Langue française

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La langue française est une langue romane parlée principalement en :

Citations[modifier]

Georges Bernanos, La France contre les robots, 1944[modifier]

La civilisation des machines n'a nullement besoin de notre langue, notre langue est précisément la fleur et le fruit d'une civilisation absolument différente de la civilisation des machines. Il est inutile de déranger Rabelais, Montaigne, Pascal, pour exprimer une conception sommaire de la vie, dont le caractère sommaire fait précisément tout l'efficience. La langue française est une œuvre d'art, et la civilisation des machines n'a besoin pour ses hommes d'affaires, comme pour ses diplomates, que d'un outil, rien davantage.


Albert Camus, Carnets II, janvier 1942 - mars 1951, 1964[modifier]

Oui, j'ai une patrie : la langue française.
  • Carnets II, janvier 1942-mars 1951, Albert Camus, éd. Gallimard, 1964, p. 337


Albert Caraco, Ma confession, 1975[modifier]

Le paradoxe est qu'étant l'un des bons auteurs, que l'on trouve à présent en France, le recul du français me remplit d'aise et son délabrement me met en joie, il me paraît qu'anticipant sur l'avenir, je passerai pour l'un des derniers mainteneurs du style et que mes morceaux feront l'ornement de leurs anthologies.


André Chamson, Suite cévenole, 1968[modifier]

Si grand-mère voulait m’obliger à parler français, c’est parce que cette langue était, pour elle, celle qui pouvait permettre à l’homme de s’entretenir avec dieu. Ces protestants cévenols d’autrefois obéissaient à une des lois les plus profonde de l’humanisme. Ils avaient besoin, à côté de la langue de tous les jours, d’une langue savante et pourtant sans secret pour eux. C’était l’instrument nécessaire de leur élévation et de leur culture. Ils l’avaient trouvé dans la langue de Clément Marot et de Calvin qui n’était pas leur langue maternelle, mais dont ils avaient le plein usage depuis le XVIe siècle. Jamais savant ne fut aussi à l’aise devant l’hébreu, le grec ou le latin que ces pauvres gens devant leur Bible française…
  • Dans les Cévennes, vers 1910, la langue de la vie quotidienne est la langue d’oc.
  • Suite Cévenole, André Chamson, éd. Plon, 1968, partie Les quatre éléments, chap. Le pouvoir des mots, p. 501


Albert Dauzat, La géographie linguistique, 1922[modifier]

[…] la scission […] a coupé en deux séries l’ancienne diphtongue oi dans les mots français. Tandis que la majorité d’entre eux conservaient la prononciation traditionnelle ouè, dans les autres, ouè se réduisait à è (écrit ai à partir du XVIIIe siècle) : dans les imparfaits et les conditionnels (chantais, chanterais, etc.), dans certains noms de peuples comme Anglais, Français, etc., et dans des mots isolés comme frais, faible, monnaie. Nous avons un doublet parfait dans François-Français, le nom de peuple s’écrivant, jusqu’au XVIIIe siècle, comme le prénom, et s’étant prononcé longtemps Fransouè comme lui. Cette fois encore l’examen attentif de faits un peu complexes tend à prouver que la prononciation parisienne populaire avait réduit ouè à è dans tous les mots vers le XIVe siècle ; les forces conservatrices de la langue, — écoles, grammairiens, barreau, usage plus archaïque des classes dirigeantes — arrivèrent à maintenir dans certains milieux sociaux, puis à réintroduire dans les autres, la prononciation traditionnelle, à l’exception de certains mots et formes où l’usage populaire l’emporta. […] De même ce sont les noms des peuples les plus connus au XVe siècle[Dauzat 1], Français, Anglais, Écossais, Hollandais…, dont la désinence a gardé l’empreinte populaire, par opposition aux Danois, Suédois, etc. Plus tard, vers la fin du XVe siècle, le peuple parisien s’est débarrassé autrement de ce groupe ouè, qu’on avait réintroduit chez lui et dont ses habitudes vocales ne voulaient plus : il l’a changé en oua, et cette nouvelle prononciation, restée urbaine et vulgaire jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, n’a triomphé dans les classes cultivées et en province qu’après la Révolution.
  • La géographie linguistique, Albert Dauzat, éd. Flammarion, 1922, partie deuxième : Les phénomènes internes du langage., chap. premier : Les changements de forme – Régression; rencontres et attractions homonymiques, p. 69
  1. Pour les noms formés ultérieurement, l’influence de l’anglais, de l’italien ou d’une autre langue méridionale a fait adopter la forme en -ais, par exemple pour Japonais (ang. Japanese, it. Giapponese…), mais les créations purement françaises sont en -ois : Indo-Chinois, Tonkinois, etc. (le suffixe -ien est d’ailleurs plus fréquemment usité.) — Pour le changement de ouè en è, comme pour celui de a en è devant r, certains contemporains avaient supposé une influence italienne, qui est inadmissible.

François de Closets, Le culte de l'orthographe, c'est fini !, 2009[modifier]

L'alphabet latin comportait 22 sons. Et le français 30 à 50 ! comment faire entendre ces sons nouveaux au moment où le français a commencé à être consigné par écrit vers le Xème siècle ? On a utilisé l'alphabet existant, c'est-à-dire l'alphabet latin, mais il a fallu faire quantité d'assemblages, de tripatouillages pour rendre les sons qui n'existaient pas en latin. Autrement dit, la première difficulté du français, c'est qu'il n'a pas l'alphabet de sa langue.


[…] à la base, en français, les genres sont aléatoires et n'ont aucune valeur signifiante. Pardonnez-moi d'apparaître trivial, mais comment appelle-t-on les attributs de la virilité ? « Verge » est un mot féminin. En revanche « sein » et « vagin » sont masculins. […] Le neutre n'existe pas en français. Et donc on a réparti le féminin et le masculin au petit bonheur la chance.


Traditionnellement, nos écrivains se considèrent comme les gardiens de la langue française. Qu'une langue serve d'abord d'instrument de communication est à leur yeux secondaire. Pour eux, le français est une œuvre d'art, pas touche !


Marc Fumaroli, Quand l'Europe parlait français, 2001[modifier]

Qu'on le veuille ou non, au XXIè siècle comme au XVIIIè siècle, quiconque de part le monde veut secouer la chape de plomb du conformisme et de la communication de masse, quiconque découvre qu'il veut avant de mourir prendre part à une conversation civilisée, imagine sur cette terre de nostra conversatio quae est in coelis, se met au français, et certainement pas au français dont se contentent les consommateurs du système de communication néo-français et que les publicitaires se sont mis eux-mêmes à dédaigner en lui préférant l'anglais.


C'est dans cette minorité clandestine mondiale, et non plus dans la minorité visible, splendidement meublée, mais circonscrite à quelques capitales, du banquet des Lumières, que réside aujourd'hui, à l'insu des statisticiens, des linguistes et des programmateurs de « novlangues », à l'insu de la plupart des français, la vie et l'avenir de leur idiome irremplaçable au titre de langue littéraire et de langue de la « bonne compagnie ». Le français, langue moderne de la clandestinité de l'esprit ?
  • Quand l'Europe parlait français, Marc Fumaroli, éd. Éditions de Fallois, 2001  (ISBN 2-253-15418-0), p. 27


Guy de Maupassant, Pierre et Jean, 1888[modifier]

La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n’ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. Chaque siècle a jeté dans ce courant limpide ses modes, ses archaïsmes prétentieux et ses préciosités, sans que rien surnage de ces tentatives inutiles, de ces efforts impuissants. La nature de cette langue est d’être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre.


François Rabelais, Pantagruel 1542 (édition François Juste)[modifier]

« Seigneur, sans doubte, ce gallant veult contrefaire la langue des Parisians ; mais il ne faict que escorcher le latin et cuide ainsi pindariser, et lui semble bien qu'il est grand orateur en françoys, parce qu'il dédaigne l'usance commun de parler. »


Bernard Kouchner[modifier]

« Après tout, même riche d'incomparables potentiels, la langue française n'est pas indispensable : le monde a bien vécu avant elle. Si elle devait céder la place, ce serait précisément à des langues mieux adaptées aux besoins réels et immédiats de ceux qui la délaisseraient. »

— Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères de 2007 à 2010[1]

Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :

  1. « L'Anglais, avenir de la francophonie », page 151 dans Deux ou trois choses que je sais de nous, Éditions Robert Laffont (ISBN 2-221-10645-8)