Sylvain Gouguenheim

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Sylvain Gouguenheim, né le , est un historien médiéviste français.

Publications[modifier]

Aristote au mont Saint-Michel, 2008[modifier]

Jacques de Venise est le chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin. L’homme mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d’histoire culturelle. Si les philosophes ont reconnu son importance, grâce aux travaux de L. Minio-Paluello, les historiens ne lui consacrent guère d’attention. Or, grâce à son labeur, les plus grandes figures du monde occidental ont eu accès aux textes d’Aristote, par le biais de traductions élaborées directement à partir du texte grec, en un temps où l’on n’avait pas encore entamé à Tolède les traductions à partir des versions en arabe.
  • Aristote au mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim, éd. Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2008  (ISBN 978-2-02-096541-5), chap. III. Les moines pionniers du mont Saint-Michel : l’œuvre de Jacques de Venise, p. 106-107


Sur l'affaire Gouguenheim[modifier]

Historiens et philosophes, nous avons lu avec stupéfaction l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim intitulé Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Seuil) qui prétend démontrer que l’Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l’héritage grec, au point de dire qu’elle “aurait suivi un cheminement identique même en l’absence de tout lien avec le monde islamique”. L’ouvrage va ainsi à contre-courant de la recherche contemporaine, qui s’est efforcée de parler de translatio studiorum et de mettre en avant la diversité des traductions, des échanges, des pensées, des disciplines, des langues. S’appuyant sur de prétendues découvertes, connues depuis longtemps, ou fausses, l’auteur propose une relecture fallacieuse des liens entre l’Occident chrétien et le monde islamique, relayée par la grande presse mais aussi par certains sites Internet extrémistes. Dès la première page, Sylvain Gouguenheim affirme que son étude porte sur la période s’étalant du VIe au XIIe siècle, ce qui écarte celle, essentielle pour l’étude de son sujet, des XIIIe et XIVe siècles. Il est alors moins difficile de prétendre que l’histoire intellectuelle et scientifique de l’Occident chrétien ne doit rien au monde islamique !


Le livre remet en cause une vulgate. Dés qu'on parle de l'identité de l'Europe ou de l'Islam, même au Moyen Age, et qu'on exprime des remarques non conformes à l'air du temps, on s'expose à la polémique. Cela, c'est un élément d'ordre idéologique.
  • « Gouguenheim s'explique », Propos de Sylvain Gouguenheim recueillis par Marc Riglet, lexpress.fr, 1 juillet 2008 (lire en ligne)


Il faut cesser de mépriser le Moyen Age, en effet. Ce qui me gêne dans l'expression « Islam des Lumières », c'est que, pour le grand public du moins, elle fait penser aux Lumières du XVIIIe siècle. Or, cette analogie est anachronique. Car, s'il y a indiscutablement des sciences arabes et si le savoir grec traduit dans le monde islamique prend toute sa part dans leur éclosion, on ne trouve pas, jusqu'à plus ample informé, dans la pensée médiévale arabo-musulmane de critique rationaliste, voire athée de la religion, qui est un signe distinctif des Lumières et qui se formulera d'ailleurs six siècles plus tard.
  • « Gouguenheim s'explique », Propos de Sylvain Gouguenheim recueillis par Marc Riglet, lexpress.fr, 1 juillet 2008 (lire en ligne)


La leçon est qu'il est périlleux de commettre un essai dans un domaine où les passions font bon ménage avec la science.
  • « Gouguenheim s'explique », Propos de Sylvain Gouguenheim recueillis par Marc Riglet, lexpress.fr, 1 juillet 2008 (lire en ligne)


En 2008, un livre dû à Sylvain Gouguenheim, historien du Moyen Âge, mais non spécialiste de ce problème précis, a voulu rappeler que les Arabes n'ont pas été les seuls à transmettre le savoir grec, mais qu'une partie est passée directement du grec au latin. Le livre a des défauts. On lui a en tout cas prêté une idée qu'il ne défend pas, et qui est très fausse, à savoir que rien du tout ne serait passé par les Arabes. C'est ce qui a soulevé une tempête inhabituelle, presque un lynchage. J'ai pour ma part essayé de calmer le jeu, qui me semblait s'emballer. Mais les gens modérés se font attaquer des deux côtés. On assiste à un jeu de balancier, on minore le rôle du monde arabe ou on le majore. La justice rendue à celui-ci est fonction de la justesse des études historiques. Ce rôle, on l'a parfois minoré. Au début des années 90, dans un petit livre sur la culture européenne, j'ai rappelé, après bien d'autres, l'importance de l'apport culturel arabe. Il me semble que l'on va trop dans l'autre sens, que l'on dépasse souvent la juste mesure en faisant des Arabes (allégrement confondus avec la religion musulmane) des précurseurs du génial Popov, qui a tout inventé.
  • « Rémi Brague — “Notre obsession identitaire, un symptôme de mauvaise santé” », Propos de Rémi Brague recueillis par Bernard Poulet, lexpansion.lexpress.fr, (lire en ligne)


L'affaire Gouguenheim montre avec éclat la manière dont la liberté de pensée d'un historien sérieux et indépendant peut être entravée. N'a-t-il pas montré dans un livre qu'il fallait sérieusement relativiser l'apport des savants musulmans, entre le VIIe et le XIIe siècle, dans l'apport de la culture gréco-latine en Occident et que cet apport reviendrait plutôt à Byzance. Cette thèse, qui aurait pu être discutée objectivement entre historiens au niveau académique, est devenue un objet de scandale, car elle enfreint le dogme qui veut que l'Islam ait été au Moyen Age le principal vecteur en Europe de la culture de l'Antiquité classique.


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