Paranoïa

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Du grec, παρ́α, contre, et νο̃υς, esprit, le mot paranoïa indique simplement quelque chose qui est contre l'entendement. Utilisé par Eschyle, Sophocle, Euripide et Hérodote, il est approprié par la psychiatrie naissante, qui le fait désigner une psychose chronique caractérisée par un délire généralement bien construit et systématisé, s'accompagnant de troubles du jugement et de la perception mais sans détérioration intellectuelle ni atteinte des fonctions instrumentales.

En psychanalyse, elle s'apparente à une psychose caractérisée par un délire interprétatif qui prend les formes de délire de persécution, de jalousie, d'érotomanie, de délire de grandeurs. Freud l'évoque tantôt comme une "démence paranoïde", comme dans son célèbre "cas Schreber", tantôt comme une "névrose narcissique".

Art[modifier]

Critique[modifier]

Salvador Dalí, La conquête de l’irrationnel, 1935[modifier]

PARANOÏA : Délire d’interprétation comportant une structure systématique.
ACTIVITÉ PARONOÏAQUE-CRITIQUE : Méthode spontanée de connaissance irrationnelle fondée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes.

  • La conquête de l’irrationnel, Salvador Dalí, éd. Surréalistes, 1935, p. 61


Histoire[modifier]

John Dickie, Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, 2004[modifier]

Tommaso Buscetta a beaucoup insisté sur l'importance d'une règle spécifique de Cosa Nostra, règle ayant trait à la vérité. Grâce à lui, nous savons maintenant que la vérité est une denrée particulièrement précieuse et dangereuse pour les mafiosi. Quand un homme d'honneur est initié par la mafia sicilienne, il jure, entre autres, de ne jamais mentir à d'autres initiés, qu'ils soient ou non membres de la même Famille. Un homme d'honneur qui a menti s'aperçoit très vite qu'il a pris un raccourci vers le bain d'acide. Cependant, un mensonge bien déguisé peut se révéler une arme puissante dans la guerre permanente pour le pouvoir qui se livre à l'intérieur de l'organisation. Le résultat est simple : une paranoïa aiguë.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Introduction, p. 30


Littérature[modifier]

Écrit intime[modifier]

August Strindberg, Inferno, 1897[modifier]

Dans une rue, je ramasse un morceau de papier, avec le mot fouine. Dans une autre rue, un papier semblable porte, écrit de la même main, le mot vautour. Popoffsky ressemble parfaitement à une fouine et sa femme à un vautour. Seraient-ils arrivés à Paris pour me tuer ? Lui, l'assassin sans vergogne, est capable de tout, puisqu'il a assassiné femme et enfants.


Nouvelle[modifier]

Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire, 1967[modifier]

La couverture

Une nuit, je me suis réveillé à côté d'elle (ou j'ai rêvé que je me réveillais), j'ai jeté un œil dans la chambre et j'ai vu trente ou quarante petits bonshommes en train de nous ficeler sur le lit, avec un espèce de fil d'argent, et ils nous ficelaient et ils nous ficelaient. Ma chérie a dû sentir ma nervosité. j'ai vu ses yeux s'ouvrir.
« Silence ! j'ai dit. Ne bouge pas ! Ils veulent nous électrocuter !
— QUI VEUT NOUS ELECTROCUTER ?
— Bon dieu, je t'ai dit de te taire ! Ne bouge plus ! »
Je les ai laissés faire un moment, en faisant semblant de dormir. Puis, rassemblant toutes mes forces, je me suis redressé et j'ai cassé le fil. Ils ne s'attendaient pas à ça. J'ai voulu en assomer un mais je l'ai loupé. Je ne sais pas où ils ont filé, mais je ne les ai plus revus.


Roman[modifier]

André Breton, L'Amour fou, 1937[modifier]

Le délire d'interprétation ne commence qu'où l'homme mal préparé prend peur dans cette forêt d'indices.


Roman policier[modifier]

Ingrid Astier, Angle mort, 2013[modifier]

Après, je savais que si le romantique l’emportait sur le parano, j’étais mort. Chez nous [les braqueurs], la paranoïa est la forme aiguë de la conscience. Un moment de relâchement, et tu te fais trouer la cervelle.


Psychanalyse[modifier]

Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989[modifier]

Applications à la psychopathologie

Les traits généraux de la perversion narcissique se retrouvent chez le psychotique avec des différences dues à la structure propre à chaque variante clinique : schizophrénie, paranoïa, psychose maniaco-dépressive. Si le paranoïaque est plus habile parce qu'il possède un degré de savoir et de pensée suffisamment développé, ou est plus habitué à induire des vécus, le schizophrène n'est pas moins efficace parce que déconcertant et paroxystique. Le schizophrène a le désordre interne en plus, mais il risque de faire de la perversion narcissique un mode défensif de restitution, équivalent au délire, et de ce fait, de rendre le travail thérapique plus ardu.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 1989  (ISBN 2 10 002843 X), partie II. Applications à la psychopathologie, chap. Psychose et perversion narcissique, Emprise régressive et emprise fonctionnelle, p. 83


Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010[modifier]

Libertinage et prédation

Les pervers sont raffinés tandis que les psychopathes se montrent brutaux et cultivent des pensées paranoïaques.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 2010  (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Qui sont les prédateurs sexuels ?, Victime qui devient bourreau, p. 106


Un cas relativement fréquent : la coexistence de paranoïa et de perversion-narcissique, ou plutôt d'une perversion-narcissique qui permet de contrôler la chute psychotique, les ruptures dans la pensée que celle-ci déclenche.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 2010  (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 123


Psychologie[modifier]

Catherine Azoulay, Processus de la schizophrénie, 2002[modifier]

Kraepelin, à l'intérieur des états délirants, oppose les délires qui « tiennent » (paranoïa) aux délires qui se désagrègent (démence précoce). Pour lui, la paranoïa est donc une psychose endogène interprétative, sans dislocation de la personnalité.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. « Psycho Sup », 2002  (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 86


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