Julien Gracq

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Julien Gracq

Julien Gracq (Saint-Florent-le-Vieil, Maine-et-Loire, 27 juillet 1910 - Angers, 22 décembre 2007), de son vrai nom Louis Poirier, est un écrivain français. Il est l'un des auteurs les plus discrets du paysage littéraire français, estimant que l'écrivain doit disparaître derrière son œuvre. Nourrie du romantisme allemand et du surréalisme, l'œuvre de Julien Gracq mêle l'insolite et le symbolisme fantastique.


Liberté grande, 1946[modifier]

[…] ou bien dans la chambre où tu t'endors, où soudain tout me déserte et t'oriente selon les mystérieux indices du prochain matin, tu coules au milieu de tes rêves dans l'enivrement d'être si seule, et travaille avec délices pour les voleurs de nuit toute une ruche de mauvaises abeilles.
  • Liberté grande. Vergiss mein nicht, Julien Gracq, éd. Galiimard, 1946, p. 281


Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre napée de basalte hausse et déplisse dans l'air bleu une paume immensément vide, à l'heure plus froide où tes pieds nus s'enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d'étoiles l'odeur du foin sauvage, pendant que nous marcherons ainsi que su la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.
  • Liberté grande. Aubrac, Julien Gracq, éd. Galiimard, 1946, p. 323


Le Rivage des Syrtes, 1951[modifier]

Le rassurant de l’équilibre, c’est que rien ne bouge. Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour faire tout bouger.
  • Le Rivage des Syrtes (1951), Julien Gracq, éd. José Corti, 1989  (ISBN 2-7143-0359-5), p. 48


En lisant en écrivant, 1981[modifier]

Seules, presque toujours, en matière d’analyse littéraire, me convainquent par leur justesse immédiate les remarques qui naissent d’une observation presque ponctuelle (les remarques de Proust sur l’emploi de l’imparfait chez Flaubert, précises quant à leur objet, limitées quant à leur portée, en seraient un bon exemple). Tout ce qui théorise, tout ce qui généralise par trop dans la « science de la littérature », et même dans la simple critique, me paraît sujet à caution. Un impressionnisme à multiples facettes, analogue à ces fragments de cartes à très grande échelle, impossibles à assembler exactement entre eux, mais aussi, pris un à un, presque rigoureusement fidèles, c’est peut-être la meilleure carte qu’on puisse dresser des voies et des moyens, des provinces et des chemins de la littérature.
  • En lisant en écrivant, Julien Gracq, éd. José Corti, 1981, p. 179-180


Autour des sept collines, 1988[modifier]

À Rome, tout est alluvion, et tout est allusion. Les dépôts matériels des siècles successifs non seulement se recouvrent, mais s'imbriquent, s'entre-pénètrent, se restructurent et se contaminent les uns les autres : on dirait qu'il n'y a pas de tuf originel, pas plus qu'il n'y a de couche réellement primitive dans la géologie de notre sous-sol. Et tout est allusion : le terreau culturel qui recouvre la ville est plus épais et insondable encore : le Forum, le Capitole, et tout ce qui s'ensuit, sont ensevelis sous les mots plus encore que sous les terres rapportées. Aucune ville n'a jamais fléchi sous le poids d'un volume aussi écrasant de Considérations (principalement sur la grandeur et la décadence).
  • Autour des sept collines (1988), Julien Gracq, éd. José Corti, 1988  (ISBN 2-7143-0338-2), p. 8-9


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