Stéphane Foucart

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Stéphane Foucart (1973-) est un journaliste français, spécialiste des thèmes scientifiques et environnementaux.

L'avenir du climat : enquête sur les climato-sceptiques[modifier]

C'est une histoire d'idéologies et de certitudes contrariées par cette évidence : les dimensions du monde physique sont limitées et une croissance perpétuelle de l'humanité y est impossible. C'est aussi une histoire de disciplines scientifiques qui jouent les unes contre les autres. C'est, enfin, une histoire de personnalités qui intoxiquent l'opinion, souvent à dessein. Parfois par simple appât du gain, parfois par tropisme idéologique, parfois par lubie, parfois par incompétence ou, tout simplement, par désir d'attirer les feux de la rampe.


Le succès de la campagne populiste lancée par la machine à nier est mesurable à cette considération : l'écrasante majorité des prises de parole hostiles aux politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre est fondée sur des affirmations erronées. La quantité de contrevérités et d'erreurs introduites à dessein dans la sphère publique est telle qu'elle entrave la tenue d'un débat sain. C'est-à-dire un débat fondé sur des faits. Des intellectuels et des scientifiques parmi les plus galonnés tombent, volontairement ou non, dans ce piège.


Tout dégât environnemental suffisamment important et irréversible pour rendre nécessaire des formes de contrôle et de régulation de l'activité économique est incompatible avec le dogme libéral. Si le laissez-faire ne peut aboutir qu'à dégrader durablement le cadre global dans lequel les civilisations humaines se sont épanouies depuis la fin du dernier âge glaciaire, alors c'est tout le rêve libéral qu'il faut revoir.


Bien sûr, le soupçon savamment entretenu dans les opinions n'aura pas été la seule cause de l'inaction, mais il aura joué un rôle crucial. Et lorsque, dans le futur, les sociétés réaliseront le péril qu'il y a eu, au début du XXIe siècle, à se détourner de la science, il sera trop tard pour demander des comptes aux « marchands de doute ».


Comment l'économie est devenue une religion[modifier]

Aussi nous baptiserons le culte du Marché de son nom naturel. À partir de la racine grecque agora- (le marché, la foule, la place), nous formons le terme agorathéisme.


Le monde de la finance est posé sur ce trépied : secret, complexité et hasard.


Parfois, le pape François est plus explicite encore. Il faut, écrit-il, « éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l'accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus ».


[...] lorsque, au cours d'une année donnée, la croissance du PIB a été plus forte que la tendance de long terme, la mortalité augmente. [...] En moyenne, pour une croissance supérieure de 5 % à la tendance de fond, la mortalité augmente de 1 %. [...] l'un des facteurs majeurs expliquant cette surprenante anticorrélation est l'augmentation de la pollution de l'air [...]


Au total, le chiffrage auquel sont parvenus les sénateurs français est phénoménal : la pollution atmosphérique à elle seule coûterait quelque 100 milliards d'euros par an à l'économie française.


En conclusion, deux constats se font jour. D'une part, la croissance, dans les pays riches, peut momentanément s’accompagner d'une augmentation de la mortalité. D'autre part, la dégradation des ressources environnementales ou du lien social peut être provoquée par la croissance et conduire, en retour, à l’augmentation de celle-ci. S'appuyer quasi exclusivement sur la croissance du PIB pour mesurer le succès d'une politique, comme c'est le cas dans la plus grande part des pays du Nord, est ainsi démontrablement absurde.


Dans l'ensemble de son œuvre, Smith n'utilise l'expression « main invisible » qu'à trois reprises. [...] Trois utilisations, trois sens différents. Jean Dellemotte note que, « dans l'esprit de Smith, la « main invisible » n'explique rien et traduit au contraire le défaut de philosophie, le manque d'explication ».


La caractéristique première du fait religieux est qu'il oblitère l'esprit critique.


Ainsi, les modèles économiques ne peuvent être confrontés à la réalité du monde puisque leurs fondements même sont en contradiction avec elle.


[...] non seulement le Marché n'aplanit ni n'équilibre rien, mais c'est l'intensité de son fonctionnement même qui est en train de rompre les équilibres naturels fondés sur le climat et la biodiversité, et desquels dépend notamment la productivité du secteur primaire, donc la stabilité des sociétés.


L'agorathéisme n'offre nul salut, nulle perspective d'au-delà. C'est une religion sans révélation qui a pour valeur cardinales la liberté d'agir et d'entreprendre, pour idéal l'équilibre, pour moyen la technique, pour conséquence la croissance économique et pour credo l'infinitude du monde physique – condition sine qua non à la satisfaction de l'appétit des Marchés pour les siècles des siècles. L'agorathéisme a ses temples boursiers, dont les indices donnent à voir l'humeur des dieux, il a ses rites de consommation et leur calendrier liturgique, il a son clergé, la finance, qui décide du partage de la richesse entre les hommes et les Marchés.


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