Nation

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Le sens moderne de nation est assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l'idée de volonté général, d'état, de gouvernement (souhaité, autonome ou indépendant), de souveraineté.

Enseignement[modifier]

Cours d'histoire philosophique de la pensée[modifier]

Michel Foucault, « Il faut défendre la société » — Cours au Collège de France, 1976[modifier]

Ce nouveau sujet de l'histoire, qui est à la fois celui qui parle dans le récit historique [...] apparaît quand on écarte le discours administratif ou juridique de l'Etat sur l'Etat, eh bien, qu'est-ce que c'est ? C'est ce qu'un historien de cette époque-là appelle une « société » : une société, mais étendue comme association, groupe, ensemble d'individus réunis par un statut ; une société, composée d'un certain nombre d'individus, qui a ses moeurs, ses usages et même sa loi particulière. Ce quelque chose qui parle désormais dans l'histoire, qui prend la parole dans l'histoire, et dont on va parler dans l'histoire, c'est ce que le vocabulaire de l'époque désigne par le mot de « nation ».


Ethnographie[modifier]

George Montandon, L'ethnie française, 1935[modifier]

La nation est un groupement politique, créé par l'histoire et contenu dans l'armature de l'Etat. La nation, généralement, ne correspond pas plus à une race qu'à une ethnie; de façon habituelle, la nation comprendra plusieurs éléments raciaux et chevauchera plusieurs ethnies. Ainsi, la « race » est une conception savante, l'« ethnie » une conception naturelle, la « nation » une conception politique.


Littérature[modifier]

Critique[modifier]

Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion, 1982[modifier]

Qu'une telle affirmation de la criminalité soit liée à la solitude monacale, n'est pas sans importance au moment où la représentation révolutionnaire ne retient que ce qui se passe sur la scène éclairée de l'histoire. L'« inconvenance majeure » du roman noir est précisément d'exposer par cet artifice la solitude terrible de l'individu affronté à sa propre violence intérieure, solitude que l'idéologie révolutionnaire nie en la rejetant dans l'ancien monde et en inaugurant, sous le prétexte de fonder la « nation », une complicité de fait qui se referme sur la criminalité de chacun.

  • Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. Folio Essais, 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie III, Sans lieu ni date, p. 238


Essai[modifier]

Albert Jacquard, Petit abécédaire de culture générale, 2010[modifier]

L'entêtement borné de quelques puissants a transformé en réalités concrètes, en « nations », ce qui n'était au départ que concepts abstraits, Allemagne, France ou Italie. Le processus est plus absurde encore pour les nations africaines issues de la décolonisation et dont les limites résultent de traits tirés plus ou moins au hasard sur une carte par quelques fonctionnaires de Paris ou de Londres. La pauvreté même des objets ou des rites qui les symbolisent montre à l'évidence combien ces concepts sont creux. Quelques couleurs élémentaires brutalement associées, quelques accords assez simples pour être joués par des musiques militaires, quelques paroles assez dépourvues de sens pour pouvoir être répétées sans jamais concerner l'intelligence, voilà de quoi fabriquer drapeaux et hymnes patriotiques qui justifieront, par leur seule évocation, tous les abandons de la raison.

  • Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 85


Vraiment, ne faut-il pas avoir abandonné tout bon sens, toute raison, tout contact avec la réalité, pour appeler aujourd'hui les petit Français à abreuver les sillons de leurs campagnes du sang impur de ceux qui viennent égorger leurs compagnes (sans compter la mauvaise leçon de versification apportées par ces rimes trop riches)?

  • Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 86


Poésie[modifier]

Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922[modifier]

Rrose Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
  • « Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 17


Roman[modifier]

Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900[modifier]

Les génies mêmes des lieux consacrés par la poésie frémissaient autour d’elle et l’entouraient de visions changeantes. La poudreuse plaine de Thèbes, l’Argolide assoiffée, les myrtes brûlés de Trézène, les saints oliviers de Colone, le Cydnus triomphal, et la pâle campagne de Dunsinane et la caverne de Prospero, et la forêt des Ardennes, les pays arrosés de sang, travaillés par la douleur, transfigurés par un rêve ou éclairés par un sourire inextinguible, apparaissaient, fuyaient, s’évanouissaient derrière sa tête. Et d’autres pays reculés, les régions des brumes, les landes septentrionales, et, par delà les océans, les continents immenses où elle avait passé comme une force inouïe au milieu des multitudes étonnées, porteuse de la parole et de la flamme, s’évanouissaient derrière sa tête ; et aussi les multitudes avec les montagnes, avec les fleuves, avec les golfes, avec les cités impures, les races vieilles et engourdies, les peuples forts aspirant à l’empire de la terre, les nations neuves qui arrachent à la nature ses énergies les plus secrètes pour les asservir au travail tout-puissant dans les édifices de fer et de cristal, les colonies abâtardies qui fermentent et se corrompent sur un sol vierge, toutes les foules barbares vers qui elle était venue comme la messagère, du génie latin, toutes les masses ignares à qui elle avait parlé la langue sublime de Dante, tous les troupeaux humains d’où était montée vers elle, sur un flot d’anxiétés et d’espérances confuses, l’aspiration à la Beauté.

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 253


Théâtre[modifier]

Victor Hugo, Les Burgraves, 1843[modifier]

Un jour, espérons-le, le globe sera civilisé. Tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l'intelligence : avoir pour patrie le Monde et pour nation l'Humanité.

  • Les Burgraves (1843), Victor Hugo, éd. J. Hetzel, 1843, Préface, p. 22


Médias[modifier]

Presse[modifier]

Jorge Luis Borges, L’idée de frontières et de nations me paraît absurde, 2001[modifier]

Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. La seule chose qui peut nous sauver est d’être citoyen du monde.


Philosophie[modifier]

Etienne Balibar, Race, nation, classe: les identités ambigues, 1988[modifier]

Aucune nation ne possède naturellement une base ethnique, mais à mesure que les formations sociales se nationalisent, les populations qu'elles incluent, qu'elles se répartissent ou qu'elles dominent sont « ethnicisées », c'est-à-dire représentées dans le passé ou dans l'avenir comme si elles formaient une communauté naturelle, possédant par elle-même une identité d'origine, de culture, d'intérêts qui transcende les individus et les conditionnements sociaux

  • Race, nation, classe: les identités ambigues (1988), Etienne Balibar, éd. La Decouverte, 1988, p. 130-131


Psychologie[modifier]

Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992[modifier]

Noyaux pervers

Prenez un pervers. Prenez-en deux. Prenez-en trois. Imbéciles, incultes, ignares autant que vous voudrez : peu importe. Mais, en tout cas, pervers. Laissez-les se rencontrer. L’identification fera d’elle-même leur premier ciment : n’est-ce pas elle qui permet aux semblables de se reconnaître et par conséquent de s’assembler [...].
Vous voici en présence d’un noyau pervers. Il ne reste plus qu’à le mettre à pied d’oeuvre et attendre les dégâts.
Le noyau s’installe insidieusement dans l’organisme, dans le groupe, dans l’institution, dans le milieu social, quand ce n’est pas dans une nation tout entière.
Il va suffire d’une défaillance, serait-elle passagère, de cet organisme ou de ce pays, pour que le noyau entre en action.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Noyaux pervers Le noyau mis en scène, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Sciences politiques[modifier]

Karl W. Deutsch, Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme, 1969[modifier]

Une Nation [...] est un groupe de personnes unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion commune pour leurs voisins.

  • Karl W. Deutsch , 1969, Le Nationalisme et ses alternatives, dans Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme, paru Fayard, 2008, p.9, Shlomo Sand.


Sociologie[modifier]

Emmanuel Todd, Le destin des immigrés, 1994[modifier]

La contribution principale de la France à l'histoire de l'humanité est justement d'avoir fait échapper la démocratie à sa gangue ethnique originelle et défini un corps de citoyens sans référence aux notions de race ou de sang.

  • Le destin des immigrés, Emmanuel Todd, éd. Seuil, 1994, p. 14


Voir aussi[modifier]

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