Communisme

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Au niveau théorique, le communisme est une conception de société sans classe, une organisation sociale sans État, fondée sur la possession commune des moyens de production et qui peut être classée comme une branche du socialisme. Il part de l'adage « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

Au niveau politique, le communisme désigne une variété de mouvements qui affirment chercher à établir à terme une telle société.


XIXè siècle[modifier]

Ludwig Büchner[modifier]

Il est faux que tous les essais communistes aient été malheureux; que là où ils ont échoué, leur insuccès a été amené par des difficultés extérieures plutôt qu'intérieures. On peut enfin faire remarquer à bon droit qu'au point de vue économique et social les avantages de la communauté des biens promettent d'être tout à fait extraordinaires, et qu'il est très possible d'imaginer un état social où, sans péril pour le but même de la société ou pour l'individualité de chacun, le travail dégagé de toute contrainte et purement volontaire, aurait uniquement pour but le bien de la communauté.

  • L'Homme selon la science, son passé, son avenir (1869), Ludwig Büchner (trad. Letourneau), éd. Reinwald, 1885, p. 224
  • in Histoire des philosophies matérialistes, Pascal Charbonnat, éd. Syllepse, 2007, partie Les matérialistes du 19e siècle, chap. Ludwig Büchner, L'homme en société, p. 426


Jules Guesde[modifier]

Quant à la société communiste, qui ne deviendra une réalité vivante que lorsque les produits consommables existeront en quantité telle que la consommation des uns ne puisse ni entraver ni restreindre la consommation des autres, et qui sortira de l'ordre collectiviste avec des producteurs ou des hommes transformés par les conditions nouvelles du travail, elle n'aura pas d'autre devise que celle inscrite par Rabelais à la porte de son abbaye de Thélème :

fais ce que vouldras.


... contre nos conclusions collectivistes ou communistes, il est plus facile de trouver des juges et des géôliers que des arguments.

  • Jules Guesde, le Collectivisme au Collège de France, in avertissement, Leçons à un professeur (réédition d'article de 1881-1882 de L'Égalité pour l'économiste libéral Paul Leroy-Beaulieu), à la Prison Sainte-Pélagie, le 10 août 1883, 3 brochures.
  • in Jules Guesde, l'apôtre et la loi, Claude Willard, éd. Les éditions ouvrières, coll. La part des hommes, 1991 (ISBN 2-7082-2889-9), p. 47


Jean Jaurès[modifier]

Le communisme doit être l'idée directrice et visible de tout le mouvement.


Karl Marx[modifier]

Le communisme est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est pas en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine.

  • Critique de l'économie politique (manuscrits de 1844) (1844), Karl Marx (trad. Kostas Papaioannou), éd. Allia, 2007, partie 3.Communisme et socialisme, chap. XVII.Communisme et socialisme 2.Athèisme, communisme, socialisme, p. 167 (texte intégral sur Wikisource)


Karl Marx et Friedrich Engels[modifier]

Un spectre hante l'Europe — le spectre du communisme.

  • (de) Ein Gespenst geht um in Europa, das Gespenst des Kommunismus.


Pour nous, le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.


le communisme, ce n'est pas l'abolition de la propriété en général, mais l'abolition de la propriété bourgeoise.


Le communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier des produits sociaux; il n'ôte que le pouvoir d'asservir à l'aide de cette appropriation le travail d'autrui.


Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste. Les prolétaires n'ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

  • (de) Mögen die herrschenden Klassen vor einer kommunistischen Revolution zittern. Die Proletarier haben nichts in ihr zu verlieren als ihre Ketten. Sie haben eine Welt zu gewinnen. Proletarier aller Länder, vereinigt euch !
  • Manifeste du parti communiste (1848), Karl Marx et Friedrich Engels (trad. Émile Bottigelli), éd. Flammarion, coll. GF, 1998 (ISBN 2-08-071002-8), partie IV (« Position des communistes à l'égard des divers partis d'opposition »), p. 119 (texte intégral sur Wikisource)


Friedrich Engels[modifier]

Le communisme est l'enseignement des conditions de la libération du prolétariat.


Avec la prise de possession des moyens de production par la société, la production marchande est éliminée, et par suite, la domination du produit sur le producteur. L'anarchie à l'intérieur de la production sociale est remplacée par l'organisation planifiée consciente. La lutte pour l'existence individuelle cesse. Par là, pour la première fois, l'homme se sépare, dans un certain sens, définitivement du règne animal, passe de conditions animales d'existence à des conditions réellement humaines. Le cercle des conditions de vie entourant l'homme, qui jusqu'ici dominait l'homme, passe maintenant sous la domination et le contrôle des hommes qui, pour la première fois, deviennent des maîtres réels et conscients de la nature, parce que et en tant que maîtres de leur propre vie en société.

  • Anti-Dühring, Friedrich Engels (trad. Emile Bottigelli), éd. Editions sociales, 1971, chap. II. Notions théoriques, p. 319


La Commune instituait une organisation de la grande industrie et même de la manufacture qui devait non seulement reposer sur l'Association des Travailleurs dans chaque fabrique, mais aussi réunit toutes ces associations dans une grande fédération; bref, une organisation qui comme Marx le dit trés justement dans la Guerre civil, devait aboutir finalement au communisme...


Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu[modifier]

Avis aux non-communistes :
Tout est commun, même Dieu.



XXè siècle[modifier]

Thomas Mann[modifier]

Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire du fascisme. ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d'être démocrates, en vérité, et au fond de leur coeur, ils sont déjà fascistes; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu'en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme.

  • Deutsche Hörer (24 Octobre 1942), Thomas Mann, éd. in ld., Essays, présenté par H. Kurzke, Fischer, Frankfurt a.M., 1986, t. 2, p. 271
  • in Staline, Histoire et critique d'une légende Noire, Domenico Losurdo, éd. Aden, 2011, p. 16


J.B.S. Haldane[modifier]

Le dogme de l'égalité humaine ne fait pas partie du communisme. La formule "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins", ne voudrait rien dire si les compétences étaient égales.

  • Darwin on slavery, J.B.S. Haldane, éd. Daily Worker, 14 nov 1949, p. cité in Prum, M.(2005). L'un sans l'autre : Racisme et eugénisme dans l'aire anglophone (p.109). Harmattan.


Bella Dodd[modifier]

Je ne pouvais savoir à l'époque comment des gens fortunés utilisent le mouvement communiste pour plier des travailleurs à leur volonté. C'est ainsi que j'ai adopté les partis-pris du secret comme nécessité à cause de la brutalité et de la sauvagerie des ennemis de la classe ouvrière. J'appris très vite que les membres exposés du parti ne sont pas les communistes importants.

  • (fr) I could not at that time know, as I did later, how men of wealth use the communist movement to bend workers to their will. So I quite willingly adopted the clichés about secrecy being necessary because of the brutality and savagery of the working-class enemies. I soon learned that the members exposed to the public were not the important Communists.
  • School of Darkness, Bella Dodd, éd. édition électronique, 1954, p. 43


Ce qui m'apparait clairement maintenant c'est la collusion de ces deux forces: les communistes avec leur agenda pour un contrôle du monde et certaines forces mercenaires dans le monde libre liées au profit par la guerre.

  • (en) What now became clear to me was the collusion of these two forces: the Communists with their timetable for world control, and certain mercenary forces in the free world bent on making profit from blood.
  • School of Darkness, Bella Dodd, éd. édition électronique, 1954, p. 128


Manning Johnson[modifier]

Et aussi, je vis le peu de valeur placé dans la vie humaine, le total manque de respect pour la dignité de l'humain, la trahison de la confiance, la terreur de la police secrète et la main sanglante de l'assassin, durant et après ces années où je professais le communisme.

  • (en) And, too, I saw the low value placed upon human life, the total lack of respect for the dignity of man, the betrayal of trust, the terror of the Secret Police and the bloody hand of the assassin, during and since, those fateful years when I embraced communism.
  • Color, Communism, and Common Sense, Manning Johnson, éd. édition électronique, 1958, p. 2

La loyauté est placée en premier parce que les chefs du Parti communiste demandent que la loyauté au Parti soit placé au-dessus et avant tout, et cela inclu la race, la parenté, la famille et les amis. Cela constitue une rédition complète à la volonté de la hiérarchie communiste. Une volonté de tout faire, d'aller partout et de dire tout ce qu'on vous dira de dire est une condition pour adhérer au communisme.

  • (en) Loyalty is placed first because the Communist Party leaders demand that loyalty to the Party be placed above and before everything and that includes race, relatives, family and loved ones. It entails a complete surrender of the will to the communist hierarchy. A willingness to do anything, go anywhere and say anything you are told is a condition of Communist membership.
  • Color, Communism, and Common Sense, Manning Johnson, éd. édition électronique, 1958, p. 12


François Mauriac[modifier]

Et vous oubliez que les communistes d'Occident, eux, en tout cas, ne seraient pas neutres : aucune bactérie ne l'est.

  • De François Mauriac. Cité dans :
  • Mauriac et De Gaulle, chroniques et discours, 1945-1948, Malcolm Scott, éd. Esprit du temps, 2002, p. 299


Jean-Louis Tixier-Vignancour[modifier]

Il fut un temps où les communistes recouvraient de croix gammées les affiches du R.P.F. Pourquoi pas? Dans ce malheureux pays, qui n'est pas de l'avis des communistes se voit immédiatement qualifié de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il n'a jamais été.


Alexandre Soljenitsyne[modifier]

Le stalinisme n'a existé ni en théorie ni en pratique : on ne peut parler ni de phénomène stalinien, ni d'époque stalinienne, ces concepts ont été fabriqués après 1956 par la pensée occidentale de gauche pour garder les idéaux communistes.

  • L'erreur de l'Occident, Alexandre Soljenitsyne, éd. Grasset, 1980, p. 46-47


Dominique de Roux, Le Cinquième Empire, 1977[modifier]

Les communistes n'ont pas de sexe [...] Oui, Monsieur, les serviteurs de la Révolution n'ont pas plus de sexe que de cœur. Le communisme a tout rétréci en eux. Ils sont la mécanique d'un système de police, de psychiatres et de pénitenciers. Le mot peuple, dans la bouche des membres du parti, est une farce. À ce point de mensonge, ils ne savent plus ce que c'est que le mensonge. L'esprit de négation a aplati en eux toute spiritualité. Il les rabaisse, les matérialise et les enferme dans la mentalité petite-bourgeoise avec ses hiérarchies à rebours. Si vous voulez, le communisme, c'est le côté cour du nazisme.

  • Le Cinquième Empire (1977), Dominique de Roux, éd. Le Rocher, coll. Motifs, 2007 (ISBN 2-268-06229-7), chap. IV, p. 63


Vladimir Boukovsky[modifier]

Comme pour toute religion, le communisme n'a nul besoin de preuves logiques. Au contraire, plus la croyance est inouïe, plus elle est crédible.

  • Cette lancinante douleur de la liberté, Vladimir Boukovsky (trad. Nikita Krivochéine), éd. Robert Laffont, coll. Pluriel, 1981 (ISBN 2-01-008769-0), p. 174



Alexandre Zinoviev[modifier]

Comme n'importe quel autre type de société, le communisme porte en lui ses propres formes d'inégalité, d'injustice, d'exploitation des uns par les autres. Mais il porte également en lui quelque chose de beaucoup plus sérieux : une sélection sociale des individus les plus capables de s'adapter, renforcée par une manipulation idéologique sytématique de la population, ce qui a pour résultat inévitable d'orienter de façon déterminé l'évolution sociale et biologique de l'humanité. La société produit les citoyens dont elle a besoin, c'est-à-dire des hommes qui sont capables de vivre uniquement dans une société de ce type qui, à leur tour, par leur mode de vie, concourent à maintenir en place l'ensemble dont ils sont issus. Le tournant de l'humanité vers le communisme n'est pas simplement un changement de spectacle joué par les même acteurs, mais un changement d'acteurs appelés à rénover de vieux spectacles et à en inventer de nouveaux.

Maintenant, homme, tout dépend de toi personnellement ! Montre ce dont tu es capable, chef-d'oeuvre de la création !


Après 1990[modifier]

Marie-George Buffet[modifier]

Ce mot [« communisme »] est aussi une référence. Il est à la fois (...) marqué par un héritage négatif, mais il est aussi une référence de combats passés et actuels. Est-ce qu'il faut effacer une partie de l'histoire ? Je crois qu'il faut plutôt l'affronter. Je ne suis pas sûre d'ailleurs qu'un parti qui changerait son nom reprendrait une dynamique s'il n'est pas capable de porter un regard sur son histoire passée. En Europe, les partis qui ont pensé qu'ils allaient repartir d'un seul coup en effaçant le mot communiste de leur nom se sont trompés. (...) Je ne crois pas que ce soit la solution miracle (...) — d'ailleurs, on continuerait, comme ailleurs, à nous appeler « ex-communistes ».

  • Un peu de courage !, Marie-George Buffet, éd. Le cherche midi, 2004, chap. 5 (« Comment faire ? »), p. 148


Ce que nous voulons, c'est combattre le capitalisme jusqu'à sa disparition. Nous voulons que d'autres rapports sociaux s'établissent, d'autres rapports entre les peuples. L'idée de dépassement, c'est celle d'un processus. Tout n'est pas pourri dans ce monde et déjà germent des éléments d'un monde plus juste et plus libre. En grandissant, par ce processus, ils vont peu à peu participer à abolir l'ordre ancien et toutes les logiques mauvaises qui se font jour. Aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on prendra l'Élysée par une manifestation insurrectionnelle que ceux qui font régner l'exploitation sur le monde disparaîtront. Les multinationales ne siègent pas à l'ÉLysée et ne se réduisent pas à un gouvernement. Qu'est-ce qui peut permettre aujourd'hui à un processus révolutionnaire de s'épanouir pleinement, avec succès ? Je crois que c'est la mise en mouvement d'une multitude de luttes émancipatrices qui petit à petit se mettront en cohérence. Chacune de ces luttes porte des coups au système capitaliste, le fragilise, et toutes ces luttes mises bout à bout donnent à l'exigence d'un autre monde la force suffisant pour que d'autres rapports sociaux s'établissent. C'est le contraire du mythe du « grand soir », d'est un processus de luttes sociales et politiques qui doit conduire à terme à une abolition réussie de ce système de domination. En ce sens, c'est pour moi une belle formule que le « dépassement du capitalisme ».

  • Un peu de courage !, Marie-George Buffet, éd. Le cherche midi, 2004, chap. 2 (« Quels rapports sociaux ? », p. 56


Pour commencer, il faut d'abord définir l'objectif : qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons changer la société. Mais qu'est-ce que cela veut dire, changer la société ? Nous voulons créer de nouveaux rapports entre les individus et entre les peuples, c'est-à-dire inventer des rapports qui ne soient plus des rapports de domination, d'alinéation, d'exploitation, mais des nouvelles solidarités, des nouvelles formes de coopération. Nous voulons permettre la mise en commun de tout ce qui peut apporter aux individus. Nous voulons dépasser le capitalisme.
   Pour arriver à cet objectif, la question ne pose-t-elle qu'en termes de prise du pouvoir ? Non. Elle se pose en termes de prise de conscience et de prise en main par chaque individu non seulement de son propre destin, mais de celui du collectif, de la société.

  • Un peu de courage !, Marie-George Buffet, éd. Le cherche midi, 2004, chap. 5 (« Comment faire ? »), p. 136


Patrick Gofman[modifier]

Le paquebot c'était le stalinisme. La chaloupe trotskiste tanguait dans son sillage.

  • « Patrick Gofman un cœur de cuir qui bat toujours ! », Patrick Gofman, propos recueillis par Eugène Krampon, Réfléchir & Agir (ISSN 1273-6643), nº 30, automne 2008, p. 42


[…] le communisme, sur le papier, ça surpasse les Évangiles […]

  • « Patrick Gofman un cœur de cuir qui bat toujours ! », Patrick Gofman, propos recueillis par Eugène Krampon, Réfléchir & Agir (ISSN 1273-6643), nº 30, automne 2008, p. 42


Laurent Joffrin[modifier]

le crime est bien au cœur même du projet communiste. Non pas à cause de l'intention maléfique de ses promoteurs. Mais parce que, sans le crime, leur plan de réorganisation totale de la société est impossible à mettre en œuvre.

  • « Sauver Lénine ? », Laurent Joffrin, Libération, 17 décembre 1997, p. 14


Jean-François Revel[modifier]

Aucune des justifications avancées depuis 1917 en faveur du communisme réel n’a résisté à l’expérience ; aucun des objectifs qu’il se targuait d’atteindre n’a été atteint : ni la liberté, ni la prospérité, ni l’égalité, ni la paix. Si bien qu’il a disparu, sous le poids de ses propres vices plus que sous les coups de ses adversaires. Et pourtant, il n’a peut-être jamais été aussi farouchement protégé par autant de censeurs aussi dénués de scrupules que depuis son naufrage.

  • La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 87


(…) l’argument selon lequel le communisme serait démocratique parce qu’il a contribué à la lutte antifasciste n’est pas plus recevable que celui qui consisterait à dire que le nazisme fut démocratique parce qu’il a participé à la lutte contre le stalinisme.

  • La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 94


Être assassiné par Pol Pot est-il moins grave que d’être assassiné par Hitler ? Il n’y a pas lieu d’établir de distinction entre les victimes des totalitarismes "noir" ou "rouge". Le totalitarisme nazi n’a pas fait mystère de ses intentions : il entendait éliminer la démocratie, régner par la force et développer tout un système de persécutions raciales. On nous dit que les communistes avaient un idéal. Je suis presqu’enclin à trouver cela encore pire. Parce que cela signifie que l’on a délibérément trompé des millions d’hommes. Parce que l’on a ajouté ainsi aux crimes le mensonge le plus abject.

  • La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 108


Hervé Ryssen[modifier]

Car c'est dans l'opposition active que le communisme est véritablement efficace. C'est dans l'opposition qu'il peut rendre les meilleurs services, puisqu'il permet de maintenir les opposants au système libéral dans les perspectives planétariennes. Il est en quelque sorte la soupape de sécurité d'un système libéral désespérant, qui, du fait de son absence de transcendance et de ses aspirations purement matérialistes, engendre fatalement des oppositions radicales. Celles-ci sont alors récupérées par l'idéal communiste et conservées dans le bouillon du mondialisme. Sans lui, les opposants à la démocratie bourgeoise et à la société de consommation se porteraient inévitablement vers les mouvements de réactions identitaires et ethniques, ce que le système cosmopolite ne souhaite à aucun prix.


Antoine Spire[modifier]

Pour ma part, j’ai milité plu de dix ans au parti communiste français et le bilan que j’en tire aujourd’hui reste pour le moins contrasté. J’ai voulu tout comprendre du monde. J’ai cru qu’un projet politique, à partir du moment où je le voulais naïvement pétri de souci de justice, pouvait engager une transformation positive de la société.

  • Après les grands soirs, Antoine Spire, éd. Autrement, 1996 (ISBN 2-86260-611-1), p. 9


Alexandre Zinoviev[modifier]

Je m'inscrit en faux contre l'opinion communément admise selon laquelle le communisme réel serait la réalisation des idéaux marxistes et qu'il serait imposé aux masses, contre leur volonté, leurs désirs et leurs intérêts, par une poignées d'idéologues recourant à la force et au mensonge. Le communisme n'est pas seulement un régime politique que l'on peut transformer sur un ordre d'en haut, il est une organisation sociale de la population. Il s'est formé un Union Soviétique, non pas conformément au projet marxiste ni au gré des idéologues marxistes, mais en vertu des lois objectives qui régissent l'organisation de large masse de population en un organisme social achevé. Il est le résultat d'un processus de création historique auquel ont pris part des millions de personnes. (...)

  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 13


Le communisme naît de diverses façons. En Russie, il fut le résultat du krach consécutif à la Première Guerre mondiale, de la révolution et de la guerre civile. Il fut apporté dans les pays d'Europe de l'Est par l'armée soviétique, vainqueur de l'Allemagne nazie. Mais quelle que soit la diversité des voies historiques qu'il emprunte en tel ou tel recoin de la planète, le communisme a ceci de particulier qu'il naît pas de rien et n'est pas totalement étranger au pays où il s'installe. (...) Les racines du communisme existaient et existent, sous une forme ou une autre, dans les sociétés les plus diverses. Elles existaient également dans la Russie d'avant la révolution. Elles existent aujourd'hui dans les pays occidentaux. Sans elles, aucune société d'envergure et un tant soit peu développé n'est concevable. Elles représentent des phénomènes sociaux que je qualifierai de "phénomènes communautaires". Ceux-ci ne deviennent dominants et ne peuvent engendrer un type de société spécifique communiste - ou "socialisme réel" - que dans des conditions bien particulières. (...) Quoi qu'il en soit les phénomènes communautaires eux-même sont généraux, universels. Ils sont déterminés par le simple fait qu'un assez grand nombre d'individus se trouvent contraints de vivre, sur des générations, en formant un tout, une communauté. (...) Ces phénomènes communautaires sont régis à leur tour par certaine lois objectives. Il en ressort de ce qui vient d'être dit que le communisme n'est ni le produit, ni la continuation, ni l'aboutissement du capitalisme. Ils ont des origines différentes. Ce n'est pas par hasard que le communisme a fait irruption sur la scène de l'histoire, non pas dans l'Occident hautement développé mais dans une Russie arriérée d'un point de vue capitaliste et hautement développée sur le plan des phénomènes communautaires : appareil d'état centralisé et puissant, classe importante de fonctionnaires, masses habituées à se soumettre au pouvoir, communauté paysanne. En liquidant les classes affaiblies des propriétaires terriens et celle, pas encore solide, des capitalistes, la révolutions d'Octobre devait balayer le terrain des relations communautaires. Ce n'est pas non plus par hasard que le communisme a séduit des pays de faible développement capitaliste. Le communisme, en un mot, est l'organisation de millions de personnes en un tout, selon les lois communautaires. Cela implique naturellement, l'instauration de bien des choses inexistantes dans la société non communiste précédente, ou dans la société d'un autre type. Les éléments communautaires préexistants, prémices du communisme, se transforment dans les conditions nouvellement créées, parfois si radicalement qu'ils semblent n'avoir plus aucun lien avec leur anciennes manifestations. D'où l'impression, erronée, que les relations de type communiste sont absolument neuves. Il s'ensuit que, pour faire un pays communiste, il ne suffit pas de prendre le pouvoir, de collectiviser l'économie ni d'imposer une idéologie d'état. Il y faut des transformations plus profonde à savoir : organiser différemment les masses, conformément aux lois communautaires auxquelles doivent-être soumis tous les aspects de la vie. (...)

  • Perestroïka et contre-perestroïka, Alexandre Zinoviev, éd. Olivier Orban, 1991, p. 14-16


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