John Dickie

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

John Dickie est un historien britannique, spécialiste de la société et de la culture italienne.

Citations[modifier]

Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, 2004[modifier]

Tommaso Buscetta a beaucoup insisté sur l'importance d'une règle spécifique de Cosa Nostra, règle ayant trait à la vérité. Grâce à lui, nous savons maintenant que la vérité est une denrée particulièrement précieuse et dangereuse pour les mafiosi. Quand un homme d'honneur est initié par la mafia sicilienne, il jure, entre autres, de ne jamais mentir à d'autres initiés, qu'ils soient ou non membres de la même Famille. Un homme d'honneur qui a menti s'aperçoit très vite qu'il a pris un raccourci vers le bain d'acide. Cependant, un mensonge bien déguisé peut se révéler une arme puissante dans la guerre permanente pour le pouvoir qui se livre à l'intérieur de l'organisation. Le résultat est simple : une paranoïa aiguë.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Introduction, p. 30


En dépit des ravages causés par les bombardements des bourdoniens, Palerme dans les années 1860 présentait de nombreux attraits pour ses habitants et ses visiteurs ; le plus célèbre d'entre eux était le front de mer. Durant les étés interminables, quand l'impitoyable touffeur de la journée s'était dissipée, la grande bourgeoisie palermitaine se promenait en attelage au clair de lune le long de la marina où les arbres en fleurs embaumaient ; elle dégustait glaces et sorbets en flânant au son des airs d'opéra joués par des orchestres de rues.
Plus loin, à l'écart, dans les ruelles tortueuses et étroites, les palais aristocratiques disputaient l'espace aux marchés, échoppes d'artisans, taudis et aux cent quatre-vingt-quatorze lieux de culte. Les touristes de l'époque furent frappés par le nombre important de nonnes et de moines qu'ils croisaient dans les rues. Palerme semblait aussi former un palimpseste de cultures remontant à plusieurs siècles. Comme le reste de la Sicile, elle était parsemée de vestiges laissés par ses innombrables envahisseurs ; depuis les anciens Grecs, presque toutes les puissances européennes, des Romains jusqu'aux Bourbons, s'étaient approprié l'île. La Sicile, aux yeux de certains, était une vitrine fabuleuse où s'exposaient amphithéâtres et temples grecs, villas romaines, mosquées et jardin arabes, cathédrales romanes, palais de la Renaissance ou églises baroques.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Les deux couleurs de la Sicile, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 50


On évoquait les deux couleurs de l'île, autrefois grenier à blé de la Rome antique. Depuis des centaines d'années, le blé cultivé dans les grands domaines teintait les terres de l'intérieur d'un jaune doré. L'autre couleur avait des origines plus récentes. En conquérant la Sicile, au IXe siècle, les Arabes avaient importé de nouvelles méthodes d'irrigation et introduit la culture des orangers et des citronniers, qui coloraient la bande côtière du nord et de l'est de l'île du vert foncé de leur feuillage.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Les deux couleurs de la Sicile, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 50


[...] si la mafia n'est pas ancienne, elle n'est pas non plus née à l'intérieur jaune doré de l'île. Elle a émergé dans la région qui en est toujours le bastion, et s'est développée là où la richesse de la Sicile était concentrée, sur la bande côtière vert foncé, dans le monde des affaires, modernes et capitalistes, enraciné dans les vergers d'agrumes idylliques des alentours de Palerme.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Les deux couleurs de la Sicile, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 52


Les méthodes de la Mafia se sont affinées durant la période de croissance rapide de la culture industrielle des agrumes. Depuis le début du XVIIIe siècle, le citron était un produit d'exportation très recherché. Au milieu du XIXe siècle, sa culture a pris un essor considérable, ourlant de vert les côtes de la Sicile. Cette expansion est due en partie à deux coutumes britanniques de l'époque : depuis 1795, la Marine royale donnait du citron à ses équipages pour prévenir ou soigner le scorbut ; à une moindre échelle, l'Angleterre utilisait l'huile de bergamote, un autre agrume, pour parfumer son célèbre thé Earl Grey, dont la production commerciale avait débuté vers 1840.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le Dr Galati et le verger d'agrumes, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 53


Palerme était à la fois le centre des marchés de gros et de détail et le port principal. C'était là que les terres agricoles de la province environnante et même au-delà, étaient achetées, vendues ou louées. C'était aussi à Palerme que se prenaient les décisions politiques. La Mafia n'est donc pas née de la pauvreté et de l'isolement, mais de la richesse et du pouvoir.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le Dr Galati et le verger d'agrumes, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 54


Selon le rapport du préfet de police, dans la Mafia des années 1870, tout homme d'honneur s'apprêtant à être initié était présenté à un groupe de chefs et de sous-chefs. L'un d'eux piquait le futur mafioso au bras ou à la main, lui ordonnait de faire couler son sang sur l'image d'un saint, puis lui faisait jurer fidélité pendant que l'image brûlait ; les cendres étaient alors éparpillées, symbole de l'élimination de tous les traîtres.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Initiation, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 62


[...] Les loges maçonniques, importées de France vers la Sicile en passant par Naples aux alentours de 1820, devinrent rapidement populaires parmi les ambitieux opposants des classes moyennes au régime des Bourbons. Elles organisaient des cérémonies d'initiation, et leurs lieux de réunion étaient souvent décorés de poignards ensanglantés, avertissement adressé aux traîtres potentiels. Les membres d'une secte maçonnique appelés les carbonari (brûleurs de charbon) s'étaient également fixé pour objectif la révolution patriotique. En Sicile, certaines de ces loges se transformèrent parfois en factions politiques ou en gangs criminels ; un rapport officiel de 1830 parle d'un cercle carbonaro cherchant à obtenir le monopole des marchés publics locaux.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Initiation, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 65


Pour la Mafia, devenir une seule et unique société secrète utilisant les rites maçonniques présentait de nombreux avantages. Une cérémonie d'initiation inquiétante et une constitution mettant en préambule la punition des traîtres aidaient à créer la confiance au sein de l'oganisation ; c'était là un bon moyen de faire monter le prix de la traîtrise parmi les criminels qui, sans cela, se seraient trahis les uns les autres sans la moindre hésitation.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Initiation, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 65


Lors de la publication de ses découvertes, Franchetti expliqua qu'il avait été surpris en s'apercevant que ce n'était pas dans l'intérieur jaune et désertique de l'île, où le retard économique aurait pu être propice aux activités criminelles, que la situation était la plus inquiétante, mais dans les riches plantations d'agrumes des alentours de Palerme, centre d'une industrie florissante dont les habitants de la région étaient apparemment très fiers : « Chaque arbre est entretenu comme s'il s'agissait d'un spécimen rare. » Cette première impression, écrivit Franchetti, se modifia rapidement lorsqu'il eut vent des histoires terrifiantes de meurtres et d'intimidation qui circulaient dans la région : « Après un certain nombre d'histoires de ce genre, le parfum des oranges et des citrons commence à sentir le cadavre. »
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'industrie de la violence, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 77


Le capitalisme fonctionne grâce à l'investissement ; le non-respect de la loi met celui-ci en danger. Personne ne veut acheter du matériel agricole ou valoriser une plantation quand le risque est grand que machines ou récoltes soient volées ou vandalisées par des concurrents. En supplantant le féodalisme, l'État moderne était supposé avoir le monopole de la violence, c'est-à-dire le pouvoir de faire la guerre et de punir ceux qui enfreignaient les lois. Quand l'État moderne s'approprie la violence, il favorise la mise en place de conditions permettant au commerce de se développer. Les milices privées précaires et indisciplinées des barons étaient donc amenées à disparaître.
Franchetti explique que le développement de la Mafia en Sicile tient au fait que l'État italien était loin d'avoir atteint cet idéal. Il n'était pas digne de confiance parce que, après 1812, il avait échoué à s'approprier l'usage de la violence. Le pouvoir des barons était tel que les cours de justice et la police subissaient des pressions qui les contraignaient à se soumettre au potentat local. En outre, les barons n'étaient pas les seuls à croire qu'ils avaient le droit d'utiliser la force : la violence se « démocratisait », selon les termes de Franchetti. Avec le déclin du féodalisme, beaucoup saisirent l'occasion de se faire une place, à coups de pistolet et de couteau, dans une économie en développement. Certains des hommes de main des seigneurs agissaient désormais pour leur propre compte, bandes de malfrats écumant les campagnes, protégés par des propriétaires terriens effrayés ou complices.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'industrie de la violence, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 79


Dans le dialecte palermitain, l'adjectif « mafioso » signifiait autrefois « beau, hardi, sûr de soi ». Tout homme méritant ce qualificatif possédait donc un petit quelque chose de spécial, un attribut appelé « mafia ». Dans la langue contemporaine, « classe » serait peut-être le sens le plus proche ; un mafioso était quelqu'un qui s'aimait bien.
Le mot commença à prendre une connotation criminelle après la représentation d'une pièce de théâtre écrite en dialecte sicilien, qui obtint un énorme succès en 1863, I mafiusi di la Vicaria (Les mafiosi de la prison Vicaria).

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie «Ce que l'on appelle Mafia» : comment la Mafia prit son nom, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 83


I mafiusi di la Vicaria est au fond une fable sentimentale sur la rédemption des criminels. Cette première représentation littéraire de la Mafia est aussi la toute première version du mythe de la « bonne » Mafia, la Mafia respectable qui protège les faibles.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie «Ce que l'on appelle Mafia» : comment la Mafia prit son nom, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 84


[...] les seuls à s'enrichir réellement étaient les chefs mafieux. « La plupart dilapident le fruit de leurs méfaits. Ils le dépensent en menant grand train et se lancent dans une vie de débauche et d'excès en tous genres. » Selon Alongi, ces modes de vie dispendieux ne se reflétaient pas dans les propos et le comportement des hommes d'honneur: « Ces gens sont pleins d'imagination et il fait chaud dans les villages; leur langue est précieuse, ampoulée, pleine d'images. Et pourtant le langage du mafioso est sobre et sec... [...] le vrai mafioso s'habille avec simplicité. Il affecte une bonhomie fraternelle dans son attitude et sa façon de parler. Il se fait passer pour naïf et stupidement attentif à tout ce que vous dites. Il endure insultes et camouflets avec patience. Et puis, le soir venu, il vous tue. »
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Primitifs, chap. 2 — La Mafia entre dans le système italien 1876-1890, p. 117


Voilà comment [l'ethnologue Giuseppe Pitrè] définissait la Mafia en 1889: « Ce n'est ni une secte ni une association, elle n'a ni règlement ni statuts. Le mafioso n'est ni un voleur ni un bandit [...]. Mafia signifie conscience de son être propre, vision exagérée de sa force individuelle [...]. Le mafioso est un homme qui respecte les autres et aime être respecté. S'il est offensé, il ne fait pas appel à la Justice. »
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Primitifs, chap. 2 — La Mafia entre dans le système italien 1876-1890, p. 117


Quand on lui demanda de définir la Mafia, Pitrè indiqua que le mot venait de l'arabe « mascias » signifiant conscience exagérée de sa propre personne, refus de se soumettre au plus fort — sentiment qui, dans les classes pauvres, pouvait mener à la délinquance.
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le meurtre de Notarbartolo, chap. 3 — Coruption en haut lieu 1890-1904, p. 171


Cesare Mori se targuait de savoir beaucoup de choses, en particulier de connaître la mentalité sicilienne, connaissance fondée sur ses années d'expériences acquises dans la région de Trapani. Elémentaire, dogmatique et grossière, sa théorie servirait de base à sa croisade contre la Mafia : « J'ai pénétré l'esprit du peuple sicilien et j'ai découvert, sous les douloureuses cicatrices laissées par des siècles de tyrannie et d'oppression, une âme enfantine, simple et bonne, apte à tout colorer de sentiments généreux, toujours encline à se faire des illusions, à espérer et à croire, et prête à déposer tout son savoir, son affection et sa coopération aux pieds de celui qui montre un désir de réaliser son rêve légitime de justice et de rédemption. »
La clé du succès de la Mafia, affirmait-il, était sa capacité à profiter de la vulnérabilité et de la crédulité nichées au cœur du caractère sicilien.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie, éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'homme au cœur poilu, chap. 4 — Socialisme, fascisme, Mafia 1893-1943, p. 171


Gentile offre une image facinante de la façon dont, avant l'ère de la prohibition, des hommes d'honneur disséminés sur tout le territoire américain coordonnaient leurs activités. Des condamnations à mort à l'encontre de certains chefs, édictées dans une borgata, prenaient effet dans toutes les autres. Un conseil restreint incluant uniquement les grands patrons décidait des exécutions les plus importantes. Une assemblée générale élisait les capi et débattait des contrats d'élimination de certains mafiosi. Ce genre de réunions pouvait rassembler cent cinquante hommes, patrons venus des quatres coins des États-Unis avec leur entourage. Gentile hésite à appeler ces réunions des « tribunaux » et se montre plutôt méprisant sur les « procédures judiciaires » adoptées au cours de ces assemblées générales. « Elles étaient constituées d'hommes aux trois quart illettrés. L'éloquence était l'art qui les impressionnait le plus. Plus vous saviez parler, plus vous étiez écouté et plus vous pouviez manipuler cette bande de péquenauds. »
  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie, éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007  (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'Amérique de Cola Gentile, chap. 5 — La Mafia s'installe en Amérique 1900-1941, p. 247