Nation

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Le sens moderne de nation est assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l'idée de volonté général, d'état, de gouvernement (souhaité, autonome ou indépendant), de souveraineté.

Etienne Balibar[modifier]

Aucune nation ne possède naturellement une base ethnique, mais à mesure que les formations sociales se nationalisent, les populations qu'elles incluent, qu'elles se répartissent ou qu'elles dominent sont « ethnicisées », c'est-à-dire représentées dans le passé ou dans l'avenir comme si elles formaient une communauté naturelle, possédant par elle-même une identité d'origine, de culture, d'intérêts qui transcende les individus et les conditionnements sociaux

  • Race, nation, classe: les identités ambigues (1988), Etienne Balibar, éd. La Decouverte, 1988, p. 130-131


Jorge Luis Borges[modifier]

Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. La seule chose qui peut nous sauver est d’être citoyen du monde.


Karl W. Deutsch[modifier]

Une Nation [...] est un groupe de personnes unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion commune pour leurs voisins.

  • Karl W. Deutsch , 1969, Le Nationalisme et ses alternatives, dans Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme, paru Fayard, 2008, p.9, Shlomo Sand.


Michel Foucault[modifier]

Ce nouveau sujet de l'histoire, qui est à la fois celui qui parle dans le récit historique [...] apparaît quand on écarte le discours administratif ou juridique de l'Etat sur l'Etat, eh bien, qu'est-ce que c'est ? C'est ce qu'un historien de cette époque-là appelle une « société » : une société, mais étendue comme association, groupe, ensemble d'individus réunis par un statut ; une société, composée d'un certain nombre d'individus, qui a ses moeurs, ses usages et même sa loi particulière. Ce quelque chose qui parle désormais dans l'histoire, qui prend la parole dans l'histoire, et dont on va parler dans l'histoire, c'est ce que le vocabulaire de l'époque désigne par le mot de « nation ».


Victor Hugo[modifier]

Un jour, espérons-le, le globe sera civilisé. Tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l'intelligence : avoir pour patrie le Monde et pour nation l'Humanité.

  • Les Burgraves (1843), Victor Hugo, éd. J. Hetzel, 1843, Préface, p. 22


Albert Jacquard[modifier]

L'entêtement borné de quelques puissants a transformé en réalités concrètes, en « nations », ce qui n'était au départ que concepts abstraits, Allemagne, France ou Italie. Le processus est plus absurde encore pour les nations africaines issues de la décolonisation et dont les limites résultent de traits tirés plus ou moins au hasard sur une carte par quelques fonctionnaires de Paris ou de Londres. La pauvreté même des objets ou des rites qui les symbolisent montre à l'évidence combien ces concepts sont creux. Quelques couleurs élémentaires brutalement associées, quelques accords assez simples pour être joués par des musiques militaires, quelques paroles assez dépourvues de sens pour pouvoir être répétées sans jamais concerner l'intelligence, voilà de quoi fabriquer drapeaux et hymnes patriotiques qui justifieront, par leur seule évocation, tous les abandons de la raison.

  • Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 85


Vraiment, ne faut-il pas avoir abandonné tout bon sens, toute raison, tout contact avec la réalité, pour appeler aujourd'hui les petit Français à abreuver les sillons de leurs campagnes du sang impur de ceux qui viennent égorger leurs compagnes (sans compter la mauvaise leçon de versification apportées par ces rimes trop riches)?

  • Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 86


George Montandon[modifier]

La nation est un groupement politique, créé par l'histoire et contenu dans l'armature de l'Etat. La nation, généralement, ne correspond pas plus à une race qu'à une ethnie; de façon habituelle, la nation comprendra plusieurs éléments raciaux et chevauchera plusieurs ethnies. Ainsi, la « race » est une conception savante, l'« ethnie » une conception naturelle, la « nation » une conception politique.


Emmanuel Todd[modifier]

La contribution principale de la France à l'histoire de l'humanité est justement d'avoir fait échapper la démocratie à sa gangue ethnique originelle et défini un corps de citoyens sans référence aux notions de race ou de sang.

  • Le destin des immigrés, Emmanuel Todd, éd. Seuil, 1994, p. 14


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