Artiste
Un artiste est un individu faisant (une) œuvre, cultivant ou maîtrisant un art, un savoir, une technique, et dont on remarque entre autres la créativité, la poésie, l'originalité de sa production, de ses actes, de ses gestes. Ses œuvres sont source d'émotions, de sentiments, de réflexion, de spiritualité ou de transcendances.
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[modifier] Enseignement
[modifier] Cours de littérature européenne
[modifier] Vladimir Nabokov, Littératures, 1941-1958
Le grand artiste gravit une pente vierge et, arrivé au sommet, au détour d'une corniche battue par les vents, qui croyez-vous qu'il rencontre ? Le lecteur haletant et heureux. Tous deux tombent spontanément dans les bras l'un de l'autre et demeurent unis à jamais si le livre vit à jamais.
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Littératures (1980), Vladimir Nabokov (trad. Hélène Pasquier), éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, partie Littératures I, Bons lecteurs et bons écrivains, p. 36
Les fous ne sont fous que parce qu'ils ont profondément et imprudemment démantelé un monde familier, mais n'ont pas le pouvoir – ou ont perdu le pouvoir – d'en créer un nouveau aussi harmonieux que l'ancien. L'artiste, lui, désassemble ce qu'il choisit de désassembler, et, ce faisant, a conscience du fait que quelque chose en lui a conscience du résultat final. Lorsqu'il examine son chef-d'oeuvre terminé, il sait que, malgré l'inconsciente opération mentale qui a accompagné le grand saut créateur, ce résultat final est l'achèvement d'un plan défini, qui était contenu dans le choc initial.
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Littératures (1980), Vladimir Nabokov (trad. Hélène Pasquier), éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, partie Littératures I, L'Art de la littérature et le bon sens, p. 491
[modifier] Histoire
[modifier] Régine Pernoud, Histoire et lumière, 1998
Matisse était un artiste au sens médiéval du terme. Par un travail très simple, il cherchait à exprimer ce qu'il sentait au-dedans de lui. C'était un travailleur acharné. J'ai vu des cahiers entiers, des centaines de pages sur lesquelles il avait simplement dessiné une feuille de chêne. [...] Finalement, quelques traits signifient la feuille de manière évidente. Elle est reconnaissable par tous, mais elle est l'aboutissement d'heures et d'heures de travail.
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Histoire et lumière, Régine Pernoud, éd. Cerf, 1998 (ISBN 2-204-05932-3), p. 51-52
Chez Matisse, la pureté est le fruit d'un travail qui n'apparaît plus. Le bon artiste est humble devant son œuvre. Ce qui compte, c'est ce qu'elle cherche à révéler.
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Histoire et lumière, Régine Pernoud, éd. Cerf, 1998 (ISBN 2-204-05932-3), p. 55-56
[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Philippe Berthier, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993
La prison chateaubrianesque est hantée de hautes figures tutélaires de poètes au cachot : non seulement Cervantes, mais le pauvre Lovelace et surtout le plus emblématique de tous pour l'imaginaire collectif, le Tasse (liste à laquelle il faut ajouter, implicitement, Silvio Pellico et peut-être Chénier). [...] il existe, mutatis mutandis, une solidarité de fond, touchant aux enjeux les plus importants, entre tous les artistes qui ont peu ou prou à pâtir de la criminelle ou imbécile oppression des puissants ; vieille histoire toujours recommencée, haine immémoriale de la matière pour l'Esprit. Chateaubriand sait que, de toute légitimité (et, pour une fois, dans tous les sens du terme...), il appartient à cette famille des « immortelles victimes » — de l'immortalité mortelle des civilisations et des bibliothèques... —, et entre de plain pied dans le martyrologe. Ce qu'il a dû affronter a été à la taille de la modernité : c'est-à-dire incurablement médiocre. Mais, pour lui comme pour ses frères plus héroïques, il s'agissait bien de défendre, pour démarquer André Breton, le même « infracassable noyau » de sens.
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« Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 72
[modifier] Cécile Guilbert, Les ruses du professeur Nabokov, 2010
[...] à l'opposé du philistin, à toutes les époques et dans tous les milieux, se dresse l'individu particulier, singulier, solitaire, spirituellement différent. Forcément rare et minoritaire, c'est l'artiste, mais aussi l'opposant politique, le dissident, le scissionniste, le résistant. C'est lexicalement parlant le libertin [En « fauconnerie, se dit de l'oiseau de proie qui s'écarte et ne revient pas » (Littré)], mais aussi l'excentrique, le décalé. Nul n'a été plus sensible que Nabokov à la fragilité de cette différence, de cette discordance toujours menacée, étouffée ou combattue. Pas seulement par la dictature mais par le ressentiment démocratique. Pas seulement par la censure mais par l'indifférence, l'insensibilité, voire la cruauté. « Quiconque dont l'esprit est assez fier pour ne pas se développer suivant un schéma invariable, dit-il, a en secret une bombe derrière la tête. » Mais aussi : « Plus l'individu est brillant, plus il est près du bûcher. Etranger rime toujours avec danger. »
Ce « brillant étranger » (suivez son regard) est bien sûr au premier chef le grand écrivain, mais aussi l'excellent lecteur communiquant avec lui dans la jouissance de l'art.
- Cécile Guilbert préfaçant la réédition de 2010 des cours de littérature européenne de Vladimir Nabokov, professés entre 1941 et 1958 dans plusieurs universités américaines et réunis sous le titre Littératures.
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Littératures (1980), Vladimir Nabokov, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, Préface de Cécile Guilbert — Les ruses du professeur Nabokov, p. XXII
[modifier] Prose poétique
[modifier] Hans Arp, Note 2 sur l'art, 1917
L'homme est sale, il tue les animaux, les plantes, ses frères, il querelle, il est intelligent, parle trop, ne peut pas dire ce qu'il pense.
Mais l'artiste est un créateur : il sait travailler une forme qui devient organique. Il décide. Il rend l'homme meilleur. Soigne le jardin des intentions, ordonne.
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« Note 2 sur l'art », Hans Arp, Dada, nº 2, Décembre 1917, p. 2
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie Errante, 1890
Entrez dans les vieux palais de Gênes, vous y verrez une succession de cours d’honneur à galeries et à colonnades et d’escaliers de marbre incroyablement beaux, tous différemment dessinés et conçus par de vrais artistes, pour des hommes au regard instruit et difficile.
Entrez dans les anciens châteaux de France, vous y trouverez les mêmes efforts vers l’incessante rénovation du style et de l’ornement.
Entrez ensuite dans les plus riches demeures du Paris actuel, vous y admirerez de curieux objets anciens soigneusement catalogués, étiquetés, exposés sous verre suivant leur valeur connue, cotée, affirmée par des experts, mais pas une fois vous ne resterez surpris par l’originale et neuve invention des différentes parties de la demeure elle-même.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 35
[modifier] Roman
[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1966
Le lendemain, vers la chute du jour, Guermann entrait dans le petit salon que Mme d'Hespel appelait son atelier. C'était une pièce tendue de satin vert, éclairée par le haut, encombrée de prétendus objets d'art et d'une multitude d'ustensiles, aussi élégants qu'incommodes, qui servaient à la vicomtesse dans l'exercice de son talent de peinture.
— Vous me prenez en flagrant délit, s'écria-t-elle en voyant Guermann, et dans mon costume d'artiste.
C'était une façon détournée de lui faire remarquer ses bras nus encore bien conservés, sa taille bien prise dans une robe juste en cachemire feuille morte, et son tablier de dentelle noire coquettement relevé comme celui d'une soubrette de théâtre.
— Vous allez dédaigner mes oeuvres, continua-t-elle, car vous autres peintres d' histoire, comme on dit, vous faites fi du genre. J'avais commencé l'huile il y a trois ans ; mais franchement, cela sent trop mauvais, c'est trop sale. J'ai préféré l'aquarelle, et je crois avoir été à peu près aussi loin que possible dans l'arrangement des intérieurs. Or, mieux vaut la perfection dans un petit genre que la médiocrité dans un grand, n'est-il pas vrai ?
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Nélida (1866), Marie d'Agoult, éd. Calmann-Lévy, 2010 (ISBN 978-2-7021-4127-4), partie Deuxième partie, chap. IX, p. 117
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1919
Paul Féval
Né au milieu des manuscrits de mon père, dans une maison où les succès du romancier et de l'auteur dramatique apportaient l'aisance, avec le va-et-vient continuel des journalistes, des artistes, des éditeurs et des directeurs, il m'eût été bien difficile de rêver une carrière autre.
Écrire m'est un plaisir.
A côté de l'existence commune l'homme de lettres s'extériorise par imagination, des deux vies la seconde est préférable à la première.
Le rêve surpasse la réalité.
- Paul Féval donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
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« Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », Paul Féval, Littérature, nº 10, Décembre 1919, p. 22
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989
Le Champ de la perversion narcissique
Le « pervers de caractère » est un artiste qui emploie alternativement son voyeurisme et son exhibitionnisme, toujours actifs. Arlow situe la perversion caractérielle dans une contiguïté avec les perversions sexuelles, toutes les deux trouvant dans le modèle du fétichisme leur source inconsciente : le déni de la castration de la mère.
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Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Différences avec le sadisme, p. 10
[modifier] Articles connexes
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