Patrick Boucheron

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Patrick Boucheron (2016).

Patrick Boucheron, né en 1965 à Paris, est historien du Moyen Âge et de la Renaissance, particulièrement en Italie.

Citations[modifier]

Léonard et Machiavel, 2008[modifier]

L’histoire est intelligible, mais elle est incompréhensible. Elle se déroule mais ne s’explique pas, elle est inexorable et mystérieuse.


Un historien sans ses notes est comme l’enfant à qui on vient d’ôter les « petites roues » de son vélo : il en avait très envie en même temps qu’il pensait ne jamais y arriver et, finalement, après quelques chutes et bien des ridicules, la chose finit par filer droit.
  • Léonard et Machiavel (2008), Patrick Boucheron, éd. Verdier, 2013  (ISBN 978-2-86432-741-7), chap. Dettes, textes, sources, p. 209


Ni essai ni roman, le récit de Patrick Boucheron trouve le point d'équilibre entre l'histoire que l'on raconte et celle que l'on étudie. S'il dit ses dettes et cite ses sources, dans un ouvrage où les références sont riches et subtiles, il se libère pourtant des notes de bas de page, devenant ainsi "comme l'enfant à qui on vient d'ôter les "petites roues" de son vélo".
  • « "Léonard et Machiavel" de Patrick Boucheron : quand deux génies se rencontrent chez le "Prince" », Claire Judde de Larivière, Le Monde, 4 septembre 2008 (lire en ligne)


Léonard de Vinci : la nature et l’invention[modifier]

Chez Leonard, le dessin est à la fois un instrument d’étude et d’analyse de la réalité et une forme de communication à l’efficacité surprenante […] celui-ci exprimant au mieux la complexité de sa pensée, sa capacité à passer d’un champ d’étude et de représentation à l’autre, l’union étroite entre l’art et la science. Car Léonard ne dessine pas ce qu’il voit, mais ce qu’il comprend de ce qu’il voit.
  • Léonard de Vinci : la nature et l’invention [exposition, Paris, Cité des sciences et de l'industrie, 23 octobre 2012-18 août 2013], sous la direction de Patrick Boucheron et Claudio Giogione, éd. La Martinière, 2012  (ISBN 9782732449906), p. 11


Leçon inaugurale au Collège de France, 17 décembre 2015[modifier]

Et que ceux qui se flattent de leur désespérance en tenant boutique de nos désarrois, ceux qui s’agitent et s’enivrent aux vapeurs faciles de l’idée de déclin, ceux qui méprisent l’école au nom des illusions qu’ils s’en font, tous ceux qui, finalement, répugnent à l’existence même d’une intelligence collective, que ceux-là se souviennent de ces jours. Car la littérature y fut aussi, pour beaucoup, une ressource d’énergie, de consolation et de mobilisation.
  • Au sujet des hommages aux victimes des attentats de novembre 2015 à Paris, parmi lesquels figuraient des citations de Victor Hugo.
  • « « Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron », Patrick Boucheron, propos cités par Le Monde, Le Monde, 30 décembre 2015 (lire en ligne)


C’est à une réassurance scientifique du régime de vérité de la discipline historique que nous devons collectivement travailler, réconciliant l’érudition et l’imagination. L’érudition, car elle est cette forme de prévenance dans le savoir qui permet de faire front à l’entreprise pernicieuse de tout pouvoir injuste, consistant à liquider le réel au nom des réalités. L’imagination, car elle est une forme de l’hospitalité, et nous permet d’accueillir ce qui, dans le sentiment du présent, aiguise un appétit d’altérité.
  • « « Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron », Patrick Boucheron, propos cités par Le Monde, Le Monde, 30 décembre 2015 (lire en ligne)


Et pourquoi se donner la peine d’enseigner sinon, précisément, pour convaincre les plus jeunes qu’ils n’arrivent jamais trop tard ?
  • « « Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron », Patrick Boucheron, propos cités par Le Monde, Le Monde, 30 décembre 2015 (lire en ligne)


Nous avons besoin d’histoire, car il nous faut du repos. Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d’une conscience – non pas seulement le siège d’une pensée, mais d’une raison pratique, donnant toute latitude d’agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s’y consacrent avec exactitude. Il faut pour cela travailler à s’affaiblir, à se désœuvrer, à rendre inopérante cette mise en péril de la temporalité qui saccage l’expérience et méprise l’enfance.
  • « « Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron », Patrick Boucheron, propos cités par Le Monde, Le Monde, 30 décembre 2015 (lire en ligne)


Car la fin de l’histoire, on le sait bien, a fait long feu. Aussi devons-nous du même élan revendiquer une histoire sans fin – parce que toujours ouverte à ce qui la déborde et la transporte – et sans finalités. Une histoire que l’on pourrait traverser de part en part, librement, gaiement, visiter en tous ses lieux possibles, désirer, comme un corps offert aux caresses, pour ainsi demeurer en mouvement.
  • « « Ce que peut l’histoire », par Patrick Boucheron », Patrick Boucheron, propos cités par Le Monde, Le Monde, 30 décembre 2015 (lire en ligne)


(Collectif) Histoire mondiale de la France, 2017[modifier]

Cette ambition [d'écrire une histoire de France accessible et ouverte] est politique, dans la mesure où elle entend mobiliser une conception pluraliste de l'histoire contre l'étrécissement identitaire qui domine aujourd'hui le débat public. Par principe, elle refuse de céder aux crispations réactionnaires l'objet "histoire de France" et de leur concéder le monopole des narrations entraînantes. En l'abordant par le large, en renouant avec l'élan d'une historiographie de grand vent, elle cherche à ressaisir sa diversité.
  • Ouverture à l’Histoire mondiale de la France.
  • Histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron (dir.), éd. Points Histoire, 2018  (ISBN 978-2-7578-7442-4), p. 8


Le travail critique n'est pas systématiquement morne et austère ; il est parfois même captivant. On peut raconter, sur le mode de l'enquête, la manière dont le passé se fait et se défait sans cesse au travail de l'histoire.
  • Ouverture à l’Histoire mondiale de la France.
  • Histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron (dir.), éd. Points Histoire, 2018  (ISBN 978-2-7578-7442-4), p. 8


Faut-il dire à nouveau qu'il ne s'agit ici ni de célébrer ni de dénoncer ? Que l'histoire soit, depuis bien longtemps déjà, un savoir critique sur le monde et non un art d'acclamation ou de détestation est une idée qu'on pouvait croire acquise ; elle rencontre tant d'adversaires aujourd'hui qu'il est peut-être bon de la défendre à nouveau.
  • Ouverture à l’Histoire mondiale de la France.
  • Histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron (dir.), éd. Points Histoire, 2018  (ISBN 978-2-7578-7442-4), p. 13


Et si l'on nous demande : "Pourquoi cette histoire de France est-elle mondiale ?", on pourra répondre simplement : "Mais parce qu'elle est beaucoup plus intéressante ainsi !"
  • Ouverture à l’Histoire mondiale de la France.
  • Histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron (dir.), éd. Points Histoire, 2018  (ISBN 978-2-7578-7442-4), p. 15


Propos publics[modifier]

Question : S’immerger quotidiennement dans des mondes disparus change-t-il votre rapport au monde ?
Patrick Boucheron : Oui, assurément. D’abord parce que devenir historien demande un effort qui se paye en temps… Il s’agit de plonger dans le temps, d’y aller par paliers. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les historiens voyagent : ils se déplacent pour aller dans des lieux où ils pourront s’immerger en apnée dans le temps. En tant que chercheur, je réfléchis aussi à ma déformation professionnelle. Prenez les médecins : je ne peux pas croire qu’ils n’aient pas un rapport différent à leurs corps. Je suis persuadé qu’il en va de même pour moi, et que mon rapport à l’attente ou à « l’événement » est touché.
  • « Patrick Boucheron : « Faire de l’Histoire, c’est lutter contre l’arrogance du présent » », Patrick Boucheron, propos cités par Anne-Sophie Novel, Le Monde, 15 mars 2016 (lire en ligne)


Il est nécessaire d’ôter à l’Histoire toute finalité car c’est une façon d’éviter son instrumentalisation. S’il n’y a pas de flèche du temps, s’il n’y a pas de fin de l’Histoire, cela évite de nous faire croire que tout est terminé, que l’Histoire a dit son dernier mot.
  • « Patrick Boucheron : « Faire de l’Histoire, c’est lutter contre l’arrogance du présent » », Patrick Boucheron, propos cités par Anne-Sophie Novel, Le Monde, 15 mars 2016 (lire en ligne)


Traditionnellement, dans la théorie du présentéisme, notre temps serait une crise de l’avenir, une idée entraînante de l’avenir commun, d’un passé qui ne passe plus et nous empoisonne, et donc on ne serait que dans l’arrogance du présent. Qu’on méprise le passé est regrettable. Je pense que faire de l’Histoire, c’est lutter contre l’arrogance du présent, et que le présent n’a pas toujours raison par rapport au passé.
  • « Patrick Boucheron : « Faire de l’Histoire, c’est lutter contre l’arrogance du présent » », Patrick Boucheron, propos cités par Anne-Sophie Novel, Le Monde, 15 mars 2016 (lire en ligne)


Liens externes[modifier]

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