Haine
La haine est une hostilité très profonde, une exécration ou une aversion intense envers quelqu'un ou quelque chose.
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[modifier] Citations
[modifier] XIXè siècle
La haine rejaillit sur ceux qui l'ont engendrée.
- Beethoven, 1814
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Vie de Beethoven, suivie de ses carnets intimes et d'un choix de textes, Romain Rolland (trad. M.V. Kubié), éd. Le Club Français du Livre, 1949, p. 75
La haine, c'est la colère des faibles.
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« La diligence de Beaucaire », dans Lettres de mon moulin (1866), Alphonse Daudet, éd. Gallimard, 1984 (ISBN 2-07-037533-1), p. 37
[modifier] XXè et XXIè siècles
Aussi longtemps qu'il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d'injustice et de haine.
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De Jean Coste, Charles Péguy, éd. Acte Sud Labor L'Aire, coll. Babel, 1993, p. 55
La haine sécrète un suc virulent et corrosif. [...] La haine est annulation et assassinat virtuel - non pas un assassinat qui se fait d'un coup ; haïr, c'est assassiner sans relâche, effacer l'être haï de l'existence.
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Etudes sur l'amour (1926), J. Ortega y Gasset, éd. Payot, 2004, p. 38-41
Gœtz : Heinrich disait « il a suffit que deux hommes se haïssent pour que la haine, de proche en proche, gagne tout l'univers».
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Le Diable et le Bon Dieu, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1971 (ISBN ISBN 2-07-036869-6), acte II, scène V, p. 125 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
La haine peut servir de moteur pendant un certain temps - pas davantage. Elle peut te donner une force un peu illusoire, mais elle reste toujours en premier lieu un parasite qui te dévore.
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Les chaussures italiennes, Henning Mankell (trad. Anna Gibson), éd. Seuil, 2009, p. 215
Citation choisie citation du jour pour le 19 octobre 2011.
Alessa : Lorsqu'on souffre et qu'on a peur pendant aussi longtemps, la peur et la douleur se transforment en haine, et la haine commence à changer le monde.
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Jodelle Ferland, Silent Hill (2006), écrit par Roger Avary
La haine est un sentiment fatiguant; elle n'est, dans sa vulgarité biblique, que la "mémoire" de la colère.
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« Duel hors du théâtre de Satan », Éric Delcroix, Réfléchir & Agir (ISSN 1273-6643), nº 34, hiver 2010, p. 11
[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782
Quinze ans d'expérience m'ont instruit à mes dépens ; rentré maintenant sous les seules lois de la nature, j'ai repris par elle ma première santé. Quand les médecins n'auraient point contre moi d'autres griefs, qui pourrait s'étonner de leur haine ? Je suis la preuve vivante de la vanité de leur art et de l'inutilité de leurs soins.
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Rêveries du promeneur solitaire (1782), Jean-Jacques Rousseau, éd. Le Livre de Poche, coll. Classiques, 2001 (ISBN 978-2-253-160991), Septième Promenade, p. 138
Je sens des extases, des ravissements inexprimables à me fondre pour ainsi dire dans le système des êtres, à m'identifier avec la nature entière. Tant que les hommes furent mes frères, je me faisais des projets de félicité terrestre ; ces projets étant toujours relatifs à tout, je ne pouvais être heureux que de la félicité, et jamais l'idée d'un bonheur particulier n'a touché mon coeur que quand j'ai vu mes frères ne chercher le leur que dans ma misère. Alors pour ne les pas haïr il a bien fallu les fuir ; alors me réfugiant chez la mère commune j'ai cherché dans ses bras à me soustraire aux atteintes de ses enfants, je suis devenu solitaire, ou, comme ils disent, insociable et misanthrope, parce que la plus sauvage solitude me paraît préférable à la société des méchants, qui ne se nourrit que de trahisons et de haine.
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Rêveries du promeneur solitaire (1782), Jean-Jacques Rousseau, éd. Le Livre de Poche, coll. Classiques, 2001 (ISBN 978-2-253-160991), Septième Promenade, p. 139
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Soif ricane
J’ai choisi pour ma compagne de route cette Polly que j’exècre, ou plutôt elle m’a choisi pour compagnon. Je finirai par la tuer un jour. Cela, je le sais. Je la hais parce qu’elle est vigoureusement saine, et que je suis, moi, un fiévreux débile. Elle est plus hardie et plus solide qu’un mâle. Elle m’enverrait rouler à dix mètres d’une chiquenaude.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Soif ricane, p. 29
… C’était beau quand même, cette trombe de flammes. C’était plus beau que le soleil. Jamais je n’ai vu quelque chose d’aussi magnifique… C’était si merveilleusement splendide que je tombai à genoux, et que je tendis mes deux bras vers le Feu, en riant comme les petits enfants et les idiots.
Je vous répète que c’était aussi effroyable que superbe, et que j’en devins presque fou. C’était trop beau pour les yeux d’un homme. Dieu seul pouvait regarder cet embrasement en face sans en mourir ou en perdre la raison.
Mais Polly, qui n’a pas plus d’âme que mes mules, ne comprit point et regarda sans voir. Elle ne s’étonne de rien, elle n’admire rien…
Je la haïssais de ne point avoir peur. Oh ! comme je la haïssais !… Je la hais férocement, parce qu’elle est plus forte et plus vaillante que moi… Je la hais, comme une femme exècre l’homme qui la domine.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Soif ricane, p. 33
Brune comme une Noisette
Nous n’avons pas de morale, dans les grands bois. Seulement, elle était réfractaire à l’amour. Il y a beaucoup de femmes qui ont instinctivement horreur du mâle. Ce n’est pas qu’elle eût pour moi une haine profonde. Elle m’avait voué au contraire une affection fraternelle.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, Brune comme une Noisette, p. 149
[modifier] Poésie
[modifier] Joyce Mansour, Le Désir du désir sans fin, 1963
Aucun homme avec moi ne place son pied
Sur la pente calcinée de la haine.
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« Le désir du désir sans fin », Joyce Mansour, La Brèche, nº 5, Octobre 1963, p. 4
[modifier] Joyce Mansour, Funéraire comme une attente à vie, 1964
J'aime couler ma haine dans l'entonnoir
De l'amant
Dépecer son pénis à la hache
Parler toute la nuit.
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« Funéraire comme une attente à vie », Joyce Mansour, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 78
[modifier] Prose poétique
[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926
L'absolue nécessité
Le fleuve se détend, passe avec adresse dans le soleil, regarde la nuit, la trouve belle et à son goût, passe son bras sous le sien et redouble de brutalité, la douceur étant la conjonction d'un oeil fermé avec un oeil ouvert ou du dédain avec l'enthousiasme, du refus avec la confiance et de la haine avec l'amour, voyez quand même la barrière de cristal que l'homme a fermée devant l'homme.
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Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, L'absolue nécessité, p. 120
[modifier] Antonin Artaud, Fragments d'un Journal d'Enfer, 1929
Certes je fais encore (mais pour combien de temps ?) ce que je veux de mes membres, mais voilà longtemps que je ne commande plus à mon esprit, et que mon inconscient tout entier me commande avec des impulsions qui viennent du fond de mes rages nerveuses et du tourbillonnement de mon sang. Images pressées et rapides, et qui ne prononcent à mon esprit que des mots de colère et de haine aveugle, mais qui passent comme des coups de couteau ou des éclairs dans un ciel engorgé.
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L'Ombilic des Limbes suivi du Pèse-nerfs et autres textes (1925), Antonin Artaud, éd. Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 1956, partie Fragments d'un Journal d'Enfer, p. 121
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
— Semelle ? Semaine ? le temps et l’espace. Tout rapport entre eux est celui de la haine et des ailes.
— L’oseille est en effet un mets de choix, un mets de roi.
— Mois, déchet.
— Mot à mot, tome à tome, motte à motte, ainsi va la vie.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VII. Révélation du monde, p. 70
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Travaux du poète
Au front du mot tour, j'ouvre un créneau rouge. Le mot haine, je le nourris d'ordures pendant des années, jusqu'à ce qu'il éclate en une belle explosion purulente qui infecte le langage pour un siècle.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VIII, p. 54
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Dolman restait craintif dans le noir. « Je veux vous connaître, faire partie de votre peau ». Il s'obstinait malgré sa frayeur. « Je vous donnerai mes biens, ma hutte, mes entrailles fertiles, ma plage ; j’offre ma haine en échange d’un seul rayon de participation ». « Vous m’appartenez. Je suis près de vous », dit l'Affreux, dans un chuchotement de malaise, « touchez moi, sentez ma sueur de musc sur vos vêtements ». Il coula ses doigts le long de Dolman, et une fumée de houille et de satisfaction épicée de pus irrita les sens de sa victime. Dolman se savait maladroit mais, comme il aimait la clarté dans ses fréquentations, il ne pouvait s'empêcher de se plaindre. L'Horreur soufflait comme un phoque. Dolman se cacha le visage dans le pli de l'aine. L'heure se raidissait sur son socle. L'homme reprit sauvagement : « Un seul regard sans réticence ni recul dans vos yeux hagards, un instant de bonheur avant de disparaître ».
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 51
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
Dans la nature, le principe féminin, ou comme l'appelait l'homme naïf, la déesse féminine apparaît comme une force aveugle, féconde et cruelle, créatrice et destructrice. C'est la « femelle des espèces plus implacable que le mâle » féroce dans ses amours et dans ses haines. Tel est le principe féminin dans sa forme démoniaque. Les chinois l'appellent Yin, la puissance ténébreuse de la femme.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. II. La lune, dispensatrice de fertilité, p. 62
[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980
Schizogrammes
aimer Prends garde aux schizophrènes qui t'aiment sans te laisser voir qu'ils te haïssent de t'aimer.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Schizogrammes, p. 187
façon d'aimer, façon de haïr Les schizophrènes ont une açon d'aimer étrangement semblable aux façons de la haine.
On ne compte pas les gens qui s'y sont laissé prendre.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Schizogrammes, p. 192
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Histoire des perversions
Les moeurs romaines étaient [...] strictes : certaines relations étaient admises mais la fellation et la passivité anale étaient infâmes. A Rome, l'homophilie d'un citoyen libre avec son esclave ou son « mignon » n'était pas condamnée, mais la relation passive d'un homme libre avec un subalterne ou un esclave était réprouvée [...]. Cette étrange géographie des plaisirs et des infamies relève d'une société machiste où la femme, l'esclave, le mignon sont au service de l'homme viril actif ayant la haine de la mollesse et de la défaite militaire, mais les conduites réprouvées ne sont pas des maladies.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie I. Histoire des perversions, chap. 1. Avant la psychiatrie, p. 14
Caractéristiques des perversions
L'échec de l'élaboration de l'angoisse de castration relève d'une incapacité à élaborer la position dépressive et celle de la découverte de l'altérité, ce qui conduit le pervers à la quête d'un objet extérieur qui remplace le « manque », synonyme de vide, qui habite son monde interne et qu'il hait.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, 3.1 L'Oedipe et la castration b) Problématiques pré-oedipiennes du pervers, p. 52
Pour R.J Stoller (1975), la perversion est une forme érotique de la haine. Elle est liée à un trouble de l'identité sexuelle (du développement de la masculinité) issu de trois formes d'hostilité : la colère de devoir abandonner le bien-être primordial (dyade mère-enfant, prime enfance), la peur de ne pas arriver à échapper à l'emprise maternelle, et le besoin de vengeance vis-à-vis de la mère qui a provoqué cette situation. Pour lui la première identification de l'homme est féminine, l'identification masculine se faisant dans un second temps ; l'homme abandonne la position protoféminine au moment de la séparation-individuation. Aussi, la perversion est-elle un des aléas de cette phase, l'enjeu étant la projection de la haine. Il établit la perversion comme meurtre de la mère perçue comme une menace à l'identité sexuelle de l'homme. L'acte place alors le pervers dans une position triomphale de vainqueur, « triomphe illusoire à répéter à l'infini », qui explique la compulsion de répétition.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, 3.1 L'Oedipe et la castration b) Problématiques pré-oedipiennes du pervers, p. 51
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise
Quoi qu’elle fasse, la victime d’une relation d’emprise sera toujours pour l’initiateur de la violence un objet de haine et de mépris. La victime ne peut rien faire pour modifier la relation et doit accepter son impuissance. Il faut donc qu’elle ait une image suffisamment bonne d’elle-même pour que les agressions répétées qu’elle subit ne remettent pas en cause son identité.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
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