Alexandre Zinoviev
Alexandre Zinoviev (en russe : Александр Александрович Зиновьев) (29 octobre 1922 - 10 mai 2006) est un logicien, écrivain et caricaturiste russe. Il est d'abord un critique sociologique du communisme et de son étude, puis plus tard un critique de l'occidentalisme. Prix Médicis étranger en 1978 pour L'avenir radieux.
[modifier] Problems of the Logic of Scientific Knowledge, 1964
Les nouvelles connaissances des objets d'étude ne viennent pas de l'observation, ni de l'expérience (comme cela se passe au niveau empirique), mais des jugements logiques dans le cadre d'une théorie donnée ou nouvellement développées (c'est à dire, des groupes spéciaux de concepts et de rapports unis par des règles de la logique)
- (en) New knowledge [of] the objects of investigation comes not through observation and experiment (as happens on the empirical level) but through logical judgments in the framework of a given or newly developed theory (i.e., special groups of concepts and statements united by rules of logic)
-
in Foundations of the logical theory of scientific knowledge (Complex Logic), Alexandre Zinoviev, éd. Reidel Publishing Company, 1973, partie editorial introduction, p. VIII (citation de la partie Logical and Physical implication, p.91 in Problems of the Logic of Scientific Knowledge (1964))
[modifier] Le Communisme comme réalité, 1981
[modifier] Approche historique et Approche sociologique
Il est tellement naturel pour tâcher de comprendre les phénomènes de la vie humaine d'avoir recours aux notions d'historisme que le seul fait de vouloir remettre celles-ci en question paraît sacrilège. Certains pensent qu'on ne peut comprendre la société communiste dans son essence que d'un point de vu historiques, c'est à dire en considérant l'histoire de sa formation. L'histoire authentique, cela va s'en dire, et non pas l'histoire falsifié que pratiquent les historiens et les philosophes procommunistes. Selon eux, le déroulement des événements, la façon dont s'est constituée cette société suffise à expliquer la nature
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 39
Dans le cas présent le jugement historique fait en outre obstacle à la compréhension scientifique de la société qui nous intéresse, car les histoires imposent ici des fonctions étrangères à cette société
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 40
Le jugement historique porte l'attention sur des phénomènes dont il faut avant tout s'abstraire si l'on veut comprendre ce qu'est réellement cette nouvelle société née dans un contexte historique donné. Le processus historique est lui aussi, bien sûr, une réalité, mais c'est une réalité qui disparaît dans le passé. La nouvelle société qui a mûri en lui a vite fait de se débarrasser d'un revêtement historique qui l'encombre et lui est devenu étranger. Elle se constitue un autre environnement historique plus conforme à sa nature. La réalité sociologique est conçue, elle, pour rester. Elle est tournée vers l'avenir
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41
Des millions de personnes ont participé au processus historique qui a donné naissance à la société communiste de l'Union soviétique. Ces personnes ont accompli des milliards d'actions différentes. Elles les ont accomplies dans leur propre intérêt. Elles ont agi selon les lois de la conduite communautaire et non pas seulement selon les lois de l'histoire, lesquelles n'interviennent pas dans la conduite des individus. Une partie de ces actions ont oeuvré en faveur de la société nouvelle, l'autre contre. Parfois les même actions ont oeuvré soit en faveur de cette société, soit contre. Les partisans de la nouvelles sociétés n'ont pas toujours forcément agi pour elle, et inversement ses adversaires ne lui ont pas toujours nui. Les révolutionnaires ont fait beaucoup contre la révolution et les contre-révolutionnaires beaucoup en sa faveur, sans s'en douter.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41
Pratiquement (et logiquement) il est impossible de délimiter les éléments favorables et les éléments défavorables. Ce n'est qu'une fois le processus achevé qu'il devient possible de juger du passé en fonction du résultat obtenu, et cela s'en trop risquer d'erreurs.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41
La conscience historique est condamnée, quant à elle, à tout prendre pour argent comptant; elle voit l'origine de la société communiste dans l'action des partisans de la doctrine communiste et lie le développement des forces adverses à l'action de ses ennemis. Elle est, par exemple, incapable de comprendre que sans l'aide des représentants des couches privilégiées de l'ancienne société russe la nouvelle société n'aurait pas pu tenir un an.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41
Dans le cas présent l'homme qui raisonne en historien n'est qu'un petit bourgeois déguisé.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 42
[modifier] Personne et fonction
Au niveau de la collectivité de base, les gens ne passent pas tant leurs journées à travailler qu'à échanger des informations, à se divertir, à faire en sorte de conserver et d'améliorer leur situation, à établir des contacts avec les personnes dont dépend leur bien-être, à assister à d'innombrables réunions, à tenter d'obtenir des bons de séjour, un logement, quelques fois même du ravitaillement supplémentaire. Ils améliorent leur qualification, reçoivent des certificats. Ils font partie de troupes d'amateurs, de clubs sportifs, sans parler bien sûr des cercles d'éducation politique. Ils font du travail social. Ils participent à des manifestations, des rencontres, des fêtes, des soirées, des excursions et des voyages. C'est leur vie propre qui se déroule là avec ses joies et ses peines, ses réussites et ses échecs, une vie pleine de passions et de drames. Et c'est de cette vie réelle que doit tenir compte en premier lieu toute description scientifique du communisme. Or c'est généralement la chose qu'ignorent tous ceux qui parlent du communisme. Ils préfèrent parler de choses extérieures beaucoup plus frappantes (les répressions, l'absence de libertés civiques), mais qui demeurent pratiquement inexistantes pour tous ceux qui vivent au niveau de la collectivité de base. Lorsque celle-ci aborde ces problèmes, c'est uniquement pour condamner les dissidents et exprimer son soutien aux autorités.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 161
[modifier] Les dirigeants de la commune
Les gens ne découvrent le cadre de leur liberté (ou de leur manque de liberté) que lorsqu'ils se mettent à enfreindre les lois écrites et non écrites qui régissent le mode de vie communiste. Par exemple, lorsqu'ils organisent des sectes religieuses ou des groupes politiques, lorsqu'ils tentent de publier telle ou telle œuvre sans passer par la censure ou d'organiser des manifestations non autorisées, ils découvrent aussitôt l'absence de toute une série de libertés considérées comme banales dans les démocraties occidentales. On sait d'ailleurs parfaitement la façon dont réagit le pouvoir officiel. Mais ce qui est plus important encore, c'est que les autorités ne font en réalité qu'exprimer les réactions d'une très large fraction de la population face à ce qu'elle considère comme des dérogations aux normes de vie communiste. Nous n'avons pas ici affaire à un pouvoir méchant qui prive intentionnellement les individus des libertés les plus élémentaires, mais à une société qui dans ses fondements mêmes n'a nul besoin de ces libertés-là et qui leur est même hostile. Elles lui sont étrangères. Et la lutte menée contre elles se déroule avant tout au niveau des collectifs de base.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 183
[modifier] La concordance
Il n'y a guère qu'une fraction insignifiante de la population qui ait intérêt à ce que la hiérarchie soit détruite, soit parce qu'ils sont avant tout guidés par leurs propres intérêts égoïstes ou encore parce qu'ils ne réfléchissent pas ; mais le plus souvent leurs discours soi-disant humanitaires sont des paroles en l'air. De nombreux mouvement d'opposition en Occident (particulièrement dans la gauche et chez les jeunes) sont en fait dirigés contre la structure inévitable de la société contemporaine, bien qu'habituellement leurs slogans soient ceux de la lutte contre l'impérialisme et le capitalisme. Ces mouvements sont dans leur essence anticommunistes, même si en vertu des conditions historiques ils revêtent l'habit communisme.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 264
[modifier] Pensée Idéologique et pensée scientifique
[modifier] Pensée petite-bourgeoise et pensée scientifique
D'un point de vue petit-bourgeois quelque chose de normal et naturel est "quelque chose" de bien. ce type de pensée ne fait pas de différence entre l'appréciation subjective des phénomènes et leur qualités objectives.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35
L'homme qui pense en petit bourgeois remarque les faits directement observables et en tire aussitôt sans la moindre analyse des généralisations hâtive. Ses jugements sont subjectifs, c-à-d, qu'ils portent la marque de ses penchants personnels
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35
L'homme qui pense en scientifique cherche non seulement à constater les faits, mais, également à les analyser en tenants compte de leur hasard ou de leur nécessité, il tâche d'en analyser les lois que l'observation immédiate ne discerne pas et d'éliminer l'influence de ses propres penchants sur les résultats de ses réflexions.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35
La pensée petite-bourgeoise prétend voir ses résultats directement confirmés par les faits observables. La pensée scientifique au contraire sait que ses résultats ne coïncident pas directement avec les faits observables. Ils ne fournissent que des moyens à l'aide desquels on peut expliquer les faits concrets et les prédire.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35-36
Le petit-bourgeois est enclin à faire passer ce qu'il ressent pour la vérité.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 36
Il m'est fréquemment arrivé de me heurter à des conclusions qui, bien que faites par des gens cultivés, n'en étaient pas moins monstrueuses d'absurdité.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 36
Cette façon qu'ont les esprits petits-bourgeois de confondre leurs appréciations subjectives avec la situation objective va tellement loin que la majorité des notions utilisés dans les conversations roulant sur des problèmes sociaux ont actuellement perdu leur caractère scientifique pour devenir de simples expressions d'estimation.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 37
L'esprit petit-bourgeois considère la vie des autres comme s'il se trouvait dans leur situation, transposant sur eux son attitude, ses critères de jugement, ses sentiments.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée Petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 37
[modifier] Idéologie et science
La science suppose l'utilisation d'une terminologie réfléchie, précise, qui ne laisse place à aucune ambiguïté. L'idéologie suppose au contraire l'utilisation de termes insensés, vagues, équivoques. La terminologie scientifique n'a pas besoin d'être analysée, interprétée. La phraséologie idéologique doit-être commentée, comparée, repensée. Les affirmations scientifiques supposent qu'on puisse à tout moment les confirmer, les réfuter, voire même dans le cas extrêmes, reconnaître leur caractère insoluble. L'absurdité des propositions idéologiques fait qu'on ne peut ni les réfuter ni les confirmer.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 285
La compréhension des textes scientifiques suppose une longue préparation spécialisée, le recours à un langage particulier, professionnel. La science s'adresse à un cercle restreint de spécialistes. Les textes idéologiques s'adressent à toute une population, indépendamment de la profession et des différences de niveau d'instruction. Pour les "comprendre" (ou plus exactement pour les assimiler, inutile de subir une préparation spéciale. Il suffit de se reporter aux exemples de la vie quotidienne pour éclaircir tel ou tel passage obscur.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 286
Il est impossible de réfuter une idéologie. On peut seulement l'affaiblir ou la renforcer selon qu'on affaiblit ou qu'on renforce son influence sur les gens
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Idéologie et science, p. 286
L'individu est aujourd'hui capable d'opérer sur des informations reçues un traitement idéologique dont les effets sont assurées. La science se contente finalement de fournir la phraséologie, les idées et les thèmes.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 288
L'idéologie dans le cas présent brûle de se donner des airs de science.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 289
[modifier] Pensée scientifique et pensée antiscientifique
La science actuelle ne se préoccupe pas seulement de rechercher la vérité. Sa part d'esprit scientifique, lequel ne ressemble nullement à la science telle qu'on la conçoit communément, est loin d'égaler celle d'un esprit antiscientifique hostile au premier, mais apparemment bien plus scientifique que lui. L'esprit scientifique produit des abstractions, l'esprit antiscientifiques les détruits sous-prétextes qu'elles ne tiennent pas compte de tel ou tel facteur. L'esprit scientifique établit des notions rigoureuses, l'esprit antiscientifique, sous prétexte d'englober la multiplicité du réel, leur confère des sens divers. L'esprit scientifique évite d'utiliser les moyens dont il peut se passer. L'esprit antiscientifique fait feu de tout bois. L'esprit scientifique cherche à simplifier et à clarifier. L'esprit antiscientifique embrouille et complique. L'esprit scientifique s'efforce de banaliser ce qui parait insolite. L'esprit antiscientifique vise au sensationnel et aime entourer de mystère les phénomènes les plus ordinaires. Au début, l'un et l'autre (sous d'autres nom, bien sûr), peuvent être considérés comme parts égales d'une même science, mais bientôt l'esprit antiscientifique prend le dessus, exactement comme ces mauvaises herbes qui étouffent les plantes qu'on oublie de sarcler.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 287
L'esprit scientifique se voit relégué au rôle pitoyable d'attribut inférieur. Or, on le supporte dans la mesure où il peut servir d'alibi à l'esprit antiscientifique. Mais, on s'efforce surtout de l'évincer comme une espèce de reproche insupportable pour une conscience coupable
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 287
Ce qui signifie que l'on se trompe lourdement lorsqu'on espère voir la science jouer un rôle d'instrument de progrès et de civilisation. - La science est phénomène de masse, donc entièrement régi par les lois communautaires et qui ne contient une part d'esprit scientifique tout à fait négligeable. - Dans les conditions qui sont celles d'une dominations du communautarisme, la part d'esprit scientifique présente dans la science tend vers zéro
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Fonctions idéologiques de la science et de l'art, p. 288
[modifier] Irréversibilité de l'évolution sociale
Comme n'importe quel autre type de société, le communisme porte en lui ses propres formes d'inégalité, d'injustice, d'exploitation des uns par les autres. Mais il porte également en lui quelque chose de beaucoup plus sérieux : une sélection sociale des individus les plus capables de s'adapter, renforcée par une manipulation idéologique sytématique de la population, ce qui a pour résultat inévitable d'orienter de façon déterminé l'évolution sociale et biologique de l'humanité. La société produit les citoyens dont elle a besoin, c'est-à-dire des hommes qui sont capables de vivre uniquement dans une société de ce type qui, à leur tour, par leur mode de vie, concourent à maintenir en place l'ensemble dont ils sont issus. Le tournant de l'humanité vers le communisme n'est pas simplement un changement de spectacle joué par les même acteurs,mais un changement d'acteurs appelés à rénover de vieux spectacles et à en inventer de nouveaux.
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Irréversibilité de l'évolution sociale, p. 328/329
Maintenant, homme, tout dépend de toi personnellement ! Montre ce dont tu es capable, chef-d'oeuvre de la création !
-
Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Irréversibilité de l'évolution sociale, p. 328/329
[modifier] La Maison Jaune, 1982
Tout le problème, actuellement, c'est d'avancer une méthode de compréhension, dit le Sot. L'information, les gens en ont à revendre, mais ils sont incapables d'extraire des vérités qui comptent. Ils se contentent de vivre à un niveau superficiel d'observation et de généralisation très primaires. Personne n'est capable d'approfondir son analyse jusqu'aux mécanismes essentiels de ce qui se passe. Cependant, un tel approfondissement obéit à des règles, qui ne sont pas très compliqués.
-
La maison jaune, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 1, p. 117
Pour sentir la vie, l'éprouver vraiment, il faut, bien sûr, être dedans. Mais, pour la connaître, il convient avant tout, de s'en éloigner à une distance suffisante. Sinon, tu n'as aucune vision d'ensemble, tu ne peux distinguer ses traits essentiels, sa dynamique, ces visées.
-
La maison jaune, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1982, t. 2, p. 397
[modifier] Le Héros de notre jeunesse, 1984
La période stalinienne est l'une des plus intéressantes de l'histoire de l'humanité. Or il est pratiquement impossible d'en faire une description scientifique à la fois complète et exacte. Les documens de cette époque ont été détruits ou falsifiés. D'ailleus en général les faits significatifs se sont déroulés sans laisser de traces écrites. Mais le peu qui a été conservé est inaccessible[1], tant aux chercheurs qu'aux écrivains. Les gens alors ne rédigeaient pas leurs mémoires. Ils avaient peur. Ils n'espéraient guère que cela puisse servir dans l'avenir. Et d'ailleurs ils n'avaient rien à dire. Les souvenirs qui sont publiés actuellement sont des falsifications antidatées.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 100
C'est lorsque les coupables ont commencé à se sentir victimes innocentes que l'époque du stalinisme a pris fin.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 105
Disons plus généralement que le problème du pouvoir n'est pas un problème militaire. c'est un problème social.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108
Ce n'est pas par hasard si à la même époque, dans le pays, le pouvoir est resté entre les mains de gens militairement incompétents, à commencer par Staline lui-même. C'était normal. Si les spécialistes et les génies militaires s'en étaient emparés, nous aurions perdu la guerre. Ajoutons qu'on ne s'empare pas tant du pouvoir qu'on ne l'impose. La prise de pouvoir ne fait que compléter ou régulariser cette mainmise.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108
Mais, souviens-toi, dit mon Stalinien, que tous les critiques parlent de notre époque d'un point de vue actuel et non en se replaçant à ce moment là. Et c'est la raison pour laquelle tout ce qu'ils disent est faux. Sache que l'histoire de notre pays notre époque a été la plus horrible, mais aussi la plus belle. Quand le temps aura passé, les hommes les meilleurs en rêveront. On écrira des légendes
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 133
C'est facile d'être un "vrai communiste" quand on bêche la terre jusqu'à épuisement ou qu'on charge du bois comme Paul Kortchaguine[2]. Mais si on veut être communiste dans nos conditions, alors il faut vivre selon les lois de cette société: frauder, tromper, forcer, dénoncer, se débrouiller. Sinon on ne fait rien
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 154
Citation choisie citation du jour pour le 31 août 2009.
Ce système[3] était l'expression naturelle d'une démocratie authentiquement populaire. C'était l'initiation des masses encouragées par le haut dans la mesure ou le pouvoir suprême était un pouvoir populaire et cherchait à rester. De nos jours ce système a perdu de sa vigueur, l'âge d'or de la souveraineté populaire est achevé. L'affaiblissement du système a marqué l'affaiblissement de la souveraineté populaire actuellement restreinte dans son action par la forme légale du pouvoir officiel.
C'est là un exemple de cette dialectique que vous méprisez tant: une fois qu'il a eu pris le pouvoir en main, le peuple s'est retrouvé pris au piège de sa propre souveraineté, contraint qu'il était de déléguer aux siens un pouvoir illimité sur lui-même. Après qu'il a eu éprouvé dans sa chair toutes les horreurs de sa propre souveraineté, il y a renoncé aussi vonlontairement qu'il s'en était, toujours volontairement, précédemment emparé. Cela a été la raison fondamentale de l'affaiblissement et de la chute du Stalinisme.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 159-160
Ce qui fait, jeune homme, que si vous voulez trouver et juger les criminels du stalinisme, vous devez avant tout juger les victimes de ses crimes, car ce sont elles qui ont donné naissance aux criminels et aux bourreaux.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 160
Dieu : Définissez en deux mots ce qu'est un vrai communiste.
L'Homme : Un homme qui se contente d'un minimum de confort matériel ou qui le dédaigne et qui soumet ses propres intérêts à ceux de la collectivité ou encore qui se sacrifie pour les intérêts de la collectivité.
Le Diable : Et vous avez été comme ça ?
L'Homme : Dans l'ensemble, oui.
Dieu : Y en-a-t-il eu beaucoup comme vous à votre époque ?
L'Homme : Beaucoup. Peut-être pas tant que ça si on compare à la masse, mais bien assez pour définir le visage d'une époque. Nous donnions le ton et entraînions derrière nous des millions de gens.
Le Diable : Et maintenant ?
L'Homme : Maintenant, des gens comme ça on n'en trouve presque plus. Ce sont les anticommunistes qui donnent le ton, ou si vous voulez les arrivistes, les profiteurs, les bureaucrates, les vaniteux, bref tous ceux que notre temps nous méprisions et considérons commes des ennemis de la révolution et du nouveau régime.
Dieu : Des ennemis du peuple, comme vous disiez alors.
L'Homme : Beaucoup d'entre eux ont été éliminés, mais il y en a plus encore qui en ont réchappé. Ce sont eux qui ont anéanti les vraies communistes comme ennemis du peuple. Ils ont gagné.
Le Diable : Est-ce un bien ou un mal ?
L'Homme : C'est selon.
-
Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 198
[modifier] 1984 et 1984
En outre, si les gens recherchent, le pouvoir, ce n'est pas pour le pouvoir en soi, mais pour les avantages matériels que leur position et leur influence pourraient leur procurer.
-
Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984 (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 42
La société communiste est un véritable paradis pour les parasites.
-
Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984 (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 42
Je me dois d'insister sur le fait que la société communiste ne présente pas que des aspects négatifs. Je dirai même que ses aspects positifs sont absolument fondamentaux et que les points négatifs en découlent directement.
-
Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984 (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie 1984 et 1984, p. 48
Les idées fausses qui se transforment en préjugés ont la vie plus dure que les vérités objectives.
-
Science Fiction - Politique (1983), Alexandre Zinoviev, éd. Denoël, 1984 (ISBN 2 207 33002 8), t. 2, partie "1984" et 1984, p. 49
[modifier] Mon Tchékhov, 1989
Dans la société soviétique, les tendances à l'asservissement réciproque qui se manifestaient déjà à l'époque de Tchékhov se sont renforcées démesurément. Par rapport à la société du passé l'esclavage communiste multiplie considérablement le nombre de ceux qui deviennent les dépositaires de l'autorité officielle de sorte que presque tous les membres ordinaires de la société sont en fait investis d'une parcelle de pouvoir qu'ils exercent sur les autres. Cette société a étendu la masse du pouvoir qui a atteint des dimensions sans précédents et elle en a confié l'exécution à des millions de simples gens. Elle les a investis suivant la lois qui y déterminent la distribution des biens : à chacun selon sa position sociale. Mais chacun y reçoit sa part.C'est un esclavage particulier, où la soumission de chacun est compensée par la possibilité de voir autour de lui des créatures soumises à sa propre autorité. Ainsi, ç la place de la liberté s'offre la possibilité de priver les autres de leur liberté, c'est-à-dire d'obtenir la participation dans l'asservissement. Un ersatz de liberté est proposé ici aux citoyens: ce n'est pas l'aspiration à être libre, mais l'aspiration à priver les autres de leur volonté de liberté. Ce qui est beaucoup plus facile que de lutter pour ne pas être un esclave.
-
Mon Tchékov, Alexandre Zinoviev (trad. Laurent Vogel), éd. Complesxe, 1989, p. 88-89
[modifier] L'occidentisme, 1995
[modifier] La concurrence
Les jugements des uns et des autres évoluent avec le temps, mais je n'ai pas rencontré le point de vue qui me semble le plus proche de la vérité : elle - la concurrence - n'a jamais été la forme unique, ni même la forme dominante de l'activité économique dans la société occidentale.
-
L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 93
Son rôle est exagéré et idéalisé.
-
L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 93
Le véritable domaine de la concurrence est celui de la criminalité.
-
L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 94
La libre concurrence semble avantager les génies du mal plutôt que ceux du bien.
-
L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 94
La haute efficacité économique de la société occidentale est atteint grâce à de nombreux facteurs dont les plus importants sont la dictature du travail, le travail planifié des entreprises, le totalitarisme monétaire, la dictature des banques, le contrôle de l'État, l'utilisation du progrès scientifique et technique. La libre concurrence est l'un de ces facteurs, mais certainement pas la plus importante.
-
L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 95
[modifier] Notes
- ↑ Certains dossiers ont été ouvert aux scientifiques et aux historiens depuis les années 2000, mais, beaucoup ne le sont pas encore. Et, comme le dit Zinoviev, beaucoup de dossiers ont été détruits ou falsifiés par les dirigeants poststaliniens parce qu'ils les compromettaient.
- ↑ Héros du roman Et l'Acier fut trempé..., de Nikolaï Ostrovski
- ↑ le second élément de la souveraineté populaire qu'est la dénonciation des ennemis (ordinairement imaginaire), la delation et les accusations secrètes ou publiques.
Autres projets: