste russe. Selon la méthode du passage de l'abstrait au concret, il analyse la sociologie de la société communiste. Suite à l'écriture de son premier roman sociologique, le pouvoir soviétique l'exil en RFA. En occident, il est vu comme un critique de la société communiste et du communisme. Il obtient d'ailleurs des prix dont le Prix Médicis étranger en 1978 pour L'avenir radieux. Dans les années 1980 et 90, il change son objet d'étude pour étudier de la même manière la perestroïka et l'Occidentalisme. Mais, cela vaut également un isolement et une certaine censure.

Sommaire

Problems of the Logic of Scientific Knowledge, 1964[modifier]

Les nouvelles connaissances des objets d'étude ne viennent pas de l'observation, ni de l'expérimentation (comme cela se passe au niveau empirique), mais des jugements logiques dans le cadre d'une théorie donnée ou nouvellement développée (c'est-à-dire, de groupes spéciaux de concepts et de rapports unis par des règles de la logique)
  • (en) New knowledge [of] the objects of investigation comes not through observation and experiment (as happens on the empirical level) but through logical judgments in the framework of a given or newly developed theory (i.e., special groups of concepts and statements united by rules of logic)
  • in Foundations of the logical theory of scientific knowledge (Complex Logic), Alexandre Zinoviev, éd. Reidel Publishing Company, 1973, partie editorial introduction, p. VIII (citation de la partie Logical and Physical implication, p.91 in Problems of the Logic of Scientific Knowledge (1964))


Les Hauteurs béantes, 1977[modifier]

De nos jours, la peur de la vérité n'est pas une peur de l'inconnu, mais une peur de quelque chose qu'on connaît très bien. Les gens ont peur d'eux-mêmes parce qu'ils savent qui ils sont.
  • Les Hauteurs béantes, Alexandre Zinoviev (trad. Wladimir Berelowitch), éd. L'Age d'Homme, 1977, chap. la peur de la vérité, p. 302


L'école n'est pas seulement une préparation des hommes à recevoir une instruction et une spécialité. L'école est une sphère de la vie sociale qui est soumise aux mêmes lois que l'ensemble. Elle reflète en elle toute la société avec toutes ses propriétés et ses problèmes, qui ne font que se transformer en rapport avec l'âge et la position des citoyens.
  • Les Hauteurs béantes, Alexandre Zinoviev (trad. Wladimir Berelowitch), éd. L'Age d'Homme, 1977, chap. l'école, p. 502


L'Avenir radieux, 1978[modifier]

Pour qu'une proposition soit scientifique, il ne suffit pas qu'elle soit véridique. Pour qu'un terme soit scientifique, il ne suffit pas qu'il désigne un fait réel.
  • L'Avenir radieux, Alexandre Zinoviev (trad. Wladimir Berelowitch), éd. Point, 1985, p. 82


Bref, de quelque côté que l'on prenne notre existence, partout nous voyons que certaines couches sociales s'efforcent de se garantir la possibilité même partielle d'échapper aux lois de la vie communiste, de bénéficier de plus de bien-être, de liberté, de joie et de plaisirs. Et la société est le théâtre d'une lutte acharnée pour l'accès à ces couches
  • L'Avenir radieux, Alexandre Zinoviev (trad. Wladimir Berelowitch), éd. Point, 1985, chap. Mieux éduquer, p. 232


Voilà un paradoxe de notre existence : une des tendances fondamentales du mode de vie communiste, c'est la conquête d'une position plus ou moins libre, par rapport aux lois même de ce mode de vie.
  • L'Avenir radieux, Alexandre Zinoviev (trad. Wladimir Berelowitch), éd. Point, 1985, chap. Mieux éduquer, p. 232


Articles dans Univers 17, j'ai lu, 1979[modifier]

Cette fiction dite scientifique, 1978[modifier]

Selon mes observation, c'est surtout le fantastique qui prévaut dans la S-F, c'est à dire ces absurdités à prétentions scientifiques qui n'ont absolument rien de commun avec la science.
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. Eurocon 4, Bruxelles), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Cette fiction dite scientifique, p. 131


[...] la littérature joue en quelque sorte un rôle idéologique; elle inculque aux hommes, des perspectives de l'humanité.
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. Euroncon 4, Bruxelles), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Cette fiction dite scientifique, p. 132


Entrevue par Bernard Blanc et Yves Frémion, 1978[modifier]

Il y a une loi sociologique selon laquelle des systèmes qui ont des contacts finissent par se ressembler...
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. propos recueilli par Christine Poutout), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Entretien avec Alexandre Zinoviev, p. 138 et 144


Je ne suis pour aucune idéologie, je suis pour l'Homme, pour l'être Humain avec un grand H majuscule, je ne suis ni pour le socialisme, ni pour le communisme, ni pour le capitalisme...
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. propos recueilli par Christine Poutout), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Entretien avec Alexandre Zinoviev, p. 142


Le mouvement dissident en Russie, malgré tout reste conforme au régime. C'est un produit du régime. Pour ma part, je reste en dehors de toute cette société. Je ne combat aucun régime.
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. propos recueilli par Christine Poutout), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Entretien avec Alexandre Zinoviev, p. 143


Je m'adresse à tout homme, mes écrits cherchent à atteindre ce qui est humain dans chaque être vivant.
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. propos recueilli par Christine Poutout), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Entretien avec Alexandre Zinoviev, p. 143


La S-F est un outils très puissant, très moderne, [...].
  • in Univers/17, Alexandre Zinoviev (trad. propos recueilli par Christine Poutout), éd. J'ai Lu, 1979, chap. Entretien avec Alexandre Zinoviev, p. 143


Le Communisme comme réalité, 1981[modifier]

Approche historique et approche sociologique[modifier]

Il est tellement naturel pour tâcher de comprendre les phénomènes de la vie humaine d'avoir recours aux notions d'historisme que le seul fait de vouloir remettre celles-ci en question paraît sacrilège. Certains pensent qu'on ne peut comprendre la société communiste dans son essence que d'un point de vu historiques, c'est-à-dire en considérant l'histoire de sa formation. L'histoire authentique, cela va s'en dire, et non pas l'histoire falsifiée que pratiquent les historiens et les philosophes pro-communistes. Selon eux, le déroulement des événements, la façon dont s'est constituée cette société suffise à expliquer la nature.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 39


Dans le cas présent le jugement historique fait en outre obstacle à la compréhension scientifique de la société qui nous intéresse, car les histoires imposent ici des fonctions étrangères à cette société.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 40


Le jugement historique porte l'attention sur des phénomènes dont il faut avant tout s'abstraire si l'on veut comprendre ce qu'est réellement cette nouvelle société née dans un contexte historique donné. Le processus historique est lui aussi, bien sûr, une réalité, mais c'est une réalité qui disparaît dans le passé. La nouvelle société qui a mûri en lui a vite fait de se débarrasser d'un revêtement historique qui l'encombre et lui est devenu étranger. Elle se constitue un autre environnement historique plus conforme à sa nature. La réalité sociologique est conçue, elle, pour rester. Elle est tournée vers l'avenir.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 41


Des millions de personnes ont participé au processus historique qui a donné naissance à la société communiste de l'Union soviétique. Ces personnes ont accompli des milliards d'actions différentes. Elles les ont accomplies dans leur propre intérêt. Elles ont agi selon les lois de la conduite communautaire et non pas seulement selon les lois de l'histoire, lesquelles n'interviennent pas dans la conduite des individus. Une partie de ces actions ont œuvré en faveur de la société nouvelle, l'autre contre. Parfois les même actions ont œuvré soit en faveur de cette société, soit contre. Les partisans de la nouvelles sociétés n'ont pas toujours forcément agi pour elle, et inversement ses adversaires ne lui ont pas toujours nui. Les révolutionnaires ont fait beaucoup contre la révolution et les contre-révolutionnaires beaucoup en sa faveur, sans s'en douter.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 41


Pratiquement (et logiquement) il est impossible de délimiter les éléments favorables et les éléments défavorables. Ce n'est qu'une fois le processus achevé qu'il devient possible de juger du passé en fonction du résultat obtenu, et cela s'en trop risquer d'erreurs.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 41


La conscience historique est condamnée, quant à elle, à tout prendre pour argent comptant; elle voit l'origine de la société communiste dans l'action des partisans de la doctrine communiste et lie le développement des forces adverses à l'action de ses ennemis. Elle est, par exemple, incapable de comprendre que sans l'aide des représentants des couches privilégiées de l'ancienne société russe la nouvelle société n'aurait pas pu tenir un an.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 41


Dans le cas présent l'homme qui raisonne en historien n'est qu'un petit bourgeois déguisé.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 42


Personne et fonction[modifier]

Au niveau de la collectivité de base, les gens ne passent pas tant leurs journées à travailler qu'à échanger des informations, à se divertir, à faire en sorte de conserver et d'améliorer leur situation, à établir des contacts avec les personnes dont dépend leur bien-être, à assister à d'innombrables réunions, à tenter d'obtenir des bons de séjour, un logement, quelques fois même du ravitaillement supplémentaire. Ils améliorent leur qualification, reçoivent des certificats. Ils font partie de troupes d'amateurs, de clubs sportifs, sans parler bien sûr des cercles d'éducation politique. Ils font du travail social. Ils participent à des manifestations, des rencontres, des fêtes, des soirées, des excursions et des voyages. C'est leur vie propre qui se déroule là avec ses joies et ses peines, ses réussites et ses échecs, une vie pleine de passions et de drames. Et c'est de cette vie réelle que doit tenir compte en premier lieu toute description scientifique du communisme. Or c'est généralement la chose qu'ignorent tous ceux qui parlent du communisme. Ils préfèrent parler de choses extérieures beaucoup plus frappantes (les répressions, l'absence de libertés civiques), mais qui demeurent pratiquement inexistantes pour tous ceux qui vivent au niveau de la collectivité de base. Lorsque celle-ci aborde ces problèmes, c'est uniquement pour condamner les dissidents et exprimer son soutien aux autorités.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 161


Les dirigeants de la commune[modifier]

Les gens ne découvrent le cadre de leur liberté (ou de leur manque de liberté) que lorsqu'ils se mettent à enfreindre les lois écrites et non écrites qui régissent le mode de vie communiste. Par exemple, lorsqu'ils organisent des sectes religieuses ou des groupes politiques, lorsqu'ils tentent de publier telle ou telle œuvre sans passer par la censure ou d'organiser des manifestations non autorisées, ils découvrent aussitôt l'absence de toute une série de libertés considérées comme banales dans les démocraties occidentales. On sait d'ailleurs parfaitement la façon dont réagit le pouvoir officiel. Mais ce qui est plus important encore, c'est que les autorités ne font en réalité qu'exprimer les réactions d'une très large fraction de la population face à ce qu'elle considère comme des dérogations aux normes de vie communiste. Nous n'avons pas ici affaire à un pouvoir méchant qui prive intentionnellement les individus des libertés les plus élémentaires, mais à une société qui dans ses fondements mêmes n'a nul besoin de ces libertés-là et qui leur est même hostile. Elles lui sont étrangères. Et la lutte menée contre elles se déroule avant tout au niveau des collectifs de base.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 183


La concordance[modifier]

Il n'y a guère qu'une fraction insignifiante de la population qui ait intérêt à ce que la hiérarchie soit détruite, soit parce qu'ils sont avant tout guidés par leurs propres intérêts égoïstes ou encore parce qu'ils ne réfléchissent pas ; mais le plus souvent leurs discours soi-disant humanitaires sont des paroles en l'air. De nombreux mouvement d'opposition en Occident (particulièrement dans la gauche et chez les jeunes) sont en fait dirigés contre la structure inévitable de la société contemporaine, bien qu'habituellement leurs slogans soient ceux de la lutte contre l'impérialisme et le capitalisme. Ces mouvements sont dans leur essence anticommunistes, même si en vertu des conditions historiques ils revêtent l'habit communisme.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 264


Les organes répressifs incarnent simplement la fonction répressives et la force des communes généralisées à l'échelle de la société. Ce ne sont pas les organes répressifs qui contraignent les citoyens à adopter telle ou telle forme de conduite, mais les relations communautaires qui sécrètent les organes répressifs et leur octroient une force qui semblent ensuite être l'émanation de quelque force mystique et funeste venue "d'en haut".
  • Alexandre Zinoviev - Les fondements scientifiques de la sociologie (citation du Le Communisme comme réalité (p.269-270), 1981), Fabrice Fassio, éd. La pensée Universelle, 1988, p. 215


Le mal des organes de répression n'est que la quintessence du bien répandu par les citoyens eux-mêmes.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981, p. 269-270


Pensée Idéologique et pensée scientifique[modifier]

Pensée petite-bourgeoise et pensée scientifique[modifier]

D'un point de vue petit-bourgeois quelque chose de normal et naturel est "quelque chose" de bien. ce type de pensée ne fait pas de différence entre l'appréciation subjective des phénomènes et leur qualités objectives.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35


L'homme qui pense en petit bourgeois remarque les faits directement observables et en tire aussitôt sans la moindre analyse des généralisations hâtive. Ses jugements sont subjectifs, c-à-d, qu'ils portent la marque de ses penchants personnels.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35


L'homme qui pense en scientifique cherche non seulement à constater les faits, mais, également à les analyser en tenants compte de leur hasard ou de leur nécessité, il tâche d'en analyser les lois que l'observation immédiate ne discerne pas et d'éliminer l'influence de ses propres penchants sur les résultats de ses réflexions.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35


La pensée petite-bourgeoise prétend voir ses résultats directement confirmés par les faits observables. La pensée scientifique au contraire sait que ses résultats ne coïncident pas directement avec les faits observables. Ils ne fournissent que des moyens à l'aide desquels on peut expliquer les faits concrets et les prédire.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35-36


Le petit-bourgeois est enclin à faire passer ce qu'il ressent pour la vérité.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 36


Il m'est fréquemment arrivé de me heurter à des conclusions qui, bien que faites par des gens cultivés, n'en étaient pas moins monstrueuses d'absurdité.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 36


Cette façon qu'ont les esprits petits-bourgeois de confondre leurs appréciations subjectives avec la situation objective va tellement loin que la majorité des notions utilisés dans les conversations roulant sur des problèmes sociaux ont actuellement perdu leur caractère scientifique pour devenir de simples expressions d'estimation.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 37


L'esprit petit-bourgeois considère la vie des autres comme s'il se trouvait dans leur situation, transposant sur eux son attitude, ses critères de jugement, ses sentiments.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 37


Idéologie et science[modifier]

La science suppose l'utilisation d'une terminologie réfléchie, précise, qui ne laisse place à aucune ambiguïté. L'idéologie suppose au contraire l'utilisation de termes insensés, vagues, équivoques. La terminologie scientifique n'a pas besoin d'être analysée, interprétée. La phraséologie idéologique doit-être commentée, comparée, repensée. Les affirmations scientifiques supposent qu'on puisse à tout moment les confirmer, les réfuter, voire même dans le cas extrêmes, reconnaître leur caractère insoluble. L'absurdité des propositions idéologiques fait qu'on ne peut ni les réfuter ni les confirmer.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 285


La compréhension des textes scientifiques suppose une longue préparation spécialisée, le recours à un langage particulier, professionnel. La science s'adresse à un cercle restreint de spécialistes. Les textes idéologiques s'adressent à toute une population, indépendamment de la profession et des différences de niveau d'instruction. Pour les "comprendre" (ou plus exactement pour les assimiler, inutile de subir une préparation spéciale. Il suffit de se reporter aux exemples de la vie quotidienne pour éclaircir tel ou tel passage obscur.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 286


Il est impossible de réfuter une idéologie. On peut seulement l'affaiblir ou la renforcer selon qu'on affaiblit ou qu'on renforce son influence sur les gens.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 286


L'individu est aujourd'hui capable d'opérer sur des informations reçues un traitement idéologique dont les effets sont assurées. La science se contente finalement de fournir la phraséologie, les idées et les thèmes.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 288


L'idéologie dans le cas présent brûle de se donner des airs de science.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 289


Pensée scientifique et pensée antiscientifique[modifier]

La science actuelle ne se préoccupe pas seulement de rechercher la vérité. Sa part d'esprit scientifique, lequel ne ressemble nullement à la science telle qu'on la conçoit communément, est loin d'égaler celle d'un esprit antiscientifique hostile au premier, mais apparemment bien plus scientifique que lui.

L'esprit scientifique produit des abstractions, l'esprit antiscientifiques les détruits sous-prétextes qu'elles ne tiennent pas compte de tel ou tel facteur. L'esprit scientifique établit des notions rigoureuses, l'esprit antiscientifique, sous prétexte d'englober la multiplicité du réel, leur confère des sens divers. L'esprit scientifique évite d'utiliser les moyens dont il peut se passer. L'esprit antiscientifique fait feu de tout bois. L'esprit scientifique cherche à simplifier et à clarifier. L'esprit antiscientifique embrouille et complique. L'esprit scientifique s'efforce de banaliser ce qui parait insolite. L'esprit antiscientifique vise au sensationnel et aime entourer de mystère les phénomènes les plus ordinaires.

Au début, l'un et l'autre (sous d'autres nom, bien sûr), peuvent être considérés comme parts égales d'une même science, mais bientôt l'esprit antiscientifique prend le dessus, exactement comme ces mauvaises herbes qui étouffent les plantes qu'on oublie de sarcler.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 287


L'esprit scientifique se voit relégué au rôle pitoyable d'attribut inférieur. Or, on le supporte dans la mesure où il peut servir d'alibi à l'esprit antiscientifique. Mais, on s'efforce surtout de l'évincer comme une espèce de reproche insupportable pour une conscience coupable.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 287


Ce qui signifie que l'on se trompe lourdement lorsqu'on espère voir la science jouer un rôle d'instrument de progrès et de civilisation.

- La science est phénomène de masse, donc entièrement régi par les lois communautaires et qui ne contient une part d'esprit scientifique tout à fait négligeable.

- Dans les conditions qui sont celles d'une dominations du communautarisme, la part d'esprit scientifique présente dans la science tend vers zéro.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 288


Irréversibilité de l'évolution sociale[modifier]

Comme n'importe quel autre type de société, le communisme porte en lui ses propres formes d'inégalité, d'injustice, d'exploitation des uns par les autres. Mais il porte également en lui quelque chose de beaucoup plus sérieux : une sélection sociale des individus les plus capables de s'adapter, renforcée par une manipulation idéologique systématique de la population, ce qui a pour résultat inévitable d'orienter de façon déterminé l'évolution sociale et biologique de l'humanité. La société produit les citoyens dont elle a besoin, c'est-à-dire des hommes qui sont capables de vivre uniquement dans une société de ce type qui, à leur tour, par leur mode de vie, concourent à maintenir en place l'ensemble dont ils sont issus. Le tournant de l'humanité vers le communisme n'est pas simplement un changement de spectacle joué par les même acteurs,mais un changement d'acteurs appelés à rénover de vieux spectacles et à en inventer de nouveaux.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Irréversibilité de l'évolution sociale, p. 328/329


Maintenant, homme, tout dépend de toi personnellement ! Montre ce dont tu es capable, chef-d’œuvre de la création !
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Irréversibilité de l'évolution sociale, p. 328/329


Entretien par Jacques Freymon, 1981[modifier]

Vous savez sans doute que, dans mes livres, beaucoup de personnages — pour faire advenir le possible — luttent contre l’impossible. Mais si l’on rassemble 100.000 personnes, si on les enferme dans un enclos, si on les y laisse vivre pendant un an tout en les nourrissant normalement, je puis vous garantir que je sais à l’avance ce qui se passera d’ici là. Je puis vous l’inscrire quelque part, dans une petite enveloppe qu’on ouvrirait dans un an, afin de vérifier si je me suis trompé. Car de telles expériences sont innombrables : chaque fois que vous tentez d’organiser une très grande masse de gens, les modes d’organisation sont toujours et partout les mêmes. Et d’ici à un an, lorsque vous retrouverez ces gens enfermés, vous trouverez des subordonnés, des supérieurs, vous trouverez l’inégalité, vous trouverez une mafia et un petit « KGB » local.
  • L’exigence d'égalité, Alexandre Zinoviev entretien par Jacques Freymon, éd. Rencontres internationales de Genève, 1981, t. 8, partie L’exigence d'inégalité dans les sociétés communistes, p. 147


La Maison Jaune, 1982[modifier]

Tome 1[modifier]

Ce n'est qu'une description des faits. Or, ce n'est pas la vérité, puisqu'il se trouvera à coup sûr d'autres faits dont la description contredira celle-ci. La vérité n'est pas dans la juxtaposition de ce genre d'écrits. Ce qui s'oppose à la vérité, ce n'est pas une autre vérité, mais l'erreur.
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 1, p. 89


Tout le problème, actuellement, c'est d'avoir une méthode de compréhension, dit le Sot. L'information, les gens en ont à revendre, mais ils sont incapables d'en extraire des vérités qui comptent. Ils se contentent de vivre à un niveau superficiel d'observation et de généralisation très primaires. Personne n'est capable d'approfondir son analyse jusqu'aux mécanismes essentiels de ce qui se passe. Cependant, un tel approfondissement obéit à des règles, qui ne sont pas très compliquées.
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 1, p. 117


Tome 2[modifier]

Le Parti est l'organisation des chefs, au sens le plus fort du terme et pour les chefs de tous ordres. C'est, fondamentalement, un organe de répression, et pas seulement le lieu de production des mots d'ordre et des discours. Notre parti n'en est pas un, au sens où on l'entendait avant la révolution, ou au sens occidental du terme. Il n'en a que le nom. Ce n'est pas le parti, c'est le Parti. Et son rôle est tout autre dans la vie de la société (c'est le pouvoir, les privilèges).
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 115


Un système pluraliste en régime communiste est une absurdité. Les partis se feraient aussitôt la guerre, et l'un d'eux l'emporterait (ou le pays se diviserait en états « indépendants »).
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 115


Le système du parti unique ne vient pas d'une erreur ou d'un mauvais dessein, il est, au contraire, parfaitement normal, car notre société n'a pas UN parti, elle est SANS-parti.
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 115-116


Il est, par principe, impossible de comprendre notre vie et notre fonctionnement mental, si l'on n'est pas dialecticien. Or, la dialectique est fondamentalement étrangère à l'homme occidental, qu'il soit ou non « penseur ».
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 353


J'affirme donc que, pour comprendre notre société, notre méthode dialectique est nécessaire, alors que celle de l'Occident, non dialectique, ne sert à rien. Mais attention : je ne parle pas de « dialectique » au sens que lui ont donné les philosophies soviétiques — à commencer par Staline dans son Matérialisme dialectique et historique ; je veux parler de cette capacité à tenir compte de toute la complexité et du caractère changeant de formations telles que notre gigantesque société. Ah ! que cela me démange de décrire cette méthode ! Mais en lui conférant l'efficacité, le sens pratique du style de pensée occidental. Est-ce possible ? Qui sait, les formes les plus adaptées naissent peut-être, justement, de ces compromis impensables.
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 353


Pour sentir la vie, l'éprouver vraiment, il faut, bien sûr, être dedans. Mais pour la connaître, il convient, avant tout, de s'en éloigner à une distance suffisante. Sinon, tu n'as aucune vision d'ensemble, tu ne peux distinguer ses traits essentiels, sa dynamique, ses visées.
  • La Maison jaune, Alexandre Zinoviev (trad. Anne Coldefy-Faucard et Wladimir Berelowitch), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 397


Ni liberté, ni égalité, ni fraternité, 1983[modifier]

Je sais maintenant — ayant eu mille fois l'occasion de constater les idées monstrueusement saugrenues qu'on se fait de l'homme russe et de la Russie — que l'Occident, quand il s'agit de la Russie, préfère le mensonge à la vérité.
  • Ni liberté, ni égalité, ni fraternité, Alexandre Zinoviev (trad. Marion Brücker), éd. Julliard/L’Âge d’Homme, 1983, chap. Dostoïevki, p. 88


Le problème de la jeunesse est spécifiquement occidental et contemporain. [...]. Il y a eu, il y a et il y aura toujours des problèmes chez certains jeunes, du fait même qu'ils sont jeunes. Mais ce ne sont pas là des problèmes de société.
  • Ni liberté, ni égalité, ni fraternité, Alexandre Zinoviev (trad. Marion Brücker), éd. Julliard/L’Âge d’Homme, 1983, p. 123


D'un point de vue sociologique, la société est une société d'adultes. Et, la jeunesse n'est que la réserve dans laquelle on puisera pour compléter les rangs des adultes. Les jeunes deviennent rapidement des adultes. Et le problème de la jeunesse en Occident n'est pas autre chose qu'un problème d'âge.Ce problème ne concerne qu'une partie des adultes et se manifeste dans un milieu d'adultes potentiels.
  • Ni liberté, ni égalité, ni fraternité, Alexandre Zinoviev (trad. Marion Brücker), éd. Julliard/L’Âge d’Homme, 1983, p. 125


Le conflit entre la société et la jeunesse est l'expression d'un conflit entre différentes catégories d'adultes. Les mouvements de jeunes expriment la situation générale des adultes.
  • Ni liberté, ni égalité, ni fraternité, Alexandre Zinoviev (trad. Marion Brücker), éd. Julliard/L’Âge d’Homme, 1983, p. 125


Homo Sovieticus, 1983[modifier]

Ne crois pas que je sois stalinien, disait l’Inspirateur. Je veux simplement dire que jusqu’à présent on a considéré le stalinisme soit de l’extérieur (à travers le regard des observateurs occidentaux), soit du point de vue de l’autorité personnelle de Staline et du système de répression. Le temps est venu de voir le stalinisme par en bas, c'est-à-dire en tant que phénomène de masse, en tant que grand processus historique d’accès de millions de gens des couches inférieures de la société à l’éducation, à la culture, à la création, à l’activisme. Beaucoup de gens ont péri, c’est vrai. Mais il y en a plus encore qui en sont sortis, qui ont radicalement changé leur mode de vie ; dont la situation s’est élevée, dont la vie est devenue plus intéressante comparée à ce qu’elle était auparavant. Cela a été pour une masse énorme de la population un essor culturel, spirituel, matériel sans précédent dans l’histoire, un processus créateur dans tous les domaines fondamentaux de la vie. On n’en a pas encore mesuré tout le prix. Je pense qu’il faudra des siècles pour lui rendre objectivement ce qui lui revient.
  • Homo sovieticus, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L’Age d’Homme, 1983, p. 193


Si un nouveau Staline me proposait, disons deux ou trois ans de pleins pouvoirs dans mon domaine tout en me prévenant qu’après ça je serais fusillé, j’accepterais sa proposition. Je voudrais au moins une fois dans ma vie, et fût-ce un court moment, fondre ma pensée et ma volonté dans l’un des courants de la grande histoire. Sous Staline c’était possible. Maintenant plus. Je sais que ce qui est en cause ici ce n’est pas la personnalité de Staline, mais le caractère mêlé de l’époque qui a entre autre donné naissance à Staline. Mais nous avons l’habitude de personnifier les époques et de lier des espérances chimériques à des personnalités.
  • Homo sovieticus, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard, L’Age d’Homme, 1983, p. 194


Le Héros de notre jeunesse, 1984[modifier]

La période stalinienne est l'une des plus intéressantes de l'histoire de l'humanité. Or il est pratiquement impossible d'en faire une description scientifique à la fois complète et exacte. Les documents de cette époque ont été détruits ou falsifiés. D’ailleurs en général les faits significatifs se sont déroulés sans laisser de traces écrites. Mais le peu qui a été conservé est inaccessible[1], tant aux chercheurs qu'aux écrivains. Les gens alors ne rédigeaient pas leurs mémoires. Ils avaient peur. Ils n'espéraient guère que cela puisse servir dans l'avenir. Et d'ailleurs ils n'avaient rien à dire. Les souvenirs qui sont publiés actuellement sont des falsifications antidatées.
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 100


C'est lorsque les coupables ont commencé à se sentir victimes innocentes que l'époque du stalinisme a pris fin.
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 105


Disons plus généralement que le problème du pouvoir n'est pas un problème militaire. c'est un problème social.
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108


Ce n'est pas par hasard si à la même époque, dans le pays, le pouvoir est resté entre les mains de gens militairement incompétents, à commencer par Staline lui-même. C'était normal. Si les spécialistes et les génies militaires s'en étaient emparés, nous aurions perdu la guerre. Ajoutons qu'on ne s'empare pas tant du pouvoir qu'on ne l'impose. La prise de pouvoir ne fait que compléter ou régulariser cette mainmise.
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108


Mais, souviens-toi, dit mon Stalinien, que tous les critiques parlent de notre époque d'un point de vue actuel et non en se replaçant à ce moment là. Et c'est la raison pour laquelle tout ce qu'ils disent est faux. Sache que l'histoire de notre pays notre époque a été la plus horrible, mais aussi la plus belle. Quand le temps aura passé, les hommes les meilleurs en rêveront. On écrira des légendes
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 133


C'est facile d'être un « vrai communiste » quand on bêche la terre jusqu'à épuisement ou qu'on charge du bois comme Paul Kortchaguine[2]. Mais si on veut être communiste dans nos conditions, alors il faut vivre selon les lois de cette société: frauder, tromper, forcer, dénoncer, se débrouiller. Sinon on ne fait rien
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 154


Ce système[3] était l'expression naturelle d'une démocratie authentiquement populaire. C'était l'initiation des masses encouragées par le haut dans la mesure ou le pouvoir suprême était un pouvoir populaire et cherchait à rester. De nos jours ce système a perdu de sa vigueur, l'âge d'or de la souveraineté populaire est achevé. L'affaiblissement du système a marqué l'affaiblissement de la souveraineté populaire actuellement restreinte dans son action par la forme légale du pouvoir officiel.

C'est là un exemple de cette dialectique que vous méprisez tant: une fois qu'il a eu pris le pouvoir en main, le peuple s'est retrouvé pris au piège de sa propre souveraineté, contraint qu'il était de déléguer aux siens un pouvoir illimité sur lui-même. Après qu'il a eu éprouvé dans sa chair toutes les horreurs de sa propre souveraineté, il y a renoncé aussi volontairement qu'il s'en était, toujours volontairement, précédemment emparé. Cela a été la raison fondamentale de l'affaiblissement et de la chute du Stalinisme.

  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 159-160


Ce qui fait, jeune homme, que si vous voulez trouver et juger les criminels du stalinisme, vous devez avant tout juger les victimes de ses crimes, car ce sont elles qui ont donné naissance aux criminels et aux bourreaux.
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 160


[…] Il y a dans tout mal une part de bien. Grâce à ces répressions et à ces défaites du début de la guerre le niveau d'instruction des officiers a augmenté. Oui, oui ! Des quantités d'hommes ayant fait des études secondaires et supérieures ont pris le commandement de pelotons, de compagnies, de bataillons, de régiments. […] Si vous voulez le savoir, ce sont les bacheliers de mon école qui ont gagné cette guerre
  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 194


Dieu : Définissez en deux mots ce qu'est un vrai communiste.
L'Homme : Un homme qui se contente d'un minimum de confort matériel ou qui le dédaigne et qui soumet ses propres intérêts à ceux de la collectivité ou encore qui se sacrifie pour les intérêts de la collectivité.
Le Diable : Et vous avez été comme ça ?
L'Homme : Dans l'ensemble, oui.
Dieu : Y en-a-t-il eu beaucoup comme vous à votre époque ?
L'Homme : Beaucoup. Peut-être pas tant que ça si on compare à la masse, mais bien assez pour définir le visage d'une époque. Nous donnions le ton et entraînions derrière nous des millions de gens.
Le Diable : Et maintenant ?
L'Homme : Maintenant, des gens comme ça on n'en trouve presque plus. Ce sont les anticommunistes qui donnent le ton, ou si vous voulez les arrivistes, les profiteurs, les bureaucrates, les vaniteux, bref tous ceux que notre temps nous méprisions et considérons comme des ennemis de la révolution et du nouveau régime.
Dieu : Des ennemis du peuple, comme vous disiez alors.
L'Homme : Beaucoup d'entre eux ont été éliminés, mais il y en a plus encore qui en ont réchappé. Ce sont eux qui ont anéanti les vraies communistes comme ennemis du peuple. Ils ont gagné.
Le Diable : Est-ce un bien ou un mal ?
L'Homme : C'est selon.

  • Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 198


Katastroïka, 1984[modifier]

Avant la révolution, il n'y avait pas du tout de révolutionnaire à Partgrad. De Bolchevik non plus. Le pouvoir des soviet fut instauré dans la région par les classes exploiteuses juste après la révolution de février, avant même Petrograd et Moscou. […] Les édiles municipaux rebaptisèrent les anciennes institutions sans les changer, les multiplièrent par dix et les peuplèrent de gens issus du peuple
  • Katastroïka, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 34


Au cours des années 30, le personnel dirigeants du district de Partgrad fut arrêté dans sa totalité par deux fois, et l'appareil régional par trois fois. Tous ce monde fut d'ailleurs coffré à juste titre, pour des délits administratifs et de droit commun, et si les chefs d'accusation prenait une couleur "politique", c'était pour répondre aux goûts du temps. Les victimes elles-même l'acceptaient volontiers, préférant passer pour des ennemis du peuple plutôt que des escrocs, des débauchés, des imbéciles, des incapables, des ivrognes.
  • Katastroïka, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 35


1984 et 1984[modifier]

En outre, si les gens recherchent, le pouvoir, ce n'est pas pour le pouvoir en soi, mais pour les avantages matériels que leur position et leur influence pourraient leur procurer.
  • Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984  (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 42


La société communiste est un véritable paradis pour les parasites.
  • Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984  (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 42


Je me dois d'insister sur le fait que la société communiste ne présente pas que des aspects négatifs. Je dirai même que ses aspects positifs sont absolument fondamentaux et que les points négatifs en découlent directement.
  • Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984  (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 48


Les idées fausses qui se transforment en préjugés ont la vie plus dure que les vérités objectives.
  • Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984  (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie "1984" et 1984, p. 49


Mon Tchékhov, 1989[modifier]

Dans la société soviétique, les tendances à l'asservissement réciproque qui se manifestaient déjà à l'époque de Tchékhov se sont renforcées démesurément. Par rapport à la société du passé l'esclavage communiste multiplie considérablement le nombre de ceux qui deviennent les dépositaires de l'autorité officielle de sorte que presque tous les membres ordinaires de la société sont en fait investis d'une parcelle de pouvoir qu'ils exercent sur les autres. Cette société a étendu la masse du pouvoir qui a atteint des dimensions sans précédents et elle en a confié l'exécution à des millions de simples gens. Elle les a investis suivant la lois qui y déterminent la distribution des biens : à chacun selon sa position sociale. Mais chacun y reçoit sa part. C'est un esclavage particulier, où la soumission de chacun est compensée par la possibilité de voir autour de lui des créatures soumises à sa propre autorité. Ainsi, à la place de la liberté s'offre la possibilité de priver les autres de leur liberté, c'est-à-dire d'obtenir la participation dans l'asservissement. Un ersatz de liberté est proposé ici aux citoyens: ce n'est pas l'aspiration à être libre, mais l'aspiration à priver les autres de leur volonté de liberté. Ce qui est beaucoup plus facile que de lutter pour ne pas être un esclave.
  • Mon Tchékov, Alexandre Zinoviev (trad. Laurent Vogel), éd. Complexe, 1989, p. 88-89


Les confessions d'un homme en trop, 1990[modifier]

La société russe d'avant la révolution était tiraillée entre trois forces : un système nobiliaire en voie de disparition, un capitalisme à l’état embryonnaire et une bureaucratie d’État. Cette dernière était à tel point prédominante dans notre "trou" que la masse de la population ne percevait presque pas les deux autres. Pour cette raison, la révolution de février passa inaperçue.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 36


Le problème de l'esclavage n'est pas de comprendre pourquoi on force les gens à devenir des esclaves, mais pourquoi ils se laissent asservir.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 67


Selon une opinion bien ancrée, les kolkhozes ont été inventés par les scélérats staliniens selon des considérations purement idéologiques. Pure ineptie ! L'idée n'est pas marxiste, elle n'a même rien avoir avec le marxisme classique. Loin d'être un fruit de la théorie, elle a surgi dans la vie pratique comme le produit d'un communisme bien réel, rien moins qu'imaginaire. L'idéologie ne fut qu'un moyen de justifier une évolution historique.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 68


Je crois que pour réussir dans une sphère quelconque de l'activité humaine, il ne suffit pas d'y avoir des dispositions. Serait-on très doué, si l'on n'est pas soutenu par ceux qui sont à même de reconnaitre et de pousser un talent, le succès est impossible.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 99


Les années trente furent la période la plus noire et en mêle temps la plus optimiste de l'histoire soviétique.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 99


La société communiste est née en Russie en pleine conformité avec les lois de l'évolution et non comme une exception due au hasard. La révolution d'octobre a simplement libéré la voie à une tendance déjà présente en Russie depuis des siècles.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 153


Toute guerre révèle d'une manière ou d'une autre les caractéristiques fondamentales des sociétés qui y sont impliquées.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. p.196


"Il ne s'agit pas, dis-je, de faire comme s'il existait quelque part une logique dialectique toute prête, que nous n'aurions qu'à identifier comme telle. Cette science n'existe pas et l'expression "logique dialectique" possède d'ailleurs plusieurs sens. Il faut poser le problème autrement. Personne ne remet en cause le fait qu'il existe un mode de pensée et une approche dialectique des phénomènes. On emploie dans cette approche des formes que décrit la logique formelle. Mais on recourt également à d'autres moyens qui nous permettent de nous orienter dans une réalité complexe, changeante et contradictoire. Ce sont ces moyens, qui rendent possible la pensée dialectique, qui doivent être pris pour objet d'étude de la logique. Et, il importe peu que nous envisagions cette science comme une logique dialectique particulière ou comme une branche de la logique formelle. Soit dit en passant, ces modes de pensée ont déjà été étudiés par John Stuart Mill, pour ne citer que lui."
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 316


Ce débat m'obligea à élaborer ma propre conception de ces aspects de la philosophie. Je décidai de concevoir une discipline qui engloberait comme objet d'étude les problèmes de logique, de gnoséologie, d'ontologie, de méthodologie, et de dialectique ainsi que d'autres matière qui touchent aux problèmes généraux du langage et de la connaissance. je considérais comme secondaire l'appellation de ladite discipline. "Philosophie" ne convenait pas. […]. Avec le temps, je me mis à utiliser l'expression "logique complexe" pour distinguer ce que je faisais de ce que faisaient les autres.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 317


…[le] stalinisme historique (ou simplement stalinisme) est la forme sous laquelle la société communiste s'est créé en Union Soviétique sous l'impulsion de Staline, de ces lieutenants et de tous ceux qui exécutaient leurs volontés et agissaient conformément à leurs idées et directives (ces derniers peuvent-être qualifiés de « staliniens historiques ». La société communiste n'est pas le produit de la volonté d'un homme. Elle surgi en obéissant à des lois sociales objectives, qui se sont révélées à travers l'activité de certains individus, de sorte que la forme qu'elles ont prises porte la marque de Staline et des staliniens.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 337


Tout imbécile peut se faire valoir au dépens du passé.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 339


Staline n'est pas le créateur de la tragédie russe, il n'en fut que l'expression.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 340


Le problème n'est plus comment bâtir le paradis sur Terre, mais comment y vivre.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 424


Tout en considérant le communalisme comme un phénomène universel, je soulignais que seule la société communiste était totalement gouvernée selon les lois de la communalité.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 424


Ainsi, l'Occident perçoit sa propre petitesse, reflétée dans le miroir courbe de la société soviétique, comme un phénomène grandiose
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 598


Le lavage idéologique des cerveaux constitue l'essence et le fondement de la formation de l'homme soviétique. […]. Dans le cadre de la formation idéologique, les gens apprennent à interpréter "correctement" les phénomènes auxquels ils sont confortés dans leur vie. […] Il ne s'agit pas là d'abrutissement. L'homme idéologique ainsi formé ne devient pas bête. c'est plutôt l'effet inverse qui a lieu.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Lavage de cerveau idéologique, p. 638


Une des raisons du niveau intellectuel assez bas d'essais qui critiquent la société soviétique et dénoncent ses fléaux, c'est précisément une mauvaise éducation idéologique.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Lavage de cerveau idéologique, p. 638


Rien ne prend si bien racine dans l'esprit des gens que des idées fausses devenues préjugés. L'ignorance est une force !
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. "1984" et 1984, p. 673


Un ouragan de désinformation de type nouveau s'est déversé sur l'humanité. Il ne s'agit plus de création et diffusion intentionnelle d'information délibérément fausse pour induire en erreur. Maintenant, on utilise des informations vraies dans le but prétendu de nettoyer les esprits. Mais ces informations sont sélectionnées, traitées, combinées, interprétées et présentées de telle façon qu'une image fausse et déformée de la réalité en résulte.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Postface, 1989, p. 695


Jamais dans l'histoire de l'humanité une si énorme somme de vérités n'a servi de matériel pour un si gigantesque mensonge. Jamais encore l'humanité n'est tombée en si grande erreur à partir de la meilleure information qui soit. Aujourd'hui, instruction et compétence servent à l'abrutissement des masse aussi bien que l'ignorance dans le temps passés.
La particularité spéciale de cette nouvelle forme de mensonge, c'est qu'elle ressemble plus la vérité que la vérité elle-même.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 695


La vérité est désormais le lot de solitaire aux moyens, hélas, très limités de diffuser leurs idées et d'influencer les masses.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 695


… le mensonge médiatique, ayant monopolisé les appréciations morales, prend la forme du bien tandis que les tentatives de de le dévoiler prennent la forme de mal. Les démagogues affolés manipulent les masses en leur promettant toutes sortes de bien terrestres, sans prendre en compte en considération les lois de l'histoire.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 696


L'appareil de propagande de Staline et Brejnev semble, en comparaison [au mensonge médiatique], un jeu de faussaires amateurs.
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 695


Le monde se trouve de nouveau en face de folles tentations et de folles séductions. […] Ayez peur de ceux qui vous séduisent car les séducteurs trompent toujours !
  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 696


Entretien avec Jean-Jacques Lafaye, 1991[modifier]

D'autres interrogent les faits réels et font des erreurs. De mon côté, j'ignore cette face de la réalité et je me trompe peu. Il y a plusieurs façon de trouver la vérité des choses : pour moi, c'est toujours dans ma tête et dans mon cœur.
  • in The 2012 Alexandre Zinoviev Birthday Book, entrevue d'Alexandre Zinoviev par J.J. Lafaye en 1991 à Munich, éd. blurb, 2012, p. 39


La maladie de notre temps, c'est la médiocrité.
  • in The 2012 Alexandre Zinoviev Birthday Book, entrevue d'Alexandre Zinoviev par J.J. Lafaye en 1991 à Munich, éd. blurb, 2012, p. 39


Perestroïka et contre-perestroïka, 1991[modifier]

L'origine du communisme[modifier]

(…) Je m'inscris en faux contre l'opinion communément admise selon laquelle le communisme réel serait la réalisation des idéaux marxistes et qu'il serait imposé aux masses, contre leur volonté, leurs désirs et leurs intérêts, par une poignées d'idéologues recourant à la force et au mensonge. Le communisme n'est pas seulement un régime politique que l'on peut transformer sur un ordre d'en haut, il est une organisation sociale de la population. Il s'est formé un Union Soviétique, non pas conformément au projet marxiste ni au gré des idéologues marxistes, mais en vertu des lois objectives qui régissent l'organisation de large masse de population en un organisme social achevé. Il est le résultat d'un processus de création historique auquel ont pris part des millions de personnes. (…)
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 13


Le communisme naît de diverses façons. En Russie, il fut le résultat du krach consécutif à la Première Guerre mondiale, de la révolution et de la guerre civile. Il fut apporté dans les pays d'Europe de l'Est par l'armée soviétique, vainqueur de l'Allemagne nazie. Mais quelle que soit la diversité des voies historiques qu'il emprunte en tel ou tel recoin de la planète, le communisme a ceci de particulier qu'il naît pas de rien et n'est pas totalement étranger au pays où il s'installe. (…)
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


Les racines du communisme existaient et existent, sous une forme ou une autre, dans les sociétés les plus diverses. Elles existaient également dans la Russie d'avant la révolution. Elles existent aujourd'hui dans les pays occidentaux. Sans elles, aucune société d'envergure et un tant soit peu développé n'est concevable. Elles représentent des phénomènes sociaux que je qualifierai de "phénomènes communautaires". Ceux-ci ne deviennent dominants et ne peuvent engendrer un type de société spécifique communiste - ou "socialisme réel" - que dans des conditions bien particulières. (…)
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


Quoi qu'il en soit les phénomènes communautaires eux-même sont généraux, universels. Ils sont déterminés par le simple fait qu'un assez grand nombre d'individus se trouvent contraints de vivre, sur des générations, en formant un tout, une communauté. (…) Ces phénomènes communautaires sont régis à leur tour par certaine lois objectives.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


Il en ressort de ce qui vient d'être dit que le communisme n'est ni le produit, ni la continuation, ni l'aboutissement du capitalisme. Ils ont des origines différentes. Ce n'est pas par hasard que le communisme a fait irruption sur la scène de l'histoire, non pas dans l'Occident hautement développé mais dans une Russie arriérée d'un point de vue capitaliste et hautement développée sur le plan des phénomènes communautaires : appareil d'état centralisé et puissant, classe importante de fonctionnaires, masses habituées à se soumettre au pouvoir, communauté paysanne. En liquidant les classes affaiblies des propriétaires terriens et celle, pas encore solide, des capitalistes, la révolutions d'Octobre devait balayer le terrain des relations communautaires. Ce n'est pas non plus par hasard que le communisme a séduit des pays de faible développement capitaliste.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


Le communisme, en un mot, est l'organisation de millions de personnes en un tout, selon les lois communautaires. Cela implique naturellement, l'instauration de bien des choses inexistantes dans la société non communiste précédente, ou dans la société d'un autre type. Les éléments communautaires préexistants, prémices du communisme, se transforment dans les conditions nouvellement créées, parfois si radicalement qu'ils semblent n'avoir plus aucun lien avec leur anciennes manifestations. D'où l'impression, erronée, que les relations de type communiste sont absolument neuves.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


Il s'ensuit que, pour faire un pays communiste, il ne suffit pas de prendre le pouvoir, de collectiviser l'économie ni d'imposer une idéologie d'état. Il y faut des transformations plus profonde à savoir : organiser différemment les masses, conformément aux lois communautaires auxquelles doivent-être soumis tous les aspects de la vie. (…)
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


La crise de l'économie[modifier]

La crise de l'économie communiste n'a rien de commun avec les crises économiques des sociétés capitalistes. A la base de la crise capitaliste se trouve un production anarchique.[…] A la base de la crise de l'économie communiste se trouvent les principes même de son organisation. […] Cette crise est relative, en ce sens qu'elle n'est perçue que par comparaison avec le niveau de vie et la technologie des pays occidentaux. La véritable crise vient de ce qu'on s'est écarté des méthodes communistes appliquées en économie, pour tenter de surmonter les difficultés et la stagnation par des méthodes capitalistes.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, chap. La crise de l'économie, p. 107


La meilleure étude de ces crises capitalistes reste, de mon point de vue, les travaux de K. Marx qu'il est bon ton aujourd'hui de juger erronés. En fait, c'est exactement le contraire.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, chap. La crise de l'économie, p. 106


Dans l'intention d'améliorer la situation économique, les gorbatchéviens ont mis l'économie elle-même en état de crise.
  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, chap. La crise de l'économie, p. 108


L'occidentisme, 1995[modifier]

Avant-propos[modifier]

Savoir et comprendre sont deux chose tout à fait différente. On peut savoir beaucoup et comprendre peu. […]


Or, la compréhension ne vient pas automatiquement de l'expérience, de l'observation ou de l'accumulation de donnée. […]


Savoir vivre dans une société et être capable d'en saisir l'essence ont même des tendances à s'exclure réciproquement. Les virtuoses de savoir-vivre (entrepreneurs, arrivistes, roublards et escrocs) sont généralement incapables d'appréhender la nature des mécanismes qu'ils utilisent. Ceux qui le percent à jour révèlent, en revanche, bien peu d'aptitude a se débrouiller dans la vie pratique.


La compréhension d'une société concrète dépend de nombreux facteurs, notamment de la méthodologie utilisée. Celle-ci prédétermine ce que le chercheur va remarquer dans le domaine de son étude et comment il interprètera ses trouvailles.


Structure sociale de la population[modifier]

Lorsque l’on examine la structure sociale de la population de l’Occident, il est impossible d’ignorer les millions d’ouvriers immigrés sans lesquels la société occidentale moderne est impensable.


L’aspiration des millions d’immigrés à se fondre de leur plein gré dans la société occidentale n’influence guère leur statut au sein de cette dernière. Ils forment une couche sociale stable comparable aux esclaves de l’empire romain.[…] Proportionnellement à la population, les esclaves de l’empire romain étaient moins nombreux que nos travailleurs immigrés. Pourtant, la société romaine était classée comme esclavagiste alors que l’on appelle démocratique l’occidentale.


L’existence de la couche des travailleurs immigrés a déjà engendré, en Occident, des problèmes qui comptent parmi les plus importants et difficiles de notre époque.[…] Quelle que soit la manière dont on les qualifie, ces graves conflits sont devenus, et pour longtemps, une donnée permanente de la vie à l’Ouest. La permanence de cette couche sociale et son maintien dans cet état semi-servile est objectivement indispensable à l’existence d’une société dont les contradictions sont exacerbées par le discours sur les libertés civiles, les droits de l’homme et l’égalité des chances. Dans une certaine mesure, c’est une aubaine pour l’Occident que ces problèmes soient perçus comme raciaux : cela permet d’occulter leur essence sociale et leur caractère organique. Dans le cas contraire, ils seraient apparus depuis longtemps pour ce qu’ils sont en réalité : les escarmouches d’un conflit de classes.


État droit et argent[modifier]

Il me semble que dans le système de séparation des pouvoirs, il faudrait ajouter à ses trois composantes traditionnelles, le législatif, l’exécutif et le judiciaire, une quatrième : le pouvoir monétaire.


La concurrence[modifier]

Les jugements des uns et des autres évoluent avec le temps, mais je n'ai pas rencontré le point de vue qui me semble le plus proche de la vérité : elle - la concurrence - n'a jamais été la forme unique, ni même la forme dominante de l'activité économique dans la société occidentale.


Son rôle est exagéré et idéalisé.


Le véritable domaine de la concurrence est celui de la criminalité.


La libre concurrence semble avantager les génies du mal plutôt que ceux du bien.


La haute efficacité économique de la société occidentale est atteint grâce à de nombreux facteurs dont les plus importants sont la dictature du travail, le travail planifié des entreprises, le totalitarisme monétaire, la dictature des banques, le contrôle de l'État, l'utilisation du progrès scientifique et technique. La libre concurrence est l'un de ces facteurs, mais certainement pas la plus importante.


L'idéologie[modifier]

Si l’on compare l’influence de l'idéologie dans les pays communistes et occidentaux, on constate bien vite qu'un résultat analogue est atteint en Occident sans les moyens idéologiques dont disposait le parti unique. Le système d'«abrutissement» occidental est incomparablement plus puissant que celui qui existait en URSS dans les années staliniennes et même brejnéviennes. Il ne touche pas seulement les citoyens ordinaires, entièrement plongés dans la sphère de l'action idéologique, mais aussi le milieu professionnel qui s’occupe de l’étude des phénomènes sociaux.


L’occident se moquait des cultes de la personnalité dans les pays communistes, mais il tombe dans le même travers et dans des proportions largement supérieures. Il crée et maintient en permanence le culte de présidents, de Premiers ministres, de chanceliers, de généraux, de professeurs, d’acteurs de cinéma, de sportifs et même de criminels. L’industrie à produire d’« éminentes » personnalités est tellement puissante que l’on peut qualifier la société occidentale de « cultiste ». Il ne s’agit nullement de mettre à l’honneur des actes réels d’individus d’exception, mais d’enfoncer dans la tête des gens la conviction que la société et son évolution résultent des efforts de ces personnalités.


La présence du facteur subjectif n'exclut pas les lois objectives, car ce facteur est lui-même un phénomène objectif,soumis à l'action de loi sociales spécifiques.


La méthode de pensée dialectique ne se réduit pas aux "lois de la dialectique" connues. Elle inclut un certain nombre de procédés d'expérimentation mentale que Hegel et Marx appelaient la méthode d'ascension de l'abstrait vers le concret. (…) Je suis persuadé que cette méthode pourrait-être très utile à la description de l'occidentisme, mais, à ce jour, Le Capital de Marx reste l'exemple unique de son application.


La grande rupture - Sociologie d'un monde bouleversé, 2000[modifier]

La grande rupture[modifier]

Le mécanisme du totalitarisme financier est constitué par le système financier géant de la société, qui est désormais conditionné avant tout par le nombre infini des échanges financiers s'étendant sur tous les aspects de la vie des hommes et de la société dans son ensemble, et notamment tout ce qui est lié au capitalisme.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 58


Les revenus du mécanisme financier ne proviennent pas de l'exploitation de salariés : les individus qui en font partie reçoivent leurs salaires sans rien produire. Ils sont les serviteurs d'un appareil de gouvernement semblable à celui de l'État. [...] En réalité, son type de financement est semblable à celui de l'État, qui ne produit rien. Il prélève le tribu de ceux qu'l dessert, c.à.d. qu'il exploite.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 58


Dernier entretien en terre d'occident, 1999[modifier]

la fin du communisme a aussi marqué la fin de la démocratie, notre époque aujourd’hui n’est pas que post communiste, elle est aussi post démocratique. Nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique, ou si vous préférez à l’instauration de la démocratie totalitaire.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 91


Le totalitarisme communiste était sensible aux critiques venant de l’Occident et celui-ci subissait aussi l’influence du communisme par le biais notamment de ses partis communistes. Aujourd’hui nous vivons dans un monde dominé par une idéologie unique, un fait unique, par un parti unique mondialiste.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 91


Le totalitarisme se répand partout parce que la structure supranationale impose sa loi aux nations. Cette super structure non démocratique donne des ordres, sanctionne, bombarde, affame.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 93


Le totalitarisme financier a soumis les pouvoirs politiques. Le totalitarisme financier est froid. Il ne connaît ni la pitié, ni les sentiments. Les dictatures politiques sont pitoyables en comparaison de ce totalitarisme-là. Une certaine résistance était possible au sein des dictatures les plus dures, aucune révolte n’est possible contre une banque.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 91


Le totalitarisme démocratique et la dictature financière excluent la révolution sociale.
  • La grande rupture - sociologie d'un monde bouleversé, Alexandre Zinoviev (trad. Slobodan Despot), éd. Éditions l'Âge d'Homme, 2000, p. 94


La Suprasociété globale et la Russie, 2000[modifier]

Les processus historiques concrets sont toujours un mélange de deux types de processus : 1) le type spontané, non planifié et non dirigé; 2) le type conscient et volitif, planifié et dirigé. Leurs proportions et leurs rôles varient à l'intérieur de certaines limites. Quand le second type est dominant, l'ensemble du processus est, dans sa majeure partie, planifié (programmé) et dirigé, bien que certains de ses composants restent non planifiés et non dirigés.
  • La Suprasociété globale et la Russie, Alexandre Zinoviev (trad. Gérard Conio), éd. L'Age d'Homme, 2000  (ISBN 978-2-8251-1392-9), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 26


Pour décrire un processus historique spontané, il faut faire appel à la dialectique. Pour décrire les processus conscients-volitifs il faut utiliser un autre appareil méthodologique. Dans ce cas il est indispensable de savoir ce que sont les plans sociaux (les projets); comment et pourquoi on les décide, comment on les réalise, comment, par quels moyens et selon quelles règles, on pratique la gestion sociale des personnes. Ce n'est pas en contradiction avec la dialectique, c'est une autre orientation de l'étude des objets sociaux.
  • La Suprasociété globale et la Russie, Alexandre Zinoviev (trad. Gérard Conio), éd. L'Age d'Homme, 2000  (ISBN 978-2-8251-1392-9), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 27


... dans la tragédie sociale le juge prononce un verdict contre la victime.
  • La Suprasociété globale et la Russie, Alexandre Zinoviev (trad. Gérard Conio), éd. L'Age d'Homme, 2000  (ISBN 978-2-8251-1392-9), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 26


L'un des facteurs les plus importants qui ont causé la faillite du communisme soviétique (russe) a été le facteur de trahision.
  • La Suprasociété globale et la Russie, Alexandre Zinoviev (trad. Gérard Conio), éd. L'Age d'Homme, 2000  (ISBN 978-2-8251-1392-9), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 91


La trahison est un phénomène largement répandu aussi bien dans la vie individuelle des gens que dans les processus historique. Elle est un facteur actif et constant de l'humanité. [...]. Je rappelle que j'emploie le mot « trahison » dans le sens sociologique, en tant que concept scientifique. [...]. Pourtant, j'insiste pour garder ce mot, dans la mesure où le ce concept scientifique dans le cas donné, constitue l'explication (explicite et précise) de l'usage intuitif du mot.
  • La Suprasociété globale et la Russie, Alexandre Zinoviev (trad. Gérard Conio), éd. L'Age d'Homme, 2000  (ISBN 978-2-8251-1392-9), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 91


Entretiens par Galia Ackerman, 2001[modifier]

J'ai découvert une loi d'organisation sociale que j'appelle la « loi de la régénération sociale » et qui peut s'énoncer de la manière suivante : lorsqu'un système social s'effondre, mais que les hommes et le cadre politique restent inchangés, le nouveau système social ressemble à celui qui vient de disparaître. En vertu de cette loi, de nombreux éléments du soviétisme ont été préservés ou régénérés.


les sociétés occidentales ne sont pas nées en un jour. Elles se sont formées au cours des siècles, au prix de guerres dévastatrices, de luttes sociales acharnées et d'énormes sacrifices humains. Les valeurs occidentales ne sont pas, elles non plus, venues de nulle part : elles prennent appui sur des doctrines religieuses et philosophiques qui ne sont pas universelles et qui ne sauraient donc être appliquées n'importe quand à n'importe qui. Par-dessus le marché, ce n'est pas le modèle occidental réel qui a été implanté chez nous, mais sa version de propagande.


Le testament d'une sentinelle, 2005[modifier]

C'est le propre des systèmes totalitaires de ne rien comprendre à l'humour.
  • « Le testament d'une sentinelle », Alexandre Zinoviev, propos recueillis par François Busnel et traduits du russe par Valéry Chemelkine., L'Expression, nº (en ligne sur lexpress.fr), 01/03/2005, p. en ligne


Le communisme était pour moi un idéal. Mais surtout un système d'éducation : […]. J'ai donc été éduqué et élevé comme un communiste idéaliste, au sens où l'entendaient Thomas More, Campanella, Charles Fourier ou Saint-Simon, qui comptent beaucoup pour moi. Mais ce communisme-là fut perverti et trahi par les dirigeants du Parti. La réalité que j'observais ne correspondait pas du tout aux idéaux du communisme.
  • « Le testament d'une sentinelle », Alexandre Zinoviev, propos recueillis par François Busnel et traduits du russe par Valéry Chemelkine., L'Expression, nº (en ligne sur lexpress.fr), 01/03/2005, p. en ligne


Quels sont vos rapports avec Alexandre Soljénitsyne?


A.Z. Je n'en ai jamais eu et je ne veux pas en avoir. Comme écrivain, son "œuvre" est médiocre, surévaluée. Et comme penseur, c'est proche de la nullité. Je suis tourné vers l'avenir, et Soljénitsyne, vers le passé.
  • « Le testament d'une sentinelle », Alexandre Zinoviev, propos recueillis par François Busnel et traduits du russe par Valéry Chemelkine., L'Expression, nº (en ligne sur lexpress.fr), 01/03/2005, p. en ligne


Notes[modifier]

  1. Certains dossiers ont été ouverts aux scientifiques et aux historiens depuis les années 2000 mais beaucoup ne le sont pas encore. Et, comme le dit Zinoviev, beaucoup de dossiers ont été détruits ou falsifiés par les dirigeants poststaliniens parce qu'ils les compromettaient.
  2. Héros du roman Et l'Acier fut trempé… de Nikolaï Ostrovski
  3. le second élément de la souveraineté populaire qu'est la dénonciation des ennemis (ordinairement imaginaire), la délation et les accusations secrètes ou publiques.

Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :