Mémoires d'Hadrien

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Couverture de la première édition du roman en 1951.

Mémoires d'Hadrien est un roman historique de l'écrivain français Marguerite Yourcenar, publié en 1951. Ces pseudo-mémoires de l'empereur romain Hadrien ont immédiatement rencontré un extraordinaire succès international et assuré à son auteur une grande célébrité.

Citations[modifier]

Mon cher Marc, Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L'examen devait se faire à jeun : nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée.
  • Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1951, p. 1


L'homme qui ne dort pas, et je n'ai depuis quelques mois que trop d'occasion de le constater sur moi-même, se refuse plus ou moins consciemment à faire confiance au flot des choses. Frère de la Mort... Isocrate se trompait, et sa phrase n'est qu'un amplification de rhéteur. Je commence à connaître la mort ; elle a d'autres secrets, plus étrangers encore à notre présente condition d'homme. Et pourtant, si enchevêtrés, si profonds sont ces mystères d'absence et de partiel oubli, que nous sentons bien confluer quelque part la source blanche et la source sombre.
  • Mémoires d'Hadrien suivi de carnet de notes de Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1976, chap. Animula Vagula Blandula, p. 48


Le culte de Mithra, moins répandu alors qu'il ne l'est devenu depuis nos expéditions chez les Parthes, me conquit un moment par les exigences de son ascétisme ardu, qui retendait durement l'arc de la volonté, par l'obsession de la mort, du fer et du sang, qui élevait au rang d'explication du monde l'âpreté banale de nos vies de soldats.
  • Mémoires d'Hadrien suivi de carnet de notes de Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1976, chap. Animula Vagula Blandula, p. 57


Chacun de nous croyait échapper aux limites de sa condition d'homme, se sentait à la fois lui-même et l'adversaire, assimilé au dieu dont on ne sait plus très bien s'il meurt sous forme bestiale ou s'il tue sous forme humaine. Ces rêves bizarres, qui aujourd'hui parfois m"épouvantent, ne différaient d'ailleurs pas tellement des théories d'Héraclite sur l'identité de l'arc et du but. Ils m'aidaient alors à tolérer la vie. La victoire et la défaite étaient mêlées, confondues, rayons différents d'un même jour solaire.
  • Mémoires d'Hadrien suivi de carnet de notes de Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1976, chap. Animula Vagula Blandula, p. 58


Je souris amèrement à me dire qu'aujourd'hui, sur deux pensées, j'en consacre une à ma propre fin, comme s'il fallait tant de façons pour décider ce corps usé à l'inévitable. À cette époque, au contraire, un jeune homme qui aurait beaucoup perdu à ne pas vivre quelques années de plus risquait chaque jour allègrement son avenir.
  • Mémoires d'Hadrien suivi de carnet de notes de Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1976, chap. Animula Vagula Blandula, p. 59


Je voulais que l'immense majesté de la paix romaine s'étendît à tous, insensible et présente comme la musique du ciel en marche ; que le plus humble voyageur pût errer d'un pays, d'un continent à l'autre, sans formalités vexatoires, sans dangers, sûr partout d'un minimum de légalité et de culture ; que nos soldats continuassent leur éternelle danse pyrrhique aux frontières ; que tout fonctionnât sans accroc, les ateliers et les temples ; que la mer fût sillonnée de beaux navires et les routes parcourues par de fréquents attelages ; que, dans un monde bien en ordre, les philosophes eussent leur place et les danseurs aussi. Cet idéal, modeste en somme, serait assez souvent approché si les hommes mettaient à son service une part de l'énergie qu'ils dépensent en travaux stupides ou féroces ; une chance heureuse m'a permis de le réaliser partiellement durant ce dernier quart de siècle.
  • Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1976, p. 197


Manger un fruit, c'est faire entrer en soi un bel objet vivant, étranger, nourri et favorisé comme nous par la terre ; c'est consommer un sacrifice où nous nous préférons aux choses.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 291


J'ai rêvé parfois d'élaborer un système de connaissance humaine basé sur l'érotique, une théorie du contact, où le mystère et la dignité d'autrui consisteraient précisément à offrir au Moi ce point d'appui d'un autre monde.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 296


La lettre écrite m'a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m'ont appris à apprécier les gestes.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 302


Mais l'esprit humain répugne à s'accepter des mains du hasard, à n'être que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne préside, surtout pas lui-même. Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard, se passe à rechercher les raisons d'être, les points de départ, les sources.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 306


Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 310


[...] presque tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec. [...] tout ce que chacun de nous peut tenter pour nuire à ses semblables ou pour les servir a, au moins une fois, été fait par un Grec.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 312


[...], c'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1974  (ISBN 978-2-0703-6921-8), chap. Varius multiplex multiformis, p. 97


Comme beaucoup de femmes peu sensibles à l'amour, elle en comprenait mal le pouvoir ; cette ignorance excluait à la fois l'indulgence et la jalousie.
  • Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1974  (ISBN 978-2-0703-6921-8), chap. Sœuculum aureum, p. 186


Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l'espèce et non au sexe ; dans ses meilleurs moments il échappe même à l'humain.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 334


César avait raison de préférer la première place dans un village à la seconde à Rome. Non par ambition, ou par vaine gloire, mais parce que l'homme placé en second n'a le choix qu'entre les dangers de l'obéissance, ceux de la révolte, et ceux, plus graves, du compromis.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 348


Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 375


Le désordre s'intégrait à l'ordre ; le changement faisait partie d'un plan que l'astronome était capable d'appréhender d'avance ; l'esprit humain révélait ici sa participation à l'univers par l'établissement d'exacts théorèmes comme à Éleusis par des cris rituels et des danses.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 401-402


Et qui dit mort dit aussi le monde mystérieux auquel il se peut qu'on accède par elle. Après tant de réflexions et d'expériences parfois condamnables, j'ignore encore ce qui se passe derrière cette tenture noire. Mais la nuit syrienne représente ma part consciente d'immortalité.
  • « Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1982  (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 403


Si ce monde larvaire et spectral, où le plat et l'absurde foisonnent plus abondamment encore que sur terre, nous offre une idée des conditions de l'âme séparée du corps, je passerai sans doute mon éternité à regretter le contrôle exquis des sens et les perspectives réajustées de la raison humaine.
  • Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1974  (ISBN 978-2-0703-6921-8), chap. Patientia, p. 312


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