Traduction

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La traduction est la science, ou l'art, de transcrire un texte d'une langue dans une autre.

Confessions d'un traître (Essai sur la traduction), Albert Bensoussan[modifier]

Le traducteur est à l'opposé du glossateur en ce sens qu'il doit fuir comme la peste le désir d'objectivité, voire le souci de comprendre rationnellement le texte auquel il veut s'affronter. D'ailleurs son rôle n'est jamais de l'éclairer, encore moins de l'expliquer (exit la note de bas de page). (…) Je crois véritablement que le traducteur (…) doit taire sa capacité intellectuelle, ou du moins mettre en sourdine cette activité, s'il veut sauvegarder l'intuition, car il lui faut parvenir à la subjectivité. Il doit, n'est-ce pas ? Entrer dans l'autre, s'introduire non seulement dans son monde (…) mais aussi s'immiscer dans son langage.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 25-26


Rien ne doit faire écran entre l'œuvre d'une pute et la version donnée dans la langue d'arrivée. D'où le bannissement de la note de bas de page, « honte du traducteur », comme il a été dit bien souvent (…). Rien ne doit faire écran, et pourtant il restera toujours dans la traduction une pellicule plus ou moins fine, plus ou moins diaphane pour recouvrir l'original.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 27


Le traducteur ne doit pas succomber à l'appel des sirènes, il ne doit pas faire beau, il doit faire juste.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 29


Je pense que la traduction ne peut être, au mieux, qu'un équateur entre deux pôles, d'une certaine manière un juste milieu entre deux échecs, ou encore un compromis entre deux incertitudes.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 29-30


[La] notion de fidélité peut être fluctuante. Finalement insignifiante, sauf à penser que l'on n'est jamais fidèle qu'à soi-même.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 31


C'est par le travail et l'échine brisée que se construit la vérité du verbe.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 37


La première [règle de conduite] intéresse le respect du texte dans sa forme et son volume – ce foisonnement inhérent à l'action traduisante et qui grossit le texte original d'une prolifération de signes qui va parfois de dix à vingt pour cent.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 37-38


La traduction se couve comme un enfant.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 59


L'écrivain anglais George Borrow estimait que « la traduction est, au mieux, un écho ». Voulant signaler par là sa pâleur, sa fadeur, ses faiblesses, il n'en donnait pas moins une définition que l'on peut trouver positive : le traducteur fait écho à l'auteur, il renvoie le son de son œuvre aux quatre points cardinaux, il renverse et abolit le silence, il disperse sa voix, il la diffuse, il la fait connaître partout.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 88


Le traducteur est-il vraiment une plume, comme on dit du parfumeur qu'il est un nez ? Une plume creuse, assurément, car elle doit résonner de l'écho original.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 62


La fidélité consiste (…) à cerner le texte et à le couler au moule d'un autre langue en tordant ici, en infléchissant là, par toutes sortes d'acrobaties linguistiques qui, au résultat, restituent un produit somme toute équivalent.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 62


Exercice périlleux, certes, la traduction l'est éminemment, car, comme l'écrit finement le traducteur en allemand de Cervantès, August von Schlegel : « La traduction est un duel à mort où périt inévitablement celui qui traduit ou celui qui est traduit ».

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 85


Il convient de rejeter la sempiternelle querelle sur la prétendue « intraduisibilité » des textes. C'est une évidence que le passage de la langue de départ à la langue d'arrivée s'opère au prix d'une transformation morphologique, d'une modification phonologique, et que le texte produit par la transaction sera de toutes façons un autre texte. Qu'avons-nous à faire de cette distorsion ?

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 86


Est-ce que le but d'une traduction est de « simplifier », de faciliter la lecture? (…) Est-il supportable d'imaginer tel traducteur de Proust multipliant les points au milieu d'interminables phrases afin d'alléger la lecture, faisant ainsi d'A la recherche du temps perdu un modèle de concision ? Eh bien ! Non, la fidélité consiste à rendre très exactement le texte original, non pas dans sa lettre, mais dans son esprit, sa texture ou, pour reprendre le mot de Stendhal, sa physionomie. Fût-il beau ou laid, simple ou compliqué, concis ou prolixe, rigoureux ou échevelé. La phrase française doit, de ce fait, s'adapter à la phrase espagnole en restituant au lecteur français à peu près la même impression qu'au lecteur de l'original.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 92


Comment traduire, par exemple, [ce palindrome] : « Dábale arroz a la zorra el abad » - qui peut se lire à l'endroit comme à l'envers » autre ment que par le très classique « Elu par cette crapule » ? Ou alors le traducteur « pied-noir » se laisse aller à cette création « orientale » un peu tirée par les cheveux : « Ivre il a été Ali Ervi ». La transposition est obligatoire au nom même de la fidélité car c'est ici le ludisme qui est le sens, le palindrome qui est le signifié.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 95


Le traducteur n'a pas pour vocation à faire entendre sa propre voix. Il doit parler comme son auteur, il doit mettre ses pas dans ses pas, enfiler sa vieille robe de chambre, chausser ses pantoufles, épier ses tics, guetter ses gestes, et restituer, à la façon d'un doublure de théâtre, sa silhouette et les inflexions de sa voix.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 111


Le traducteur n'est pas - pas encore, Dieu merci – une machine traduisante – de celles qui rendraient, par exemple, la chair est faible par le bifteck est coriace.

  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 25


L'anthropophagie devenait à mes yeux la métaphore essentielle de l'activité traduisante.

  • L'auteur est alors au tout début de sa carrière de traducteur
  • Confessions d'un traître, Albert Bensoussan, éd. Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 20


Autres[modifier]

Il n'y a pas de langues assez riches pour exprimer sans périphrases ceux des mots d'une autre langue qui ont rapport aux opérations de l'entendement.

  • Maximes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique (1808), Gaston, duc de Lévis, éd. Renouard, 1812, vol. 1, p. 36


Le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur.

  • Le temps retrouvé, Marcel Proust, éd. Pléiade, 1957, t. III, p. 895


Les traducteurs sont des corsaires. [...] Quel est le travail du corsaire ? Quand un bateau étranger lui plaît, il l'arraisonne. Jette l'équipage à la mer et le remplace par des amis. Puis hisse les couleurs nationales au sommet du plus haut mât. Ainsi fait le traducteur. Il capture un livre, en change tout le langage et le baptise français. Vous n'avez jamais pensé que les livres étaient des bateaux et les mots leur équipage ?

  • Deux étés, Érik Orsenna, éd. Fayard, 1997, p. 27


Les traducteurs sont des corsaires. [...] Quel est le travail du corsaire ? Quand un bateau étranger lui plaît, il l'arraisonne. Jette l'équipage à la mer et le remplace par des amis. Puis hisse les couleurs nationales au sommet du plus haut mât. Ainsi fait le traducteur. Il capture un livre, en change tout le langage et le baptise français. Vous n'avez jamais pensé que les livres étaient des bateaux et les mots leur équipage ?

  • Deux étés, Érik Orsenna, éd. Fayard, 1997, p. 27


Traduire n’est déjà que trop une explication, mais qui tout de même se fait avec des symboles, et au moment où les rythmes de notre langue et l’ardente matérialité de ses mots gardent ces symboles vivants, actifs, capables d’une intuition qui s’éteint au temps de la prose.

  • « Préface », Yves Bonnefoy, dans Quarante Cinq Poèmes, W.B. Yeats (trad. Yves Bonnefoy), éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1993, p. 20


Le changement de genre littéraire peut prendre la forme d'une amplification (…) ou d'une réduction : alors c'est l'exemple du Cid réduit à un sonnet par G. Fourest. On pourrait encore le concentrer en le réduisant à son dernier vers : Qu'il est joli garçon l'assassin de papa !

  • Atlas de littérature potentielle, Oulipo, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1981, p. 151


Depuis quelques années, le travail des traducteurs a été orienté par la tentative de mieux rendre la langue de leurs auteurs en échappant à la dictature de la "fluidité" et du "grammaticalement correct", qui avait imposé à des générations de lecteurs français une idée trop vague du style réel de tant d'auteurs. [...] A l'intérieur de ce cadre, à mon artisanal niveau, l'essentiel était, me semble-t-il, de tenter de restituer auprès du lecteur français la plus grande partie de ce que ressent le lecteur italien non sicilien à la lecture de Camilleri. Ce sentiment d'étrange familiarité que procure sa langue, écho de ce qu'on éprouve en rencontrant, en même temps qu'une île, une très ancienne et très moderne civilisation.

  • « Avertissement », Serge Quadruppani, dans Le tour de la bouée (2003), Andrea Camilleri (trad. Serge Quadruppani), éd. Fleuve Noir, 2005, p. 10


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