La Marseillaise

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La Marseillaise est l'hymne national de la République française. Elle fut déclarée chant national le 14 juillet 1795.

Albert Jacquard[modifier]

Vraiment, ne faut-il pas avoir abandonné tout bon sens, toute raison, tout contact avec la réalité, pour appeler aujourd'hui les petit Français à abreuver les sillons de leurs campagnes du sang impur de ceux qui viennent égorger leurs compagnes (sans compter la mauvaise leçon de versification apportées par ces rimes trop riches)? [...] La réponse à ces critiques est, bien sûr, que les paroles des chants patriotiques sont dites sans que personne n'ait plus conscience de leur signification. Certes; mais est-il de bonne pédagogie de faire comprendre à des jeunes que les mots ne sont que des sons, que des phrases entières peuvent être dites sans que l'intelligence y prenne la moindre part ?

  • Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 86


Jean Toulat[modifier]

Anachronique, pompeux et belliciste, le chant qui symbolise la France ne parle, en termes devenus incompréhensibles pour le grand public, que de couper un maximum de cous ou de percer le maximum de ventres au maximum de traîtres, de princes, de perfides, de traîtres conjurés et de complices de Bouillé. Est-ce bien raisonnable, est-ce bien sympathique, est-ce bien conforme à l'image d'elle-même que veut et doit donner la France ? Enfants de la patrie que nous sommes, et fiers de l'être, est-il indispensable que nous mettions encore la baïonnette au canon pour aller aux chants dont un sang impur abreuve les microsillons? Faire sa toilette à la Marseillaise s'impose.

  • Pour une Marseillaise de la fraternité, w:Jean Toulat, éd. A. Noël, 1992, p. 19


Bernard-Henri Lévy[modifier]

Je déteste le nationalisme. Je crois, au plus profond de moi, que la construction européenne doit nous débarrasser de ce mixte bizarre de maurrassisme et de jacobinisme qui fait le fond de sauce de notre religion patriote. Je trouve que La Marseillaise, par exemple, est un chant détestable et grotesque.

  • Bernard-Henri Lévy, 10 janvier 2005, BHL répond - Interview Eric Conan et Denis Jeambar et Renaud Revel,, dans L'Express, paru 10 janvier 2005.


Jean Jaurès[modifier]

Mais ce n'est pas seulement sur la forme que porte la controverse ; c'est sur les idées. Or, je dis que La Marseillaise, la grande Marseillaise de 1792, est toute pleine des idées qu'on dénonce le plus violemment dans L'Internationale. Que signifie, je vous prie, le fameux refrain du « sang impur »? — « Qu'un sang impur abreuve nos sillons ! », l'expression est atroce. C'est l'écho d'une parole bien étourdiment cruelle de Barnave. On sait qu'à propos de quelques aristocrates massacrés par le peuple, il s'écria : « Après tout, le sang qui coule est-il donc si pur? » Propos abominable, car dès que les partis commencent à dire que le sang est impur qui coule dans les veines de leurs adversaires, ils se mettent à le répandre à flots et les révolutions deviennent des boucheries. Mais de quel droit la Révolution flétrissait-elle de ce mot avilissant et barbare tous les peuples, tous les hommes qui combattaient contre elle ?

  • Jean Jaurès, La Petite République socialiste, 30 août 1903.
  • La Marseillaise, Frédéric Robert, éd. Nouvelles Éditions du pavillon, 1989, Nation, p. 329


Jean-Clément Martin[modifier]

Une interprétation aussi fausse que dangereuse, parce qu'elle nourrit la confusion des esprits, court à propos de l'expression "sang impur" dans la Marseillaise pour faire de ce sang impur celui des des "révolutionnaires", du "peuple" sacrifié pour la bonne cause. Les textes de l'époque démentent catégoriquement cette vision sacrificielle et a-historique. Il faut assumer son passé et éviter de le déformer, pour empêcher des dérives dramatiques.

  • À propos de l'interpétation de Dimitri Casali largement véhiculée sur Internet.


Bernard Moitessier[modifier]

C'était un vieux compte que je voulais régler avec "la Marseillaise". Dans une lettre adressée au chef de l'État, j'ai donné mon opinion sur ce chant guerrier qui porte aux nues l'orgueil et la haine : "Le jour de gloire est arrivé ! L'étendard sanglant est levé ! Qu'un sang impur abreuve nos sillons !" Deux siècles après la grande Révolution, c'est une nouvelle ère qu'il faut inventer, celle de la main généreuse tendue vers son prochain. Pour faire face aux défis du futur, notre monde inquiet a besoin de valeurs "morales" , pas de canons ni de gros drapeaux. Et qu'on n'ait pas encore changé les paroles de cette "Marseillaise", dégoulinante de sang, me fait honte pour une France qui se prétend le phare des autres peuples.


Michel Serres[modifier]

Ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d'un racisme tel qu'on devrait avoir honte de l'enseigner aux enfants. Quels que soient les ennemis, qu'ils aient un sang impur, c'est quand même d'un racisme, j'aurais honte de l'enseigner à mes étudiants, ils ont tous un sang pur et l'impureté du sang est quelque chose qui me fait horreur. [...] Ce n'est pas seulement un imaginaire raciste, c'est une tradition qui a été si longue qu'elle a fondé beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit .

  • Michel Serres, 9 mai 2008, France Culture, dans Vendredis de la philosophie.


Théodore Monod[modifier]

Que pourrait penser un témoin impartial venant aborder notre planète, d'un pays où l’on contraint d’innocents bambins à s'égosiller pour appeler de leurs vœux l’abreuvement des paisibles champs de leur village par un sang « impur »  ? Que conclurait-il d’entendre un sauvage cri de guerre qu’il convient d’écouter tête nue, au garde à vous, comme devant je ne sais quelle monstrueuse idole ? Comment accepterait-il sans rire les protestations d’antiracisme de ceux qui tiennent à ce qu’il existe plusieurs sangs, les uns « purs », les autres « impurs », ces derniers bons tout au plus à engraisser la terre et qu’il importe de verser avec allégresse ?

  • Ecrits du Professeur Théodore Monod dans un numéro de l’Elan en 1997
  • Pour une métascience, Jean Alphonse, éd. A. Noël, 2010, p. 258


Lambert Wilson[modifier]

Je suis extrêmement énervé que personne ne dise qu'il est temps de changer les paroles de La Marseillaise qui sont d'un autre temps. Quand j'entends 'Qu'un sang impur abreuve nos sillons', je suis sidéré qu'on continue à chanter ça. Les paroles sont épouvantables, sanguinaires, d'un autre temps, racistes et xénophobes.


Abbé Pierre [modifier]

Nous devons, francs, lucides et courageux, fixer nos regards sur le bien et le mal de l'un des legs les plus précieux que nous avons reçu d'alors ? Le leg de notre hymne national à la musique si exaltant et fier qu'il est connu du monde entier, mais porteur de mots qui, à travers l'enchaînement des événements vécus depuis, sont devenus imprononçables. Après les crimes interraciaux, prescrits comme des idéaux (et le monde est loin d'être guéri partout de cette honte !), quel maître d'école, quel père, quelle mère, peuvent encore imaginer devoir apprendre à leurs enfants à haïr, et à rêver d'abreuver notre terre de sangs impurs ?

  • Extrait d’une déclaration de l'Abbé Pierre à la Sorbonne le 10 janvier 1989
  • Abbé Pierre, l’insurgé de Dieu, Pierre Lunel, éd. Éditions N° 1, 1989, p. 440


On m'a trop souvent dit qu'un hymne national faisait partie de notre culture, de notre histoire et qu'il n'était pas possible de le changer. Je m'inscris en faux contre cette idée. Plusieurs ont été modifiés et notamment les hymnes soviétiques et chinois avec de nouvelles paroles. Les aspects belliqueux en ont été gommés. C'est la preuve que de grandes puissances orgueilleuses qui évoluent très lentement et qui ne se corrigent pas volontiers ont changé leur hymne. Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire ? [...] Aujourd'hui je ne la chante pas [...] depuis que j'ai pris conscience de cette introduction dans les esprits d'une notion raciste, je ne peux absolument plus. [...] Enlevons le mot impur de sang impur. [...] Nous ne pouvons pas entretenir le culte de la pureté du sang après avoir vécu ce que nous avons vécu en France. Cette idée que nous pourrions avoir un sang pur et que celui des autres serait impur est tout à fait inacceptable. C'est du racisme. On nous fait chanter et célébrer du racisme. [...] Des parents d'élèves ou des associations de parents pourraient fort bien attaquer en justice l'État ou ses instituteurs en argumentant qu'ils inculquent, à leurs enfants, depuis la petite école, une notion raciste d'impureté du sang.

  • Abbé Pierre, 22 juin 2002, La Croix, dans La Croix.


Valéry Giscard d'Estaing[modifier]

Les paroles sont d'un ridicule ! Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont sous l'Arc de triomphe, et on est en train d'abreuver nos sillons d'un sang impur!


Jean Rouaud[modifier]

S'il faut absolument un chant à entonner à pleins poumons au début d'un match, plutôt que ce refrain pompier aux paroles dignes d'Al-Qaida ("qu'un sang impur abreuve nos sillons"), auquel semble attachée la fille du capitaine qui s'inspire de Lourdes pour sa technique des apparitions, on pourrait choisir, par exemple, l'air du toréador de Carmen. Il serait approprié aux arènes modernes que sont les stades, et on y apprend que si nous devons prendre garde, c'est seulement à l'amour qui nous attend. Le Kop de Boulogne en serait tout retourné. .


Bernard Stasi[modifier]

Je souhaite vivement que les paroles de la Marseillaise soient changées. En effet, l'hymne national d'un pays comme la France doit exprimer des sentiments de fraternité universelle et ne doit pas être porteur d'un discours nationaliste, belliqueux et xénophobe, comme celui qui s'exprime à travers les couplets d'origine.

  • Pour une Marseillaise de la fraternité, Bernard Stasi, éd. A. Noël, 1992, p. 26


Divers[modifier]

La Marseillaise n'est pas un hymne raciste, ont rétorqué plusieurs confrères. Il suffit pourtant de regarder sur l'échiquier politique qui s'y réfère en permanence pour admettre qu'il y a forcément une connotation raciste quelque part.

  • L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Collectif, éd. ICC, 1988, p. 672


Voir aussi[modifier]

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