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Umberto Eco

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Umberto Eco, en 1984.

Umberto Eco, né à Alexandrie dans le Piémont le 5 janvier 1932 et mort le 19 février 2016 (à 84 ans), est un essayiste, philosophe, romancier et sémiologue.

Citations[modifier]

L'Œuvre ouverte[modifier]

Une œuvre d'art est d'un côté un objet dont on peut retrouver la forme originelle, telle qu'elle a été conçue par l'auteur, à travers la configuration des effets qu'elle produit sur l'intelligence et la sensibilité du consommateur : ainsi l'auteur crée-t-il une forme achevée afin qu'elle soit goûtée et comprise telle qu'il l'a voulue. Mais d'un autre côté, en réagissant à la constellation des stimuli, en essayant d'apercevoir et de comprendre leurs relations, chaque consommateur exerce une sensibilité personnelle, une culture déterminée, des goûts, des tendances, des préjugés qui orientent sa jouissance dans une perspective qui lui est propre. Au fond, une forme est esthétiquement valable justement dans la mesure où elle peut être envisagée et comprise selon des perspectives multiples, où elle manifeste une grande variété d'aspects et de résonances sans jamais cesser d'être elle-même. (Un panneau de signalisation routière ne peut, au contraire, être envisagé que sous un seul aspect; le soumettre à une interprétation fantaisiste, ce serait lui retirer jusqu'à sa définition.) En ce premier sens, toute œuvre d'art, alors même qu'elle est forme achevée et « close » dans sa perfection d'organisme exactement calibré, est « ouverte » au moins en ce qu'elle peut être interprétée de différentes façons sans que son irréductible singularité en soit altérée. Jouir d'une œuvre d'art revient à en donner une interprétation, une exécution, à la faire revivre dans une perspective originale.
  • L'Œuvre ouverte, Umberto Eco (trad. Chantal Roux de Bézieux), éd. Seuil, 1979  (ISBN 2-02-005327-6), chap. La poétique de l’œuvre ouverte, p. 17 (lire en ligne)


Il faut attendre la fin du romantisme et la deuxième partie du XIXe siècle, il faut attendre le symbolisme pour voir esquissée de façon délibérée une théorie de l'œuvre « ouverte ». L'Art poétique de Verlaine est à cet égard parfaitement explicite :

De la musique avant toute chose,
et pour cela préfère l'impair
plus vague et plus soluble dans l'air
sans rien en lui qui pèse et qui pose.

Les affirmations de Mallarmé vont plus loin dans le même sens : « Nommer un objet c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer... Voilà le rêve... » Il faut éviter qu'une interprétation unique ne s'impose au lecteur : l'espace blanc, le jeu typographique, la mise en page du texte poétique contribuent à créer un halo d'indétermination autour du mot, à le charger de suggestions diverses. Cette fois, l'œuvre est intentionnellement ouverte à la libre réaction du lecteur. Une œuvre qui « suggère » se réalise en se chargeant chaque fois de l'apport émotif et imaginatif de l'interprète.
  • L'Œuvre ouverte, Umberto Eco (trad. Chantal Roux de Bézieux), éd. Seuil, 1979  (ISBN 2-02-005327-6), chap. La poétique de l’œuvre ouverte, p. 21-22 (lire en ligne)


Le Nom de la rose (Il nome della rosa), 1980[modifier]

[…]
— Qu’est-ce qui vous effraie le plus dans la pureté ? demandai-je.
— La hâte », répondit Guillaume.

  • Guillaume de Baskerville répondant à Adso de Melk, lors du procès d'inquisition du cellérier Rémigio de Varagine.
  • Le Nom de la rose (1980), Umberto Eco (trad. Jean-Noël Schifano), éd. Grasset, coll. « Le Livre de Poche », 1990  (ISBN 2-253-03313-8), partie Cinquième jour, chap. None — Où l’on administre la justice et l’on a l’embarrassante impression que tout le monde a tort, p. 485


Le diable n'est pas le principe de la matière, le diable est l'arrogance de l'esprit, la foi sans le sourire, la vérité qui n'est jamais effleurée par le doute. Le diable est sombre parce qu'il sait où il va, et allant, il va toujours d'où il est venu.
  • Guillaume de Baskerville à Jorge de Burgos, contempteur du rire et de la dérision.
  • Le Nom de la rose (1980), Umberto Eco (trad. Jean-Noël Schifano), éd. Grasset, coll. « Le Livre de poche », 1990  (ISBN 2-253-03313-8), partie Septième jour, chap. Nuit — Où, à résumer les révélations prodigieuses dont on parle ici, le titre devrait être aussi long que le chapitre, ce qui est contraire à l'usage., p. 596


Apostille au Nom de la rose (Postille al Nome della rosa), 1983[modifier]

(…) je laisse le lecteur tirer ses conclusions, considérant qu’un narrateur n’a pas à fournir d’interprétations à son œuvre, sinon ce ne serait pas la peine d’écrire des romans, étant donné qu’ils sont, par excellence, des machines à générer de l’interprétation.
  • Umberto Eco, dans son Apostille au Nom de la rose, initialement publiée en juin 1983, dans le no 49 de la revue Alfabeta, et reprise plus tard en volume imprimé puis en annexe à des rééditions de son roman, précise que l’hexamètre latin final de son roman — Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus, soit « Que son nom est une rose, les noms nus que nous avons. » — est un vers adapté d’un autre vers figurant dans le De contemptu mundi de Bernard de Morlaix, un bénédictin du XIIe siècle, et enchaîne alors sur la citation, en réponse mystérieuse aux motivations de son adaptation de ce vers pour donner un titre à son roman.
  • Apostille au Nom de a rose, Umberto Eco (trad. Myriem Bouzaher), éd. Grasset, coll. « Le Livre de Poche », 1985, p. 6-7


Le Pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault), 1988[modifier]

— Moi, je dis qu’il existe une société secrète avec des ramifications dans le monde entier, qui complote pour répandre la rumeur qu’il existe un complot universel.
  • Casaubon au commissaire De Angelis, à propos de la synarchie.
  • Le Pendule de Foucault (1988), Umberto Eco (trad. Jean-Noël Schifano), éd. Grasset, coll. « Le Livre de Poche », 1992  (ISBN 2-253-05949-8), chap. 53, p. 395


Histoire de la beauté[modifier]

 Dans cet ouvrage, l’introduction et les chapitres 3, 4, 5, 6, 11, 13, 15, 16, 17 sont écrits par Umberto Eco, les autres par Girolamo de Michele.


« Beau » - ainsi que « charmant », « joli », « merveilleux », « sublime », « superbe » etc. - est employé pour indiquer quelque chose qui plaît. En ce sens, le Beau est égal au Bon, et les diverses époques historiques n’ont pas manqué d’établir un lien étroit entre ces deux concepts.
  • Histoire de la beauté, Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. Introduction, p. 8


L’assoiffé qui se rue vers la source à peine découverte n’en contemple pas la Beauté. Il le fera après, une fois son désir assouvi. C’est en quoi la Beauté est différente du désir. On peut trouver superbe une personne, sans la désirer sexuellement, et sans qu’elle ne nous appartienne jamais. En revanche, c’est une souffrance de désirer quelqu’un (qui peut même être laid) en sachant qu’on aura jamais avec lui les relations désirées.
  • Histoire de la beauté, Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. Introduction, p. 9


Rien n’est plus beau, dit l’un, qu’une imposante armée ;

L’autre : rien n’est plus beau qu’une escadre en plein vent.

Rien n’est plus beau pour moi que le cœur de l’aimée.
Chacune fait son choix et risque en le suivant
Des enfants, des parents, un nom, des biens quittés ;
Hélène pour Pâris fit brûler des cités. […]
Qui est beau l’est tant qu’il est sous le regard
Qui est bon aussi l’est maintenant,
Et le sera plus tard.
  • Histoire de la beauté, Girolamo de Michele et Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. 1 : L’idéal esthétique en Grèce. 2 : La beauté des artistes, p. 47


Et toutes choses, celles du moins qui sont connues, ont le nombre : car il n’est pas possible qu’une chose quelconque soit ou pensée ou connue sans le nombre.
  • Histoire de la beauté, Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. 3 : La beauté comme proportion et harmonie. 1 : Le nombre et la musique, p. 62


Seul entre tous les hommes, Polyclète passe pour avoir incarné l’art dans une œuvre d’art.
  • Histoire de la beauté, et Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. 3. La beauté comme proportion et harmonie. 3 : Le corps humain, p. 75


Pour la tradition pythagoricienne (et le concept arrivera au Moyen Âge par Boèce) l’âme et le corps sont soumis aux mêmes lois que celles qui régissent les phénomènes musicaux, et ces mêmes proportions se retrouvent dans l’harmonie du cosmos de sorte que micro et macrocosme (le monde où nous vivons et l’univers entier) paraissent liés par une unique règle, à la fois mathématique et esthétique.
  • Histoire de la beauté, Umberto Eco (sous la direction de), éd. Flammarion, 2004  (ISBN 9782080687111), chap. 3. La beauté comme proportion et harmonie. 4 : Le cosmos et la nature, p. 82


À reculons, comme une écrevisse (A passo di gambero), 2006[modifier]

(…) les mass media, tandis qu’ils le réprouvaient, ont été les meilleurs alliés de Ben Laden qui, de cette façon, a gagné la première manche.
  • À reculons, comme une écrevisse : guerres chaudes et populisme médiatique, Umberto Eco, éd. Bernard Grasset, 2006, p. 25


99 % du temps passé par ceux que nous voyons serrer cet « objet transitionnel » contre leur oreille est du temps de jeu. L’imbécile qui, à côté de nous dans le train, règle ses transactions financières à haute voix, en fait se pavane avec une couronne de plumes et un anneau multicolore au pénis.
  • Sur l’usage du téléphone portable.
  • À reculons, comme une écrevisse : guerres chaudes et populisme médiatique, Umberto Eco, éd. Bernard Grasset, 2006, p. 98


(…) on considère l’allongement de la durée de vie comme un bien et la pollution atmosphérique comme un mal, mais nous savons que, pour avoir les grands laboratoires où l’on étudie la durée de vie, il est nécessaire de disposer d’un système de communications et de consommer une énergie qui ensuite, de son côté, produit la pollution.
  • À reculons, comme une écrevisse : guerres chaudes et populisme médiatique, Umberto Eco, éd. Bernard Grasset, 2006, p. 278


Reconnaître le fascisme, 2010 (initialement paru dans Cinque Scritti morali, 1997)[modifier]

Je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que je voudrais appeler l’Ur-fascisme c’est-à-dire le fascisme primitif et éternel. Impossible d'incorporer ces caractéristiques dans un système, beaucoup se contredisent réciproquement et sont typiques d'autres formes de despotisme ou de fanatisme. Mais il suffit qu'une seule d'entre elles soit présente pour faire coaguler une nébuleuse fasciste.
  • (fr) Reconnaître le fascisme, Umberto Eco, éd. Grasset, 2017 (première édition française 2010), p. 17 (de la version epub)


Nous devons veiller à ce que le sens de ces mots ne soit pas oublié de nouveau. L’Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil. Ce serait tellement plus confortable si quelqu’un s’avançait sur la scène du monde pour dire “Je veux rouvrir Auschwitz, je veux que les chemises noires reviennent parader dans les rues italiennes !” Hélas, la vie n’est pas aussi simple. L’Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes – chaque jour, dans chaque partie du monde.
  • (fr) Reconnaître le fascisme, Umberto Eco, éd. Grasset, 2017 (première édition française 2010), p. 28 (de la version epub)


Vertige de la liste[modifier]

De l’arbre au labyrinthe[modifier]

Le musée, demain[modifier]

Autres citations[modifier]

Nous employons l'adjectif «beau» pour désigner des choses qui n'ont rien à voir entre elles. Et qui, parfois, n'ont rien à voir avec la beauté. On dit, par exemple, que l'on a fait un beau repas, que l'on a passé une belle nuit d'amour, qu'une femme est belle, qu'un tableau est beau, que la pluie succède au beau temps... Bref, l'adjectif «beau» désigne des expériences très discontinues. La plupart du temps, on emploie d'ailleurs «beau» pour «bon».
  • « Histoire de la beauté sous la direction d'Umberto Eco [interview] », François Busnel, L'Express, 1 octobre 2004 (lire en ligne)


Les Grecs, par exemple, définissaient la beauté par la proportion. Aujourd'hui, cette définition nous semble insuffisante, mais pour le contemporain de Pythagore, elle était parfaite.
  • « Histoire de la beauté sous la direction d'Umberto Eco [interview] », François Busnel, L'Express, 1 octobre 2004 (lire en ligne)


Citations rapportées[modifier]

Citations sur[modifier]

Voir aussi[modifier]

Voir le recueil de citations : Le Nom de la rose (film) , page consacrée au film tiré du roman d’Umberto Eco.

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