Hannah Arendt

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Hannah Arendt, 1975

Hannah Arendt, née le 14 octobre 1906 et décédée le 4 décembre 1975, est une universitaire allemande naturalisée américaine, philosophe et professeur de théorie politique.

La crise de la culture[modifier]

L’Amérique n’est pas seulement une terre de colonisation en quête d’immigrants nécessaires à son peuplement, mais qui n’entreraient pas en ligne de compte dans sa structure politique. Pour l’Amérique, la devise inscrite sur chaque dollar « Novus Ordo Saeclorum » – un Nouvel Ordre du Monde - a toujours été le facteur déterminant, et les immigrants, les nouveaux venus, constituent pour le pays la garantie qu’il représente bien ce nouvel ordre.
  • La crise de la culture, Hannah Arendt, éd. Gallimard, 1989, p. 227


La liberté d'être libre[modifier]

De même que le résultat le plus durable de l'expansion impérialiste a été l'exportation de l'idée d'État-nation aux quatre coins de la Terre, de même la fin de l'impérialisme, sous la pression du nationalisme, a conduit à la dissémination de l'idée de révolution partout dans le monde.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 17, 18


En conséquence, ce qui s'est réellement passé à la fin du XVIIIe siècle, c'est qu'une tentative de restauration et de récupération d'anciens droits et privilèges a abouti à son exact opposé : un processus de développement ouvrant les portes d'un avenir qui allait résister à toutes les tentatives ultérieures d'agir ou de penser dans les termes d'un mouvement circulaire ou de retour.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 33, 34


L'assimilation d'un gouvernement républicain à la liberté, et la conviction que la monarchie est un gouvernement criminel qui convient aux esclaves — qui sont devenues un lieu commun quasi dès le début des révolutions — étaient également absentes de l'esprit des révolutionnaires eux-mêmes.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 37, 38


L'une des principales conséquences de la Révolution en France fut, pour la première fois dans l'histoire, d'amener le peuple dans les rues et de le rendre visible. Dès lors, il se révéla que ce n'était pas seulement la liberté, mais la liberté d'être libre, qui avait toujours été le privilège de quelques-uns. Du même coup, la Révolution américaine est restée sans grande conséquence pour la compréhension historique des révolutions, alors que la Révolution française, qui aboutit à un échec retentissant, a déterminé et détermine encore ce que nous appelons aujourd'hui la tradition révolutionnaire.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 54, 55


La Révolution française se termina en désastre et devint un tournant de l'histoire du monde ; la Révolution américaine fut un triomphe et demeura une affaire locale, en partie parce que les conditions sociales dans le reste du monde étaient bien plus proches de celles de la France, mais aussi parce que la tradition pragmatique anglo-saxonne si vantée empêcha les générations suivantes d'Américains de réfléchir à leur révolution et de conceptualiser correctement ses leçons. Il n'est donc pas surprenant que le despotisme, ou en réalité le retour à l'ère de l'absolutisme éclairé, qui s'annonçait clairement dans le cours de la Révolution française, soit devenu la règle des révolutions suivantes — du moins de celles qui n'aboutirent pas à la restauration du statu quo ante —,au point de devenir dominant dans la théorie de la révolution.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 68


Une comparaison entre les deux premières révolutions, dont les débuts furent si semblables et l'issue si remarquablement différentes, démontre clairement, je pense, que la maîtrise de la pauvreté est un prérequis à la fondation de la liberté, mais aussi que la libération de la pauvreté ne peut être traitée de la même façon que la libération de l'oppression politique. Car si la violence jetée contre la violence conduit à la guerre, étrangère ou civile, la violence jetée contre les conditions sociales a toujours conduit à la terreur.
  • La liberté d'être libre, Hannah Arendt (trad. Françoise Bouillot), éd. Payot, 2019, p. 71


Condition de l'homme moderne, 1958[modifier]

Contre l'irréversibilité et l'imprévisibilité du processus déclenché par l'action le remède ne vient pas d'une autre faculté éventuellement supérieure, c'est l'une des virtualités de l'action elle-même. La rédemption possible de la situation d'irréversibilité — dans laquelle on ne peut défaire ce que l'on a fait, alors que l'on ne savait pas, que l'on ne pouvait pas savoir ce que l'on faisait — c'est la faculté de pardonner. Contre l'imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l'avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses.

  • Condition de l'homme moderne (1958), Hannah Arendt, éd. Calmann-Lévy, coll. « Pocket », 2016  (ISBN 978-2-266-12649-6), p. 302


Ces deux facultés vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du passé, dont les « fautes » sont suspendues comme l'épée de Damoclès au-dessus de chaque génération nouvelle ; l'autre, qui constitue à se lier par des promesses, sert à disposer, dans cet océan d'incertitude qu'est l'avenir par définition, des îlots de sécurité sans lesquels aucune continuité, sans même parler de durée, ne serait possible dans les relations des hommes entre eux.

  • Condition de l'homme moderne (1958), Hannah Arendt, éd. Calmann-Lévy, coll. « Pocket », 2016  (ISBN 978-2-266-12649-6), p. 302


Responsabilité et jugement, 2003[modifier]

La philosophie est une affaire solitaire.
  • Responsabilité et jugement, Hannah Arendt (trad. Jean-Luc Fidel), éd. Payot, 2003, p. 40


La « reconnaissance » ne peut nous reconnaître que « comme » ceci et cela, c’est à dire comme quelque chose que fondamentalement nous ne sommes pas.
  • Responsabilité et jugement, Hannah Arendt (trad. Jean-Luc Fidel), éd. Payot, 2003, p. 45


Politiquement, la faiblesse de l'argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu'ils ont choisi le mal.
  • responsabilité et jugement, Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2003, p. 79


Bien plus fiables sont ceux qui doutent et sont sceptiques, non parce que le scepticisme est bon ou le doute salutaire, mais parce qu'ils servent à examiner les choses et à se former un avis. Les meilleurs de tous seront ceux qui savent seulement une chose : que, quoi qu'il se passe, tant que nous vivrons, nous aurons à vivre avec nous-mêmes,
  • responsabilité et jugement (2003), Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2010, p. 87


Pour les êtres humains, penser au passé veut dire se mouvoir dans la dimension de la profondeur, poser des racines et ainsi se stabiliser, afin de ne pas se laisser balayer par ce qui peut se produire — le Zeitgeist, l'Histoire ou la simple tentation. Le pire mal n'est pas radical, il n'a pas de racines, et parce qu'il n'a pas de racines, il n'a pas de limites ; il peut atteindre des extrêmes impensables et se répandre dans le monde tout entier.
  • responsabilité et jugement (2003), Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2010, p. 143


Le bonheur des méchants qui réussissent a toujours été l'un des faits les plus gênants de la vie, qu'il n'apporte rien d'expliquer.
  • responsabilité et jugement (2003), Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2010, p. 181


Presse[modifier]

Mais avant de nous jeter la première pierre, souvenez-vous qu'être Juif ne confère aucun statut légal en ce monde. Si nous commencions par dire la vérité, à savoir que nous ne sommes que des Juifs, cela reviendrait à nous exposer au destin d'êtres humains qui, parce qu'ils ne sont protégés par aucune loi spécifique ni convention politique, ne sont que des êtres humains. Je m'imagine mal une attitude plus dangereuse puisque nous vivons actuellement dans un monde où les êtres humains en tant que tels ont cessé d'exister depuis longtemps déjà ; puisque la société a découvert que la discrimination était la grande arme sociale au moyen de laquelle on peut tuer les hommes sans effusion de sang, puisque les passeports ou les certificats de naissance et même parfois les déclarations d'impôts ne sont plus des documents officiels, mais des critères de distinctions sociales.
  • Hannah Arendt, 1943, dans RHS N° 164. Hannah Arendt. Penseur de la Shoah (1943-1963).


Citations rapportées[modifier]

Depuis quelques temps, un grand nombre de recherches scientifiques s'efforcent de rendre la vie « artificielle » elle aussi, et de couper le lien qui maintient encore l'homme parmi les enfants de la nature. C'est le même désir d'échapper à l'emprisonnement terrestre qui se manifeste dans les essais de création en éprouvette, dans le vœu de combiner « au microscope le plasma germinal provenant de personnes aux qualités garanties, afin de produire des êtres supérieurs » et de « modifier leurs tailles, formes et fonction » ; et je soupçonne que l'envie d'échapper à la condition humaine expliquerait aussi l'espoir de prolonger la durée de l'existence fort au-delà de cent ans, limite jusqu'ici admise. Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siècle pas davantage, paraît en proie à la révolte contre l'existence humaine telle qu'elle est donnée en cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu'il veut pour ainsi dire « échanger contre un ouvrage de ses propres mains ».
  • Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, 1958.


Hannah Arendt (film), 2013[modifier]

Nos jeunes gens reprochent à leurs parents une conduite déshonorante et injustifiable : ils estiment que seuls les criminels ou les putes ont pu survivre dans les camps.
  • Michael Degen, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Il y a des pensées qui sont plus fortes que l'individu chez qui on les rencontre et qui les porte.
  • Michael Degen, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Comme on lui en avait donné l'ordre, Eichmann était simplement incapable de penser.
  • Michael Degen, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Pour un juif, cette participation des chefs juifs à la destruction de leur propre peuple est sans aucun doute le plus sombre chapitre de toute cette funeste histoire.
  • Barbara Sukowa, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Je n'ai jamais aimé un peuple. Pourquoi devrais-je aimer les juifs ? Je n'aime que mes amis, c'est tout ! C'est le seul et unique amour dont je suis capable.
  • Barbara Sukowa, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Le mal peut être à la fois banal et extrême. Seul le bien est radical.
  • Barbara Sukowa, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Contrairement à l'égocentrisme, le mal consiste à considérer la personne humaine comme inutile, voire superflue.
  • Barbara Sukowa, Hannah Arendt (2013), écrit par Margarethe von Trotta


Liens Externes[modifier]

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