Rémi Brague

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Rémi Brague (2017).

Rémi Brague, né le , est un universitaire, professeur de philosophie médiévale à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich.

Europe : La voie romaine, 1992[modifier]

Le monde musulman est lui aussi, à sa manière, l'héritier de l'Antiquité. Et son héritier tout à fait légitime.
  • Europe : La voie romaine, Rémi Brague, éd. Critérion, 1992, p. 82


J'ai dit que les Arabes avaient traduit, et beaucoup traduit. Cela veut dire d'une part qu'ils ont transmis l'héritage grec à l'Occident, dans tous les domaines : médecine, mathématiques, philosophie, à tel point que celui-ci a contracté envers le monde arabe une dette culturelle énorme. […] Cette dette était encore reconnue (à tous les sens du mot « reconnaissance ») par le Moyen Âge de Gerbert d'Aurillac, de Roger Bacon, de Frédéric II de Sicile.[…] L'admiration pour le trésor de réflexion et de savoir venu des Arabes n'empêchait d'ailleurs pas une polémique ferme sur la doctrine. […] Quoi qu'il en soit, rappeler l'importance des traductions arabes ne veut en aucun cas dire que les Arabes se seraient contentés de transmettre passivement des livres dont le contenu leur serait demeuré scellé. Tout au contraire, ils ont également été des créateurs. Ils ont prolongé, parfois très loin, le savoir qu'ils recevaient. […] La reprise d'un contact direct avec l'héllénisme byzantin entraina un court-circuit culturel : on pouvait sauter par dessus les intermédiaires arabes. […] Tout est en place pour que se développe une dénégation systématique et globale de l'héritage arabe. […] La conscience d'une dette resta cependant encore claire pour les grands orientalistes de la Renaissance et du XVIIe, Postel, Pococke, ou Fontialis. Mais elle a été refoulée des mémoires à l'époque des Lumières, puis au XIXe siècle.
  • Europe : La voie romaine (1992), Rémi Brague, éd. Critérion, 1999, p. 106-112


Au moyen du Moyen Age : Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, 2006[modifier]

Il est en tout cas salutaire de se rappeler l'humilité de ses origines [l'Europe]. Non pour mesurer avec satisfaction la distance parcourue. Mais pour savoir à quoi et à qui on doit d'avoir accompli ces progrès. Il existe un devoir de réminiscence. Il est bon aussi de rappeler d'ou l'Europe a tiré les sucs nourriciers dont elle s'est engraissée. La réponse est simple : elle les a pris en dehors d'elle. Elle les a empruntés au monde gréco-romain qui l'a précédée, puis au monde de culture arabe qui s'est développé en parallèle avec elle, enfin au monde byzantin. C'est du monde arabe, en particulier, que sont venus les textes arabes d'Aristote, de Galien, et de bien d'autres, qui, traduits en latin, ont nourri la Renaissance du XIIe siècle. C'est du monde byzantin que vinrent les originaux de ces mêmes textes, qui en permirent une étude plus précise et alimentèrent la floraison scholastique du XIIIe siècle. Que serait Thomas d'Aquin s'il n'avait trouvé en Averroès un adversaire à sa mesure ? Que serait Duns Scott s'il n'avait trouvé en Avicenne, pour reprendre la formule de Gilson, un « point de départ » ? Et bien des textes dont l'Europe s'est nourrie lui sont venues par l'intermédiaire des traducteurs juifs. L'Europe doit ainsi prendre conscience de l'immensité de la dette culturelle qu'elle a envers ces truchements (c'est d'ailleurs un mot arabe…) : envers les Juifs, en dehors d'elle comme en son intérieur, ainsi qu'envers le monde de culture arabe, chrétiens comme musulmans.
  • Au moyen du Moyen Age : Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Rémi Brague, éd. Transparence, 2006, Les leçons du Moyen Age, p. 52


Il n'y a pas de « philosophie islamique », pas plus qu'il n'y a ou a eu une « philosophie juive » ou une « philosophie chrétienne ». Ce que, sans conteste, il y a eu, c'est un usage de pensées philosophiques de la part de musulmans, de chrétiens et de Juifs.
  • Au moyen du Moyen Age : Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Rémi Brague, éd. Transparence, 2006, Les leçons du Moyen Age, p. 122


Divers[modifier]

Nous sommes tous tombés dans une marmite chrétienne quand nous étions petits. Cela vaut du pratiquant le plus pieux comme du bouffeur de curés le plus enragé.
  • « Rémi Brague : « Nous sommes tombés dans une marmite chrétienne quand nous étions petits » », Alexandre Devecchio, Le Figaro Vox, 7 octobre 2016 (lire en ligne)


L'idée de miséricorde et donc de pardon est l'une des ces nombreuses notions qui, derrière le même mot, n'ont pas la même signification. Dieu, tel que le voient les Chrétiens, déteste le péché qui défigure Sa créature, mais Il aime les pécheurs qu'Il veut délivrer de leurs péchés : « le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Romains, 5, 8). Le Dieu du Coran aime ceux qui se soumettent à Lui et hait ceux qui ne croient pas en Lui (Coran, XL, 10). Avant de parler de miséricorde, demandons-nous envers qui Dieu en fait preuve. Ne faisons pas d'amalgame entre les Dieux.
  • « Rémi Brague : « Nous sommes tombés dans une marmite chrétienne quand nous étions petits » », Alexandre Devecchio, Le Figaro Vox, 7 octobre 2016 (lire en ligne)


Pour la première fois en Europe, après l'attentat raté de Villejuif, et sur le modèle des décapitations de chrétiens, coptes et autres, par l'État Islamique, c'est le christianisme qui est visé. Et pas seulement par des profanations d'églises, qui ne datent pas d'hier, mais par un pur et simple meurtre. Le père Hamel n'a pas été tué parce qu'il était français, mais parce qu'il était chrétien et prêtre. Trouver des raisons économiques ou politiques à son assassinat, c'est quand même difficile…
Si le christianisme est visé, c'est parce que les criminels sentent quelque part qu'il constitue le fondement même de cette civilisation qu'il voudrait frapper au cœur.
  • « Le christianisme est visé car il est le fondement de notre civilisation », propos recueillis par Rachel Binhas, Valeurs Actuelles, nº 4158, 4 au 10 Août 2016, p. 24


« Les valeurs républicaines » ? Je me demande si ceux-là mêmes qui s'en gargarisent y croient encore… Le récit national, à distinguer du roman national, en grande partie fictif, permet d'intégrer une histoire commune, et surtout ouverte sur l'avenir. Est-il encore raconté ?
  • « Le christianisme est visé car il est le fondement de notre civilisation », propos recueillis par Rachel Binhas, Valeurs Actuelles, nº 4158, 4 au 10 Août 2016, p. 26


La famille ? L'école ? Oui, bien sûr, mais encore faudrait-il que l'État, complice du marché, cesse de s'ingénier à les détruire, la première pour obtenir des citoyens isolés qu'il contrôlera directement, la seconde pour avoir des consommateurs dociles, crétinisés à souhait. Je me demande si la discrète et progressive déroute de l'école publique (dont, soit dit en passant, je fus, comme la plupart de ma famille, le serviteur et, déjà, le fruit) ne serait pas à long terme plus grave que ces actes momentanés et spectaculaires.
  • « Le christianisme est visé car il est le fondement de notre civilisation », propos recueillis par Rachel Binhas, Valeurs Actuelles, nº 4158, 4 au 10 Août 2016, p. 26


L'islam a une longue tradition, depuis Mahomet, de ne conclure avec les « incroyants » que des trêves qu'il rompt quand elles cessent d'être dans son intérêt.
  • « Le christianisme est visé car il est le fondement de notre civilisation », propos recueillis par Rachel Binhas, Valeurs Actuelles, nº 4158, 4 au 10 Août 2016, p. 26


Rémi Brague : Le fait que l'Europe ait été chrétienne n'implique pas qu'elle doive continuer à l'être. Je souhaite personnellement qu'elle continue de l'être mais « Notre histoire n’est pas notre code » pour reprendre une formule célèbre de Rabaut Saint-Étienne. Notre passé ne nous impose pas notre avenir. Mais ceci dit, nier son passé c'est cela qui pourrait nous empêcher d'avoir un avenir.
  • Peter Sloterdijk et Rémi Brague, Regards de Philosophes : Peter Sloterdijk et Rémi Brague (2011), écrit par Anne-Christine Founier et Gérard Vince, coproduction ACF Films et KTO


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