Ernst Jünger

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Ernst Jünger, né à Heidelberg le 29 mars 1895 et mort à Riedlingen le 17 février 1998, est un écrivain allemand.

Citations d'Ernst Jünger[modifier]

Orages d'acier, 1920[modifier]

Le train fit halte à Bazancourt, petite ville de Champagne. Nous descendîmes. Pleins d'un respect incrédule, nous tendîmes l'oreille au rythme lent des laminoirs du front, mélodie qui, durant de longues années, allait nous devenir familière. Très loin, la boule blanche d'un shrapnell fondait dans le ciel gris de décembre. L'haleine du combat nous frôlait et faisait courir en nous un étrange frisson. Sentions-nous que nous allions presque tous être engloutis, en des jours où ce grondement sourd, derrière l'horizon, s'enflerait en tonnerre au roulement continu ? D'abord l'un, puis l'autre ?

  • Incipit
  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Les tranchées dans la craie Champenoise, p. 11


Il devait d'ailleurs nous suivre pendant la guerre, ce tressaillement convulsif, à chaque bruit soudain et insolite. Qu'un train passât dans un bruit de ferraille, qu'un livre tombât par terre, qu'un cri retentît dans le noir — toujours, le cœur s'arrêtait une seconde, comme sentant la présence d'un grand péril inconnu. Ce fut la marque de ces quatre années passées dans l'ombre de la mort.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Les tranchées dans la craie Champenoise, p. 15


Sur l'une des civières avec lesquelles on nous avait enfoncés dans la voiture comme on enfourne des pains, un camarade atteint d'un coup dans le ventre souffrait atrocement. Il supplia chacun de nous de l'achever avec le pistolet de l'infirmier, pendu dans la voiture. Personne ne répondit. J'allai connaître plus tard ce qu'on ressent quand chaque cahot de la route tombe comme un coup de maillet dans un un blessure grave.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Les Eparges, p. 56


Entre neuf et dix heures, le feu prit une violence démentielle. La terre vacillait, le ciel semblait une marmite de géants en train de bouillir.
Des centaines de batteries lourdes tonnaient à Combles et tout autour ; des obus sans nombre se croisaient, hurlant et miaulant, au-dessus de nous. Tout était enveloppé d'une fumée épaisse, éclairée de lueurs funèbres par des fusées de couleur. Sous l'effet de violentes douleurs à la tête et les oreilles, nous ne pouvions nous entendre qu'en braillant des mots sans suite. La faculté de penser logiquement et le sens de la pesanteur semblaient paralysés. On était en proie au sentiment de l'inéluctable et du nécessaire, comme devant la fureur des éléments. Un sous-officier de la troisième section devint fou furieux.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Guillemont, p. 160


Le chemin creux nous apparaissait maintenant comme une série d'énormes entonnoirs, remplis de lambeaux d'uniformes, d'armes et de morts ; à perte de vue, le terrain environnant était complètement retourné par des gros calibres. Pas un seul brin d'herbe auquel pût s'accrocher le regard. ce champ de bataille labouré était horrible. Les défenseurs morts gisaient pêle-mêle parmi les vivants. En creusant des trous pour nous terrer, nous nous aperçûmes qu'ils étaient empilés par couches les uns au-dessus des autres. Les compagnies qui avaient tenu bon sous le pilonnage avaient été fauchées l'une après l'autre, puis les cadavres avaient été ensevelis par les masses de terre qui faisaient jaillir les obus, et la relève avait pris la place des morts. C'était maintenant notre tour.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Guillemont, p. 164


Ce fut la première fois où je vis à l'œuvre la destruction préméditée, systématique, que j'allais rencontrer jusqu'à l’écœurement dans les années suivantes ; elle est en corrélation étroite avec les doctrines économiques de notre temps et rapporte au destructeur lui-même plus de tord que de profit.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. La retraite de la Somme, p. 212, 213


Ces libations entre survivants d'une bataille comptent parmi les plus beaux souvenirs d'un ancien du front. Même lorsqu'il en était tombé dix sur douze, les deux rescapés se retrouvaient devant une bouteille, le premier soir de repos, vidaient un verre en silence à la mémoire des camarades morts et discutaient plaisamment de leurs expériences communes.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Au village de Fresnoy, p. 231, 232


Il était étrange d'apprendre que nos actes apparemment désordonnés, dans l'obscurité de la nuit, avaient reçu une notoriété publique et le sens d'un destin. Nous avions pris notre large part à l'arrêt de l'offensive, entreprises avec des moyens énormes. Si colossales que fussent les masses d'hommes et de matériel, le travail, aux points décisifs, n'était jamais accompli que par quelques poignées de combattants.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Langemark, p. 285


Dans l'affaiblissement mortel où je me trouvais, il s'insinuait maintenant la conscience d'un bonheur qui prenait sans cesse plus de force et qui, des semaines entières, ne me lâcha plus. Je songeais à la mort sans que cette pensée m'inquiétât. Tous mes liens au monde me semblaient si simples que j'en étais stupéfait, et c'est en me disant : « Tu es en règle » que je glissai dans le sommeil.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. Langemark, p. 294


C'est un sentiment sinistre qui s'insinue en vous quand vous traversez en pleine nuit une position inconnue, même quand le feu n'est pas particulièrement nourri ; l’œil et l'oreille du soldat, entre les parois menaçantes de la tranchée, sont mis en éveil par les illusions les plus étranges ; tout est froid et déconcertant, dans un monde maudit.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. La double bataille de Cambrai, p. 339, 340


Après un instant où je restai paralysé, comme figé par l'horreur, je me levai d'un bond et courus à travers la nuit. C'est seulement dans un trou d'obus où j'étais tombé que je saisis ce qui venait de se passer. Ne plus rien entendre, ne plus rien voir ! Seulement fuir d'ici, jusqu'au fond de l'obscurité ! Mais à quoi bon ? Il fallait bien s'occuper d'eux, c'est à moi qu'ils étaient confiés. J'entendis l'autre voix : « C'est toi qui est le chef de compagnie ! » et me contraignit à revenir sur cette scène d'horreur.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. La grande bataille, p. 369


Le tonnerre du combat était devenu si terrible que personne n'avait plus l'esprit clair. Il avait une puissance étouffante, qui ne laissait plus de place dans le cœur pour l'angoisse. La mort avait perdu ses épouvantes, la volonté de vivre s'était reportée sur un être plus grand que nous, et cela nous rendait tous aveugles et indifférents à notre sort personnel.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. La grande bataille, p. 380


Mon anglais était étendu devant — un jeune garçon à qui ma balle avait traversé le crâne de part en part. Il gisait là ; le visage détendu. Je me contraignis à le regarder dans les yeux. Je suis souvent revenu en pensée à ce mort, et plus fréquemment d'année en année. Il existe une responsabilité dont l'Etat ne peut nous décharger ; c'est un compte à régler avec nous-mêmes. Elle pénètre jusque dans les profondeurs de nos rêves.

  • Orages d'acier (1920), Ernst Jünger, éd. Christian Bourgois éditeur, 1995  (ISBN 2-267-00-281-7), chap. La grande bataille, p. 395, 396


[...] même le plus colossal affrontement n'est jamais que la balance où l'on pèse, aujourd'hui comme toujours, le poids des hommes.
  • Orages d'acier (1961), Ernst Jünger (trad. Christian Bourgois (revue par Henri Plard)), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1970, p. 349


Le Travailleur, 1932[modifier]

Ce qui importe n'est pas que nous vivions mais qu'il redevienne possible de mener dans le monde une vie de grand style et selon de grands critères. On y contribue en aiguisant ses propres exigences.
  • Le Travailleur (1981), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Christian Bourgois, coll. « Chois/essais », 1989, p. 247


Jeux africains, 1936[modifier]

« Que chacun arrange sa vie comme il veut », c'est ce qu'on entend souvent dire ; la vérité est bien plutôt que nul ne peut vivre à sa guise.
  • Jeux africains (1936), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1944, p. 247


Chacun connaît le sentiment joyeux qui s'empare de nous lorsque nous découvrons un homme.

  • Jeux africains
  • Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 225


Sur les falaises de marbre, 1939[modifier]

Quand nous pensons nous envoler, notre bond maladroit nous est plus cher que la marche la plus sûre en un chemin tout tracé.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 31


Il est des temps de décadence, où s'efface la forme en laquelle notre vie profonde doit s'accomplir. Arrivés dans de telles époques, nous vacillons et trébuchons comme des êtres à qui manque l'équilibre. Nous tombons de la joie obscure à la douleur obscure, le sentiment d'un manque infini nous fait voir pleins d'attraits l'avenir et le passé. Nous vivons ainsi dans des temps écoulés ou dans des utopies lointaines, cependant que l'instant s'enfuit.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 35


Quand du haut de notre siège élevé nous regardions les séjours que l'homme a bâtis pour y cacher sa vie, son bonheur, ses nourriture, ses religions, alors tous les siècles fondaient à nos yeux en une seule réalité. Et les morts, comme si les tombes s'étaient ouvertes, surgissaient invisiblement. Ils nous environnent dès que notre regard se pose avec amour sur une terre à l'antique culture, et tout comme leur héritage est vivant dans la pierre et dans le sillon, leur âme très ancienne est présente sur les terres et les campagnes.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2007  (ISBN 978-2-07-028778-9), p. 44


On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 55


Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 67


L'ordre humain ressemble au Cosmos en ceci, que de temps en temps, pour renaître à neuf, il lui faut plonger dans la flamme.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 71


Parole, esprit et liberté sont sous trois aspects une seule et même chose.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 93


Quand le sentiment du droit et du bien s'évanouit, quand l'épouvante trouble les sens, alors les forces de l'homme de la rue sont bientôt taries. Mais chez la vieille aristocratie le sens de ce qui est vrai et légitime demeure vivant et c'est d'elle que sortent les nouveaux rejetons de l'esprit d'équité. Il n'est pas d'autre raison à la prééminence accordée chez tous les peuples au sang noble.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 116


Qu'il suffise d'indiquer qu'entre le nihilisme amené à sa perfection, et l'anarchie sans frein, l'opposition est profonde. Il s'agit de savoir, dans ce combat, ce que le séjour des hommes doit devenir, un désert ou une forêt vierge.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2005, p. 118


Je sentis à ce spectacle les larmes me monter irrésistiblement aux yeux, mais de ces larmes où, mêlée à l'affliction, une rayonnante exaltation nous saisit. Sur ce pâle masque, d'où pendait en lambeaux la peau écorchée, et qui, sur l'épieu du martyre, regardait les feux au-dessous de lui, l'ombre d'un sourire se jouait, d'une allégresse et d'une douceur suprêmes, et je compris que cet homme avait durant ce jour dépouillé pas à pas sa faiblesse, comme laisse tomber ses haillons un roi qui se cachait sous le déguisement du mendiant. Un frisson me saisit alors au plus profond de l'être, car je compris que celui-là était digne de ses lointains ancêtres, vainqueurs des monstres : il avait tué dans son cœur le dragon Épouvante.
  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 2007  (ISBN 978-2-07-028778-9), p. 149


Jardins et routes, 1942[modifier]

Les compartiments non fumeurs sont toujours moins garnis que les autres : un ascétisme même inférieur procure de l'espace aux hommes. Lorsque nous vivons en saints, l'infini nous tient compagnie.
  • Jardins et routes (1942), Ernst Jünger (trad. Maurice Betz (revue par Henri Plard)), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1979, p. 120


À notre époque il faut jouir d'un calme de salamandre si l'on veut parvenir à ses fins.
  • Jardins et routes (1942), Ernst Jünger (trad. Maurice Betz (revue par Henri Plard)), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1979, p. 247


Une pensée qui nous échappe ressemble au poisson qui se détache de l'hameçon. Nous ne devrions pas le pourchasser ; il continue à se nourrir dans les profondeurs pour nous revenir ensuite, plus lourd.
  • Jardins et routes (1942), Ernst Jünger (trad. Maurice Betz (revue par Henri Plard)), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1979, p. 249


Premier Journal parisien, 1941-1943[modifier]

C'est en effet un privilège de l'homme d'ignorer le futur. C'est un diamant dans le diadème de liberté qu'il porte en lui. S'il perdait cela, il deviendrait un automate dans un monde d'automates.
  • Premier Journal parisien (1949), Ernst Jünger (trad. Frédérick de Towarnicki (revue par Henri Plard)), éd. Christian Bourgois, 1995, p. 172


Second Journal parisien, 1943-1944[modifier]

J'ai été simple, et je vais tendre à toujours plus de simplicité.
  • Second Journal parisien, Journaux de guerre 1939-1948 (1979), Ernst Jünger (trad. Frédérick de Towarnicki (revue par Henri Plard puis Julien Hervier)), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2008, p. 608


Notre situation entre deux femmes a quelque ressemblance avec un jugement de Salomon - où nous serions tout à la fois le juge et l'enfant. Il faut nous donner à celle qui ne veut pas nous partager.
  • Second Journal de Paris, Journaux de guerre 1939-1948 (1965), Ernst Jünger (trad. Frédérick de Towarnicki), éd. Julliard, 1965, p. 209


La vérité, l'amour du sincère et de l'authentique est comme une femme dont le commerce me condamnerait à l'impuissance avec toutes les autres.
  • Second Journal de Paris, Journaux de guerre 1939-1948 (1965), Ernst Jünger (trad. Frédérick de Towarnicki), éd. Julliard, 1965, p. 248


Feuillets de Kirchhorst, 1944[modifier]

Dans nos rêves, les êtres ne nous apparaissent pas seulement sous leur forme historique, mais aussi avec leurs possiblités. Dans l'image onirique, nous ne concevons pas leur caractère empirique, mais leur caractère intelligible.
  • Journaux de guerre 1939-1948 (1979), Ernst Jünger (trad. Frédéric de Towarnicky, revue par Henri Plard et Julien Hervier), éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2008, p. 764


La Cabane dans la vigne, années d'occupation (1945-1948)[modifier]

Le chiendent, c'est que l'homme est à la fois la plus réelle des réalités et la plus abstraite des abstractions. Telles sont les deux lames des ciseaux au moyen desquels on le maintient dans ses justes proportions — en le rognant.
  • La Cabane dans la vigne (1948), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1980, p. 140


Quand le monde nous semble vaciller sur ses bases, un regard jeté sur une fleur peut rétablir l'ordre.
  • La Cabane dans la vigne (1948), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « Livre de poche biblio », 1980, p. 195


… De même que c'est le héros sur qui repose la sécurité du lieu, sa qualité d'habitation, de même, le poète parvient à ce qu'on le reconnaisse, à ce qu'on se souvienne de lui — en devenant pays natal.
Ce sont les poètes qui ouvrent le grand refuge, la grande demeure. Donc, là où ils sont absents, il se répand aussitôt un vide terrible. Ces lieux sont assurément encore habitables, mais deviennent inhospitaliers, dépourvus de sens, et leur face secrète inconnue.

  • La cabane dans la vigne
  • Ernst junger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 13


Héliopolis, 1949[modifier]

Le monde [...] est comme un livre ; de ses feuillets innombrables, nous ne voyons que celui auquel il est ouvert.
  • Nigromontanus, cité par Lucius de Geer.
  • Héliopolis (1949), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « Le Livre de poche », 1975, p. 14


Traité du rebelle, 1951[modifier]

Le recours aux forêts — ce n'est pas une idylle qui se cache sous ce mot. Le lecteur doit plutôt se préparer à une marche hasardeuse, qui ne mène pas seulement hors des sentiers battus, mais au-delà des frontières de la méditation.
  • Traité du rebelle (1951), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, 1981, p. 9


Le recours aux forêts — Nul destin n'est plus désespérant que d'être entrainé dans cette suite fatale, où le droit se change en arme.
  • Traité du rebelle (1951), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, 1981, p. 39


La paix de Versailles contenait déjà en elle la Seconde Guerre mondiale. Fondée ouvertement sur la force, elle proclamait l'Évangile auquel allait se référer tout coup de force.
  • Traité du rebelle (1951), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, 1981, p. 72


Voici le bois des contes, avec ses loups mangeurs d'hommes, ses sorcières et ses géants, mais où l'on trouve aussi le bon chasseur, les haies de roses de la Belle au Bois dormant, à l'ombre desquelles le temps suspend son vol.
  • Traité du rebelle (1951), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, 1981, p. 75


La grandeur humaine doit être sans cesse reconquise. Elle triomphe lorsqu'elle repousse l'assaut de l'abjection dans le cœur de chaque homme. C'est là que se trouve la vraie substance de l'Histoire - dans la rencontre de l'homme avec lui-même, c'est-à-dire avec sa puissance divine.

  • Traité du rebelle
  • Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 267


Le Cœur aventureux, 1961[modifier]

L'inexprimable s'avilit en voulant s'exprimer et se rendre communicable, il ressemble à l'or qu'on doit mélanger de cuivre si l'on veut qu'il serve aux échanges.
  • Le Cœur aventureux (1961), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1969, p. 24


Le serpent d'airain de la connaissance développé anneau par anneau et écaille par écaille, et son travail sous les mains de l'homme s'est animé d'une vie toute puissante.
  • Le Cœur aventureux (1961), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. « L'imaginaire », 1969, p. 78-79


Graffiti/Frontalières, 1966[modifier]

Sois sans crainte : chacun meurt en paix — la bataille n'est que pour les parvis.
  • Graffiti/Frontalières (1966), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « 10/18 », 1977, p. 77


D'une bonne prose, on doit exiger qu'elle chasse la crainte de la mort.
  • Graffiti/Frontalières (1966), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « 10/18 », 1977, p. 79


Le recours aux forêts demeure possible, lors même que toutes les forêts ont disparu, pour ceux-là qui cachent en eux des forêts.
  • Graffiti/Frontalières (1966), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Christian Bourgois, coll. « 10/18 », 1977, p. 179


Eumeswil (1977)[modifier]

Je ne veux pas croiser le fer avec la société, et surtout pas pour l'améliorer, par exemple, mais la tenir à distance, quoi qu'il advienne. Je supprime mes services, mais aussi mes exigences.
  • Eumeswil (1977), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. La Table ronde, coll. « Folio », 1998, p. 202


L'illusion égalitaire des démagogues est encore plus dangereuse que la brutalité des traîneurs de sabre... pour l'anarque, constatation théorique, puisqu'il les évite les uns comme les autres. Qu'on vous opprime : on peut se redresser, à condition de n'y avoir pas perdu la vie. La victime de l'égalisation est ruinée, physiquement et moralement. Quand on est autre que les autres, on n'est pas leur égal ; c'est l'une des raisons pour lesquelles on s'en prend si souvent aux juifs.
  • Eumeswil (1977), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. La Table ronde, coll. « Folio », 1998, p. 262-263


Soixante-dix s'efface[modifier]

Soixante-dix s'efface I 1965-1970[modifier]
Dès qu'il s'agit d'interdire, tous les peuples sont polyglottes.
  • Soixante-dix s'efface I - 1965-1970 (1980), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1984, p. 227
Le temps passé à méditer a plus d'importance que le travail accompli.
  • Soixante-dix s'efface I - 1965-1970 (1980), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1984, p. 381


Soixante-dix s'efface II 1971-1980[modifier]
Le crime des Blancs n'est pas d'avoir pris part au trafic des esclaves – le leur n'a rien innové sur cette côte – mais d'y avoir introduit la religion du travail.
  • Soixante-dix s'efface II - 1971-1980 (1981), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1985, p. 257


Les soins donnés, ou pour mieux dire les tortures imposées à des malades incurables, voire agonisants, revêtent des traits de grotesque macabre au sein de cette société athée, qui a peur de la mort comme nulle autre, et dans laquelle le mourir lui-même vous est gâché par les techniciens. Ce sont là des antichambres de l'Enfer. Il est des parvis plus lumineux.
  • Soixante-dix s'efface II - 1971-1980 (1981), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1985, p. 468


Peut-être distinguera-t-on à la fin de ce siècle deux classes d'hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture.
  • Soixante-dix s'efface II - 1971-1980 (1981), Ernst Jünger (trad. Henri Plard), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1985, p. 502


Soixante-dix s'efface III 1981-1985[modifier]
Ne pas prendre le présent trop au sérieux, c'est pour moi un besoin existentiel.
  • Soixante-dix s'efface III - 1981-1985 (1993), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1996, p. 167


Notre protection de la nature est insuffisante, parce que mercantile et abstraite.
  • Soixante-dix s'efface III - 1981-1985 (1993), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 1996, p. 558


Soixante-dix s'efface IV 1986-1990[modifier]
J'ai du mal à me représenter un jour sans lecture, et je me demande souvent si je n'ai pas au fond vécu en lecteur. Le monde des livres serait alors le monde authentique pour lequel le vécu ne représenterait que la confirmation espérée — et cette espérance serait sans cesse déçue.
  • Soixante-dix s'efface IV - 1986-1990 (1995), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 2002, p. 54


Le fait que, comme les animaux, nous vivions grâce aux plantes, le fait que sans elles nous ne pourrions même pas respirer mérite plus qu'un simple remerciement — la vénération s'impose.
  • Soixante-dix s'efface IV - 1986-1990 (1995), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Gallimard, coll. « du monde entier », 2002, p. 373


Le Problème d'Aladin, 1983[modifier]

Les statistiques sont inventées pour les êtres bornés. Que signifie par exemple la question : « Quelle est votre couleur préférée ? » pour celui qui se sent bien dans le brouillard, ou que la palette, l'opale, l'arc-en-ciel, un soleil couchant à Manille enchantent ?
  • Le Problème d'Aladin (1983), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Christian Bourgois, coll. « 10/18 », 1984, p. 68


Les Ciseaux, 1990[modifier]

Dans l'œuvre d'art vit une foi qui dure plus longtemps que tout dogme.
  • (de) Im Kunstwek lebt ein Glaube, der jedes Dogma überwährt.
  • Les Ciseaux (1990), Ernst Jünger (trad. Julien Hervier), éd. Christian Bourgois, 1993, p. 9


Correspondance[modifier]

Peut-être vais-je me convertir dans le courant de cette année à l'Islam. Vous savez que, depuis longtemps déjà, je cherche une religion qui convienne aux hommes. Les grands pèlerinages, le harem, la guerre sainte, tout cela est beau et sans complications. Un culte de cette sorte est nécessaire à l'homme extérieur ; à l'homme intérieur nulle religion ne suffit.
  • Lettre de Ernst Jünger à Banine
  • Ernst Jünger aux faces multiples, Banine, éd. L'Âge d'Homme, 1989, p. 138


Citations sur Ernst Jünger[modifier]

Hannah Arendt[modifier]

Les journaux de guerre d'Ernst Jünger offrent peut-être l'exemple le meilleur et le plus honnête des immenses difficultés auxquelles l'individu s'expose quand il veut conserver intact son système de valeurs morales et son concept de vérité en un monde où vérité et morale ont perdu toute forme identifiable d'expression. Malgré l'indéniable influence que les premiers travaux de Jünger ont exercée sur certains membres de l'intelligentsia nazie, il a été du premier au dernier jour du régime un opposant actif au nazisme, montrant par là que le concept d'honneur, un peu désuet mais répandu jadis parmi le corps des officiers prussiens, suffisait amplement à motiver une résistance individuelle.

  • Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 227


Antoine Blondin[modifier]

Ernst Jünger s'est penché sur nous avec l'honnêteté de l'entomologiste, la ferveur d'un Petit Prince de Saint-Exupéry et, d'un seul coup, nous a donné la bonne place dans son système planétaire. Nous sommes entrés par la grande porte dans la cosmologie d'un des plus grands penseurs vivants, avec armes et bagages, femmes et vins, fleurs et pierres, charmes et travers. C'est enivrant et ça donne à réfléchir.

  • Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 29


Christian Bobin[modifier]

Vous faites partie des perdants. On dirait que rien ne vous fait peur même si vous n'affectez jamais cette bravoure des brutes et des idiots. Vous aimez la vie comme peut-être Dieu l'aime, s'il y a un Dieu. Goutte à goutte, fleur à fleur, pierre à pierre. Vous portez l'uniforme mais vous êtes un ange de paix et d'attention.


Dans le milieu du désastre, une zone de grand calme. Cher Ernst Jünger, puisque tel est votre nom au paradis des contemplatifs, je vous aime de si souvent entrer dans ce vide qui est au cœur de nos occupations même les plus violentes, et de le fleurir par votre attention charitable. Ce 12 mai 1944, émergeant des poussières suspendues de la mort, vous apparaît un marronnier tout allumé de rose, ce que Dieu a de plus beau dans sa garde-robe. La description que vous en faites a la minutie d'un scribe. En vous lisant je me trouve béni par le silence de ce géant aux mille yeux roses ouverts dans les tourbillons de l'enfer.


Massimo Cacciari[modifier]

Dans les grands conflits, dans l'immense guerre civile européenne qui a marqué le XXe siècle, Jünger lit la fin des puissances européennes, la représentation de leur suicide, l'affirmation de la démocratie impériale américaine, de l'État mondial et de la Technique.

  • « L'Hôte ingrat », Massimo Cacciari (trad. Antonina Canova), dans Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'Âge d'Homme, coll. « Les Dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 354


Jean Cocteau[modifier]

Lu Sur les Falaises de marbre d'Ernst Jünger. [...]
Toute la poésie allemande se retrouve sous une poésie d'aristocrate. Je me demande comment Jünger a pu donner ce livre en Allemagne sans devenir suspect. Il s'oppose au système avec une hauteur étonnante. Il parle des fleurs d'une manière adorable et terrible. Plus vrai que le vrai. Il a compris ce secret de la beauté qui se déroule en cachette. Ce livre inactuel est le comble de l'actualité.

  • Ernst Jünger, Dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 242


Julien Gracq[modifier]

… de toute l'œuvre de Jünger , osons le dire, se dégage une note parfaitement originale dans cette époque qui a basé son efficacité sur la culture des passions de masse : l'appel à une aristocratie encore désincarnée, qui porterait désormais les valeurs comme l'ancienne a porté les armes, dont jusqu'à l'idée même de ce qu'elle pourrait bien être un jour nous fait encore défaut absolument, et dont pourtant le pressentiment hante cette époque désemparée d'avoir vu descendre au tombeau sans qu'aucune les réincarne ces hautes figures calmes et dispensatrices qu'ont été le Saint du Moyen Âge, le Philosophe de l'ère des Lumières, ou plus proche de nous, avant qu'il ne tourne en apprenti sorcier, le Savant.

  • Ernst Jünger, dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 348


August von Kageneck[modifier]

J'ai vu Jünger une seule fois dans ma vie. c'était en octobre 1984, à Douaumont, le jour où François Mitterrand et Helmut Kohl se sont donnés la main, face au mur de béton de la forteresse devenue la tombe de tant de Français et d'Allemands. Le matin, les deux hommes avaient visité un cimetière allemand non loin de là, et ils avaient invité Ernst Jünger à se joindre à eux pour cette commémoration. Je voyais le vieil homme, droit comme un i mais étrangement absent, muet, les yeux si merveilleusement jeunes, fixant un lointain objectif. Que se passait-il dans sa tête ? Entendait-il gronder les orages d'acier ? Je lisais plutôt une grande tristesse dans ses traits. Priait-il ?
« Dans des situations dans lesquelles les plus malins perdent pied et les plus courageux cherchent une sortie, on tombe, de temps en temps, sur quelqu'un qui fait, avec une grande assurance, la chose juste. On peut alors être sûr d'avoir en face de soi quelqu'un qui sait prier », a-t-il écrit quelque part.

  • Propos tenus par August von Kageneck
  • Ernst Jünger, Dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 230


François Mitterrand[modifier]

Mêlé, jusqu'à risquer sa vie, aux fureurs du siècle, il se tient à l'écart des passions. Personne ne peut s'approprier son regard ni son nom, hormis peut-être ce papillon pakistanais qu'on appelle aujourd'hui Trachydora juengeri, et qui fait sa fierté. Car ce rebelle fait la chasse aux cicindèles ; ce soldat écrit des romans. Ce philosophe a un appétit de vie que le temps n'a pas pu lasser. Peu d’œuvres sont plus diverses, peu d'esprits plus mobiles. Héritière de Goethe, d'Hölderlin, de Nietzsche, mais aussi de Stendhal, la pensée de Jünger conjugue la richesse des Lumières et celle du romantisme, la rigueur de l'une et la générosité de l'autre.

  • Hommage à Ernst Jünger (29 mars 1995)
  • Ernst Jünger, Dossier conçu et Philippe par philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 235


La pensée de Jünger se défie des modes et s'attirent les querelles. Les amateurs de systèmes n'y trouvent point l'asile où puisse se glisser la nostalgie.
La vérité y cherche un équilibre au beau milieu de forces antagonistes. Entre attirance et résistance, respect du réel et refus des fatalités, Jünger dessine l'espace de la liberté humaine et de ses vrais combats.

  • Hommage à Ernst Jünger (29 mars 1995)
  • Ernst Jünger, Dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 235


De même sa notion du progrès, qui repousse les prophéties de Hegel et de Marx tout comme le pessimisme de Spengler. Personne n'a mieux que lui conçu l'avènement de l'univers technique, ses bienfaits et ses catastrophes. Quand bien même il tient la marche triomphale de la science et du nombre pour inéluctable, il n'en lutte pas moins contre la démesure de leur progression.

  • Hommage à Ernst Jünger (29 mars 1995)
  • Ernst Jünger, Dossier conçu et dirigé par Philippe Barthelet, éd. L'âge d'Homme, coll. « Les dossiers H », 2000  (ISBN 2-8251-1425-1), p. 235


Sylvain Tesson[modifier]

On connait l'écolier dissipé, le fugueur aventureux, le guerrier qui lisait l'Arioste sous l'orage d'acier, le théoricien de la figure du Travailleur, le rebelle anti-bourgeois, l'opposant au national-socialisme, le capitaine des années parisiennes. Après la guerre, on découvre un contemplateur qui sème son énergie intellectuelle au vent de la vie. L'ancien officier se fait voyageur, goûte au LSD, consigne ses rêves et pousse l'exercice d'écriture aux frontières de l'hermétisme. [...]
Dans sa préface à l'édition complète des œuvres de Maupassant en russe, Tolstoï donnait une définition du talent qui cerne Jünger en deux lignes et devrait pétrifier tout écrivain : « Le talent est la faculté de concentrer son attention sur tel ou tel objet et d'y voir quelque chose que les autres ne voient pas. »


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