Roi

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Un roi (en ancien français : « roy ») est un terme qui est formé sur le radical indo-européen *rig que l'on retrouve par exemple en latin (rex), en celtique (rix) ou en germanique (rik) dérivant des précédents puisque le terme proto-germanique est kuninggaz, et qui désigne la personne qui exerce la royauté.

Enseignement[modifier]

Cours d'histoire philosophique de la pensée[modifier]

Michel Foucault, Les Anormaux — Cours au Collège de France, 1974-1975[modifier]

C'est par un état de violence permanente que le despote peut faire valoir sa volonté sur le corps social tout entier. Le despote est donc celui qui exerce en permanence — hors statut et hors la loi, mais d'une manière qui est complètement intriquée dans son existence même — et qui fait valoir d'une façon criminelle son intérêt. C'est le hors-la-loi permanent, c'est l'individu sans lien social. Le despote est l'homme seul. Le despote est celui qui, par son existence même et par sa seule existence, effectue le crime maximum, le crime par excellence, celui de la rupture totale du pacte social par lequel le corps même de la société doit pouvoir exister et se maintenir. Le despote est celui dont l'existence fait corps avec le crime, dont la nature est donc identique à une contre-nature. C'est l'individu qui fait valoir sa violence, ses caprices, sa non-raison, comme loi générale ou comme raison d'État. C'est-à-dire que, au sens strict, depuis sa naissance jusqu'à la mort, en tout cas pendant tout l'exercice de son pouvoir despotique, le roi — ou en tout cas le roi tyrannique — est tout simplement un monstre. Le premier monstre juridique que l'on voit apparaître, se dessiner dans le nouveau régime de l'économie du pouvoir de punir, le premier monstre qui apparaît, le premier monstre repéré et qualifié, ce n'est pas l'assassin, ce n'est pas le violateur, ce n'est pas celui qui brise les lois de la nature ; c'est celui qui brise le pacte social fondamental. Le premier monstre, c'est le roi. C'est le roi qui est, je crois, le grand modèle général à partir duquel dériveront historiquement, par toute une série de déplacements et de transformations successives, les innombrables petits monstres qui vont peupler la psychiatrie et la psychiatrie légale du XIXe siècle.


A l'origine de l'humanité, il y avait deux catégories de gens : ceux qui se vouaient à l'agriculture et à l'élevage, et puis ceux qui étaient bien obligés de protéger les premiers, parce que les animaux sauvages et féroces risquaient de manger les femmes et les enfants, détruire les récoltes, dévorer les troupeaux, etc. Il fallait donc des chasseurs, des chasseurs destinés à protéger la communauté des agriculteurs contre les bêtes fauves. Puis, il est venu un moment où ces chasseurs ont été si efficaces que les bêtes fauves ont disparu. Du coup, les chasseurs sont devenus inutiles, mais inquiets devant leur inutilité, qui allait les priver des privilèges qu'ils exerçaient en tant que chasseurs, ils se sont eux-mêmes transformés en bêtes sauvages, ils se sont retournés contre ceux qu'ils protégaient. Et ils ont, à leur tour, attaqué les troupeaux et les familles qu'ils devaient protéger. Ils ont été les loups du genre humain. Ils ont été les tigres de la société primitive. Les rois ne sont pas autre chose que ces tigres, ces chasseurs d'autrefois qui avaient pris la place des bêtes fauves, tournant des premières sociétés.


[...] la grille d'intelligibilité qui a été posée par Freud à la névrose est celle de l'inceste. Inceste : crime des rois, crime du trop de pouvoir, crime d'Œdipe et de sa famille. C'est l'intelligibilité de la névrose. Après a suivi la grille d'intelligibilité de la psychose, avec Melanie Klein. Grille d'intelligibilité qui s'est formée à partir de quoi ? Du problème de la dévoration, de l'introjection des bons et des mauvais objets, du cannibalisme non plus crime des rois, mais crime des affamés.


Histoire[modifier]

Régine Pernoud, Histoire et lumière, 1998[modifier]

Il est évident que dans l'exercice du pouvoir, l'homme et la femme ont chacun des vertus profondes qui se conjuguent admirablement. Au Moyen Âge, le roi et la reine régnaient ensemble. C'est magnifique de penser que la reine avait un « pouvoir gracieux », c'est-à-dire qu'elle pouvait obtenir la grâce de tel ou tel condamné. Même si la condamnation avait été prononcée, elle pouvait encore intervenir pour qu'elle soit enlevée ou appliquée autrement.
  • Histoire et lumière, Régine Pernoud, éd. Cerf, 1998  (ISBN 2-204-05932-3), p. 46


Littérature[modifier]

Essai[modifier]

Léon Trotsky, Comment vaincre le fascisme, 1929-1933[modifier]

Les esprits naïfs pensent que le titre de roi tient dans la personne même du roi, dans son manteau d'hermine et sa couronne, dans sa chair et son sang. En fait, le titre de roi naît des rapports entre les hommes. Le roi n'est roi que parce qu'au travers de sa personne se réfractent les intérêts et les préjugés de millions d'hommes. Quand ces rapports sont érodés par le torrent du développement, le roi n'est plus qu'un homme usé, à la lèvre inférieure pendante.
  • Comment vaincre le fascisme, Léon Trotsky (trad. du russe par Denis et Irène Paillard), éd. Les Éditions de la Passion, 1993  (ISBN 2-906229-19-9), chap. Qu'est-ce que le national-socialisme ? (10 juin 1933), p. 225


Nouvelle[modifier]

Joyce Mansour, Infiniment... sur le gazon, 1963[modifier]

« Tu aurais pu attendre de me mettre en terre avant de me narguer comme ça, tous les jours à l'heure de la sieste. Moi qui n'ai jamais regardé un autre homme que ton père », disait-elle quand je me levais précipitamment sans entamer le dessert pour appeler l'ascenseur, répondre au téléphone, fermer la fenêtre, m'habiller, me déshabiller, m'agiter enfin en attendant l'arrivée bruyante de mon amant. La vieille se plaignait mais, le moment venu, c'était toujours elle qui ouvrait la porte à Arnaud. Bégayante, la langue alourdie par une épaisse couche de honte, ma mère aux jambes de crapaud et sexe à grosses mailles ne pouvait s'empêcher de le saluer avec le cérémonial dû à un roi. « Elle se surpasse, ta vieille », dit Arnaud le jour où elle lui offrit spontanément là, dans l'entrée, sous la lampe en fer forgé et le portrait du général, la pipe et les pantoufles de mon père. Geste qui n'empêcha nullement celui-ci de se promener, vêtu seulement des cuisses poilues de sa brune compagne drapées artistiquement autour de son cou et, de son éternelle cigarette, vite allumée, salement éteinte, jamais posée sans intention de faire mal, nu sous les yeux horrifiés de ma mère.
  • « Infiniment... sur le gazon », Joyce Mansour, La Brèche, nº 4, Février 1963, p. 62


Poésie[modifier]

Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922[modifier]

Rrose Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.
  • « Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 20


Joyce Mansour, Funéraire comme une attente à vie, 1964[modifier]

Il est un roi qui ne connaît aucune défaite
Je crève ses yeux
Deux doigts dans l'angle de la douleur suprême.

  • « Funéraire comme une attente à vie », Joyce Mansour, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 78


Prose poétique[modifier]

Joseph Delteil, Échec, 1923[modifier]

Je me chaussais de bottes, et je devins rapidement végétarien. Ma mère arrosait les salades. Mais mon père, médiocre chasseur, tuait quelquefois un roitelet, une pie ou une buse. Lorsque j'eus vingt roitelets, je fus tout décontenancé que cela ne fît point un grand Roi. Luce préférait les Reines et les reinettes. Elle en pêchait parfois dans la mare, et les apportait à notre chat. Les chats ont horreur du vert. Ils ont un poil dans les pattes, et mille piles dans la fourrure. Ils adorent ma prose, comme eux réticente, sèche et suspecte.
  • « Échec », Joseph Delteil, Littérature Nouvelle Série, nº 10, Octobre 1923, p. 7


André Breton, Poisson soluble, 1924[modifier]

Je vous jure que nous saurons rendre l'injustice sous un roseau invisible, nous les derniers rois.


Joyce Mansour, Illusions de vol, 1964[modifier]

Je me souviens de nos jeux de fin d'après-midi. En péril mortel devant sa sœur ennemie, le roi noir la menaça de ses crochets sans toutefois se décider à mordre, par une répugnance que je ne me charge pas d'expliquer.
« Échec au roi ».
Le sol quadrillé était fort mal éclairé par la fenêtre donnant sur la baie et mon roi n'avait plus sa tour, son terrier, dont le rôle est de quelque valeur tant dans l'attaque directe que dans la défense.
« Dommage que les pions-soldats ne puissent être renouvelés après consommation ».

  • « Illusions de vol », Joyce Mansour, La Brèche, nº 6, Juin 1964, p. 22


Roman[modifier]

Alexandre Najjar, Kadicha, 2011[modifier]

[L]e mot maguen, en hébreu, signifiait à la fois « bouclier » et « protéger, défendre, entourer », terme qui convenait parfaitement aux rois. Dans la Bible, ce terme revenait à plusieurs reprises pour désigner un roi ou le Roi des rois.
  • Kadicha, Alexandre Najjar, éd. Plon, 2011, p. 168


Théâtre[modifier]

William Shakespeare, Henry V, 1599[modifier]

Le roi Henry : Nous ne sommes pas un tyran, mais un roi chrétien ; et notre colère est assujettie à notre mansuétude, tout comme les misérables mis aux fers dans nos prisons.
  • (en) King Henry : We are no tyrant, but a Christian king,
    Unto whose grace our passion is subject
    As is our wretches fettered in our prisons.
  • Henry V, William Shakespeare (trad. Sylvène Monod), éd. Flammarion, 2000  (ISBN 2-08-071120-2), acte I, scène 2, p. 50-51


Le roi Henry : […] le roi n'a pas à répondre de la fin de chacun de ses soldats, ni le père de celle de son fils, ni le maître de celle de son serviteur ;
  • (en) King Henry : […] the king is not bound to answer the particular endings of his soldiers, the father of his son, nor the master of his servant.
  • Henry V, William Shakespeare (trad. Sylvène Monod), éd. Flammarion, 2000  (ISBN 2-08-071120-2), acte IV, scène 1, p. 152-153


Pierre Corneille, Nicomède, 1651[modifier]

  • Un véritable roi n’est ni mari ni père ;
    Il regarde son trône, et rien de plus.
    • A true king is neither husband nor father;
      He considers his throne and nothing else.
      • Nicomède, act IV, scène III

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