En un certain sens, nous ne devons pas pouvoir nous tromper en logique. C’est ce qui est déjà partiellement exprimé dans la phrase : la logique doit prendre soin d’elle-même. C’est là une connaissance exceptionnellement importante et profonde.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 23-24 (lire en ligne)
Comment est-il compatible avec la tâche de la philosophie que la logique doive prendre soin d’elle-même ? Si nous demandons, par exemple : tel fait est-il de la forme sujet-prédicat, il faut bien que nous sachions ce que nous entendons par « forme sujet-prédicat ». Il faut que nous sachions si, en tout état de cause, une telle forme existe. Comment pouvons-nous le savoir ? « Par les signes ! » Mais comment ? Nous n’avons en effet aucun signe ayant cette forme.
3.9.14.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 24-25 (lire en ligne)
Peut-on nier une image ? Non. Et c'est là que gît la différence entre image et proposition. L'image peut faire office de proposition. Mais alors quelque chose s'y ajoute, qui fait qu'elle dit maintenant quelque chose. En bref : je puis seulement nier que l'image soit correcte, mais je ne puis nier l'image.
26.11.14.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 76 (lire en ligne)
À l’arrière-plan de nos pensées, vraies ou fausses, demeure toujours un fond obscur, que nous ne pourrons mettre au jour et formuler comme pensée que plus tard.
8.12.14.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 80 (lire en ligne)
Les thèmes musicaux sont en un certain sens des propositions. La connaissance de la nature de la logique conduira par là à la connaissance de la nature de la musique.
7.2.15.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 86 (lire en ligne)
Ma difficulté n’est rien qu’une difficulté – énorme – d’expression.
8.3.15.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 88 (lire en ligne)
L’image peut remplacer une description.
27.3.15.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 88 (lire en ligne)
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 102 (lire en ligne)
La tendance vers le Mystique vient de ce que la science laisse nos désirs insatisfaits. Nous sentons que, lors même que toutes les questions scientifiques possibles sont résolues, notre problème n’est pas encore abordé. À vrai dire, il n’y a justement plus alors de questions, et c’est précisément cela qui constitue la réponse.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 105 (lire en ligne)
Voici le grand problème autour duquel tourne tout ce que j’écris : y a-t-il a priori un ordre dans le monde, et si oui, en quoi consiste-t-il ? Tu regardes à travers le brouillard et tu es ainsi capable de te persuader que le but est déjà tout près. Mais voici que le brouillard se dissipe, et le but n’est toujours pas en vue !
1.6.15.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 109 (lire en ligne)
Que sais-je de Dieu et du but de la vie ? Je sais que le monde existe. Que je suis en lui comme mon œil est dans son champ visuel. […] Le sens de la vie, c'est-à-dire le sens du monde, nous pouvons lui donner le nom de Dieu. Et lui associer la métaphore d'un Dieu père. La prière est la pensée du sens de la vie.
11.6.16
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 139 (lire en ligne)
Croire en un Dieu signifie comprendre la question du sens de la vie. Croire en un Dieu signifie voir que les faits du monde ne résolvent pas tout. Croire en un Dieu signifie voir que la vie a un sens.
Carnets, 1914-1916 (1971), Ludwig Wittgenstein (trad. G.G. Granger), éd. Gallimard, 1997 (ISBN2-07-074772-7), p. 141 (lire en ligne)
« […] le livre a un sens éthique. J'avais un moment pensé inclure dans la préface une phrase qui n'y figure pas, mais que je vous livre, car elle vous fournira peut-être la clef. Ce que j'avais envisagé d'écrire était ceci : mon livre comporte deux parties, celle qui est présentée ici, et tout le reste que je n'ai pas écrit. Et c'est justement cette seconde partie qui importe. Mon livre trace les limites de l'éthique (das Ethische) pour ainsi dire de l'intérieur, et je suis convaincu que c'est la seule façon rigoureuse de les tracer. […] je vous recommande de lire la Préface et la Conclusion, car c'est en elles que le sens trouve son expression la plus directe. »
Ce livre ne sera peut-être compris que par celui qui a déjà lui-même pensé les pensées qui y sont exprimées – ou en tout cas des pensées semblables. […] Son but serait atteint s'il procurait du plaisir à quelqu'un qui le lirait en le comprenant.
Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Christiane Chauviré et Sabine Plaud), éd. Flammarion, 2022 (ISBN978-2-0802-4499-4), partie Préface, p. 89
On pourrait à peu près résumer tout le sens de l'ouvrage par les mots suivants : Ce qui peut être dit en général peut être dit clairement ; et sur ce dont on ne peut parler, on doit se taire. Le livre tracera donc une limite au penser, ou plutôt – non pas au penser, mais à l'expression des pensées : car pour tracer une limite au penser, nous devrions pouvoir penser des deux côtés de cette limite (nous devrions ainsi pouvoir penser ce qui ne se laisse pas penser).
Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Christiane Chauviré et Sabine Plaud), éd. Flammarion, 2022 (ISBN978-2-0802-4499-4), partie Préface, p. 89-90
Il est clair que l'éthique ne se laisse pas exprimer. L'éthique est transcendantale. (Éthique et esthétique sont une seule et même chose.)
6.421
Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Christiane Chauviré et Sabine Plaud), éd. Flammarion, 2022 (ISBN978-2-0802-4499-4), p. 222-223
Mes propositions éclairent en ceci que celui qui me comprend les reconnaît à la fin comme des non-sens, lorsqu'en passant par elles – par-dessus elles – il les a surmontées. (Il doit pour ainsi dire rejeter l'échelle après y être monté.) Il doit dépasser ces propositions – alors il voit le monde correctement.
6.54
Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Christiane Chauviré et Sabine Plaud), éd. Flammarion, 2022 (ISBN978-2-0802-4499-4), p. 228
Sur ce dont on ne peut parler, on doit se taire.
7
Tractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Christiane Chauviré et Sabine Plaud), éd. Flammarion, 2022 (ISBN978-2-0802-4499-4), p. 228
Si je m'arrête à considérer ce que l'éthique devrait être réellement, à supposer qu'une telle science existe, le résultat me semble tout à fait évident. Il me semble évident que rien de ce que nous pourrions jamais penser ou dire ne pourrait être cette chose, l'éthique; que nous ne pouvons pas écrire un livre scientifique qui traiterait d'un sujet intrinsèquement sublime et d'un niveau supérieur à tous autres sujets. Je ne puis décrire mon sentiment à ce propos que par cette métaphore : si un homme pouvait écrire un livre sur l'éthique qui fût réellement un livre sur l'éthique, ce livre, comme une explosion, anéantirait tous les autres livres de ce monde. Nos mots, tels que nous les employons en science, sont des vaisseaux qui ne sont capables que de contenir et de transmettre signification et sens – signification et sens naturels. L'éthique, si elle existe, est surnaturelle, alors que nos mots ne veulent exprimer que des faits.
« Conférence sur l’éthique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 146-147
Sans m’arrêter sur cela, je poursuivrai par cette autre expérience que je connais également et qui sera sans doute familière à nombre d’entre vous : celle que l’on pourrait appeler l’expérience de se sentir absolument sûr. Je désigne par là cette disposition d’esprit où nous sommes enclins à dire : « J’ai la conscience tranquille, rien ne peut m’atteindre, quoi qu’il arrive. » Permettez-moi maintenant de m’arrêter à ces expériences, car je crois qu’elles présentent précisément ces caractéristiques que nous cherchons à élucider. La première chose que j’ai à en dire, c’est que l’expression verbale que nous leur donnons est un non-sens !
« Conférence sur l’éthique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 149
Ce qui revient à dire ceci : je vois maintenant que si ces expressions n'avaient pas de sens, ce n'est pas parce que les expressions que j'avais trouvées n'étaient pas correctes, mais parce que leur essence même était de n'avoir pas de sens. En effet tout ce à quoi je voulais arriver avec elles, c'était d'aller au-delà du monde, c'est-à-dire au-delà du langage signifiant. Tout ce à quoi je tendais – et, je crois, ce à quoi tendent tous les hommes qui ont une fois essayé d'écrire ou de parler sur l'éthique ou la religion – c'était d'affronter les bornes du langage.
C'est parfaitement, absolument, sans espoir de donner ainsi du front contre les murs de notre cage. Dans la mesure où l'éthique naît du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, du bien absolu, de ce qui a une valeur absolue, l'éthique ne peut pas être science. Ce qu'elle dit n'ajoute rien à notre savoir, en aucun sens. Mais elle nous documente sur une tendance qui existe dans l'esprit de l'homme, tendance que je ne puis que respecter profondément quant à moi, et que je ne saurais sur ma vie tourner en dérision.
« Conférence sur l’éthique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 154-155
J'aimerais dire que « ce livre a été écrit à la gloire de Dieu », mais le dire serait aujourd'hui une escroquerie, entendons : ce ne saurait être compris de façon correcte. Cela veut dire que ce livre a été écrit de bonne volonté, et tout ce qui en lui n'aurait pas été écrit avec cette bonne volonté, qui proviendrait donc de la vanité, etc., l'auteur aimerait le savoir condamné. Il ne lui est pas possible de rendre ce livre plus pur de ces ingrédients qu'il ne l'est lui-même.
Novembre 1930.
Remarques philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-070226-X), partie Préface, p. 10
Le sens d’une question, c’est la méthode pour y répondre. […] Dis-moi comment tu cherches et je te dirai ce que tu cherches.
Remarques philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-070226-X), chap. III, § 27, p. 66
L’arithmétique ne parle pas des nombres, mais elle travaille avec des nombres.
Remarques philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-070226-X), chap. X, § 109, p. 125
Le caractère illimité de l’espace visuel a son maximum de clarté lorsque nous ne voyons rien, dans l’obscurité complète.
Remarques philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-070226-X), chap. XXI, § 224, p. 268
Les jeux de langage sont les formes de langage par lesquelles un enfant commence à utiliser les mots. L'étude des jeux de langage est l'étude de formes primitives du langage, ou de langages primitifs
Cahier bleu (1958), Ludwig Wittgenstein (trad. Marc Goldber, Jérôme Sackur), éd. Gallimard, 1996 (ISBN2-07-077243-8), p. 56
Imaginons que nous devions ranger les livres d’une bibliothèque. Au début, les livres sont pêle-mêle sur le plancher. Il y a alors de nombreuses façons de les trier et de les mettre à leur place. […] nous pourrions ramasser quelques livres sur le plancher et les aligner sur une étagère, simplement pour indiquer que ces livres devraient aller ensemble dans cet ordre. Au cours du rangement de la bibliothèque, cette rangée toute entière devra changer de place. […] certaines des plus grandes réussites de la philosophie seraient simplement comparables au fait de ramasser quelques livres qui semblaient aller ensemble pour les mettre sur différentes étagères ; leur position n’ayant rien de définitif, sinon qu’ils ne traînent plus les uns à cotés des autres. Libre au spectateur qui ne connaît pas la difficulté de ce travail de penser que dans ce cas on n’a strictement rien fait. – En philosophie, la difficulté est de ne pas dire plus que ce que nous savons. Par exemple, voir que lorsque nous avons mis deux livres ensemble dans le bon ordre, nous ne les avons pas mis pour autant à leur emplacement définitif.
Le Cahier bleu et le Cahier brun, Ludwig Wittgenstein (trad. Marc Goldber, Jérôme Sackur), éd. Gallimard, 2004 (ISBN978-2-07-077243-8), p. 93-94 (lire en ligne)
J'ai souvent comparé le langage à une caisse à outils contenant marteau, ciseau, allumettes, clous, vis et colle. Ce n'est pas par hasard que toutes ces choses ont été mises ensemble – mais il y a des différences importantes entre les différents outils; leurs divers emplois ont un air de famille – bien que rien ne puisse être plus différent qu'un ciseau et de la colle. Les tours nouveaux que nous joue le langage chaque fois que nous abordons un nouveau domaine sont une surprise perpétuelle.
« Leçons sur l’esthétique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 16
Dans ce que nous appelons les beaux-arts, quiconque est doté de jugement développe (ce qui ne veut pas dire qu'une personne qui, devant certaines choses, s'exclame : « que c'est merveilleux », soit dotée de jugement). Si nous parlons des jugements esthétiques, nous pensons entre mille autres choses aux beaux-arts. Quand nous portons un jugement esthétique sur quelque chose, nous ne nous contentons pas de rester bouche bée et de dire : « Oh, comme c'est merveilleux ! » Nous distinguons entre celui qui sait ce dont il parle et celui qui ne le sait pas.
« Leçons sur l’esthétique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 24-25
Afin d'y voir clair en ce qui concerne les mots esthétiques, vous avez à décrire des façons de vivre. Nous pensons que nous avons à parler de jugements esthétiques tels que « ceci est beau », mais nous découvrons que si nous avons à parler de jugements esthétiques, nous ne trouvons pas du tout ces mots-là, mais un mot qui est employé à peu près comme un geste et qui accompagne une activité compliquée.
« Leçons sur l’esthétique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 32-33
Vous pourriez penser que l'Esthétique est une science qui nous dit ce qui est beau – c'est presque trop ridicule pour des mots.
« Leçons sur l’esthétique », dans Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Ludwig Wittgenstein (trad. Jacques Fauve), éd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1992 (impr. 2000) (ISBN2-07-032688-8), p. 34
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Première partie (1937-1938), p. 94, § 168
En philosophie il est toujours bon de répondre à une question par une autre question. Car la réponse à une question philosophique peut facilement être fausse ; ce n’est pas le cas si on l’évite par une autre question.
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Troisième partie (1939-1940), p. 140, § 5
Le philosophe doit se tourner et s’orienter de telle sorte qu’il frôle les problèmes mathématiques sans courir vers aucun – qui devrait être résolu avant qu’il puisse continuer. Son travail est en quelque sorte paresse mathématique.
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Cinquième partie (1942-1944), p. 252, § 52
Ma tâche est d’attaquer la logique russellienne non de l’intérieur mais de l’extérieur. C’est-à-dire : non pas de l’attaquer d’un point de vue mathématique – sinon je ferais des mathématiques –, mais de m’en prendre à sa position, sa fonction. Ma tâche n’est pas de parler de la démonstration de Gödel, par exemple, mais de l’esquiver dans mon discours.
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Septième partie (1941 et 1944), p. 307, § 19
Aussi étrange que cela paraisse, ma tâche concernant le théorème de Gödel consiste uniquement à mettre au clair ce que signifie en mathématiques une proposition comme : « en admettant que l’on puisse prouver cela ».
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Septième partie (1941 et 1944), p. 311, § 22
Les mathématiques sont un phénomène anthropologique.
Remarques sur les fondements des mathématiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Marie-Anne Lescourret), éd. Gallimard, 1984 (ISBN2-07-021693-4), chap. Septième partie (1941 et 1944), p. 318, § 33
Études préparatoires à la seconde partie des Recherches philosophiques
Les taches du mur : je m’amuse à y voir des visages. Non pour étudier la nature de l’aspect, mais parce que ces formes, et le destin qui me conduit de l’une à l’autre, m’intéressent. Certains aspects ressurgissent toujours, d’autres disparaissent, et parfois je 'fixe le mur comme un aveugle'.
Études préparatoires à la seconde partie des Recherches philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. T.E.R, 1985 (ISBN2-905670-16-9), p. 170, § 480
Le progrès de la science est-il utile à la philosophie ? Certainement. Les réalités découvertes facilitent pour le philosophe la tâche d’imaginer les possibilités.
Variante : « Pour les philosophes, les réalités sont autant de possibilités. »
Études préparatoires à la seconde partie des Recherches philosophiques, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. T.E.R, 1985 (ISBN2-905670-16-9), p. 270, § 807
Représente-toi la diversité des jeux de langage à partir des exemples suivants, et d'autres encore : Donner des ordres, et agir d’après des ordres - Décrire un objet en fonction de ce qu’on voit, ou à partir des mesures que l’on prend - Produire un objet d’après une description (dessin) - Rapporter un événement - Faire des conjectures au sujet d’un événement - Établir une hypothèse et l’examiner - Représenter par des tableaux et des diagrammes les résultats d’une expérience - Inventer une histoire ; et la lire. Jouer du théâtre - Chanter des comptines - Résoudre des énigmes - Faire une plaisanterie ; la raconter - Résoudre un problème d’arithmétique appliquée - Traduire d’une langue dans une autre - Solliciter, remercier, maudire, saluer, prier..
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie I, p. 39-40, § 23
La philosophie est un combat contre l'ensorcellement de notre entendement par les ressources de notre langage.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie I, p. 84, § 109
La philosophie se contente de placer toute chose devant nous, sans rien expliquer ni déduire. – Comme tout est là, offert à la vue, il n’y a rien à expliquer. Car ce qui est en quelque façon caché ne nous intéresse pas. On pourrait aussi appeler "philosophie" ce qui est possible avant toute nouvelle découverte ou invention.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie I, p. 88, § 126
La clarté à laquelle nous aspirons est en effet une clarté totale. Mais cela veut seulement dire que les problèmes philosophiques doivent totalement disparaître. La véritable découverte est celle qui me donne la capacité de cesser de philosopher quand je le veux. – Elle est celle qui apporte la paix à la philosophie, de sorte que celle-ci n’est plus tourmentée par des questions qui la mettent elle-même en question.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie I, p. 89, § 133
Le langage est un labyrinthe de chemins. Tu arrives à un tel endroit par un certain côté, et tu t’y reconnais ; tu arrives au même endroit par un autre côté, et tu ne t’y reconnais plus.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie I, p. 127, § 203
Dieu, s’il avait regardé dans nos âmes, n’aurait pas pu y voir de qui nous parlions.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie II, chap. xi, p. 305
Quand bien même un lion saurait parler, nous ne pourrions le comprendre.
Recherches philosophiques (1953), Ludwig Wittgenstein (trad. Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal), éd. Gallimard, 2005 (ISBN978-2-07-075852-4), partie II, chap. xi, p. 313
Dans tout problème philosophique sérieux l’incertitude descend jusqu’aux racines. Il faut toujours s’attendre à apprendre quelque chose d’entièrement nouveau.
I, 15.
Remarques sur les couleurs, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. TER, 1983, p. 10
Si l’on nous demande : "Que signifient les mots 'rouge', 'bleu', 'noir', 'blanc' ?", nous pouvons bien entendu montrer immédiatement des choses qui ont de telles couleurs – mais notre capacité à expliquer la signification de ces mots ne va pas plus loin !
I, 68.
Remarques sur les couleurs, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. TER, 1983, p. 17
En philosophie il faut toujours demander : "Comment devons-nous considérer ce problème pour qu’il devienne soluble ?"
II, 11.
Remarques sur les couleurs, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. TER, 1983, p. 21
Avec un sac à dos bourré de philosophie, ce n’est que lentement que je puis gravir la montagne de la mathématique.
1929
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 52
La différence entre un bon et un mauvais architecte consiste aujourd'hui en ceci, que le dernier cède à toutes les tentations, tandis que l’architecte authentique leur résiste.
1930
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 54
Chaque phrase que j’écris vise toujours déjà le tout, donc toujours à nouveau la même chose, et toutes ne sont pour ainsi dire que des aspects d’un objet considéré sous des angles différents.
1930
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 59
Le penseur ressemble fort à un dessinateur qui voudrait reproduire tous les rapports des choses entre elles.
1931
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 65
L’indicible (ce qui m’apparaît plein de mystère et que je ne suis pas capable d’exprimer) forme peut-être la toile de fond à laquelle ce que je puis exprimer doit de recevoir une signification.
1931
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 71
Le travail en philosophie – comme, à beaucoup d’égards, le travail en architecture – est avant tout un travail sur soi-même. C’est travailler à une conception propre. À la façon dont on voit les choses. (Et à ce que l’on attend d’elles.)
1931
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 71
Je pense en fait avec la plume. Car ma tête bien souvent ne sait rien de ce que ma main écrit.
1931
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 71
Je dois être simplement le miroir dans lequel mon lecteur voit sa propre pensée, avec toutes ses difformités, et par le secours duquel il puisse la redresser.
1931
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 73
Il est difficile en art de dire quelque chose d’aussi bon que… ne rien dire.
1932-1934
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 79
Je crois avoir bien saisi dans son ensemble ma position à l’égard de la philosophie, quand j’ai dit : La philosophie, on devrait, au fond, ne l’écrire qu’en poèmes (nur ditchen). Cela doit montrer, me semble-t-il, jusqu’où ma pensée appartient au présent, à l’avenir ou au passé. Car je me suis reconnu du même coup comme quelqu’un qui n’est pas tout à fait capable de ce dont il souhaite être capable.
1933-1934
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 81
L’étrange ressemblance d’une recherche philosophique (surtout peut-être en mathématiques) avec une recherche esthétique. (Par exemple, ce qui ne va pas dans tel vêtement, ce qui serait seyant, etc.).
1936
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 82
L’idée de Freud : Dans la folie, la serrure n’est pas brisée, elle est seulement changée ; la vieille clef ne peut plus l’ouvrir, mais une clef qui aurait une autre forme le pourrait.
1938
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 94
En philosophie, celui qui gagne la course est celui qui est capable de courir le plus lentement. Ou encore : celui qui atteint le but en dernier.
1938
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 95
Se faire psychanalyser, c’est un peu comme manger à l’arbre de la connaissance. La connaissance ainsi acquise nous pose des problèmes éthiques (nouveaux) ; mais elle n’apporte rien à leur résolution.
1939
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 95
Le mathématicien (Pascal) qui admire la beauté d’un théorème de la théorie des nombres ; on dirait qu’il admire une beauté de la nature. Il est admirable de voir, dit-il, quelles magnifiques propriétés les nombres possèdent. Comme s’il admirait la régularité d’une sorte de cristal.
1942
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 103
Un homme est prisonnier dans une chambre, dont la porte pourtant n’est pas verrouillée, si celle-ci s’ouvre vers le dedans et qu’il ne lui vient pas à l’idée de tirer au lieu de pousser.
1942
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 104
Rentrant chez moi, je m’attendais à une surprise. Mais il n’y avait pas de surprise à mon intention. Aussi, bien entendu, ai-je été surpris.
environ 1944
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 108
C’est comme si je m’étais perdu et que je demandais à quelqu’un le chemin de la maison. Il répond qu’il va m’y conduire et prend avec moi un chemin aisé, plein d’agréments ; soudain le chemin s’interrompt. Mon ami dit alors : « Tout ce que tu as à faire maintenant est de trouver à partir d’ici le chemin de la maison. »
environ 1945
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 110
Oui, une clef peut rester pour toujours là où le maître l’a posée et ne jamais être employée à ouvrir le verrou pour lequel il l’a forgée.
1946
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 120
Il arrive qu’une phrase ne puisse être comprise que si on la lit avec le rythme voulu. Toutes mes phrases sont à lire lentement.
1947
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 123
La science : enrichissement et appauvrissement. Une méthode pousse de côté toutes les autres. Comparées à elle, toutes semblent bien pauvres, dans le meilleur des cas de simples degrés préparatoires. Il faut que tu descendes jusqu'aux sources pour les voir toutes sur le même pied, celles que l'on a négligées comme celles que l'on a préférées.
1947
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 128 [60-61]
On ne cesse d'oublier d'aller jusqu'au fondement. On ne pose pas assez profond les points d'interrogation.
1947
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 131 [62]
Les questions scientifiques peuvent m’intéresser, elles ne peuvent jamais me captiver réellement. Seules le peuvent les questions conceptuelles et esthétiques. La solution des problèmes scientifiques m’est au fond indifférente ; mais il n’en va pas de même pour les deux autres sortes de questions.
1949
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 153
Les philosophes devraient se saluer entre eux ainsi : « Prends ton temps ! »
1949
Remarques mêlées, Ludwig Wittgenstein (trad. Gérard Granel), éd. Flammarion, 2002 (ISBN2-08-070815-5), p. 153
IL FAUT COMMENCER PAR L’ERREUR et lui substituer la vérité.
C'est-à-dire qu'il faut découvrir la source d'erreur, sans quoi entendre la vérité ne nous sert à rien. Elle ne peut pénétrer lorsque quelque chose d’autre occupe sa place.
Pour persuader quelqu’un de la vérité, il ne suffit pas de constater la vérité, il faut trouver le chemin qui mène de l’erreur à la vérité.
Il faut sans cesse que je me plonge dans l’eau du doute.
« Remarques sur Le Rameau d’Or de Frazer », Wittgenstein (trad. Jean Lacoste), Agone, nº 23, 2000, p. 13 (lire en ligne)
Je travaille à peu près assidûment et je souhaite être meilleur et plus intelligent, ce qui est une seule et même chose.
31 mars 1917
Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), p. 29
Il en est ainsi : si on ne cherche pas à exprimer l'inexprimable, alors rien n'est perdu. L'inexprimable est plutôt – inexprimablement – contenu dans l'exprimé !
9 avril 1917
Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), p. 33
[…] il en est ainsi, nous dormons. […] Notre vie est comme un rêve. Dans les meilleures heures, nous nous éveillons juste assez pour reconnaître que nous rêvons. Mais la plupart du temps nous dormons d'un sommeil profond. Je ne peux pas me réveiller moi-même ! Je m'y efforce, le corps que j'ai en rêve se meut, mais mon corps réel ne bouge pas. Il en est malheureusement ainsi.
9 avril 1917
Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), p. 33
[…] je suis maintenant un peu plus convenable. Je veux seulement dire par là que je suis maintenant un peu plus lucide qu'alors quant à mon inconvenance. En me disant maintenant que je n'ai pas la foi, vous avez tout à fait raison, mais je ne l'avais pas non plus avant. Il est clair que l'homme qui veut pour ainsi dire inventer une machine pour devenir plus convenable n'a pas la foi. Mais que dois je-faire ? Je suis certain d'une chose : je suis beaucoup trop mauvais pour pouvoir ratiociner (spintisieren) sur moi-même, et je vais plutôt soit rester un salaud (Schweinhund) soit m'améliorer, et basta ! Assez de bavardage (Geschwätz) transcendantal, puisque tout est aussi clair qu'une gifle.
16 janvier 1918.
Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), p. 44
Je mène une vie vraiment très heureuse ! Sauf aux moments où elle est diablement malheureuse.
9 octobre 1918
Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), p. 51
Ludwig Wittgenstein enfant (le plus jeune) avec ses trois grandes sœurs et son frère, de gche à dte : Helene (1879–1956), Paul (1887–1961), Hermine (1874–1950), Ludwig (1889–1951) et Margaret (1882–1958).
Wittgenstein : Tu sais, j’aurais voulu écrire une œuvre philosophique qui fut exclusivement composée de blagues.
Keynes : Pourquoi ne l’as-tu pas fait ?
wittgenstein : Hélas, je n’avais pas le sens de l’humour.
Citation (apocryphe) tirée de Wittgenstein, de Derek Jarman, British Film Institute, London, 1993, p. 140.
Chroma, un livre de couleurs, Derek Jarman (trad. Jean-Baptiste Mellet), éd. Éditions de l'éclat, 2003, p. note de l'éditeur, lire en ligne
De ce qu'à moi, ou à tout le monde, il en semble ainsi, il ne s'ensuit pas qu'il en est ainsi. Mais ce que l'on peut fort bien se demander, c'est s'il y a un sens à en douter.
J’aimerais redire sans cesse : je contrôle les livres d’affaires des mathématiciens ; les processus mentaux, joies, dépressions, instincts des gens d’affaires, aussi importants qu’ils soient à d’autres égards, je ne m’en soucie pas.
Ludwig Wittgenstein, Grammaire philosophique, traduit de l’allemand par Marie-Anne Lescourret, Gallimard, Paris, 1980, p. 301.
Essais IV, Jacques Bouveresse, éd. Agone, 2004, chap. II-Pourquoi pas des philosophes ?, p. 35-67 (texte en ligne)
Un jour, quelqu’un lui dit qu’il trouvait l’innocence enfantine de G.E. More tout à son honneur ; Wittgenstein protesta. « Je ne comprends pas ce que cela veut dire, dit-il, car il ne s’agit pas de l’innocence d’un enfant. L’innocence dont vous parlez n’est pas celle pour laquelle un homme lutte, mais celle qui naît de l’absence naturelle de tentation ».
Le devoir de génie, Ray Monk, éd. Éditions Flammarion, 2009, p. 15
Un jour, sa sœur lui dit dans une lettre qu'il était un grand philosophe. Il répondit : « dis que je suis un chercheur de vérité, et je serai satisfait. »
Le devoir de génie, Ray Monk, éd. Éditions Flammarion, 2009, p. 15
Dites-leur que j’ai eu une vie merveilleuse.
Le devoir de génie, Ray Monk, éd. Éditions Flammarion, 2009, p. 648
À la question :« Que signifient les mots rouge, bleu, noir, blanc ? », nous pouvons bien entendu montrer immédiatement des choses qui sont de telles couleurs. Mais notre capacité à expliquer la signification de ces mots ne va pas plus loin.
Remarques sur les couleurs/Bemerkungen über die Farben, 1, 68
Wittgenstein considérait que, « dans la course de la philosophie, gagne celui qui peut courir le plus lentement ; ou : celui qui atteint le but le dernier » ; et il suggérait que « le salut des philosophes entre eux devrait être : “Donnez-vous du temps” [Lass dir Zeit] ».
Ludwig Wittgenstein, Remarques mêlées, traduit de l’allemand par Gérard Granel, Flammarion GF, 1984/2002, p. 153.
Essais IV, Jacques Bouveresse, éd. Agone, 2004, chap. II-Pourquoi pas des philosophes ?, p. 42
Alors qu'il était en train de travailler à la dernière partie des Recherches philosophiques, il me déclara : « Il m'est impossible de dire un mot, dans mon livre, de tout ce que la musique a représenté dans ma vie. Comment, dans ce cas, puis-je espérer être compris ? » Et, à peu près à la même date : « Mon type de pensée ne correspond pas à ce que l'on attend à l'époque présente, il me faut nager si fort contre le courant. Peut-être, dans une centaine d'années, il y aura des gens qui voudront réellement ce que je suis en train d'écrire. » Et encore, dans la même conversation : « Je ne suis pas un homme religieux, mais je ne peux pas m'empêcher de voir tout problème d'un point de vue religieux[2]. » Ces remarques, à mes yeux, posent immédiatement la question de savoir si certaines dimensions de la pensée de Wittgenstein ne restent pas encore largement ignorées. Où ai-je vu que les Remarques philosophiques pourraient avoir été écrites « à la gloire de Dieu » ? Ou que les problèmes abordés dans les Recherches philosophiques l'ont été à partir d'un point de vue religieux ?
Conversations avec Wittgenstein, Maurice Drury (trad. Jean-Pierre Cometti), éd. PUF, 2002 (ISBN2-13-051558-4), chap. Quelques notes sur mes conversations avec Wittgenstein, p. 46-47
(en) « Some Notes on Conversations with Wittgenstein » (1976), dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury : on Wittgenstein, philosophy, religion and psychiatry, Maurice O'Connor Drury, éd. Bloomsbury Academic, 2017 (ISBN978-1-4742-5636-0), p. 151
Dans l’une des premières conversations que j’ai eus avec Wittgenstein, il m’avait dit : « La philosophie s’apparente à l’ouverture d’un coffre au moyen d’une serrure à combinaison, chacun des petits ajustements du mécanisme semble n’aboutir à rien ; ce n’est que lorsque tout est en place que la porte s’ouvre ». Dans le Livre bleu, il compare la philosophie au fait de devoir ranger des livres en désordre dans une bibliothèque ; il faut faire de nombreux changements de moindre importance avant de parvenir au classement final. […] Dans toutes ces comparaisons, il y a constamment l'idée d'un processus long et ennuyeux, qui à certains moments doit paraître trivial, dans lequel l'objectif final échappe à la vue, mais qui comporte un but réel. Un but, cependant, qui ne peut être atteint sans le labeur de la route. Il est donc hasardeux, et c'est en définitive une erreur que de vouloir viser le but sans le détail de la méthode.
Conversations avec Wittgenstein, Maurice Drury (trad. Jean-Pierre Cometti), éd. PUF, 2002 (ISBN2-13-051558-4), chap. Quelques notes sur mes conversations avec Wittgenstein, p. 49-50
(en) « Some Notes on Conversations with Wittgenstein » (1976), dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury : on Wittgenstein, philosophy, religion and psychiatry, Maurice O'Connor Drury, éd. Bloomsbury Academic, 2017 (ISBN978-1-4742-5636-0), p. 152
Il est clair, bien entendu, que Wittgenstein s'est intéressé à de nombreux aspects de la philosophie : les fondements des mathématiques, la logique symbolique, le langage de la psychologie, etc. Ce que j'entends seulement soutenir, c'est que de part en part de ces intérêts spécifiques, si du moins il s'agit de comprendre les implications de son œuvre dans toute leur ampleur, il y a une exigence éthique. […] Ma conviction à ce sujet est encore renforcée, à mes yeux, par le souvenir vivant de certaines conversations que j'ai eues avec lui. J'insiste sur le mot « souvenir ». Je ne crois pas que ma mémoire me trahisse lorsque je cite ces remarques, et je les cite dans un discours direct afin d'éviter la constante répétition des formules comme : « il dit », etc. Mais chaque fois que je le cite ainsi, le lecteur doit ajouter: « Si je me souviens bien, il dit quelque chose de ce genre. »
Conversations avec Wittgenstein, Maurice Drury (trad. Jean-Pierre Cometti), éd. PUF, 2002 (ISBN2-13-051558-4), chap. Quelques notes sur mes conversations avec Wittgenstein, p. 55-56
(en) « Some Notes on Conversations with Wittgenstein » (1976), dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury : on Wittgenstein, philosophy, religion and psychiatry, Maurice O'Connor Drury, éd. Bloomsbury Academic, 2017 (ISBN978-1-4742-5636-0), p. 154-155
« Drury, quoi qu’il puisse jamais vous arriver, ne cessez pas de penser. » Ce furent les derniers mots que j’entendis jamais de lui.
Conversations avec Wittgenstein, Maurice Drury (trad. Jean-Pierre Cometti), éd. PUF, 2002 (ISBN2-13-051558-4), p. 200
(en) « Conversations with Wittgenstein », dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury : on Wittgenstein, philosophy, religion and psychiatry, Maurice O'Connor Drury, éd. Bloomsbury Academic, 2017 (ISBN978-1-4742-5636-0), p. 144
Wittgenstein commence aujourd’hui à être connu parmi nous. On peut se risquer à prédire qu’il le sera bientôt davantage. Dans ce cas, l’attrait qu’il exercera sans doute devrait naître de l’exceptionnelle conjonction d’un rationalisme radical et dévastateur, et d’un sentiment vif et profond des limites de la pensée, l’un et l’autre s’exerçant, non pas à vrai dire sur un monde d’être et d’événements mais sur l’univers du langage. Par quoi il ne sera pas trop mal aisé de tirer de Wittgenstein une philosophie à la mode. Il y a mieux à faire cependant; et d’abord, le bien lire, car c’est un penseur obscur et laborieux, malgré certains bonheurs dans son style.
On chercherait donc en vain dans ce « Journal » les traces d’une aventure profane, un écho de « ce qui a lieu ». Mais les mouvement de l’esprit y paraissent, la vivacité d’un caractère prompt à se contester soi-même, à se proposer comme défi des hypothèses hasardeuses, à s’exalter d’une trouvaille, à invoquer aussi, mais pour l’exorciser sans doute, le démon du découragement. Rien, toutefois, qui ne risque de laisser déçu l’amateur de psychologie.
« Souvenirs de Ludwig Wittgenstein », dans Lettres, rencontres, souvenirs, Ludwig Wittgenstein, Paul Engelmann (trad. François Latraverse), éd. Éditions de l'éclat, coll. « Philosophie imaginaire », 2010 (ISBN9782841621835), chap. IV. Remarques sur le Tractatus, p. 161
« Dites-leur que cette vie a été pour moi merveilleuse. » Quand je songe à son profond pessimisme, à ce tourment spirituel et moral dont il était constamment affecté, à cette tension qu’il imposait à sa pensée, à ce besoin d’amour et à cette rudesse avec laquelle il se gardait de l’amour, je suis tenté de croire que sa vie fut profondément malheureuse. Et à sa dernière heure, lui-même l’a qualifiée de merveilleuse ! Cela me semble profondément émouvant et mystérieux.
« Ludwig Wittgenstein », Norman Malcolm, dans Le cahier bleu et le cahier brun (1965), Ludwig Wittgenstein (trad. Guy Durand), éd. Gallimard, 1988 (ISBN2-07-071450-0), p. 423-424
Aussi vaste que puisse être l’intérêt que suscite Wittgenstein, un fossé regrettable sépare ceux qui étudient son œuvre sans s’intéresser à sa vie, et ceux qui trouvent sa vie fascinante mais son œuvre incompréhensible.
Ludwig Wittgenstein : le devoir de génie, Ray Monk, éd. Flammarion, 2009 (ISBN978-2-0802-0522-3), chap. Introduction, p. 9
« Pourquoi dire la vérité quand il est préférable de mentir ? » Telle est la première interrogation philosophique émanant de Ludwig Wittgenstein qui nous soit parvenue. […] En un sens, cet épisode est caractéristique de sa vie. À la différence d’un Bertrand Russell, qui se tourna vers la philosophie dans l’espoir de découvrir des certitudes là où il ne percevait que des doutes, Wittgenstein y fut conduit par une tendance compulsive à se poser ce genre de questions. En quelque sorte, c’est la philosophie qui est venue à lui, et non l’inverse.
Ludwig Wittgenstein : le devoir de génie, Ray Monk, éd. Flammarion, 2009 (ISBN978-2-0802-0522-3), chap. I. Le laboratoire de l’autodestruction, p. 13
La vie de Wittgenstein ressemble à une interminable bataille avec sa propre nature. Même quand il arrivait à accomplir quelque chose, c’était toujours avec le sentiment qu’il l’avait fait en dépit de lui-même. Sa réalisation ultime serait un dépassement total de soi qui rendrait toute philosophie inutile.
Ludwig Wittgenstein : le devoir de génie, Ray Monk, éd. Flammarion, 2009 (ISBN978-2-0802-0522-3), chap. I. Le laboratoire de l’autodestruction, p. 14
Wittgenstein, qui savait jongler avec les raffinements de la métaphysique aussi intelligemment que Pascal jonglait avec les hexagones et Tolstoï avec les empereurs, s’abaissa, renonçant à ses talents, devant le sens commun comme Tolstoï s’était abaissé devant les paysans, – par un mouvement identique d’orgueil. J’ai admiré le Tractatus de Wittgenstein, mais non ses œuvres ultérieures, qui me semblaient comporter un renoncement à ce que son talent avait de meilleur, renoncement très semblable à celui de Pascal ou de Tolstoï.
Histoire de mes idées philosophiques, Bertrand Russell (trad. George Auclair), éd. Gallimard, 1988 (ISBN2-07-071474-8), chap. XVIII. Réponses aux critiques, p. 268-269
Le premier Wittgenstein, que je connaissais intimement, se consacrait passionnément et intensément à la réflexion, c’était un homme profondément averti des problèmes difficiles dont comme lui je sentais l’importance, et doué (c’est au moins ce que je pensais) d’un véritable génie philosophique. Le dernier Wittgenstein, au contraire, paraît s’être lassé de réfléchir sérieusement et avoir inventé une doctrine qui rendrait inutile l’activité philosophique. Je ne peux croire un instant qu’une doctrine qui engendre la paresse soit vraie. Cependant, je comprends que je nourris contre elle une prévention irrésistible : si elle est vraie, la philosophie sert, au mieux, de faible auxiliaire aux lexicographes et est, au pis, un divertissement pour oisifs à l’heure du thé.
Histoire de mes idées philosophiques, Bertrand Russell (trad. George Auclair), éd. Gallimard, 1988 (ISBN2-07-071474-8), chap. XVIII. Réponses aux critiques, p. 271
C’est peut-être le plus parfait exemple que j’aie jamais connu du génie, tel qu’on le conçoit traditionnellement : passionné, profond, intense et dominateur. Il avait une espèce de pureté que je n’ai jamais vue égalée, sauf par G. E. Moore.
Autobiographie 1914-1944, Bertrand Russell (trad. Michel Berveiller), éd. Stock, 1969, chap. II., p. 115
« Pensez-vous que je sois un parfait crétin ? – Pourquoi tenez-vous tant à le savoir ?, répliquai-je. – Parce que, dit-il, si je le suis, je me ferai aéronaute; mais si je ne le suis pas, je me ferai philosophe. » Alors je lui répondis : « Mon cher ami, je ne sais pas si vous êtes, ou non, un parfait crétin, mais si vous voulez m’écrire un petit mémoire pendant les vacances sur n’importe quel sujet de philosophie qui vous intéresse, je le lirai et je vous dirai. » Il le fit et m’apporta son travail au début du semestre suivant. À peine en eus-je lu la première phrase, j’eus la conviction qu’il était un homme de génie; je l’assurai donc qu’il ne fallait pour rien au monde qu’il entrât dans l’aviation.
Autobiographie 1914-1944, Bertrand Russell (trad. Michel Berveiller), éd. Stock, 1969, chap. II., p. 115
↑Drury rapporte déjà cette citation dans sa préface de (en) The danger of words, Humanities Press, 1973 (ISBN0-391-00277-5) [lire en ligne], p. XIV (reprod. dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury, 2017, p. 258) : « […] When he was hard at work on the manuscript of the Philosophical Investigations he said to me: 'I am not a religious man, but I can't help seeing every thing from a religious point of view'. ». Dans une lettre, datée du 26 avril 1954 et adressée à son fils Luke – alors âgé de moins de deux ans –, il écrit : « Near the end of his life Wittgenstein said to me 'I am not a religious man but I can't help seeing every problem from a religious point of view, I would like my work to be understood in this way' » ((en) « Letters to a Sudent of Philosophy II », Philosophical Investigations, vol. 6, no3, 1983, p. 171 [lien DOI], reprod. dans The selected writings of Maurice O'Connor Drury, 2017, p. 206).
↑Dans la deuxième édition, publiée en 1984, Malcolm ajoutera une note à ce passage, voir Ludwig Wittgenstein : A Memoir, Clarendon Press, 1984 (réimpr. 2001), 2e éd. (ISBN0-19-924759-5) [lire en ligne], p. 81, note 8 p. 84.