Tempête

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Ships in a StormIvan Aïvazovski

Littérature[modifier]

Écrit intime[modifier]

Paul Klee, Journal, 1957[modifier]

Au-dedans de moi ondule, certainement, une mer, parce que je suis sensible. L'irrémédiable, c'est de ressentir de telle sorte qu'à toutes les extrémités règne la tempête et nulle part un maître qui commande au chaos.


La tempête forme des cuisses puissantes dans le vallonnement de la vague et dans la nuque du chêne. On croirait à un combat entre la branche et l'écume. Ce n'est pourtant que jeu. La divinité y assiste et préserve les limites. Dans un sens analogue j'ai contemplé un orage accompagné de grêle. 27 juillet 1901.


Poésie[modifier]

Stéphane Mallarmé, A une putain, 1864[modifier]

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser.

  • « A une putain », dans Œuvres complètes, Stéphane Mallarmé, éd. Flammarion, 1983, p. 158


Prose poétique[modifier]

André Breton, Poisson soluble, 1924[modifier]

De bas en haut senvolaient de grandes guêpes isocèles. La jolie aurore du soir me précédait, les yeux au ciel de mes yeux sans se retourner. Ainsi les navires se couchent dans la tempête d'argent.


Je suis dépossédé des racines de l'or, assurément, mais je tiens les fils de la tempête et je garde les cachets de cire du crime.


Il pouvait être quatre heures du matin, l'heure où le brouillard embrasse les salles à manger à brise-bise orangé, la tempête faisait rage à l'intérieur des maisons.


Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927[modifier]

La voici, tempête conventionnelle sous des nuages immobiles. La voici, femme virile coiffée du bonnet phrygien, aux tribunes de la Convention et à la terrasse des Feuillants. Mais déjà femme est-ce encore elle cette merveilleuse, encore ce mot prédestiné dans l’olympe de mes nuits, femme flexible et séduite et déjà l’amour ? L’amour avec ses seins rudes et sa gorge froide. L’amour avec ses bras emprisonneurs, l’amour avec ses veillées mouvementées, à deux, sur un lit tendu de dentelles.


Roman[modifier]

Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820[modifier]

— Pendant combien de temps, Seigneur, s'exclama-t-il, pendant combien de temps tes ennemis insulteront-ils ton sanctuaire et moi, ton prédicateur consacré, ici même dans cette prison où j'ai été placé pour parler aux âmes ? Ouvre les vannes de ton pouvoir et au milieu des vagues et des tempêtes qui me submergent laisse-moi rendre témoignage comme celui qui, à la dérive, peut encore lever un bras pour prévenir son compagnon qu'il va couler.


Alexandre Dumas, Le Bagnard de l'Opéra, 1868[modifier]

Puis il y avait les jours de tempête, les jours où le ciel si pur se voilait de nuages sombres, où cette Méditerranée si azurée devenait couleur de cendre, où cette brise si douce se changeait en ouragan.
Alors le vaste miroir du ciel se ridait, cette surface si calme commençait à bouillir comme au feu de quelque fournaise souterraine. La houle se faisait vague, les vagues se faisaient montagnes. La blonde et douce Amphitrite comme un géant révolté, semblait vouloir escalader le ciel, se tordant les bras dans les nuages, et hurlant de cette voix puissante qu'on n'oublie pas une fois qu'on l'a entendue.


Virginia Woolf, Les Vagues, 1952[modifier]

On dit qu'il faut battre des ailes contre la tempête parce qu'on croit qu'au-delà de cette confusion le soleil brille ; que le soleil tombe dru sur les étangs emplumés de saules.


Philosophie[modifier]

Cicéron, Traité des devoirs, 44 av. J.C.[modifier]

C'est une démence d'appeler la tempête quand on est dans le calme, comme il est de la sagesse de faire tête à l'orage quand il arrive.
  • Traité des devoirs (44 av. J.C.), Cicéron (trad. Gallon La-Bastide), éd. Victor Lecou, 1850, p. 73


Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885[modifier]

Ce sont les mots les plus silencieux qui amènent la tempête. Des pensées qui viennent sur des pattes de colombes mènent le monde.
  • Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. « Les Classiques de Poche », 1979  (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « L'heure la plus silencieuse », p. 178


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