Friedrich Nietzsche
Friedrich Wilhelm Nietzsche est un philosophe et un philologue allemand né le 15 octobre 1844 à Röcken, Prusse, près de Leipzig, et mort le 25 août 1900 à Weimar (Allemagne).
[modifier] La Naissance de la tragédie, 1873
La connaissance tue l'action, pour agir il faut être obnubilé par l'illusion.
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La Naissance de la tragédie (1872), Friedrich Nietzsche (trad. Hans Hildebrand et Laurent Valette), éd. 10/18, 1991 (ISBN 2-264-01447-4), partie 7, p. 73
Citation choisie citation du jour pour le 11 septembre 2010.
[modifier] Vérité et Mensonge au sens Extra-Moral, 1873
Au détour de quelque coin de l'univers inondé des feux d'innombrables systèmes solaires, il y eut un jour une planète sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse et la plus mensongère de l'"histoire universelle", mais ce ne fut cependant qu'une minute. Après quelques soupirs de la nature, la planète se congela et les animaux intelligents n'eurent plus qu'à mourir. Telle est la fable qu'on pourrait inventer, sans parvenir à mettre suffisamment en lumière l'aspect lamentable, flou et fugitif, l'aspect vain et arbitraire de cette exception que constitue l'intellect humain au sein de la nature. Des éternités ont passé d'où il était absent; et s'il disparaît à nouveau, il ne se sera rien passé.
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Vérité et Mensonge au sens Extra-Moral (1973), Friedrich Nietzsche (trad. Michel Haar et Marc Launay), éd. Éditions Gallimard, coll. Pléiade, 1975 et 2000, t. I, partie 7, chap. 1, p. 403
[modifier] Humain, trop humain, 1878
Les médecins les plus dangereux sont ceux qui, comédiens nés, imitent le médecin-né avec un art consommé d'illusion.
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(fr) Humain, trop humain, Friedrich Nietzsche, éd. Mercure de France, 1899, partie 1, p. 320
Le demi-savoir triomphe plus facilement que le savoir complet : il conçoit les choses plus simples qu’elles ne sont, et en forme par suite une idée plus saisissable et plus convaincante.
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(fr) Humain, trop humain, Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio essais, 1987, partie 1, p. 367
[modifier] Le Gai Savoir, 1882
Être profond et sembler profond. — Celui qui se sait profond s'efforce d'être clair ; celui qui voudrait sembler profond à la foule s'efforce d'être obscur.
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Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1901, partie Livre 3, p. § 173
Nul vainqueur ne croit au hasard.
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Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1901, p. § 258 (texte intégral sur Wikisource)
- Le plus important des événements récents, - le fait « que Dieu est mort », que la croyance au Dieu chrétien a été ébranlée - commence déjà à projeter sur l'Europe ses premières ombres.
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Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1901, p. § 343
[modifier] Ainsi parlait Zarathoustra, 1885
Mais une fois que Zarathoustra fut seul, il se dit en son cœur : « Serait-ce possible ! Ce vieux saint dans sa forêt n'a pas encore entendu dire que Dieu est mort ! »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 2, p. 47
Je vous enseigne le Surhumain. L'homme n'existe que pour être dépassé. Qu'avez-vous fait pour le dépasser ? [...] Blasphémer Dieu était jadis le pire des blasphèmes, mais Dieu est mort et morts avec lui ces blasphémateurs. Désormais le crime le plus affreux, c'est de blasphémer la terre et d'accorder plus de prix aux entrailles de l'insondable qu'au sens de la terre.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 3, p. 48
Voici, je vous enseigne le Surhumain !
Le Surhumain est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le Surhumain soit le sens de la terre.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 3, p. 9
J'aime ceux qui sont pleins d'un grand mépris, parce que ce sont eux qui vénèrent et qu'ils sont des flèches du désir d'aller vers l'autre rive [...].
J'aime celui qui ne veut pas avoir trop de vertu. Une vertu est davantage vertu que deux, parce qu'elle est davantage noeud auquel se pend la fatalité.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 4, p. 24
Je vous le dis : il faut encore porter en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez encore un chaos en vous.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 5, p. 14
Un peu de poison par-ci par-là : cela donne des rêves agréables. Et beaucoup de poison, pour finir : cela donne une mort agréable.
On travaille encore car le travail est un divertissement. Mais on prend soin que le divertissement ne soit pas trop fatiguant [...].
Point de berger et un troupeau. Chacun veut la même chose : chacun sera pareil, celui qui sentira les choses autrement, ira volontairement à l'asile d'aliénés.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 5, p. 27
Zarathoustra ne doit pas être le berger et le chien d'un troupeau !
Pour détourner beaucoup de gens du troupeau — voilà pourquoi je suis venu. Que la foule et le troupeau soient en colère contre moi : ce que veut Zarathoustra, c'est que les bergers l'appellent brigand.
Bergers, dis-je, mais eux-mêmes ils se nomment les bons et les justes. Bergers dis-je : mais eux-mêmes ils se nomment les croyants de la vraie loi.
Voyez les bons et les justes ! Qui haïssent-ils le plus ? Celui qui brise les tables de leurs valeurs, le destructeur, le criminel — mais celui-là c'est le créateur.
Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur et non pas des cadavres et non pas des troupeaux et des croyants.
Ceux qui créent avec lui c'est eux que le créateur cherche, ceux qui inscrivent des valeurs neuves sur des tables neuves.
Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur, qui puissent moissonner avec lui, car chez lui, tout est prêt pour la récolte. Mais ce sont les cent faucilles qui lui manquent : aussi doit-il arracher les épis à poignées et il s'en irrite.
Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur, et de ceux qui savent affûter leurs faucilles. On les appellera destructeurs et détracteurs du bien et du mal. Mais ce sont eux les moissonneurs, ce sont eux qui célèbrent les fêtes.
Des compagnons, voilà ce que cherche Zarathoustra pour créer, moissonner, célébrer les fêtes : qu'a-t-il à faire de troupeaux, de bergers et de cadavres ?
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « Prologue de Zarathoustra », 9, p. 22
[...] dans le désert le plus reculé se fait la seconde métamorphose : l'esprit ici se change en lion, il veut conquérir sa liberté et être le maître dans son propre désert [...].
Créer des valeurs nouvelles — le lion lui-même n'en est pas encore capable, — mais conquérir la liberté pour des créations nouvelles — voilà ce que peut la puissance du lion.
Créer sa liberté et opposer même au devoir le « non » sacré : à cette fin, mes frères, il est besoin du lion.
Prendre le droit de créer des valeurs nouvelles — c'est la conquête la plus terrible pour un esprit accoutumé aux fardeaux et au respect. A la vérité cela lui paraît être de la rapine et l'affaire de bêtes de proie.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Des trois métamorphoses », p. 41
« Je suis corps et âme » — ainsi parle l'enfant. Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ? Mais l'homme éveillé à la conscience et à la connaissance dit : « Je suis tout entier corps, et rien d'autre ; l'âme est un mot qui désigne une partie du corps. »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « Des contempteurs du corps », p. 72
De tout ce qui est écrit, je ne lis que ce que quelqu'un écrit avec son sang. Ecris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit.
Il n'est guère facile de comprendre le sang d'autrui : je hais les oisifs qui lisent [...].
Que tout un chacun ait le droit d'apprendre à lire, voilà qui à la longue va gâter non seulement l'écriture mais aussi la pensée.
Jadis l'esprit était dieu, puis il s'est fait homme et maintenant il se fait même plèbe.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Lire et écrire », p. 55
L'air léger et pur, le danger proche et l'esprit plein d'une joyeuse méchanceté ; voilà qui va bien ensemble.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Lire et écrire », p. 55
Celui qui gravit les plus hautes montagnes, celui-là se rit de toutes les tragédies qu'elles soient réelles ou jouées.
Courageux, insouciants, moqueurs, brutaux — c'est ainsi que nous veut la sagesse : elle est femme et elle n'aime jamais qu'un guerrier.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Lire et écrire, p. 56
Je ne pourrais croire qu'à un Dieu qui saurait danser.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « Lire et écrire », p. 50
Je ne croirais qu'en un dieu qui s'entendrait à danser. Et lorsque je vis mon diable, je le trouvai grave, minutieux, profond, solennel ; c'était l'esprit de pesanteur — par lui toutes choses tombent.
On ne tue pas par la colère, mais on tue par le rire. Allons, tuons l'esprit de pesanteur !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Lire et écrire », p. 56
L'État, c'est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s'échappe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 87
Des destructeurs sont ceux qui tendent des pièges pour des multitudes et les appellent l'Etat : ils suspendent au-dessus d'eux un glaive et cent appétits. Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l'Etat et il le hait comme un mauvais oeil et comme un péché contre les coutumes et les droits.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 66
Il naît beaucoup trop d'humains : pour ceux qui sont en trop, on a inventé l'Etat !
Regardez donc comme il les attire, ces trop-nombreux ! Comme il les ingurgite, et mâche et remâche !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 66
J'appelle Etat le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu'ils soient bons ou mauvais ; Etat, l'endroit où ils se perdent tous, les bons et les méchants ; Etat, le lieu où le lent suicide de tous s'appelle — « la vie ».
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 67
Tous, ils m'apparaissent des fous, des singes qui grimpent, des surexcités. Leur idole sent mauvais, ce monstre froid : tous tant qu'ils sont, ils sentent mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans les émanations de leurs gueules et de leurs appétits ? Brisez plutôt les fenêtres et sautez dehors, à l'air libre.
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur. Fuyez l'idolâtrie des superflus !
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur ! Fuyez donc les vapeurs de ces sacrifices humains !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 68
Là où cesse l'Etat, c'est là que commence l'homme, celui qui n'est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 69
Où cesse la solitude commence le marché ; et où commence le marché, commence aussi le vacarme des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses.
Dans le monde, les choses les meilleures ne valent rien sans quelqu'un pour les mettre en scène : le peuple appelle ces metteurs en scène : de grands hommes [...].
A cause de ces esprits hâtifs, retourne à ta sécurité : ce n'est qu'au marché que l'on est assailli par oui ou par non ! [...]
C'est à l'écart du marché et de la gloire que se passe tout ce qui est grand : c'est à l'écart de la place du marché et de la gloire qu'ont, de tout temps, habité les inventeurs de valeurs nouvelles.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Des mouches du marché », p. 69
Ils pensent beaucoup à toi en leur âme étroite — tu leur es toujours un motif de suspicion ! Tout ce à quoi on pense beaucoup finit par devenir suspect [...].
Oui, mon ami, tu es la mauvaise conscience de tes prochains : car ils sont indignes de toi. C'est pourquoi ils te haïssent et aimeraient bien te sucer le sang.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Des mouches du marché », p. 72
J'aime la forêt. On vit mal dans les villes : il y a trop d'humains en rut.
Ne vaut-il pas mieux tomber aux mains d'un meurtrier que dans les rêves d'une femme en chaleur ?
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la chasteté », p. 72
Votre amour du prochain n'est que votre mauvais amour de vous-mêmes.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « De l'amour du prochain », p. 100
Et garde-toi des bons et des justes ! Ils aiment à crucifier ceux qui s'inventent leur propre vertu, — ils haïssent le solitaire.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « De la voie du créateur », p. 84
Il y a des hommes à qui tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte : et je veux que la patte ait aussi des griffes.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « De la voie du créateur », p. 84
L'homme doit être élevé pour la guerre et la femme pour le délassement du guerrier : tout le reste est folie !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « Des petites vieilles et des petites jeunes», p. 87
Dans l'homme véritable est caché un enfant qui veut jouer. Allons, les femmes, découvrez-le cet enfant dans l'homme !
Que la femme soit un jouet, pure et fine, pareille à la pierre précieuse, illuminée par les vertus d'un monde qui n'existe pas encore.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Des petites vieilles et des petites jeunes », p. 85
« TOUS LES DIEUX SONT MORTS : MAINTENANT, VIVE LE SURHUMAIN ! »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie I, chap. « De la vertu qui donne », p. 106
Créer, c'est la grande délivrance de la douleur, et l'allègement de la vie.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie II, chap. « Sur les îles bienheureuses », p. 115
« Vouloir » délivre.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie II, chap. « Sur les îles bienheureuses », p. 115
Gardez-vous de cracher contre le vent !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie II, chap. « De la canaille », p. 143
En toutes choses vous faites, à mon gré, trop les familiers de l'esprit ; et de la sagesse, vous en avez souvent fait un asile et un hôpital pour mauvais poètes.
Vous n'êtes pas des aigles : aussi n'avez-vous pas appris le bonheur dans l'effroi de l'esprit. Et celui qui n'est point un oiseau ne doit point s'établir au-dessus des abîmes.
Vous êtes des tièdes : mais le flot de toute connaissance profonde est glacé. Les source les plus profondes de l'esprit sont froides comme la glace : elles délassent les mains chaudes de ceux qui agissent.
Vous vous tenez là, honorables, raides et le dos droit, sages illustres, aucun grand vent, aucune grande volonté ne vous pousse.
N'avez-vous jamais vu passer les voiles sur la mer, gonflées, arrondies, tremblantes sous la violence du vent impétueux ?
Pareille à la voile tremblantes sous la violence du vent impétueux, ma sagesse passe sur la mer, — ma sagesse sauvage !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Des sages illustres », p. 129
Il fait nuit : voici que s'élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes : et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.
Il fait nuit : c'est maintenant que s'éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d'amoureux.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie II, chap. « Le Chant de la nuit », p. 144
Ils ne sont pas non plus assez propres pour moi : ils troublent tous leurs eaux pour les faire paraître profondes.
- À propos des poètes.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie II, chap. « Des poètes », p. 180
Tout comme vos sages illustres ne me parurent, au fond, pas tellement sages, de même j'ai trouvé la méchanceté des hommes inférieure à sa réputation.
Et souvent je me suis demandé en hochant la tête : pourquoi sonner encore, serpents à sonnettes [...] ?
Il faut d'abord que vos chats sauvages soient devenus des tigres et vos crapauds empoisonnés des crocodiles : car à bon chasseur, bonne chasse !
Et en vérité, vous les hommes de bien, vous les justes ! Il y a trop de choses risibles en vous et d'abord votre crainte de ce qui, jusque-là, s'appelait « diable » !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1979 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Du discernement humain », p. 174
« Ce sont les mots les plus silencieux qui amènent la tempête. Des pensées qui viennent sur des pattes de colombes mènent le monde.
Ô Zarathoustra, tu dois aller comme une ombre de ce qui viendra forcément : ainsi tu vas commander et tu avanceras tout en commandant. »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1979 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « L'heure la plus silencieuse », p. 178
Tout chez eux discourt, rien ne réussit plus, ni s'achève. Tout caquète, qui donc veut encore rester tranquille sur le nid et couver des oeufs ?
Tout chez eux discourt, tout est délayé en mots.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1979 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Le retour », p. 222
L'homme est quelque chose qui doit être surmonté.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie III, chap. « Des vieilles et nouvelles tables », 4, p. 282
Être véridiques : peu de gens le savent ! Et celui qui le sait ne veut pas l'être !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie III, chap. « Des vieilles et nouvelles tables », 7, p. 284
Ce qui a son prix a peu de valeur.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie III, chap. « Des vieilles et nouvelles tables », 12, p. 288
La vie est une source de joie : mais pour celui qui laisse parler son estomac gâté, le père de la tristesse, toutes les sources sont empoisonnées.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie III, chap. « Des vieilles et nouvelles tables », 16, p. 292
Je trace des cercles autour de moi et de saintes frontières ; il y en a toujours moins qui montent avec moi sur des montagnes toujours plus hautes : j'élève une chaîne de montagnes toujours plus saintes.
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie III, chap. « Des vieilles et nouvelles tables », 19, p. 292
Deviens qui tu es !
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie IV, chap. « L'Offrande du miel », p. 335
« [...] Vous, hommes supérieurs, laissez-moi vous apprendre ceci : sur la place du marché personne ne croit aux hommes supérieurs. Et voulez-vous y parler, allez-y ! Mais la populace clignera des yeux en disant : « Nous sommes tous pareils et égaux. »
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1979 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie IV, chap. « De l'homme supérieur », p. 336
Avez-vous du courage, ô mes frères ? Êtes-vous résolus ? Non pas du courage devant des témoins, mais du courage de solitaires, du courage d'aigles dont aucun dieu n'est plus spectateur ?
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1898, partie IV, chap. « De l'homme supérieur », 4, p. 407
C'est de la peur qu'est née ma vertu à moi, qui s'appelle le Savoir [...]. C'est ce que Zarathoustra appelle « la brute interne ».
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Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. GF-Flammarion, 1969 (ISBN 2-08-070881-3), partie IV, chap. « De la science », p. 362
[modifier] Par-delà bien et mal, 1886
La vie n'est désormais plus conçue par la morale : elle veut l'illusion, elle vit d'illusion...
- (de) Das Leben ist nun einmal nicht von der Moral ausgedacht : es will Täuschung, es lebt von der Täuschung....
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(fr) Essai d'autocritique, Friedrich Nietzsche, éd. Éditions du Seuil, 1999 (ISBN 2-02-03579-3), partie Préface de 1886 de Par-delà bien et mal, p. 52 & 53
Tout homme d'élite aspire instinctivement à sa tour d'ivoire, à sa retraite mystérieuse, où il est délivré de la masse, du vulgaire, du grand nombre, où il peut oublier la règle «homme», étant lui-même une exception à cette règle.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie II, chap. « Le libre esprit », § 26, p. 93
Tout esprit profond a besoin d'un masque. Je dirai plus encore : autour de tout esprit profond, grandit et se développe sans cesse un masque, grâce à l'interprétation toujours fausse, c'est-à-dire plate, de chacune de ses paroles, de chacune de ses démarches, du moindre signe de vie qu'il donne.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie II, chap. « Le libre esprit », § 40, p. 114
Il faut savoir se conserver. C'est la meilleure preuve d'indépendance.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie II, chap. « Le libre esprit », § 41, p. 116
«Mon jugement, c'est mon jugement à moi : un autre ne me semble pas y avoir facilement le droit» — ainsi s'exprimera peut-être un de ces philosophes de l'avenir. Il faut se garder du mauvais goût d'avoir des idées communes avec beaucoup de gens. «Bien» n'est plus bien dès que le voisin l'a dans la bouche. Et comment se pourrait-il qu'il y eût un «bien commun» ! Le mot se contredit lui-même. Ce qui peut être commun est toujours de peu de valeur. En fin de compte, il faut qu'il en soit comme il en a toujours été : les grandes choses sont réservées aux grands, les profondes aux profonds, les douceurs et les frissons aux âmes subtiles, bref tout ce qui est rare aux êtres rares.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie II, chap. « Le libre esprit », § 43, p. 117
On a mal regardé la vie, quand on n'a pas aussi vu la main qui tue en gant de velours.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 69, p. 152
«Pitié pour tous» — ce serait cruauté et tyrannie pour toi, monsieur mon voisin! —
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 82, p. 155
On commence à se méfier des personnes très avisées dès qu'elles sont embarrassées.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Angèle Kremet-Marietti), éd. L'Harmattan, 2006 (ISBN 229600041X), chap. IV (« Maximes et intermèdes »), § 88, p. 102
La maturité de l’homme : cela veut dire retrouver le sérieux que l'on avait au jeu, étant enfant.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Angèle Kremet-Marietti), éd. L'Harmattan, 2006 (ISBN 229600041X), chap. IV (« Maximes et intermèdes »), § 94, p. 103
Quand on veut dresser sa conscience, elle vous embrasse, en vous mordant.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 98, p. 158
LE DANGER DANS LE BONHEUR. «Maintenant, tout me réussit : j'aime toute espèce de destinée : — qui a envie d'être ma destinée ?»
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 103, p. 159
Celui qui lutte contre les monstres doit veiller à ne pas le devenir lui-même. Or, quand ton regard pénètre longtemps au fond d'un abîme, l'abîme, lui aussi, pénètre en toi.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 146, p. 166
Les poètes manquent de pudeur à l'égard de leurs aventures : ils les exploitent.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 161, p. 169
Ce sont les instincts les plus élevés, les plus forts, quand ils se manifestent avec emportement, qui poussent l'individu en dehors et bien au-dessus de la moyenne et des bas-fonds de la conscience du troupeau, — qui font périr la notion d'autonomie dans la communauté et détruisent chez celle-ci la foi en elle-même, ce que l'on peut appeler son épine dorsale : voilà pourquoi ce seront ces instincts que l'on flétrira et que l'on calomniera le plus. L'intellectualité supérieure et indépendante, la volonté de solitude, la grande raison apparaissent déjà comme des dangers ; tout ce qui élève l'individu au-dessus du troupeau, tout ce qui fait peur au prochain s'appelle dès lors mal. L'esprit tolérant, modeste, soumis, égalitaire, qui possède des désirs mesurés et médiocres, se fait un renom et parvient aux honneurs moraux. Enfin, dans les conditions très pacifiques, l'occasion et la nécessité d'imposer au sentiment la sévérité et la dureté se font de plus en plus rares ; et, dès lors, la moindre sévérité, même en justice, commence à troubler la conscience. Une noblesse hautaine et sévère, le sentiment de la responsabilité de soi, viennent presque à blesser et provoquent la méfiance. L'«agneau», mieux encore le «mouton», gagnent en considération.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie V, chap. « Histoire naturelle de la morale », § 201, p. 201
Notre Europe contemporaine, ce foyer d'un effort soudain et irréfléchi, pour mélanger radicalement les rangs et, par conséquent, les races, est, par cela même, sceptique du haut en bas de l'échelle, tantôt animée de ce scepticisme noble qui, impatient et lascif, saute d'une branche à l'autre, tantôt troublé et comme obscurci par un nuage de questions — et parfois las de sa volonté à en mourir ! Paralysie de la volonté, où ne rencontre-t-on pas aujourd'hui cette infirmité ! Et parfois on la trouve même maquillée, avec des dehors séducteurs ! Pour cacher cette maladie, on a des habits d'apparat, des parures menteuses ; par exemple ce qu'on étale aujourd'hui sous le nom d'«esprit scientifique», d'«art pour l'art», «connaissance pure, indépendante de la volonté», tout cela n'est que du scepticisme fardé, la paralysie de la volonté qui se déguise — je me porte garant du diagnostic de cette maladie européenne.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie VI, chap. « Nous autres savants », § 208, p. 223
Il faut connaître non seulement la marche hardie, légère, délicate et rapide de ses propres pensées, mais avant tout la disposition aux grandes responsabilités, la hauteur et la profondeur du regard impérieux, le sentiment d'être séparé de la foule, des devoirs et des vertus de la foule, la protection et la défense bienveillante de ce qui est mal compris et calomnié, que ce soit Dieu ou le diable ; le penchant et l'habileté à la suprême justice, l'art du commandement, l'ampleur de la volonté, la lenteur du regard qui rarement admire, rarement se lève et aime rarement...
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie VI, chap. « Nous autres savants », § 213, p. 237
On a fait un grand pas en avant lorsqu'on a fini par inculquer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la digestion rapide) ce sentiment qu'il est défendu de toucher à tout, qu'il y a des évènements sacrés où elles n'ont accès qu'en ôtant leurs souliers et auxquels il ne leur est pas permis de toucher avec des mains impures, — c'est peut-être le point le plus élevé d'humanité qu'ils peuvent atteindre. Au contraire, rien n'et aussi répugnant, chez les êtres soi-disant cultivés, chez les sectateurs des «idées modernes», que leur manque de pudeur, leur insolence familière de l'oeil et de la main qui les porte à toucher à tout, à goûter de tout et à tâter de tout ; et il se peut qu'aujourd'hui, dans le peuple, surtout chez les paysans, il y ait plus de noblesse relative du goût, plus de sentiment de respect, que dans ce demi-monde des esprits qui lisent les journaux, chez les gens cultivés.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 263, p. 338
Si l'on admet [...] que, de tout temps, le danger n'a rapproché que des hommes qui pouvaient désigner, au moyen de signes semblables, des besoins semblables, des événements semblables, il résulte, dans l'ensemble, que la facilité de communiquer dans le péril, c'est-à-dire en somme le fait de ne vivre que des événements moyens et communs, a dû être la force la plus puissante de toutes celles qui ont dominé l'homme jusqu'ici. Le hommes les plus semblables et les plus ordinaires eurent toujours et ont encore l'avantage ; l'élite, les hommes raffinés et rares, plus difficiles à comprendre, courent le risque de rester seuls et, à cause de leur isolement, ils succombent aux dangers et se reproduisent rarement. Il faut faire appel à de prodigieuses forces adverses pour entraver ce naturel, trop naturel, progressus in simile, le développement de l'homme vers le semblable, l'ordinaire, le médiocre, le troupeau — le commun !
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 268, p. 344
Ce qui sépare le plus profondément deux hommes, c'est un sens et un degré différents de propreté.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 271, p. 349
Signes de noblesse : ne jamais songer à rabaisser nos devoirs à être des devoirs pour tout le monde ; ne pas vouloir renoncer à sa propre responsabilité, ne pas vouloir la partager ; compter ses privilèges et leur exercice au nombre de nos devoirs.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 272, p. 350
[modifier] La généalogie de la morale, 1887
Nous avons besoin d'une critique des valeurs morales, il faut commencer par mettre en question la valeur même de ses valeurs.
- (de) Wir haben eine Kritik der moralischen Werthe nöthig, der Werth dieser Werthe ist selst erst einmal in Frage zu stellen.
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(fr) Essai d'autocritique, Friedrich Nietzsche, éd. Éditions du Seuil, 1999 (ISBN 2-02-03579-3), partie Avant propos à La généalogie de la morale, p. 128 & 129
On a pas hésité à donner à l'homme "bon" une valeur supérieure dans le sens du progrès, de l'utilité, de la prospérité de l'homme. Et si le contraire était vrai ? Et s'il y avait chez le "bon" aussi un symptôme de régression qui permettrait au présent de vivre en quelque sorte aux dépens de l'avenir ? De sorte que la morale serait responsable du fait que le type homme n'a jamais atteint le plus haut degré de puissance ?
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(fr) Essai d'autocritique, Friedrich Nietzsche, éd. Éditions du Seuil, 1999 (ISBN 2-02-03579-3), partie Avant propos à La généalogie de la morale, p. 131
[modifier] Crépuscule des idoles, 1888
Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort.
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Crépuscule des idoles (1888), Friedrich Nietzsche (trad. Patrick Wotling), éd. Flammarion, 2005 (ISBN 2080711741), partie Maximes et flèches, §8, p. 122 (texte intégral sur Wikisource)
Sans la musique, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil.
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1906, partie Maximes et flèches, §33, p. 113 (texte intégral sur Wikisource)
On sait ce que j’exige du philosophe : de se placer par-delà le bien et le mal, — de placer au-dessous de lui l’illusion du jugement moral. Cette exigence est le résultat d’un examen que j’ai formulé pour la première fois : je suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas du tout de faits moraux. Le jugement moral a cela en commun avec le jugement religieux de croire à des réalités qui n’en sont pas.
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Société du Mercure de France, 1906, partie Ceux qui veulent rendre l’humanité « meilleure », §1, p. 1 (texte intégral sur Wikisource)
Parvenir à la puissance se paie cher : la puissance abêtit.
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Crépuscule des idoles (1888), Friedrich Nietzsche (trad. Patrick Wotling), éd. Flammarion, 2005 (ISBN 2080711741), partie Ce qui abandonne les allemands, 1, p. 166-167 (texte intégral sur Wikisource)
Pour vivre seul, il faut être une bête, ou un dieu, dit Aristote. Reste un troisième cas : il faut être les deux à la fois... philosophe.
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, 1974 (ISBN 2-07-032474-5), partie Maximes et traits, p. 11
Comment ? Tu cherches à te multiplier par dix, par cent ? Tu cherches des disciples ? Cherche alors des zéros !
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, 1974 (ISBN 2-07-032474-5), partie Maximes et traits, p. 13
Qui ne sait mettre sa volonté dans les choses, y met au moins un sens : cela revient à croire qu'une volonté s'y trouve déjà (principe de la "foi").
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, 1974 (ISBN 2-07-032474-5), partie Maximes et traits, p. 13
Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose.
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, 1974 (ISBN 2-07-032474-5), partie Maximes et traits, p. 16
Et qui, aujourd'hui, rit le mieux, rira le dernier.
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Le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, 1974 (ISBN 2-07-032474-5), partie Maximes et traits, p. 18
[modifier] L’Antéchrist, 1888
Qu'est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l'homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance même.
Qu'est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui vient de la faiblesse.
Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est en voie d'être surmontée.
Non d'être satisfait, mais d'avoir davantage de puissance. Non pas la paix, mais la guerre. Non la vertu, mais la valeur (vertu dans le sens de la Renaissance, virtu, une vertu «garantie sans moraline»).
Périssent les faibles et les ratés ! Premier principe de notre philanthropie. Et il faut même les y aider.
Qu'est-ce qui est plus nuisible qu'aucun vice ? La compassion active pour tous les ratés et les faibles — le christianisme...
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 2, p. 16
Le christianisme a pris le parti de tout ce qui est bas, vil, manqué, il a fait un idéal de l' opposition à l'instinct de conservation de la vie forte. Même aux natures les mieux armées intellectuellement, il a perverti la raison, en leur enseignant à ressentir les valeurs suprêmes de l'esprit comme entachées de péché, induisant en erreur, comme des tentations.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 5, p. 17
J'appelle dépravé tout animal, toute espèce, tout individu qui perd ses instincts, qui choisit, qui préfère ce qui lui fait mal.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 6, p. 18
La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d'accumulation de forces, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 6, p. 18
La compassion contrarie en tout la grande loi de l'évolution, qui est la loi de la sélection. Elle préserve ce qui est mûr pour périr, elle s'arme pour la défense des déshérités et des condamnés de la vie, et, par la multitude des ratés de tout genre qu'elle maintient en vie, elle donne à la vie même un aspect sinistre et équivoque.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 7, p. 18
La compassion est la praxis du nihilisme. Répétons-le : cet instinct dépressif et contagieux contrarie les instincts qui visent à conserver et à valoriser la vie : tant comme multiplicateur de la misère que comme conservateur de tout misérable, il est l'instrument principal de l'aggravation de la décadence. La compassion vous gagne à la cause du néant!...
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 7, p. 19
Un mot, encore, contre Kant moraliste. Il faut qu'une vertu soit notre propre invention, notre recours, notre besoin le plus personnel : en tout autre sens, elle n'est qu'un danger. Ce qui n'est pas une condition de notre vie ne peut que lui nuire. Une vertu est nuisible que si elle ne naît que d'un sentiment de respect pour le mot «vertu», le «devoir», le «bien en soi», le bien doté du caractère de l'impersonnalité et de l'universalité — ce ne sont là qu'élucubrations qui expriment le déclin, le dernier degré d'affaiblissement de la vie, la chinoiserie koenigsberienne. C'est le contraire que commandent les lois les plus profondes de la conservation et du développement : que chacun invente sa propre vertu, son impératif catégorique bien à lui. Un peuple est perdu lorsqu'il confond son devoir avec l'idée du devoir en général.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 22, p. 11
Qu'est-ce qui détruit plus rapidement que de travailler, de penser, de sentir sans nécessité intérieure, sans un choix profondément personnel, sans plaisir, comme un automate mû par le «devoir» ? C'est, tout bonnement, la recette de la décadence, et même de l'idiotie... Kant en est devenu idiot...
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 23, p. 11
Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme — il a dans le sang l'habitude acquise de poser les problèmes froidement et objectivement, il vient après un mouvement philosophique qui a duré des centaines d'années — la notion de « Dieu » est déjà abolie quand il survient. Le bouddhisme est la seule religion positiviste que nous montre l'Histoire, et même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménisme) — il ne dit plus « guerre au péché », mais rendant à la réalité ce qui lui est dû : « guerre à la souffrance ». Il a déjà laissé derrière lui — et c'est ce qui le différencie radicalement du christianisme — l'automystification des conceptions morales ; il se trouve, pour employer mon language, outre bien et mal.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 20, p. 30-31
Le bouddhisme suppose un climat très doux, des mœurs d'une grande aménité et d'une grande tolérance, pas trace de militarisme ; et aussi que le foyer du mouvement se trouve dans les classes supérieures et mêmes savantes. On s'assigne comme but suprême la sérinité, la paix, l'extinction de tout désir et l'on atteint ce but. Le bouddhisme n'est pas une religion dans laquelle on aspire seulement à la perfection ; le parfait y est le cas normal.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 21, p. 32
Le bouddhisme est une religion pour hommes tardifs, pour des races débonnaires, douces, devenues hypercérébrales, qui ressentent trop aisément la souffrance (l'Europe est encore loin d'être mûre pour cela) : il les ramène à la paix et à la sérénité, à la diète dans l'ordre physique. Le christianisme entend venir à bout des fauves : sa méthode consiste à les rendre malades — l'affaiblissement est la recette chrétienne de l' apprivoisement, de la «civilisation». Le bouddhisme est une religion faite pour l'aboutissement, la lassitude de la civilisation ; le christianisme ne la trouve même pas à sa naissance : au besoin, il la crée.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 23, p. 33
Les Juifs sont le peuple le plus étonnant de l'Histoire universelle, parce que , placés devant la question de l'être et du non-être, ils ont, en pleine conscience et avec une résolution qui fait peur, préféré l'être à tout prix ; ce prix ce fut la falsification radicale de toute nature, de tout naturel, de toute réalité, tant dans le monde intérieur que dans le monde extérieur.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 24, p. 35
Considéré du point de vue de la psychologie, le peuple juif est d'une force vitale prodigieusement résistante, qui, placé dans des conditions impossibles, volontairement et par une profonde habilité à survivre, prend le parti des instincts de décadence — non parce qu'il est dominé par ces instincts, mais parce qu'il a deviné en eux une puissance grâce à laquelle on peut s'imposer contre « le monde ».
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 24, p. 36
Tenir pour sincère un Paul de Tarse, dont la patrie était le centre du rationalisme stoïcien, lorsqu'il arrange une hallucination en preuve de la « survie » du Rédempteur ou simplement lui prêter la foi qu'il raconte qu'il a eu cette hallucination, voilà qui serait pure niaiserie de la part d'un psychologue : Paul voulait la fin, par conséquent il voulait aussi les moyens… Ce que lui-même ne croyait pas, les imbéciles parmi lesquels il répandait sa doctrine le crurent. — Son besoin à lui, c'était le pouvoir : en Paul, c'était encore le prêtre qui aspirait au pouvoir, — tout ce qu'il lui fallait, c'étaient des idées, des enseignements, des symboles, grâce auxquels il pût tyranniser les masses, former des troupeaux. Quel est le seul emprunt que, plus tard, Mahomet fit au christianisme ? L'invention de Paul, son moyen d'asseoir la tyrannie des prêtres, de former des troupeaux : la croyance en l'immortalité — c'est-à-dire la doctrine du « jugement »…
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 42, p. 57
Le mouvement chrétien, en tant que mouvement européen, est d'emblée un mouvement rassemblant sans exclusive toute la lie, tout le rebut de l'humanité (et c'est ce rassemblement qui, par le christianisme, aspire au pouvoir). Il n'exprime pas le déclin d'une race, il est un conglomérat de formes de décadence venues de partout, qui se pressent et se cherchent.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 51, p. 70
Le christianisme n'était pas «national», pas réservé à une race — il s'adressait à tous les déshérités de la vie, quels qu'ils fussent, il avait des alliés partout. La base du christianisme, c'est la rancune des malades, leur instinct dirigé contre les bien-portants, contre la santé. Tout ce qui est achevé, fier, exubérant, et avant tout la beauté, lui fait mal aux oreilles et aux yeux.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 51, p. 70
Un pas de plus dans la psychologie de la conviction, de la « foi ». Il y a longtemps déjà que j’ai fait remarquer que les convictions sont peut-être des ennemis plus dangereux de la vérité que les mensonges (Humain, trop humain ; I, Aph. 483).
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 55, p. 75
Un antisémite ne devient nullement plus respectable du fait qu'il ment au nom d'un principe.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 55, p. 76
Le « saint mensonge » est commun à Confucius, aux Lois de Manou, à Mahomet et à l'Église chrétienne — : il ne manque pas non plus chez Platon.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 55, p. 76-77
Il serait tout à fait indigne d'un esprit un peu profond de trouver à redire à la médiocrité en soi. Elle est même une nécessité primordiale pour qu'il puisse y avoir des exceptions : c'est d'elle que dépend toute haute culture.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 57, p. 80
Si l’Islam méprise le christianisme, il a mille fois raison : l’Islam suppose des hommes pleinement virils.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 59, p. 85
Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) — Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière — une civilisation en comparaison de laquelle même notre XIX siècle semblerait pauvre et retardataire! Sans doute, ils révaient de butin : l'Orient était riche!… Voyons donc les choses comme elles sont! Les croisades? Une piraterie de grande envergure, et rien de plus! […] L'Église a mené sa guerre à outrance contre tout ce que la Terre portait comme d'aristocratique! […] La noblesse allemande est à peu près entièrement absente de l’histoire de la culture supérieure : on en devine la cause… Le christianisme, l’alcool - les deux grands moyens de corruption... En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance: ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. « Guerre à outrance avec Rome! Paix et amitié avec l’Islam. » C’est ce qu’a senti, c’est ce qu’a fait ce grand esprit fort, le seul génie parmi les empereurs allemands, Frédéric II.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 60, p. 85
Il est nécessaire de raviver un souvenir encore cent fois plus gênant pour les Allemands. Les Allemands ont frustré l'Europe de la dernière grande moisson de culture que l'Europe aurait dû engranger : la Renaissance.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, 2006 (ISBN 2070325571), Aphorisme 61, p. 86
[modifier] Ecce homo, 1888
[modifier] Préface
Mais la disproportion entre la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains s'est traduite par le fait qu'on ne m'a ni entendu, ni même perçu. Je vis sur le crédit que je m'accorde moi-même, peut-être mon existence se réduit-elle à un préjugé ?...
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Ecce homo, Nietzsche contre Wagner, Friedrich Nietzsche (trad. Eric Blondel), éd. GF-Flammarion, 1999 (ISBN 978-2-0807-0572-3), p. 47 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Pourquoi je suis si sage
Cette énergie qui me permit de m'isoler complètement, de me détacher totalement des conditions habituelles, la contrainte que je m'imposai pour ne plus me laisser domestiquer, dorloter et droguer par de douteux docteurs — voilà qui trahit une absolue sûreté d'instinct quant à ce qui, alors, faisait avant tout besoin. Je me suis pris moi-même en main, je me suis rendu à moi-même la santé : la condition de cette réussite — tout physiologiste me l'accordera — c'est d'être fondamentalement sain.
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L’Antéchrist suivi de Ecce Homo (1888-1908), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), partie Pourquoi je suis si sage, Ecce Homo, p. 101
Un être typiquement morbide ne deviendra jamais sain, et pourra encore moins se rendre la santé ; pour quelqu'un de typiquement sain, au contraire, le fait d'être malade peut être un stimulant énergique de vie, du «plus-vivre». C'est en fait ainsi que m'apparaît maintenant cette longue période de maladie : je découvris pour ainsi dire la vie, y compris moi-même, avec des yeux neufs, je savourai toutes les bonnes — et même les petites — choses, comme d'autres auraient du mal à les savourer — je fis de ma volonté de santé et de vie ma philosophie... Car, qu'on y prenne bien garde : mes années de plus faible vitalité furent celles où je cessai d'être pessimiste : l'instinct de l'«autoreconstitution» m'interdisait une philosophie de la pauvreté et du découragement... Et à quoi, au fond, reconnaît-on l' épanouissement physique ? A ce qu'un être épanoui fait du bien à nos sens ; à ce qu'il est taillé dans un bois qui est à la fois ferme, tendre et odorant. Il n'a de goût que pour ce qui lui fait du bien; son plaisir, son envie, cesse là où la mesure de ce qui convient est franchie. Il invente des remèdes contre les lésions, il exploite à son avantage les hasards malencontreux : ce qui ne le fait pas périr lui donne des forces. D'instinct, de tout ce qu'il voit, entend et vit, il amasse son propre capital : il est un principe de sélection, il élimine bien des choses. Il est toujours dans sa société bien à lui, qu'il commerce avec des livres, des hommes ou des paysages; par son choix, il honore ce qu'il a choisit, ce qu'il admet, ce à quoi il fait confiance. A toutes sortes de sollicitations, il réagit lentement, avec cette lenteur dont une longue prudence et une fierté délibérée lui ont imposé la discipline. Bien loin d'aller au-devant d'elle, il examine attentivement la sollicitation qui se présente à lui. Il ne croit ni à la «malchance», ni à la «faute»: il vient à bout de lui-même et des autres, il sait oublier — il est assez fort pour que tout, nécessairement, tourne à son avantage. Eh bien, je suis tout le contraire d'un décadent: car c'est moi-même que je viens de décrire.
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L’Antéchrist suivi de Ecce Homo (1888-1908), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), partie Pourquoi je suis si sage, Ecce Homo, p. 101
Ce que je reproche aux âmes compatissantes, c'est qu'elles perdent facilement toute pudeur, toute délicatesse, tout respect des distances, c'est que, pour un rien, la compassion sent sa plèbe et ressemble à s'y méprendre aux mauvaises manières, — c'est que des mains compatissantes, peuvent à l'occasion avoir un effet proprement dévastateur lorsqu'elles s'en prennent à un grand destin, à une solitude blessée, et au privilège d'une faute écrasante.
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L’Antéchrist suivi de Ecce Homo (1888-1908), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), partie Pourquoi je suis si sage, Ecce Homo, p. 105
[...] j'ai besoin de solitude, je veux dire de guérison, de retour à moi, du souffle d'un air pur qui circule librement... Tout mon Zarathoustra n'est qu'un dithyrambe en l'honneur de la solitude, ou, si l'on m'a compris, en l'honneur de la pureté... Heureusement, pas en l'honneur de la pure niaiserie ! — Qui sait voir les couleurs l'appellera adamantine... Le dégoût de l'homme, de la «canaille», fut toujours mon plus grand péril...
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L’Antéchrist suivi de Ecce Homo (1888-1908), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), partie Pourquoi je suis si sage, Ecce Homo, p. 110
[modifier] Pourquoi je suis si avisé
En tout cela – dans le choix de l'alimentation, du lieu et du climat, du délassement – c'est un instinct de conservation qui commande, lequel s'exprime de la façon la moins équivoque comme instinct d'autodéfense. Refuser de voir, d'entendre, de laisser approcher toutes sortes de choses – première intelligence, première preuve qu'on n'est pas un hasard, mais une nécessité. Le mot courant pour cet instinct d'autodéfense est le goût. Son impératif n'enjoint pas seulement de dire non, là où le oui serait du « désintéressement », mais encore de dire non le moins possible. Se séparer, se couper de tout ce qui obligeait toujours plus à dire non. La raison, en cela, c'est que les dépenses défensives, si petites qu'elles soient, quand elles deviennent la règle, l'habitude, provoquent un appauvrissement extraordinaire et parfaitement superflu. Nos grandes dépenses sont les petites qui s'accumulent. Se défendre, ne pas laisser approcher, c'est une dépense – qu'on ne s'y trompe pas –, une force dilapidée pour des buts négatifs. On peut, dans la détresse constante de la défense, s'affaiblir suffisamment pour n'être plus capable de se défendre.
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Ecce homo, Nietzsche contre Wagner, Friedrich Nietzsche (trad. Eric Blondel), éd. GF-Flammarion, 1999 (ISBN 978-2-0807-0572-3), p. 85 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Pourquoi j'en sais si long
Je ne saurais voir dans l'athéisme un résultat, un événement : il est chez moi instinct naturel. Je suis trop curieux, trop sceptique, trop hautain pour accepter une réponse grossière. Dieu est une réponse grossière, une goujaterie à l'égard du penseur ; ce n'est même, au fond, qu'une grossière interdiction à notre endroit : Défense de penser...
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Ecce homo, Nietzsche contre Wagner, Friedrich Nietzsche (trad. Eric Blondel), éd. GF-Flammarion, 1999 (ISBN 978-2-0807-0572-3), p. 105 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] D'autres auteurs à son sujet
Nietzsche a instruit patiemment sa volonté de puissance par ses longues marches dans la montagne, par sa vie en plein vent sur les sommets. Sur les sommets, il a aimé : «L'âpre divinité de la roche sauvage». La pensée dans le vent ; il a fait de la marche un combat. Mieux, la marche est son combat. C'est elle qui donne le rythme énergétique de Zarathoustra. Zarathoustra ne parle pas assis, il ne parle pas en se promenant, comme un péripatéticien. Il donne sa doctrine en marchant énergiquement. Il la jette aux quatre vents du ciel.
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L'eau et les rêves — Essai sur l'imagination de la matière (1942), Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1993 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie II, chap. VIII L'eau violente, p. 183
Dans le règne de l'imagination, l'air nous libère des rêveries substantielles, intimes, digestives. Il nous libère de notre attachement aux matières : il est donc la matière de notre liberté. A Nietzsche, l'air n'apporte rien. Il ne donne rien. Il est l'immense gloire d'un Rien. Mais de rien donner n'est-il pas le plus grand des dons. Le grand donateur aux mains vides nous débarrasse des désirs de la main tendue. Il nous habitue à ne rien recevoir, donc à tout prendre. [...] l'air est la véritable patrie du prédateur. L'air est cette substance infinie qu'on traverse d'un trait, dans une liberté offensive et triomphante, comme la foudre, comme l'aigle, comme la flèche, comme le regard impérieux et souverain. Dans l'air on emporte au grand jour sa victime. On ne se cache pas.
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L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement (1943), Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1992 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie III, chap. V. « Nietzsche et le psychisme ascensionnel », p. 175
Le nietzschéisme est essentiellement un vertige surmonté. Près de l'abîme, Nietzsche vient chercher des images dynamiques d'ascension. Le réel du gouffre donne à Nietzsche, par une dialectique bien connue de l'orgueil, la conscience d'être une force surgissante.
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L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement (1943), Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1992 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie III, chap. V. « Nietzsche et le psychisme ascensionnel », p. 175
La volonté nietzschéenne prend appui sur sa propre vitesse. Elle est une accélération du devenir qui n'a pas besoin de matière. Il semble que l'abîme, comme un arc toujours tendu, serve à Nietzsche à lancer ses flèches vers le haut. Près de l'abîme, le destin humain est de tomber. Près de l'abîme, le destin du surhomme est de jaillir, tel un pin vers le ciel bleu.
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L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement (1943), Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1992 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie III, chap. V. « Nietzsche et le psychisme ascensionnel », p. 175
Le renversement (Umkehrung en allemand) se fait, pour Nietzsche, en deux moments historiques et culturels : premièrement, avec ce qu'il appelle la scission de l'ancienne aristocratie en une "aristocratie guerrière" et une "aristocratie sacerdotale", et deuxièmement, avec l'avènement du judaïsme et sa lutte ultérieure avec la culture romaine sous la forme du christianisme. A ces deux moments, le faible l'emporte sur le fort, et la métaphysique prend un essor culturel dont le dernier avatar est le nihilisme moderne.
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(fr) Friedrich Nietzsche, Richard Beardsworth, éd. Les belles lettres, 1997 (ISBN 2-251-76001-6), p. 55
Montaigne, Nietzsche. Jamais l'un ni l'autre ne pensent sans se raconter. Leur singularité est partout présente, perceptible. Jamais pourtant ils ne se racontent pour le plaisir de l'épanchement. Ils ne cherchent pas à mettre leur vie sous le regard. C'est tout différent : ils regardent, et décrivent, et pensent avec leur vie.
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Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 74-75
Lorsque Barbey d'Aurevilly écrit sur Brummell, c'est pour extraire une théorie de ce qu'après Balzac on pourrait appeler la vie élégante. La plus belle réussite d'un dandy est l'emploi de son temps, et non son argent. Car il méprise l'or dans lequel croupissent les bourgeois. Son chef-d'oeuvre est sa liberté, l'acquisition de sa liberté. Je me souviens d'une belle phrase de Nietzsche qui écrivait qu'un homme qui ne dispose pas des deux tiers de son temps pour son propre usage n'est pas un homme libre.
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Le Désir d'être un volcan — Journal hédoniste, Michel Onfray, éd. Grasset, coll. Le Livre de Poche Biblio Essais, 1996 (ISBN 2-253-94263-4), chap. 9. Baudelaire, encore, p. 76
Dans les fragments, Nietzsche parle à plusieurs reprises de la «misérable grisaille» de la langue de Hegel et de l'allemand de bureaucrate de Kant. Les philosophes allemands écrivent une langue empêtrée, lourde, informe, et cela a encore empiré de nos jours. Seul Ludwig Wittgenstein, parmi les contemporains, écrit une langue digne de l'allemand.
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« Nietzsche, la pensée et le style », George-Arthur Goldschmidt, Le Point (hors série) (ISSN 0242-6005), nº 15, septembre-octobre 2007, p. 75
Quel a été jusqu'ici le plus grand péché commis sur terre ? N'était-ce pas la parole de celui qui a dit "malheur à ceux qui rient" ? A l'encontre des promesses du Christ, Nietzsche dit : "Nous ne voulons nullement entrer dans le royaume des cieux. Nous sommes devenus des hommes et c'est pourquoi ce que nous voulons, c'est le royaume de la terre."
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Jésus de Nazareth (2007), Joseph Ratzinger (trad. Dieter Hornig, Marie-Ange Roy et Dominique Tassel), éd. Flammarion, 2007, p. 119
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