Luxure

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Femmes damnées (Illustration des Fleurs du Mal) — Carlos Schwabe

La luxure désigne un penchant immodéré pour la pratique des plaisirs sexuels. C'est l'un des sept péchés capitaux définis par le catholicisme.

Histoire[modifier]

Catherine Salles, Les bas-fonds de l'Antiquité, 1982[modifier]

L'image du Romain vautré dans la débauche appartient aux clichés éculés. Nous savons que la « paix romaine », instaurée par l'établissement de l'Empire, a favorisé au contraire un retour à la vie familiale, aux vertus domestiques, dans la plupart des régions contrôlées par la puissance romaine. Cela n'empêche pas que, pour une frange de la population, la « dolce vita » ne consiste plus à vouloir toujours davantage de raffinements dans le plaisir, les distractions, mais à rechercher la volupté parmi ceux que la société rejette, les marginaux, les exclus, dont certains deviennent les « vedette » de la vie élégante à Rome. L'encanaillement de la noblesse, c'est la suprême perversion de ceux qui ne savent quel sens donner à leur vie.
  • Les bas-fonds de l'Antiquité (1982), Catherine Salles, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004  (ISBN 2-228-89817-1), partie 2. Le monde latin — La ville, chap. 12. La « vie inimitable », p. 290


Littérature[modifier]

Critique[modifier]

Jean Decottignies, Écritures ironiques, 1988[modifier]

S'il est vrai que toute passion, avant de se qualifier positivement ou négativement, est un « transport extrême de la volonté », on conçoit fort bien qu'un artifice sémantique tire parti de ce recoupement. Ce que fait Guillaume par un usage étendu et insolite de nom de la luxure. Autour de ce mot s'effacent toutes les qualifications morales […]. « Il n'y a pas », dit Guillaume, « que la luxure de la chair » : Bence pratique, pour sa part, la « luxure du savoir » et Bernard Gui la « luxure du pouvoir », tandis que le pape s'adonne à la « luxure de richesse » […]. Dénominations assez rares, certes, mais acceptables dans la mesure où elles intéressent toutes différentes sortes de vices. Mais la provocation s'aggrave quand on parle de la « luxure de l'adoration » ou de la « luxure de l'humilité », […] qui ne peut être que celle des saints. Que dire enfin de cet oxymore de « luxure de la douleur, par quoi l'on désigne une sorte d'égarement dans lequel purent tomber les martyrs ! Comparable à l'onanisme, la luxure est donnée pour improductive et stérile, et la dénonciation dont elle est l'objet vise en réalité toutes les valeurs qui la peuvent motiver. Cette mise à mal de l'ordre sémantique et des différences qui le constituent rejoint la critique nietzschéenne des « grands mots » et le dessein ironisant qui l'inspire à l'égard de toute doctrine.
  • Écritures ironiques, Jean Decottignies, éd. Presses Universitaires de Lille, 1988, p. 164


Prose poétique[modifier]

Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927[modifier]

Prends garde, ne sois pas mon ami. J’ai juré de ne plus me laisser prendre à ce terrible piège à loup, je ne serai jamais le tien et si tu consens à tout abandonner pour moi, je ne t’en abandonnerai pas moins un jour.
Je connais d’ailleurs, pour l’avoir éprouvé, l’abandon. Si tu désires cette hautaine luxure c’est bien, tu peux me suivre. Autrement, je ne demande que ton indifférence, sinon ton hostilité.


Roman[modifier]

James Joyce, Ulysse, 1922[modifier]

N'avait-il nulle connaissance de cet autre pays qui est appelé Croyez-en-Moi, qui est la terre promise qui sied au roi Délicieux et sera éternellement là où ne sont plus ni mort ni naissance, épousailles ni maternité et où tous tant qu'ils sont entreront qui ont cru en elle ? Oui, Pieux lui avait parlé de cette terre et Chaste lui en avait indiqué la route mais le fait est que sur cette route il était tombé sur une certaine courtisane fort plaisante à l'œil et qui lui dit se nommer Un-Bon-Tiens et le détourna par ruse de la bonne voie avec des flatteries qu'elle lui prodiguait, comme : Oh mon joli cœur viens-t'en un peu par ici et je te ferai voir un endroit charmant, et elle le flatta de tant d'expertes façons qu'elle l'attira en sa grotte qui a nom Deux-Tu-l'Auras, ou selon quelques doctes personnes, Concupiscence Charnelle.
Ceci était ce que tous les membres de cette compagnie attablée là dans le Manoir des Mères convoitaient le plus chaudement et s'ils avaient fait rencontre de cette courtisane Un-Bon-Tiens (qui était dedans soi toutes les ordres infections, tous les monstres, et possédée d'un malin esprit), ils eussent fait feu de tout bois pour lui donner assaut et la posséder. Touchant Croyez-en-Moi, ils dirent que ce n'était chose autre qu'une imagination et qu'ils ne s'en pouvaient faire représentation aucune, que premier, Deux-Tu-l'Auras où elle les entraînait était par excellence une bienheureuse grotte et s'y voyaient quatre oreillers portant pancartes dessus lesquelles étaient ces mots écrits, En Levrette et Tête-Bêche et Langue-Fourrée et Flanc-à-Flanc, et second, que de cet ordre infection, Omnivérole, et des monstres, ils n'avaient souci car Préservatif leur avait fait don d'un puissant bouclier de boyau de bœuf, et en troisième lieu, qu'ils n'avaient non plus à craindre Progéniture qui était cet esprit malin, par la vertu de ce même bouclier qui s'appelait Mortogosse. Ainsi tous s'ébattaient en leur aveuglement, M. Lergoteur et M. Dévot-par-Occasion, M. Chimpanzé-de-la-Chope, M. Faux-Franc-Homme, M. Disert-Dixon, le jeune Grand-Vantard et M. Prudent-Bonace. En quoi, ô misérables humains, vous vous abusiez là, alors que c'était la voix du dieu qui retentissait en sa male rage et que son bras était prêt de se lever pour réduire en poudre vos âmes à cause de tant de blasphèmes et de ce que vous avez jeté hors à mépris de sa parole qui d'engendrer grandement vous enjoint.


Des gazelles bondissent et pâturent sur les montagnes. Des lacs proches. Au bord des lacs, les ombres noires à la file des plantations de cèdres. Un arome s'exhale, une véhémente chevelure de résine. L'orient se consume, le ciel de saphir est barré par le vol de bronze des aigles. Sous lui s'étend la femmecité, nudité, blancheur, luxe, fraîcheur, calme et volupté. Une fontaine murmure parmi les roses de Damas. Des roses géantes murmurent de vignes pourpres. Un vin de honte, de luxure et de sang filtre avec un murmure étrange.


Philosophie[modifier]

Cicéron, Traité des devoirs, 44 av. J.C.[modifier]

La volupté, qui est honteuse à tous les âges, est une turpitude pour la vieillesse.
  • Traité des devoirs (44 av. J.C.), Cicéron (trad. Gallon La-Bastide), éd. Victor Lecou, 1850, p. 104

Alexis Philonenko, La philosophie du malheur : concepts et idées, 1999[modifier]

Ce qui compte […] pour la « fille de joie », ce n'est plus la qualité du rapport, c'est sa rapidité. On pourrait même oser cette proposition : la rapidité est la dégradation la plus amère de la luxure.
  • La philosophie du malheur : concepts et idées, Alexis Philonenko, éd. Vrin, 1999, p. 243


Psychologie[modifier]

Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953[modifier]

Dans l'initiation aux mystères d'Isis, le candidat devait prendre la forme de l'âne Set ou Typhon pour devenir conscient de toute sa luxure et concupiscence et éprouver l'aspect négatif de l'Eros, de sa propre libido, non pas en se livrant à une débauche effective, mais en passant par l'épreuve rituelle de l'initiation. On l'isolait de ses compagnons pour qu'il se sente abandonné, car quelque chose en lui était hostile à la « participation ». On le battait, le maltraitait, on l'exposait à la faim et aux tentations sexuelles.
Car Typhon n'est pas foncièrement différent d'Eros. C'est Eros sous une forme implacable, l'inverse, le contraire de la « participation ». Lorsque le candidat à l'initiation avait traversé cette épreuve, lorsqu'il avait pleinement éprouvé cet aspect de la vie, ressenti son vide et sa stérilité et résolu d'y renoncer pour toujours, lorsqu'il se montrait capable de castration volontaire, alors seulement il voyait Isis la déesse et retrouvait sa forme humaine en mangeant ses roses. Ces roses d'Isis sont les fleurs de la pure passion, et symbolisent l'amour libéré de la luxure.

  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2001  (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIII. Le sacrifice du fils, p. 296


Religion[modifier]

Jean Couturier, Catéchisme dogmatique et moral, 1827[modifier]

Beaux sentiments ! sainte pudeur ! crainte religieuse ! qu'êtes-vous devenus ? Non, vous n'habitez plus dans ce cœur endurci par l'impudicité ! On a beau lui parler honneur, vérités éternelles, mort, jugement, paradis, enfer ; rien ne l'épouvante, rien ne peut émouvoir ce cœur endurci ; hélas ! il a oublié Dieu.
  • À propos du pécheur par luxure.
  • Catéchisme dogmatique et moral, Jean Couturier, éd. Victor Lagier, 1827, t. 3, p. 145-146


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