Création

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Cet article traite de la création artistique, en tant que composition d'un ouvrage d’art, d'une composition littéraire ou musicale.

Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900[modifier]

— Parfois, vous renouvelez dans mon esprit l’émerveillement de ce statuaire qui, ayant transporté le soir dans le temple les simulacres des dieux encore chauds de son travail et pour ainsi dire encore adhérents à son pouce plastique, le matin d’après les revit dressés sur leurs piédestaux, enveloppés dans un nuage d’aromates et respirant la divinité par tous les pores de la sourde matière en laquelle il les avait modelés de ses mains périssables. Vous n’entrez jamais dans mon âme, chère amie, que pour y accomplir de telles exaltations.
  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 8


Philippe Berthier, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993[modifier]

Lorsque la vie débarrasse de l'inessentiel par lequel elle se laisse trop souvent encombrer, elle redonne toutes ses chances à la création : si quelqu'un a jamais été persuadé qu'en art « qui perd gagne », c'est bien Chateaubriand.
  • « Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 70


Kama Sywor Kamanda, Au-delà de Dieu, au-delà des chimères, 2007[modifier]

La création inédite est un acte délibéré de remise en cause de la société. Tout créateur est un provocateur. Innover, c'est contester. Celui qui raisonne toujours juste finit par se rendre insupportable aux yeux des médiocres et des hypocrites.
  • Au-delà de Dieu, au-delà des chimères. Essai, Kama Sywor Kamanda, éd. L'Age d'Homme, 2007, p. 25


Anaïs Nin, Henry et June — Les cahiers secrets, 1986[modifier]

Août (1932)

La longueur de ses lettres, vingt à trente pages, reflète bien son envergure. Son torrent m'emporte avec violence. Je désire être seulement une femme. Non pas écrire des livres, ni affronter directement le monde, mais vivre par transfusions sanguines littéraires. Me tenir derrière Henry, le nourrir. Me reposer de toute création, de toute tentative de m'affirmer.
  • Henry et June — Les cahiers secrets (1986), Anaïs Nin (trad. Béatrice Commengé), éd. Stock, 2007  (ISBN 978-2-234-05990-0), Août (1932), p. 261


Marie d'Agoult, Nélida, 1866[modifier]

— Et pourquoi voulez-vous que je m'irrite de ce qui se fait, se dit et se pense, là où je ne me soucie pas d'être ? dit Ewald à Guermann dans une discussion souvent renouvelée depuis la soirée de la taverne. Que m'importe à moi, je vous prie, cette espèce de prison dorée que vous appelez le monde, quand je possède de droit divin la création tout entière, avec tout ce qu'elle renferme de visible à mon œil et d'appréciable à mon intelligence ?


Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900[modifier]

— Ah ! rendre à la mélodie sa simplicité naturelle, sa perfection ingénue, sa divine innocence, la tirer toute vive de la source éternelle, du mystère même de la nature, de l’âme même de l’Univers ! As-tu jamais médité ce mythe qui se rapporte à l’enfance de Cassandre ? Une nuit, on la laissa dans le temple d’Apollon ; et, au matin, on la retrouva étendue sur le marbre, enlacée dans les anneaux d’un serpent qui lui léchait les oreilles. Depuis lors, elle comprit toutes les voix éparses dans l’air, elle connut toutes les mélodies du monde. La puissance de la Divinatrice n’était qu’une puissance musicale. Une partie de cette vertu apollinienne entra dans les poètes qui coopérèrent à la création du Chœur tragique. Un de ces poètes se vantait de comprendre les voix de tous les oiseaux ; et un autre, de s’entretenir avec les vents ; et un autre, d’entendre parfaitement le langage de la mer. Plus d’une fois j’ai rêvé que j’étais étendu sur le marbre, enlacé dans les anneaux de ce serpent… Pour qu’il nous fût donné de créer l’art nouveau, il faudrait, Daniele, que ce mythe se renouvelât !
  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. II. L'empire du silence, p. 512


Charles Baudouin, L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963[modifier]

Depuis Freud, qui a salué lui aussi dans les grands poètes — Sophocle ou Shakespeare — ses maîtres et de grands connaisseurs avant lui de l'inconscient et singulièrement du complexe d'Œdipe, il existe une psychanalyse de l'art. [...] les études d'inspiration freudienne ont paru, à tort ou à raison, animées de la maligne pensée de réduire les grandes œuvres du génie humain à de magnifiques camouflages des accidents de la sexualité infantile de leurs auteurs, ce qui est tout de même un peu court. Jung ne conteste nullement, ni la légitimité de ces investigations, ni la validité de leurs résultats. Mais il s'oppose [...] au parti pris réductif. Il ne veut pas qu'on entende réduire la création d'art à l'incident infantile dont elle porte effectivement les traces.
  • L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002  (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. IV. Prométhé et Epiméthée, Psychologie et poésie, p. 135


Jung distingue, pour un auteur, deux manières de créer : la manière psychologique et la manière visionnaire. De la première, le roman dit psychologique, où les faits s'enchaînent selon des suites de mobiles compréhensibles, est l'exemple le plus simple. Dans la seconde, les images surgissent avec la violence impérieuse et l'apparente incohérence de certains rêves.
  • L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002  (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. IV. Prométhé et Epiméthée, Psychologie et poésie, p. 136


Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953[modifier]

La création intérieure produite par la concentration de l'énergie est l'enfant psychique qui correspond au concept de Jung de l'Individualité.
  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2001  (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIV. L'inspiration et le Soi, p. 351


Citations[modifier]

L'influence peut être un aliment, elle n'est jamais un organisme.
  • Bela Bartok. Musique de la vie, Philippe A. Autexier., éd. Stock, 1981, p. 9


L'œuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret.


Le repos du septième jour après le labeur n'enchante que Dieu : à l'homme, il ne suffit pas de « voir que cela était bon » pour goûter une détente béate. Plus exigeant que le Père Eternel, il ne se rassure qu'à créer sans relâche ; moins sage que le végétal, il veut fleurir en toute saison.
  • Ecrits, Arthur Honegger, éd. Champion, 1992, p. 727-728


Le rôle de l'artiste n'est plus de créer une œuvre, mais de créer la création.
  • La Ville cybernétique (1969), Nicolas Schöffer, éd. Denoël, 1972, p. 5


Charles Ives [a attiré] l'attention sur l'antinomie entre « substance » et « manière » : la première, liée à l'intuition, à la réalité et à l'esprit, est le propre du génie et tend à la vérité ; la seconde n'est qu'une forme, une quantité, qui appartient au talent et tend au repos.
  • « Tradition et rupture de tradition », Philippe Albèra, dans Musiques, une encyclopédie pour le XXIè siècle, J.-J. Nattiez, éd. Actes Sud, 2003, t. 1, p. 119


(Stendhal) Il supprime conjonctions de coordination, présentation des personnages, explications, supprime, supprime, supprime, et fait comprendre que la création se compose pour une bonne part de suppressions.
  • Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 833


Les produits et valeurs les plus élevés de [la civilisation] relèvent de la sublimation. Ces produits constituant un des quatre destines de la pulsion. De fait, la sublimation est une défense contre la pulsion d'une part, et elle est le produit de la pulsion d'autre part. Ce qui signifie que d'un côté on a un symptôme, de l'autre une œuvre d'art.
  • La fabrique de la poupée chez Hans Bellmer, Céline Masson, éd. L'Harmattan, 2000, p. 217


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