Décadence
La notion de décadence est utilisée pour décrire le déclin d'une société, principalement sur le plan moral.
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[modifier] Enseignement
[modifier] Cours d'histoire philosophique de la pensée
[modifier] Michel Foucault, « Il faut défendre la société » — Cours au Collège de France, 1976
Chez les Mèdes, chez les Perses, vous trouvez également une aristocratie et un peuple. Ce qui prouve à l'évidence qu'il y a eu, derrière cela, luttes, violences et guerres. Et d'ailleurs, chaque fois que l'on voit les différences entre aristocratie et peuple s'atténuer dans une société ou dans un Etat, on peut être sûr que l'Etat va entrer en décadence. La Grèce et Rome ont perdu leurs statuts, et ont même disparu comme Etats, dès lors que leur aristocratie est entrée en décadence. Donc, partout des inégalités, partout des violences fondant des inégalités, partout des guerres. Il n'y a pas de sociétés qui puissent tenir sans cette espèce de tension belliqueuse entre une aristocratie et une masse de peuple.
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« Il faut défendre la société », Michel Foucault, éd. Gallimard Le Seuil, coll. Hautes Etudes, 1997 (ISBN 978-2-02-023169-5), Cours du 18 février 1976, p. 138
[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Maria-Concepcion Perez, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993
Désormais, l'avenir n'existe plus, et l'Histoire n'est qu'un théâtre vide, dans lequel il ne reste plus qu'un seul spectateur « devant le rideau baissé, avec le silence et la nuit », un dernier témoin. Il ne reste plus qu'une société décadente qui se décompose, formée, souligne Chateaubriand par des « générations mutilées, dédaigneuses, sans foi, vouées au néant qu'elles aiment », qui, ajoute-t-il, « ne sauraient donner l'immortalité », car « nul son ne sort du coeur des morts ».
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« Dernier chant, dernier témoin », Maria-Concepcion Perez, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 91
[modifier] Nouvelle
[modifier] Franz Kafka, Les Recherches d'un chien, 1922
Certes, la science progresse ; c'est un mouvement irrésistible ; ce progrès va même en s'accélérant, il va toujours plus vite. Mais qu'y a-t-il là qui mérite des éloges ? C'est comme si on voulait faire l'éloge de quelqu'un, parce qu'il vieillit à mesure que ses années augmentent et que, par conséquent, la mort approche toujours plus vite. C'est un processus naturel et, de surcroît, assez laid, dans lequel je ne trouve rien à louer. Je ne vois là que décadence.
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« Les Recherches d'un chien » (trad. Claude David), dans Œuvres complètes, Franz Kafka, éd. Gallimard, 1984, vol. 2, p. 696 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Roman
[modifier] Pierre Drieu La Rochelle, Les Chiens de paille, 1944
La décadence, toujours la décadence... La vie est une perpétuelle décadence depuis le début.
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Les Chiens de paille (1944), Pierre Drieu La Rochelle, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1964 (ISBN 2-07-075315-8), p. 200
[modifier] Philosophie
[modifier] Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, 1888
La compassion est la praxis du nihilisme. Répétons-le : cet instinct dépressif et contagieux contrarie les instincts qui visent à conserver et à valoriser la vie : tant comme multiplicateur de la misère que comme conservateur de tout misérable, il est l'instrument principal de l'aggravation de la décadence. La compassion vous gagne à la cause du néant !...
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 7, p. 19
Qu'est-ce qui détruit plus rapidement que de travailler, de penser, de sentir sans nécessité intérieure, sans un choix profondément personnel, sans plaisir, comme un automate mû par le « devoir » ? C'est, tout bonnement, la recette de la décadence, et même de l'idiotie... Kant en est devenu idiot...
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 23, p. 11
Le mouvement chrétien, en tant que mouvement européen, est d'emblée un mouvement rassemblant sans exclusive toute la lie, tout le rebut de l'humanité (et c'est ce rassemblement qui, par le christianisme, aspire au pouvoir). Il n'exprime pas le déclin d'une race, il est un conglomérat de formes de décadence venues de partout, qui se pressent et se cherchent.
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L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 51, p. 70
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l'inconscient, 1933
L'impossibilité ou le refus de voir l'individuel, dont on ne perçoit même plus l'existence, équivaut tout simplement à étouffer l'individu, ce qui détruit au sein d'un groupe social les éléments de différenciation. Car c'est l'individu qui est par excellence le facteur de différenciation. Les plus grandes vertus, les créations les plus sublimes, comme aussi les pires défauts et les pires atrocités, sont individuels.
Plus une communauté est nombreuse, plus la sommation des facteurs collectifs, qui est inhérente à la masse, se trouve accentué au détriment de l'individu par le jeu des préjugés conservateurs ; plus aussi l'individu se sent moralement et spirituellement anéanti, ce qui tarit ainsi la seule source possible du progrès moral et spirituel d'une société [...]. Tout ce qu'il y a d'individuel en lui est condamné à sombrer, c'est-à-dire à être refoulé. De ce fait tous les facteurs individuels deviendront inconscients, tomberont dans l'inconscient ; ils y végéteront et s'y transformeront selon une loi implacable en une manière de négativité systématique, de malignité principielle, qui se manifestent en impulsions destructrices et en comportements anarchiques. Ces tendances deviendront agissantes sur le plan social, chez l'individu tout d'abord : certains sujets à tempérament prohétique deviennent l'instrument de crimes à sensation (meurtre de roi, etc.) ; mais elles se font sentir chez tous de façon indirecte, à l'arrière-plan, par une décadence morale inévitable de la société.
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Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 73
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