Stefan Zweig

Citations « Stefan Zweig » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
Aller à : navigation, rechercher
Stefan Zweig2.png

Stefan Zweig (28 novembre 1881 à Vienne (Autriche) - 23 février 1942, à Petrópolis (Brésil)) est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

Fouché, 1930[modifier]

Comme toujours, dans chaque situation, il se ménage la liberté de la retraite, la possibilité de changer et d'aller ailleurs. A l'Eglise, il ne se donne que temporairement et pas tout entier; il ne se donnera pas davantage plus tard à la Révolution, au Directoire, au Consulat, à l'Empire ou à la Royauté; même à Dieu et encore moins à un homme, Joseph Fouché ne s'engage à être fidèle sa vie durant.

  • Fouché, Stefan Zweig (trad. Alzir Hella et Olivier Bournac), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16814-0), p. 21


Les Girondins tombent, Fouché reste; Les Jacobins sont traqués, Fouché reste; le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Royauté et encore l'Empire disparaissent et s'effondrent; mais lui reste toujours debout, lui seul, Fouché, grâce à sa réserve subtile et l'audace qu'il a d'être absolument dépourvu de tout caractère et de pratiquer un manque complet de conviction.

  • Fouché, Stefan Zweig (trad. Alzir Hella et Olivier Bournac), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16814-0), p. 35


Marie-Antoinette, 1933[modifier]

« J'ai peur de m'ennuyer » : cette parole de Marie-Antoinette est le mot de son temps et de toute la société. Le XVIIIème siècle touche à sa fin, il a accomplit sa tache. Le royaume est fondé, Versailles est construit, l'étiquette parfaite, la cour désœuvrée ; sans guerres, les maréchaux ne sont plus que des marionnettes en uniforme, les évêques, en présence d'une génération incroyante, que des galants seigneurs en soutanes violettes ; la reine, n'ayant ni vrai roi à ses côtés, ni dauphin à élever, se contente d'être une joyeuse mondaine. Traqués par l'ennui, tous ses gens restent insensibles aux flots puissants d'une époque qui s'avance impétueuse ; et si parfois ils y plongent leurs mains curieuses, c'est pour en retirer quelques cailloux scintillants ou pour jouer comme des enfants de l'écume légère qui jaillit sur leurs doigts. Mais pas un ne voit la montée de plus en plus rapide des flots ; et lorsqu'ils s'aperçoivent enfin du danger, la fuite n'est plus possible, le jeu est fini, la vie menacée.

  • Marie-Antoinette, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16864-5), p. 122


Mais là où Marie-Antoinette ne veut pas comprendre, il ne sert à rien de faire appel à sa raison. Que d'histoires parce qu'elle demeure à quelques pas de Versailles ! Mais en réalité, ces quelques pas l'éloignent à jamais et du peuple et de la cour. Si Marie-Antoinette était restée à Versailles, au milieu de la noblesse française et des coutumes traditionnelles, elle aurait eu à ses côtés, à l'heure du danger, les princes, les gentilshommes, l'armée des aristocrates. Si d'autre part, comme son frère Joseph, elle avait essayé de se rapprocher du peuple, des centaines de milliers de parisiens, des millions de français l'eussent adorée. Mais Marie-Antoinette, individualiste absolue, ne veut plaire ni aux aristocrates ni au peuple, elle ne pense qu'à elle-même, et le Trianon, ce caprice parmi ses caprices, la rend aussi impopulaire auprès du tiers état que du clergé et de la noblesse ; parce qu'elle a voulu être trop seule dans son bonheur, elle sera solitaire dans son malheur et devra payer ce jouet frivole de sa couronne et de sa vie.

  • Marie-Antoinette, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16864-5), p. 134


D'après les pièces et les dépositions qui existent sur ce procès terriblement embrouillé, une chose est aujourd'hui certaine : Marie-Antoinette n'a pas eu la moindre idée du honteux abus qu'on a fait en son nom, de sa personne, de son honneur. [...]
Seules la haine, l'hostilité préconçue, la calomnie délibérée ont pu accuser Maris-Antoinette d'être de connivence avec l'aventurière et le cardinal imbécile ; il faut le répéter, la reine a été mêlée, à son insu, à cette affaire déshonorante, par une bande de faussaires, d'escrocs, de voleurs et de fous.

  • Marie-Antoinette, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16864-5), p. 208


Au même moment où tous ceux que le monde considérait comme ses amis les plus proches quittent Marie-Antoinette, surgit de l'ombre le véritable ami : Hans Axel de Fersen. Aussi longtemps que passer pour le favori de la reine donnait de l'éclat, cet amoureux parfait, désireux de ménager l'honneur de l'aimée, s'est timidement tenu à l'écart, défendant ainsi contre la curiosité et le bavardage indiscret le plus profond secret de la la vie de cette femme. Mais maintenant qu'elle est maudite, et qu'être son ami ne rapporte plus ni avantages, ni estime, ni honneur, ne suscite plus l'envie, mais exige au contraire du courage et une volonté absolue de sacrifice, maintenant cet ami unique, le seul aussi qui fût réellement aimé, se place délibérément aux côtés de la souveraine, et entre ainsi dans l'Histoire.

  • Marie-Antoinette, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16864-5), p. 248


Dans sa trente-cinquième année, elle comprend enfin le sens du rôle exceptionel que la destinée lui a reservé : non pas disputer à d'autres jolies femmes, coquettes et d'esprit ordinaire, les triomphes éphémères de la mode, mais faire ses preuves de façon durable, devant le regard inflexible de la postérité, en tant que reine et fille de Marie-Thérèse. Sa fierté, qui jusque-là n'était souvent qu'un misérable et puéril amour-propre de jeune fille gâtée, se transforme absolument en sentiment du devoir, le devoir de se montrer devant le monde digne des temps héroïques qu'elle traverse. Ce ne sont plus des choses personnelles, la puissance ou son bonheur qui la préoccupent :
« Pour nos personnes, le bonheur est fini pour jamais. je sais que c'est le devoir d'un roi de souffrir pour les autres, mais aussi le remplissons-nous bien. Puissent-ils un jour le reconnaître ! »

  • Marie-Antoinette, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2009 (ISBN 978-2-246-16864-5), p. 298


Érasme, Grandeur et décadence d’une idée, 1935[modifier]

Cet espoir de concorde finale, européenne, spirituelle, représente vraiment le seul élément de croyance religieuse de l'humanisme, habituellement sec et rationnel : les humanistes répandent le message de leur foi en l'humanité avec la même ferveur que d'autres, en ces temps si sombres, proclament leur foi en Dieu; ils ont la conviction que l'esprit du monde, son but, son avenir résident dans la solidarité et non dans l'individualisme, ce qui permettra à ce monde de devenir de plus en plus humain.

  • Érasme, Grandeur et décadence d’une idée (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Le livre de poche, 2009, p. 93


Par une sorte d'instinct profond, cet homme d'esprit redoute tout pouvoir extérieur, toute carrière; vivre à l'ombre des puissants, n'avoir aucune responsabilité, lire et écrire de bons livres dans le silence de sa chambre, n'être le chef ni l'esclave de personne, c'est là la vie idéale pour Érasme. Par amour de cette liberté, il emprunte souvent des voies obscures, parfois tortueuses, mais qui toutes le conduisent à un même et unique but : l'indépendance spirituelle de son art, de sa vie.

  • Érasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 41


Désormais, son cœur sera partout où règnent le savoir, la culture et les livres; ce ne sont plus les frontières, les fleuves ou les mers, pas plus que la condition, la race ou le rang social, qui divisent le monde; il ne connaît plus que deux catégories d'individus : en haut, l'aristocratie de la culture et de la pensée; en bas, l'ignorance et la barbarie. Là où règnent le livre et la parole, eruditio et eloquentia, c'est là qu'est sa patrie.

  • Erasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 44


Et de même que les chevaliers furent anéantis par la puissance brutale des canons crachant la mitraille, de même cette noble troupe d'idéalistes succombe en beauté, mais impuissante sous les coups formidables que lui porte la révolution populaire déchaînée par un Luther et un Zwingle.

  • Erasme (1935), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2010 (ISBN 978-2-246-16853-8), p. 98


Marie Stuart, 1936[modifier]

La politique, cette force artificielle des hommes, se heurte à une force éternelle de la nature. Après bien des années d'attente, calme et patiente, la femme s'est enfin éveillée en Marie Stuart. Jusqu'alors elle n'avait été que fille, femme et veuve de roi, le jouet de volontés étrangères, une docile créature de la diplomatie. Mais maintenant un sentiment véritable vient d'éclore dans son cœur, elle veut disposer librement de son jeune corps. Elle n'écoute plus les autres. Elle n'entend plus que les pulsations de son sang, elle n'obéit plus qu'au désir et à la volonté de ses sens.
Et c'est ici que commence l'histoire de sa vie intérieure

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 129


Les astres se montrent favorables, la paix s'étend sur le pays comme une bénédiction. A présent Marie Stuart pourrait se reposer et jouir du bonheur récolté. Mais souffrir et faire souffrir est la loi de cette nature indisciplinée. Rien ne sert à celui qui possède un cœur fougueux que le monde extérieur lui offre paix et bonheur, sans cesse se créent en lui-même de nouveaux périls et de nouveaux malheurs.

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 129


D'un seul coup elle est précipitée à terre du degré le plus élevé du pouvoir, elle est sans autorité, sans appui, abandonnée, méprisée. Tout semble perdu pour elle en cette effroyable nuit ; mais sa volonté se durcit sous le marteau de la destinée. Marie Stuart trouve toujours, au moment où il y va de sa liberté, de son honneur, de sa royauté, plus de force en elle-même qu'en tous ses aides et serviteurs.

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 149


Mais si l'on peut humilier cette femme orgueilleuse, il est impossible de la dompter.[...]
Comme dans tous les moments critiques, son courage surexcité s'accroît jusqu'à la folie. Quoiqu'elle sache que ces hommes tiennent son sort entre leurs mains, elle préfère leur crier à la face son dégoût, sa haine, plutôt que de les flatter lâchement ou simplement de se taire.

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 262


Marie Stuart est trop imbue de l'idée de ses droits divins pour que la honte puisse l'atteindre. Aucune flétrissure, pense-t-elle, ne peut souiller un front qui a porté la couronne. Il n'est point d'ordre ni d'arrêt qui puisse lui faire courber la tête ; plus on usera de violence pour lui faire accepter une destinée obscure et sans prérogatives, plus elle réagira avec vigueur. On ne tient pas longtemps prisonnière une femme d'une telle volonté.

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 279


Qui l'aime va à sa perte, celui qu'elle aime récolte l'amertume. Qui lui veut du bien ne lui fait que du mal et qui la sert court à sa fin. Tel le rocher magnétique de la légende qui attire à lui tous les navires, son destin attire funestement tous les destins. Peu à peu la sombre légende de la magie de la mort entoure son nom. Mais plus sa cause apparaît perdue, plus elle met de passion dans la lutte ; au lieu de la courber, la longue et morne captivité ne fait que tendre sa résistance. Et volontairement, quoique conscience de la vanité de l'entreprise, elle provoque le dernier combat décisif.

  • Marie Stuart, Stefan Zweig, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2006 (ISBN 978-2-246-16826-3), p. 332


Magellan, 1938[modifier]

L'exploit de Magellan a prouvé, une fois de plus, qu'une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001, p. 247


Et voila que soudain ce petit Capitaine inconnu, Magellan, se lève et déclare avec une assurance absolue : Il existe un passage conduisant de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Je le connais, je sais l'endroit exact où il se trouve. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l'est vers l'ouest.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001 (ISBN 978-2-246-16805-8), p. 74


En l'espace de quelques semaines le sans-patrie qu'il était, l'homme méprisé, sans situation est devenu capitaine-général d'une flotte de cinq navires, chevalier de l'ordre de Santiago, futur gouverneur de toutes les îles et territoires qu'il découvrira, maître absolu d'une Armada et avant tout maître, pour la première fois, de son destin.

  • Magellan (1938), Stefan Zweig (trad. Alzir Hella), éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2001 (ISBN 978-2-246-16805-8), p. 98


Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, 1942[modifier]

Les enfants et même les jeunes gens sont en général disposés tout d'abord à s'adapter respectueusement aux lois de leur milieu. Mais ils ne se soumettent aux conventions qu'on leur impose que tant qu'ils voient que les autres s'y conforment loyalement. Une seule fausseté chez ses maîtres ou chez ses parents incite inévitablement le jeune homme à observer son entourage d'un regard soupçonneux et par là même aigu.

  • Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen (1942), Stefan Zweig (trad. Serge Niémetz), éd. Belfond, 2008, chap. Eros Matutinus, p. 89


Une rapide excursion en pays romantique, une aventure sauvage et virile - c'est de ces couleurs que la guerre se peignait en 1914 dans l'imagination de l'homme du peuple, et les jeunes gens avaient même sérieusement peur de manquer, dans leur vie, une expérience aussi merveilleuse et excitante, c'est pourquoi, ils se pressaient en tumulte autour des drapeaux, c'est pourquoi ils chantaient et poussaient des cris de joie dans les trains qui les menaient à l'abattoir.

  • Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen (1942), Stefan Zweig (trad. Serge Niémetz), éd. Belfond, 2008, p. 265


Le Brésil, terre d'avenir, 1941[modifier]

Je ne cesse de m’étonner de la confusion et de l’insuffisance des idées à propos de ce pays, chez des hommes même cultivés et prenant intérêt à la politique, alors que le Brésil est sans aucun doute, destiné à être un facteur des plus importants dans le développement ultérieur de notre monde.

  • Le Brésil, terre d’avenir (1941), Stefan Zweig (trad. Jean Longeville), éd. Éditions de l’Aube, 1992 (ISBN 2-87678-091-7), chap. Introduction, p. 10


Autres projets: