Misère

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Le terme misère a plusieurs significations qui se rejoignent pour traduire une situation de détresse : grand dénuement, malheur, souffrance, mais aussi ennui, tristesse.

Littérature[modifier]

Essai[modifier]

Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782[modifier]

Ils se sont tellement pressés de porter à son comble la mesure de ma misère que toute la puissance humaine aidée de toutes les ruses de l'enfer n'y saurait plus rien ajouter.


Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, 1947[modifier]

La connaissance de la misère humaine est difficile au riche, au puissant, parce qu'il est presque invinciblement porté à croire qu'il est quelque chose. Elle est également difficile au misérable parce qu'il est presque invinciblement porté à croire que le riche, le puissant est quelques chose.
  • La Pesanteur et la Grâce, Simone Weil, éd. Plon, coll. « Agora », 1988  (ISBN 978-2-266-04596-4), p. 199


Poésie[modifier]

Michel-Ange, XVIè s.[modifier]

Ici je suis reclus de même que la moelle
Dans son écorce, plein de misère et seul,
Comme l'est un esprit lié dans une ampoule

  • Poésies (1503-1560), Michel-Ange (trad. Michel Orcel), éd. Imprimerie Nationale, 1993, p. LXXIX


Roman[modifier]

Victor Hugo, Les Misérables, 1862[modifier]

Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. - Hauteville-House, 1862.
  • Epigraphe en tête du roman.


Jean Giono, Les vraies richesses, 1936[modifier]

Nous vivons en des temps d'impureté et de desespérances si grandes qu'on a cru parfois que nous avions atteint les temps d'absinthe marqués par les prophètes. Vous autres, séparés de ces temps par l'absence d'illogiques désirs, maitres d'un travail qui suffit à entretenir l'admirable pauvreté, vous ne pouvez vous imaginer la misère morale des meilleurs d'entre-nous, la misère physique d'un peuple soumis à des lois arbitraires.
  • Les vraies richesses, Jean Giono, éd. Grasset, coll. « Les cahiers rouges », 2002, p. 149


Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, 1761[modifier]

Pourquoi, dans une ville si riche, le bas peuple est-il si misérable, tandis que la misère extrême est si rare parmi nous, ou l'on ne voit point de millionaires ? Cette question, ce me semble, est bien digne de vos recherches ; mais ce n'est pas chez les gens avec qui vous vivez que vous devez vous attendre à la résoudre. C'est dans les appartements dorés qu'un écolier va prendre les airs du monde ; mais le sage en apprend les mystères dans la chaumière du pauvre. C'est là qu'on voit sensiblement les obscures manœuvres du vice, qu'il couvre de paroles fardées au milieu d'un cercle : c'est là qu'on s'instruit par quelles iniquités secrètes le puissant et le riche arrachent un reste de pain noir à l'opprimé qu'ils feignent de plaindre en public. Ah ! si j'en crois nos vieux militaires, que de choses vous apprendriez dans les greniers d'un cinquième étage, qu'on ensevelit sous un profond secret dans les hôtels du Faubourg Saint-Germain, et que tant de beaux parleurs seraient confus avec leurs feintes maximes d'humanité si tous les malheureux qu'ils ont faits se présentaient pour les démentir !
  • Julie ou La nouvelle Héloïse (1761), Jean-Jacques Rousseau, éd. Garnier-Flammarion, coll. « GF Flammarion », 1967  (ISBN 2-08-070148-7), partie II, Lettre XXVII. Réponse de Julie, p. 218


Je sais qu'on n'aime pas le spectacle de la misère qu'on ne peut soulager, et que le riche même détourne les yeux du pauvre qu'il refuse de secourir ; mais ce n'est pas d'argent seulement qu'ont besoin les infortunés, et il n'y a que les paresseux de bien faire qui ne sachent faire du bien que la bourse à la main. Les consolations, les conseils, les soins, les amis, la protection sont autant de ressources que la commisération vous laisse, au défaut des richesses, pour le soulagement de l'indigent. Souvent les opprimés ne le sont que parce qu'ils manquent d'organe pour faire entendre leurs plaintes. Il ne s'agit quelquefois que d'un mot qu'ils ne peuvent dire, d'une raison qu'ils ne savent point exposer, de la porte d'un grand qu'ils ne peuvent franchir. L'intrépide appui de la vertu désintéressée suffit pour lever une infinité d'obstacles, et l'éloquence d'un homme de bien peut effrayer la tyrannie au milieu de toute sa puissance.
  • Julie ou La nouvelle Héloïse (1761), Jean-Jacques Rousseau, éd. Garnier-Flammarion, coll. « GF Flammarion », 1967  (ISBN 2-08-070148-7), partie II, Lettre XXVII. Réponse de Julie, p. 219


Robertson Davies, Le monde des merveilles, 1975 (trad. 1999)[modifier]

Le Diable crée et gouverne-t-il ce vaste domaine de misères indéniablement effroyables qui, pour autant que nous puissions en juger, ne sont de la faute de personne ni les conséquences d'un péché ? Les pavillons de cancéreux, les services d'hôpitaux pour enfants déformés ou débiles ?
  • De Ramsay, ami calviniste d'Eisengrim.
  • Le monde des merveilles (1975), Robertson Davies (trad. Lisa Rosenbaum), éd. Payot, 1999, p. 53


Ce qui m'a souvent étonné, c'est à quel point les gens aisés, ou mêmes riches, comprennent bien les privations physiques des pauvres sans toutefois avoir la moindre idée de leur misère intellectuelle, qui est l'une des choses dont souffrent les déshérités. C'est une misère que l'on suce avec le lait de sa mère et que l'éducation peut rarement extirper, si celle-ci est simplement affaire d'instruction.
  • Le monde des merveilles (1975), Robertson Davies (trad. Lisa Rosenbaum), éd. Payot, 1999, p. 321


Muriel Barbery, Une gourmandise, 2002[modifier]

Je les emmerde, ces bourgeois qui jouent aux socialos, qui veulent le beurre et l’argent du beurre, l’abonnement au Châtelet et les pauvres sauvés de la misère, le thé chez Mariage et l’égalité des hommes sur terre leurs vacances en Toscane et les trottoirs vidés des aiguillons de leur culpabilité, payer la femme de ménage au noir et qu’on écoute leurs tirades de défenseurs altruistes.
  • Dans la bouche d’un SDF.


Psychologie[modifier]

Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005[modifier]

Histoire des perversions

A côté de l'avènement des Lumières et de la Raison, le XVIIe siècle français est marqué par une tentative d'exclusion de ce qui ne correspond pas à la raison et la morale sociale. Cette politique du Grand Renfermement vise tous les indésirables : mendiants, vagabonds, voleurs, fous, simples d'esprits, débauchés et filles de joie sont réunis dans des lieux de détention (Hôpitaux Généraux) où la question du médical et du soin est secondaire. Petit à petit la médecine s'introduit dans ces prisons où le péché, la folie, la misère et la dangerosité des pauvres sont imaginairement et matériellement associés. Il y a bien une différence entre ces catégories (folie et débauche ne sont pas synonymes), mais elles sont associées dans des représentations négatives. La folie, comme Foucault l'a relevé, est pensée comme synonyme de Déraison, menace intérieure à la Raison, et provenant de l'animalité perverse.
  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. « 128 Psychologie », 2005  (ISBN 2-200-34042-7), partie I. Histoire des perversions, chap. 1. Avant la psychiatrie, p. 14