Aller au contenu

Primo Levi

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Pour les articles homonymes, voir Levi. 

Primo Levi dans les années 1950.
Primo Levi assis à son bureau en train de lire (vers 1960).
Primo Levi en 1983, quatre ans avant sa mort.

Primo Levi est un écrivain italien survivant du camp d'extermination d'Auschwitz.

Citations

[modifier]

Si c'est un homme (Se questo è un uomo), 1947

[modifier]


A cette époque, on ne m'avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l'homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu'il s'est prescrit, et tant pis pour lui s'il se trompe...
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 1 - Le voyage, p. 12


Rares sont les hommes capables d'aller dignement à la mort, et ce ne sont pas toujours ceux auxquels on s'attendrait.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 1 - Le voyage, p. 20


Le camion s'est arrêté et nous avons vu apparaître une grande porte surmontée d'une inscription vivement éclairée (aujourd'hui encore, son souvenir me poursuit en rêve) : ARBEIT MARCHT FREI, le travail rend libre.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 26


Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 34


Ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n'est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même. [.] On comprendra alors le double sens du terme « camp d'extermination » et ce que nous entendons par l'expression « toucher le fond ».
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 35


Vous n'êtes plus chez vous ; ce n'est pas un sanatorium, ici ; d'ici, on n'en sort que par la cheminée.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 38


Poussé par la soif, j'avise un beau glaçon sur l'appui extérieur d'une fenêtre. J'ouvre et je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. « Warum ? », dis-je dans mon allemand hésitant. « Hier ist kein warum » (Ici, il n'y a pas de pourquoi) me répond-il en me repoussant rudement à l'intérieur.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 38


J'ai donc touché le fond. On apprend vite en cas de besoin à effacer d'un coup d'éponge passé et futur.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 2 - Le fond, p. 50


mais il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre avec acharnement parce que c'est la dernière : refuser notre consentement. [.] Un devoir [.], non certes parce que c'est écrit dans un règlement, mais par dignité et par propriété.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 3 - Initiation, p. 57


Les jours se ressemblent tous et il n'est pas facile de les compter.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 4 - K. B., p. 59


[.] des hommes et des hommes, des esclaves et des maîtres, et les maîtres eux-mêmes esclaves ; la peur gouverne les uns, la haine les autres ; tout autre sentiment a disparu. Chacun est à chacun un ennemi ou un rival.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 4 - K. B., p. 59


La faculté qu'a l'homme de se creuser un trou, de sécréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de près. Il s'agit d'un précieux travail d'adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif...
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 5 - Nos nuits, p. 84


La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l'homme, elle tient à sa nature humaine. Les hommes libres donnent à ce but bien des noms différents, et s'interrogent inlassablement sur sa définition...
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 7 - Une bonne journée, p. 107


Car la nature humaine est ainsi faite, que les peines et les souffrances éprouvées simultanément ne s'additionnent pas totalement dans notre sensibilité, mais se dissimulent les unes derrière les autres par ordre de grandeur décroissante selon les lois bien connues de la perspective. Mécanisme providentiel qui rend possible la vie au camp...
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 7 - Une bonne journée, p. 111


On a parfois l'impression qu'il émane de l'histoire et de la vie une loi féroce que l'on pourrait énoncer ainsi : « Il sera donné à celui qui possède, il sera pris à celui qui n'a rien.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1987  (ISBN 9-782266-02250-7), chap. 9 - Les élus et les damnés, p. 136


Savez-vous comment on dit « jamais » dans le langage du camp ? « Morgen früh », demain matin.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1990  (ISBN 2-266-02250-4), chap. 14. Kraus, p. 143


Aujourd'hui je pense que le seul fait qu'un Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot de Providence : mais il est certain qu'alors le souvenir des secours bibliques intervenus dans les pires moments d'adversité passa comme un souffle dans tous les esprits.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1990  (ISBN 2-266-02250-4), chap. 17. Histoire de dix jours, p. 169


Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l'expérience de qui a vécu des jours où l'homme a été un objet aux yeux de l'homme.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1990  (ISBN 2-266-02250-4), chap. 17. Histoire de dix jours, p. 185


Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter, […]
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1990  (ISBN 2-266-02250-4), partie Appendice, p. 212


Puisqu'il est difficile de distinguer les vrais prophètes des faux, méfions-nous de tous les prophètes ; il vaut mieux renoncer aux vérités révélées, même si elles nous transportent par leur simplicité et par leur éclat, même si nous les trouvons commodes parce qu'on les a gratis.
  • Si c'est un homme (1947), Primo Levi (trad. Martine Schruoffeneger), éd. Julliard, coll. « Pocket », 1990  (ISBN 2-266-02250-4), partie Appendice, p. 212


Maintenant ou jamais (Se non ora, quando ?), 1982

[modifier]


Si ce n’est moi qui me prends en charge, qui le fera pour moi ?
Si ce n’est ainsi qu’il faut faire, quoi faire ?
Et si ce n’est maintenant, quand alors ?

  • Refrain d’un chant attribué dans le roman à Martin Fontasch, chanteur-auteur-compositeur fictif dont le dernier souhait, avant d’être exécuté, est d’écrire une chanson. Primo Levi explique, en note p. 378, que le titre italien (Se non ora, quando ?) et ce refrain sont inspirés d’une citation de Hillel Hazaken tirée des Maximes des Pères (Pirkei Avot).
  • Maintenant ou jamais, Primo Levi, éd. C. Bourgois, coll. « 10/18 », 1989  (ISBN 2-264-03486-6), p. 176-177


Le système périodique (Il sistema periodico), 1975

[modifier]


C’était cela, la chair de l’ours, et maintenant que bien des années ont passé, je regrette d’en avoir mangé trop peu, car, de tout ce que la vie m’a donné de bon, rien n’a eu, même de loin, la saveur de cette chair, celle qu’on éprouve à se sentir fort et libre, libre même de se tromper, et maître de son propre destin.
  • Le système périodique (1975), Primo Levi (trad. André Maugé), éd. Le Livre de Poche, coll. « Biblio », 1995  (ISBN 978-2-253-93229-1), chap. Fer, p. 57


Je regardais les bourgeons se gonfler au printemps, le mica scintiller dans le granit, je regardais mes propres mains et me disais à moi-même : « Je comprendrai aussi cela, je comprendrai tout, mais non comme eux le veulent. Je trouverai un raccourci, je me fabriquerai un passe-partout, je forcerai les portes. » C’était irritant, écœurant, d’écouter des discours sur le problème de l’être et du connaître quand, tout autour de nous, il y avait un mystère qui ne demandait qu’à être dévoilé : le bois vétuste des bancs, le globe du soleil au-delà des vitres et des toits, le vol fou des aigrettes dans l’air de juin. Eh bien ! tous les philosophes et toutes les armées du monde auraient-ils été capables de construire un moucheron ? Non, ni même de le comprendre : c’était une honte et une abomination, il fallait trouver une autre voie.
  • Le système périodique (1975), Primo Levi (trad. André Maugé), éd. Le Livre de Poche, coll. « Biblio », 1995  (ISBN 978-2-253-93229-1), chap. Hydrogène, p. 30


Citations sur Primo Levi

[modifier]

Italo Calvino

[modifier]
Voir le recueil de citations : Italo Calvino
La même disposition mentale anime chez Primo Levi la tournure d'esprit scientifique, la mesure de l'écrivain et du moraliste. Un chapitre, « Ex-Chimiste » (III)[n 1], est consacré au passage de sa première profession à celle d'écrivain et énumère les leçons valables pour l'une et l'autre. « À force de pénétrer la matière, de chercher à en connaître la composition et la structure, d'en prévoir les propriétés et les réactions, le chimiste finit par acquérir un insight, une tournure d'esprit concrète et concise, le désir constant de ne pas s'arrêter à la surface des choses. La chimie est l'art de séparer, de peser et de distinguer, trois exercices également utiles à qui se propose de décrire des faits réels ou imaginaires. »
  • La Repubblica, 6 mars 1985.
  • « Primo Levi, Le métier des autres », dans Défis aux labyrinthes, Italo Calvino (trad. Jean-Paul Manganaro), éd. Seuil, 2003  (ISBN 2-02-061914-8), t. II, chap. Les classiques, p. 431


Jean Clair, La barbarie ordinaire. Music à Dachau, 2001

[modifier]
Voir le recueil de citations : Jean Clair

Ce sont des passages de La Divine Comédie que Primo Levi, à Auschwitz, se remémore. Et à mesure que les mots reprennent corps, l’horreur semble céder.

  • La barbarie ordinaire. Music à Dachau, Jean Clair, éd. Gallimard, coll. « nrf », 2001  (ISBN 978-2-07-076094-7), p. 106


Tzvetan Todorov

[modifier]
Voir le recueil de citations : Tzvetan Todorov
A côté de ces imprécateurs à la voix tonnante, qui puisent dans les exploits, malheurs ou crimes de leur peuple la certitude d'avoir raison, Primo Levi apparaît comme une incarnation de l'humilité : il ne vocifère pas, mais parle à mi-voix (« Je n'aime pas hausser le ton », dit-il de lui-même dans une interview) ; il pèse le pour et le contre, rappelle les exceptions, cherche les raisons de ses propres réactions. Il ne propose pas aux faits du passé des explications fracassantes ni n'adopte les intonations du prophète branché en direct sur le sacré ; face à l'extrême, il sait rester humain, simplement humain. Et quand il parle du mal, source de l'offense, ce n'est pas pour le désigner avec un doigt accusateur chez les autres, mais pour se scruter plus attentivement, plus impitoyablement – soi-même.
  • « Dix ans sans Primo Levi[n 2] », Tzvetan Todorov, Esprit, nº 240, 1998, p. 134 (lire en ligne)
  • Mémoire du mal, tentation du bien : enquête sur le siècle, Tzvetan Todorov, éd. Robert Laffont, 2000  (ISBN 2-221-09079-9), chap. Le siècle de Primo Levi, p. 198 (lire en ligne)


La leçon que tire Levi de sa méditation est désespérante, et pourtant son lecteur sort renforcé de la lecture de ses livres. Par quel miracle ? La lumière jaillit de la manière même dont Levi conduit sa méditation : sans hurlements ni proclamations tonitruantes, en choisissant scrupuleusement ses mots pour toujours rester à la fois clair et précis, en n'acceptant que les arguments rationnels, en mettant la recherche de la vérité et de la justice au-dessus du confort intellectuel. Le rayon de lumière ne vient pas du monde que décrit et analyse Levi, mais de Levi lui-même : que des hommes comme lui aient habité cette terre, qu'ils aient su résister à la contamination par le mal, voici ce qui devient à son tour une source d'encouragement pour les autres. Primo Levi, ou le combattant désespéré : les deux termes de cette appellation ont une importance égale. C’est parce qu’il n’a pas voulu s’en tenir aux conclusions amères qui s’imposaient à lui qu’il nous est aujourd'hui particulièrement précieux.
  • « Dix ans sans Primo Levi », Tzvetan Todorov, Esprit, nº 240, 1998, p. 139 (lire en ligne)
  • Mémoire du mal, tentation du bien : enquête sur le siècle, Tzvetan Todorov, éd. Robert Laffont, 2000  (ISBN 2-221-09079-9), chap. Le siècle de Primo Levi, p. 203 (lire en ligne)


Notes et références

[modifier]
  1. Dans (it) L'altrui mestiere. Trad fr. Le métiers des autres, 1992 (ISBN 2-07-032690-X) .
  2. (en) « Ten Years Without Primo Levi », Salmagundi, no116/117, 1997 [texte intégral] .

Liens externes

[modifier]

Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :