Mafia

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Le terme de Mafia désigne une organisation criminelle dont les activités seraient soumises à une direction collégiale occulte et qui reposeraient sur une stratégie d’infiltration de la société civile et des institutions.

Histoire[modifier]

John Dickie, Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, 2004[modifier]

Tommaso Buscetta a beaucoup insisté sur l'importance d'une règle spécifique de Cosa Nostra, règle ayant trait à la vérité. Grâce à lui, nous savons maintenant que la vérité est une denrée particulièrement précieuse et dangereuse pour les mafiosi. Quand un homme d'honneur est initié par la mafia sicilienne, il jure, entre autres, de ne jamais mentir à d'autres initiés, qu'ils soient ou non membres de la même Famille. Un homme d'honneur qui a menti s'aperçoit très vite qu'il a pris un raccourci vers le bain d'acide. Cependant, un mensonge bien déguisé peut se révéler une arme puissante dans la guerre permanente pour le pouvoir qui se livre à l'intérieur de l'organisation. Le résultat est simple : une paranoïa aiguë.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Introduction, p. 30


[...] si la mafia n'est pas ancienne, elle n'est pas non plus née à l'intérieur jaune doré de l'île. Elle a émergé dans la région qui en est toujours le bastion, et s'est développée là où la richesse de la Sicile était concentrée, sur la bande côtière vert foncé, dans le monde des affaires, modernes et capitalistes, enraciné dans les vergers d'agrumes idylliques des alentours de Palerme.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Les deux couleurs de la Sicile, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 52


Les méthodes de la Mafia se sont affinées durant la période de croissance rapide de la culture industrielle des agrumes. Depuis le début du XVIIIe siècle, le citron était un produit d'exportation très recherché. Au milieu du XIXe siècle, sa culture a pris un essor considérable, ourlant de vert les côtes de la Sicile. Cette expansion est due en partie à deux coutumes britanniques de l'époque : depuis 1795, la Marine royale donnait du citron à ses équipages pour prévenir ou soigner le scorbut ; à une moindre échelle, l'Angleterre utilisait l'huile de bergamote, un autre agrume, pour parfumer son célèbre thé Earl Grey, dont la production commerciale avait débuté vers 1840.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le Dr Galati et le verger d'agrumes, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 53


Palerme était à la fois le centre des marchés de gros et de détail et le port principal. C'était là que les terres agricoles de la province environnante et même au-delà, étaient achetées, vendues ou louées. C'était aussi à Palerme que se prenaient les décisions politiques. La Mafia n'est donc pas née de la pauvreté et de l'isolement, mais de la richesse et du pouvoir.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le Dr Galati et le verger d'agrumes, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 54


Selon le rapport du préfet de police, dans la Mafia des années 1870, tout homme d'honneur s'apprêtant à être initié était présenté à un groupe de chefs et de sous-chefs. L'un d'eux piquait le futur mafioso au bras ou à la main, lui ordonnait de faire couler son sang sur l'image d'un saint, puis lui faisait jurer fidélité pendant que l'image brûlait ; les cendres étaient alors éparpillées, symbole de l'élimination de tous les traîtres.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Initiation, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 62


Pour la Mafia, devenir une seule et unique société secrète utilisant les rites maçonniques présentait de nombreux avantages. Une cérémonie d'initiation inquiétante et une constitution mettant en préambule la punition des traîtres aidaient à créer la confiance au sein de l'oganisation ; c'était là un bon moyen de faire monter le prix de la traîtrise parmi les criminels qui, sans cela, se seraient trahis les uns les autres sans la moindre hésitation.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Initiation, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 65


Le capitalisme fonctionne grâce à l'investissement ; le non-respect de la loi met celui-ci en danger. Personne ne veut acheter du matériel agricole ou valoriser une plantation quand le risque est grand que machines ou récoltes soient volées ou vandalisées par des concurrents. En supplantant le féodalisme, l'État moderne était supposé avoir le monopole de la violence, c'est-à-dire le pouvoir de faire la guerre et de punir ceux qui enfreignaient les lois. Quand l'État moderne s'approprie la violence, il favorise la mise en place de conditions permettant au commerce de se développer. Les milices privées précaires et indisciplinées des barons étaient donc amenées à disparaître.
Franchetti explique que le développement de la Mafia en Sicile tient au fait que l'État italien était loin d'avoir atteint cet idéal. Il n'était pas digne de confiance parce que, après 1812, il avait échoué à s'approprier l'usage de la violence. Le pouvoir des barons était tel que les cours de justice et la police subissaient des pressions qui les contraignaient à se soumettre au potentat local. En outre, les barons n'étaient pas les seuls à croire qu'ils avaient le droit d'utiliser la force : la violence se « démocratisait », selon les termes de Franchetti. Avec le déclin du féodalisme, beaucoup saisirent l'occasion de se faire une place, à coups de pistolet et de couteau, dans une économie en développement. Certains des hommes de main des seigneurs agissaient désormais pour leur propre compte, bandes de malfrats écumant les campagnes, protégés par des propriétaires terriens effrayés ou complices.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'industrie de la violence, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 79


Dans le dialecte palermitain, l'adjectif « mafioso » signifiait autrefois « beau, hardi, sûr de soi ». Tout homme méritant ce qualificatif possédait donc un petit quelque chose de spécial, un attribut appelé « mafia ». Dans la langue contemporaine, « classe » serait peut-être le sens le plus proche ; un mafioso était quelqu'un qui s'aimait bien.
Le mot commença à prendre une connotation criminelle après la représentation d'une pièce de théâtre écrite en dialecte sicilien, qui obtint un énorme succès en 1863, I mafiusi di la Vicaria (Les mafiosi de la prison Vicaria).

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie « Ce que l'on appelle Mafia » : comment la Mafia prit son nom, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 83


I mafiusi di la Vicaria est au fond une fable sentimentale sur la rédemption des criminels. Cette première représentation littéraire de la Mafia est aussi la toute première version du mythe de la « bonne » Mafia, la Mafia respectable qui protège les faibles.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie « Ce que l'on appelle Mafia » : comment la Mafia prit son nom, chap. 1 — Genèse de la Mafia 1860-1876, p. 84


[...] les seuls à s'enrichir réellement étaient les chefs mafieux. « La plupart dilapident le fruit de leurs méfaits. Ils le dépensent en menant grand train et se lancent dans une vie de débauche et d'excès en tous genres. » Selon Alongi, ces modes de vie dispendieux ne se reflétaient pas dans les propos et le comportement des hommes d'honneur: « Ces gens sont pleins d'imagination et il fait chaud dans les villages; leur langue est précieuse, ampoulée, pleine d'images. Et pourtant le langage du mafioso est sobre et sec... [...] le vrai mafioso s'habille avec simplicité. Il affecte une bonhomie fraternelle dans son attitude et sa façon de parler. Il se fait passer pour naïf et stupidement attentif à tout ce que vous dites. Il endure insultes et camouflets avec patience. Et puis, le soir venu, il vous tue. »

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Primitifs, chap. 2 — La Mafia entre dans le système italien 1876-1890, p. 117


Voilà comment [l'ethnologue Giuseppe Pitrè] définissait la Mafia en 1889: « Ce n'est ni une secte ni une association, elle n'a ni règlement ni statuts. Le mafioso n'est ni un voleur ni un bandit [...]. Mafia signifie conscience de son être propre, vision exagérée de sa force individuelle [...]. Le mafioso est un homme qui respecte les autres et aime être respecté. S'il est offensé, il ne fait pas appel à la Justice. »

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Primitifs, chap. 2 — La Mafia entre dans le système italien 1876-1890, p. 117


Quand on lui demanda de définir la Mafia, Pitrè indiqua que le mot venait de l'arabe « mascias » signifiant conscience exagérée de sa propre personne, refus de se soumettre au plus fort — sentiment qui, dans les classes pauvres, pouvait mener à la délinquance.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Le meurtre de Notarbartolo, chap. 3 — Coruption en haut lieu 1890-1904, p. 171


Cesare Mori se targuait de savoir beaucoup de choses, en particulier de connaître la mentalité sicilienne, connaissance fondée sur ses années d'expériences acquises dans la région de Trapani. Elémentaire, dogmatique et grossière, sa théorie servirait de base à sa croisade contre la Mafia : « J'ai pénétré l'esprit du peuple sicilien et j'ai découvert, sous les douloureuses cicatrices laissées par des siècles de tyrannie et d'oppression, une âme enfantine, simple et bonne, apte à tout colorer de sentiments généreux, toujours encline à se faire des illusions, à espérer et à croire, et prête à déposer tout son savoir, son affection et sa coopération aux pieds de celui qui montre un désir de réaliser son rêve légitime de justice et de rédemption. »
La clé du succès de la Mafia, affirmait-il, était sa capacité à profiter de la vulnérabilité et de la crédulité nichées au cœur du caractère sicilien.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie, éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'homme au cœur poilu, chap. 4 — Socialisme, fascisme, Mafia 1893-1943, p. 171


Gentile offre une image facinante de la façon dont, avant l'ère de la prohibition, des hommes d'honneur disséminés sur tout le territoire américain coordonnaient leurs activités. Des condamnations à mort à l'encontre de certains chefs, édictées dans une borgata, prenaient effet dans toutes les autres. Un conseil restreint incluant uniquement les grands patrons décidait des exécutions les plus importantes. Une assemblée générale élisait les capi et débattait des contrats d'élimination de certains mafiosi. Ce genre de réunions pouvait rassembler cent cinquante hommes, patrons venus des quatres coins des États-Unis avec leur entourage. Gentile hésite à appeler ces réunions des « tribunaux » et se montre plutôt méprisant sur les « procédures judiciaires » adoptées au cours de ces assemblées générales. « Elles étaient constituées d'hommes aux trois quart illettrés. L'éloquence était l'art qui les impressionnait le plus. Plus vous saviez parler, plus vous étiez écouté et plus vous pouviez manipuler cette bande de péquenauds. »

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie, éd. Perrin, coll. « Tempus », 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie L'Amérique de Cola Gentile, chap. 5 — La Mafia s'installe en Amérique 1900-1941, p. 247


Littérature[modifier]

Leonardo Sciascia, Le Jour de la chouette, 1961[modifier]

— Je ne m'en souviens, dit le receveur. Sur l'âme de ma mère, je ne m'en souviens pas. En ce moment je ne me souviens de rien. J'ai l'impression de rêver. — Je vais te réveiller, moi, je vais te réveiller, dit le brigadier exaspéré.


— Mendolia... Il a dit des choses à faire dresser les cheveux sur la tête : que la mafia existe, que c'est une puissante organisation, qu'elle contrôle tout : les moutons, les légumes, les travaux publics et les vases grecs... L'histoire des vases grecs est impayable : de ces choses qu'on trouve plutôt dans le « courrier des lecteurs »... Tout de même, bon Dieu, il faudrait un peu de sérieux... Vous y croyez, vous, à la mafia ?
— A vrai dire...
— Et vous ?
— Je n'y crois pas.
— Bravo ! Nous deux, qui sommes siciliens, nous ne croyons pas à la mafia, ça devrait vous faire tout de même saisir quelque chose à vous qui donnez l'impression d'y croire. D'ailleurs je vous comprends : vous n'êtes pas sicilien, et les préjugés mettent longtemps à mourir. Avec le temps, vous vous rendrez compte que c'est simplement du bourrage de crâne.


Il y avait aussi, dans le dossier de Marchica, un rapport relatif à un meeting tenu par le député Livigni : c'est entouré de l'élite de la mafia locale, à sa droite le doyen don Calogero Guicciardo, à sa gauche Marchica, que le député s'était présenté au balcon central de la maison des Alvarez. A un certain moment de son discours, il avait dit textuellement : « On m'accuse d'être en rapport avec des gens appartenant à la mafia, et, par conséquent, avec la mafia. Mais moi, je dois vous dire que je ne suis pas encore arrivé à comprendre ce qu'est la mafia, si elle existe ; et je peux, en toute conscience de bon citoyen et de bon catholique, vous jurer que je n'ai jamais connu de ma vie un seul mafieux. »


— Mais la voix populaire désigne Arena comme chef de la mafia. — La voix populaire... Mais qu'est-ce que c'est que la voix populaire ? Une voix en l'air, une voix de l'air : elle apporte la calomnie, la diffamation, la lâche vengeance... D'ailleurs... qu'est-ce que c'est bien que la mafia ? C'est aussi un bruit qui court, la mafia : tout le monde dit qu'elle existe, mais personne ne sait où elle est. Un bruit, un bruit qui court, et qui assourdit les têtes faibles, permettez-moi de vous le dire...


— Mettons tout de même les choses sur un autre plan. Un procès a-t-il jamais révélé qu'il existe une association criminelle appelée mafia, à laquelle on puisse attribuer en toute certitude la commande et l'exécution d'un crime ? A-t-on jamais trouvé un document, un témoignage, une preuve quelconque établissant un rapport certain entre un fait criminel et ce qu'on appelle la mafia ? Si ce rapport n'existe pas, et en admettant que la mafia existe, moi je peux vous le dire : c'est une société de secours mutuels secrets, au même titre que la franc-maçonnerie. Pourquoi n'attribuez-vous pas certains crimes à la franc-maçonnerie ? Il y a tout autant de preuves que la franc-maçonnerie se livre à des actes criminels qu'il y en a contre la mafia...


Autres[modifier]

François (pape)[modifier]

S'il vous plait, changez de vie ! Convertissez-vous ! Arrêtez de faire le mal ! Nous prions pour vous. Convertissez-vous. Je vous en supplie à genoux, c'est pour votre bien ! Cette vie ne vous apportera pas le bonheur. Le pouvoir, l'argent que vous avez accumulé de tant d'affaires sales, de tant de crimes mafieux, l'argent ensaglanté et le pouvoir ensanglanté, vous ne pourrez pas l'emporter dans l'autre vie. Convertissez-vous tant qu'il est encore temps, pour ne pas finir en enfer ! C'est ce qui vous attend si vous continuez dans cette voie

  • Discours du pape François devant des familles de victimes à la paroisse Saint Grégoire VII, le 21 mars 2014
  • « Le Pape appelle les mafieux à la conversion », François, Radio Vatican, 21 mars 2014 (lire en ligne)


Voir aussi[modifier]

Mafia: The City of Lost Heaven