Alexandre Zinoviev
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Alexandre Zinoviev (en russe : Александр Александрович Зиновьев) (29 octobre 1922 - 10 mai 2006) est un logicien, écrivain et caricaturiste russe. Il est d'abord un critique sociologique du communisme et de son étude, puis plus tard un critique de l'occidentalisme.
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[modifier] Le Communisme comme réalité, 1981
Comme n'importe quel autre type de société, le communisme porte en lui ses propres formes d'inégalité, d'injustice, d'exploitation des uns par les autres. Mais il porte également en lui quelque chose de beaucoup plus sérieux : une sélection sociale des individus les plus capables de s'adapter, renforcée par une manipulation idéologique sytématique de la population, ce qui a pour résultat inévitable d'orienter de façon déterminé l'évolution sociale et biologique de l'humanité. La société produit les citoyens dont elle a besoin, c'est-à-dire des hommes qui sont capables de vivre uniquement dans une société de ce type qui, à leur tour, par leur mode de vie, concourent à maintenir en place l'ensemble dont ils sont issus. Le tournant de l'humanité vers le communisme n'est pas simplement un changement de spectacle joué par les même acteurs,mais un changement d'acteurs appelés à rénover de vieux spectacles et à en inventer de nouveaux.
Maintenant, homme, tout dépend de toi personnellement ! Montre ce dont tu es capable, chef-d'oeuvre de la création !
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Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacque Michaut), éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981 (ISBN 2-260-00252-8), partie Irréversibilité de l'évolution sociale, p. 328/329
[modifier] Le Héros de notre jeunesse, 1984
La période stalinienne est l'une des plus intéressantes de l'histoire de l'humanité. Or il est pratiquement impossible d'en faire une description scientifique à la fois complète et exacte. Les documens de cette époque ont été détruits ou falsifiés. D'ailleus en général les faits significatifs se sont déroulés sans laisser de traces écrites. Mais le peu qui a été conservé est inaccessible[1], tant aux chercheurs qu'aux écrivains. Les gens alors ne rédigeaient pas leurs mémoires. Ils avaient peur. Ils n'espéraient guère que cela puisse servir dans l'avenir. Et d'ailleurs ils n'avaient rien à dire. Les souvenirs qui sont publiés actuellement sont des falsifications antidatées.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 100
C'est lorsque les coupables ont commencé à se sentir victimes innocentes que l'époque du stalinisme a pris fin.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 105
Disons plus généralement que le problème du pouvoir n'est pas un problème militaire. c'est un problème social.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108
Ce n'est pas par hasard si à la même époque, dans le pays, le pouvoir est resté entre les mains de gens militairement incompétents, à commencer par Staline lui-même. C'était normal. Si les spécialistes et les génies militaires s'en étaient emparés, nous aurions perdu la guerre. Ajoutons qu'on ne s'empare pas tant du pouvoir qu'on ne l'impose. La prise de pouvoir ne fait que compléter ou régulariser cette mainmise.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 108
Mais, souviens-toi, dit mon Stalinien, que tous les critiques parlent de notre époque d'un point de vue actuel et non en se replaçant à ce moment là. Et c'est la raison pour laquelle tout ce qu'ils disent est faux. Sache que l'histoire de notre pays notre époque a été la plus horrible, mais aussi la plus belle. Quand le temps aura passé, les hommes les meilleurs en rêveront. On écrira des légendes
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 133
C'est facile d'être un "vrai communiste" quand on bêche la terre jusqu'à épuisement ou qu'on charge du bois comme Paul Kortchaguine[2]. Mais si on veut être communiste dans nos conditions, alors il faut vivre selon les lois de cette société: frauder, tromper, forcer, dénoncer, se débrouiller. Sinon on ne fait rien
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 154
Citation choisie citation du jour pour le 31 août 2009.
Ce système[3] était l'expression naturelle d'une démocratie authentiquement populaire. C'était l'initiation des masses encouragées par le haut dans la mesure ou le pouvoir suprême était un pouvoir populaire et cherchait à rester. De nos jours ce système a perdu de sa vigueur, l'âge d'or de la souveraineté populaire est achevé. L'affaiblissement du système a marqué l'affaiblissement de la souveraineté populaire actuellement restreinte dans son action par la forme légale du pouvoir officiel.
C'est là un exemple de cette dialectique que vous méprisez tant: une fois qu'il a eu pris le pouvoir en main, le peuple s'est retrouvé pris au piège de sa propre souveraineté, contraint qu'il était de déléguer aux siens un pouvoir illimité sur lui-même. Après qu'il a eu éprouvé dans sa chair toutes les horreurs de sa propre souveraineté, il y a renoncé aussi vonlontairement qu'il s'en était, toujours volontairement, précédemment emparé. Cela a été la raison fondamentale de l'affaiblissement et de la chute du Stalinisme.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 159-160
Ce qui fait, jeune homme, que si vous voulez trouver et juger les criminels du stalinisme, vous devez avant tout juger les victimes de ses crimes, car ce sont elles qui ont donné naissance aux criminels et aux bourreaux.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 160
Dieu : Définissez en deux mots ce qu'est un vrai communiste.
L'Homme : Un homme qui se contente d'un minimum de confort matériel ou qui le dédaigne et qui soumet ses propres intérêts à ceux de la collectivité ou encore qui se sacrifie pour les intérêts de la collectivité.
Le Diable : Et vous avez été comme ça ?
L'Homme : Dans l'ensemble, oui.
Dieu : Y en-a-t-il eu beaucoup comme vous à votre époque ?
L'Homme : Beaucoup. Peut-être pas tant que ça si on compare à la masse, mais bien assez pour définir le visage d'une époque. Nous donnions le ton et entraînions derrière nous des millions de gens.
Le Diable : Et maintenant ?
L'Homme : Maintenant, des gens comme ça on n'en trouve presque plus. Ce sont les anticommunistes qui donnent le ton, ou si vous voulez les arrivistes, les profiteurs, les bureaucrates, les vaniteux, bref tous ceux que notre temps nous méprisions et considérons commes des ennemis de la révolution et du nouveau régime.
Dieu : Des ennemis du peuple, comme vous disiez alors.
L'Homme : Beaucoup d'entre eux ont été éliminés, mais il y en a plus encore qui en ont réchappé. Ce sont eux qui ont anéanti les vraies communistes comme ennemis du peuple. Ils ont gagné.
Le Diable : Est-ce un bien ou un mal ?
L'Homme : C'est selon.
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Le Héros de notre jeunesse, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard L'âge d'homme, 1984, p. 198
[modifier] L'occidentisme, 1995
[modifier] La concurrence
Les jugements des uns et des autres évoluent avec le temps, mais je n'ai pas rencontré le point de vue qui me semble le plus proche de la vérité : elle - la concurrence - n'a jamais été la forme unique, ni même la forme dominante de l'activité économique dans la société occidentale.
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L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 93
Son rôle est exagéré et idéalisé.
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L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 93
Le véritable domaine de la concurrence est celui de la criminalité.
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L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 94
La libre concurrence semble avantager les génies du mal plutôt que ceux du bien.
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L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 94
La haute efficacité économique de la société occidentale est atteint grâce à de nombreux facteurs dont les plus importants sont la dictature du travail, le travail planifié des entreprises, le totalitarisme monétaire, la dictature des banques, le contrôle de l'État, l'utilisation du progrès scientifique et technique. La libre concurrence est l'un de ces facteurs, mais certainement pas la plus importante.
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L'occidentisme, Alexandre Znoviev (trad. Gaia Ackerman et Pierre Lorrain), éd. Plon, 1995 (ISBN 2-259-18317-4), partie L'économie, chap. La concurrence, p. 95
[modifier] Notes
- ↑ Certains dossiers ont été ouvert aux scientifiques et aux historiens depuis les années 2000, mais, beaucoup ne le sont pas encore. Et, comme le dit Zinoviev, beaucoup de dossiers ont été détruits ou falsifiés par les dirigeants poststaliniens parce qu'ils les compromettaient.
- ↑ Héros du roman Et l'Acier fut trempé..., de Nikolaï Ostrovski
- ↑ le second élément de la souveraineté populaire qu'est la dénonciation des ennemis (ordinairement imaginaire), la delation et les accusations secrètes ou publiques.