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Eschyle

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Buste d'Eschyle.

Eschyle, né à Éleusis (Attique) vers 526 av. J.-C., mort à Géla (Sicile) en 456 av. J.-C., est le plus ancien des trois grands poètes tragiques grecs de l'époque classique, avant Sophocle et Euripide.

Les Perses

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Atossa

Mais comment, dis-moi, le combat s’est-il engagé ? Sont-ce les Grecs qui ont commencé l’attaque ? est-ce mon fils, trop pleinde confiance dans la multitude de ses navires ?


« Allez, ô fils de la Grèce, délivrez la patrie, délivrez vos enfants, vos femmes, et les temples des dieux de vos pères, et les tombeaux de vos aïeux. Un seul combat va décider de tous vos biens. »


Amis, l’expérience du malheur nous l’apprend[79] : quand l’homme est assailli par la vague de l’infortune,tout lui devient un objet de crainte ; mais si le sort le favorise, il croit que le vent de la prospérité soufflera toujours.


L’OMBRE DE DARIUS

Oui, un dieu puissant, hélas! qui l’a frappé de vertige.


L’OMBRE DE DARIUS

mais, quand un homme court à sa perte, les dieux l’aident à s’y précipiter. La source des maux, ô mes amis, vient de s’ouvrir sur vous: vous le devez à la jeunesse, à l’imprévoyante audace de mon fils. Essayer d’enchaîner comme une esclave la mer sacrée de Hellé ! d’arrêter le courant du Bosphore, que fait couler la volonté d’un dieu ! changer l’usage des flots, en les captivant par des entraves forgées au marteau, et ouvrir à une immense armée un chemin immense ! mortel enfin, croire qu’il l’emporterait sur tous les dieux, sur Neptune ! quelle folie, quel délire aveuglait mon fils !


L’OMBRE DE DARIUS

son fils, acheva l’oeuvre de l’empire, car toujours la sagesse fut le pilote de ses desseins


L’OMBRE DE DARIUS

Si vous ne portez jamais la guerre dans le pays des Grecs, votre armée fût-elle encore plus nombreuse que l’armée de Xerxès ; car la terre elle-même combat pour eux.


L’OMBRE DE DARIUS

Elle tue, par la famine, des ennemis dont le nombre serait irrésistible


L’OMBRE DE DARIUS

Là,les Perses sont réservés aux dernières infortunes, digne prix de leur insolence et de leurs sacrilèges desseins. Ils n’ont pas craint, dans cette Grèce envahie, de dépouiller les images des dieux, d’incendier les temples. Les autels sont détruits ; les statues ont été arrachées de leurs socles et brisées en morceaux


L’OMBRE DE DARIUS

« Mortels, il ne faut pas que vos pensées s’élèvent au-dessus de la condition mortelle. Laissez germer l’insolence, ce qui pousse, c’est l’épi du crime; on moissonne une moisson de douleurs. »


L’OMBRE DE DARIUS

Que nul, désormais, ne méprise sa fortune présente, et n’aille, par sa convoitise même,ruiner sa propre opulence. Jupiter, l’inflexible vengeur, ne laisse jamais impunis les desseins d’un orgueil effréné. Vous donc, qui possédez la

sagesse, vous dont les avis peuvent rappeler mon fils à la raison, inspirez à Xerxès le respect des dieux ; qu’il cesse de les braver par sa présomptueuse audace.


L’OMBRE DE DARIUS

C’est à toi, par tes discours, d’adoucir sa peine


L’OMBRE DE DARIUS

Adieu, vieillards, adieu ; quelques maux qui vous accablent, livrez chaque jour votre âme à la joie : la richesse ne sert de rien aux morts


LE CHOEUR

Hélas ! hélas ! hélas !


XERXÈS

Baigne tes yeux de larmes.


Les Sept contre Thèbes

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Aeschyli Tragoediae septem, 1552
Sept preux capitaines ont, sur un bouclier noir, égorgé un taureau, et, leurs mains dans le sang, par Arès, Ényô, et la Déroute altérée de carnage, fait serment, ou d'abattre et saccager la ville de Cadmos, ou, par leur mort, d'engraisser ce sol de leur sang.
  • (grc)

    ἄνδρες γὰρ ἑπτά, θούριοι λοχαγέται,
    ταυροσφαγοῦντες ἐς μελάνδετον σάκος
    καὶ θιγγάνοντες χερσὶ ταυρείου φόνου,
    Ἄρη τ’, Ἐνυώ, καὶ φιλαίματον Φόβον
    ὡρκωμότησαν ἢ πόλει κατασκαφὰς
    θέντες λαπάξειν ἄστυ Καδμείων βίᾳ,
    ἢ γῆν θανόντες τήνδε φυράσειν φόνῳ

  • Le serment des sept chefs argiens contre Thèbes, décrit à Étéocle par un Messager.
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 158, vers 42-48


Quand les hommes sont pleins de fol orgueil, leur langage est contre eux le plus véridique des accusateurs.
  • (grc)

    τῶν τοι ματαίων ἀνδράσιν φρονημάτων
    ἡ γλῶσσ’ ἀληθὴς γίγνεται κατήγορος.

  • Étéocle réagissant aux propos impies de Capanée, l'un des sept chefs assaillant Thèbes, que lui rapporte le Messager.
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 171-172, vers 439-440


Prométhée enchaîné

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Frappe plus fort, serre, ne laisse pas de jeu : même à l'inextricable il est capable de trouver une issue.
  • (grc)

     ἄρασσε μᾶλλον, σφίγγε, μηδαμῇ χάλα·
     δεινὸς γὰρ εὑρεῖν κἀξ ἀμηχάνων πόρον.

  • Le dieu Pouvoir (Kratos) conseille Héphaïstos pendant que ce dernier enchaîne Prométhée au mont Caucase.
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 209, vers 58-59


Prométhée. Là tu trouveras l'armée des Amazones rebelles à l'homme, qui iront un jour fonder Thémiskyre, sur le Thermodon, aux bords où Salmydesse ouvre sur la mer sa rude mâchoire, hôtesse cruelle aux marins, marâtre des vaisseaux. Celles-là te guideront, et de grand cœur.
  • (grc)

     ἔνθ᾽, Ἀμαζόνων στρατὸν
    ἥξεις στυγάνορ᾽, αἳ Θεμίσκυράν ποτε
    κατοικιοῦσιν ἀμφὶ Θερμώδονθ᾽, ἵνα
    τραχεῖα πόντου Σαλμυδησσία γνάθος
    ἐχθρόξενος ναύταισι, μητρυιὰ νεῶν:
    αὗταί σ᾽ ὁδηγήσουσι καὶ μάλ᾽ ἀσμένως.

  • Prométhée indique à Io, changée en vache, le chemin qu'elle suivra dans sa fuite, poursuivie par le taon. Elle passera près du Caucase, puis vers le sud au pays des Amazones, avant d'atteindre le détroit qui, après son passage, prendra le nom de Bosphore. Salmydesse est une ville portuaire de Thrace, très éloignée du Thermodon.
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, Prométhée enchaîné, p. 232-233, vers 723-728


L'Orestie

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Agamemnon

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Agamemnon marche sur le tapis préparé par Clytemnestre. L'Orestie, version filmée par MacMillan Films, 2014.
Zeus ! ... quel que soit son vrai nom, si celui-ci lui agrée, c'est celui dont je l'appelle.
  • (grc)

    Ζεύς, ὅστις ποτ’ ἐστίν, εἰ τόδ’ αὐ-
    τῷ φίλον κεκλημένῳ,
    τοῦτό νιν προσεννέπω.

  • Invocation à Zeus pendant la parodos (entrée du Chœur sur scène)
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 264, vers 159-161


C'est un réseau sans issue, un vrai filet à poissons que je tends autour de lui, une robe au faste perfide.
  • (grc)

    ἄπειρον ἀμφίβληστρον, ὥσπερ ἰχθύων,
    περιστιχίζω, πλοῦτον εἵματος κακόν

  • Clytemnestre raconte le piège qu'elle a tendu à son époux Agamemnon pour le tuer.
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 308, vers 1282-1283


Les Choéphores

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Pylade. Mieux vaut avoir tous les hommes pour ennemis plutôt que les Dieux.
  • Oreste s'apprête à tuer sa mère, son ami Pylade l'encourage en lui rappelant par cette phrase que ce sont les Dieux eux-même qui le poussent à l'acte.
  • (grc) Théâtre complet, Eschyle (trad. Leconte de Lisle), éd. A. Lemerre, 1872, p. 262


Les Euménides

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Mise en scène de L'Orestie au Théâtre dramatique de Ljubljana (Slovénie) en 1968. Au premier plan, l'actrice Štefka Drolc dans le rôle de Clytemnestre.
Athéna. Écoutez maintenant ce qu'ici j'établis, citoyens d'Athènes, appelés les premiers à connaître du sang versé. Jusque dans l'avenir le peuple d'Égée conservera, toujours renouvelé, ce Conseil de juges. Sur ce mont d'Arès, où les Amazones jadis s'établirent et plantèrent leurs tentes, aux jours où elles firent, en haine de Thésée, campagne contre Athènes — en face de sa citadelle alors elles dressèrent les remparts élevés d'une autre citadelle ; elles y sacrifiaient à Arès, et le rocher, le mont en ont gardé le nom d'Arès — sur ce mont, dis-je, désormais le Respect et la Crainte, sa sœur, jour et nuit également, retiendront les citoyens loin du crime, à moins qu'ils n'aillent eux-mêmes bouleverser leurs lois : qui trouble une source claire d'afflux impurs et de fange n'y trouvera plus à boire. Ni anarchie ni despotisme, c'est la règle qu'à ma ville je conseille d'observer avec respect. Que toute crainte surtout ne soit pas chassée par elle hors de ses murailles ; s'il n'a rien à redouter, quel mortel fait ce qu'il doit ? Si vous révérez, vous, comme vous devez, ce pouvoir auguste, vous aurez en lui un rempart tutélaire de votre pays et de votre ville tel qu'aucun peuple n'en possède ni en Scythie ni sur le sol de Pélops. Incorruptible, vénérable, inflexible, tel est le Conseil qu'ici j'institue, pour garder, toujours en éveil, la cité endormie. Voilà les avis que j'ai voulu en termes exprès donner à mes citoyens pour les jours à venir. Maintenant vous devez vous lever, porter votre suffrage et trancher le litige en respectant le serment. J'ai dit.
  • (grc)
  • La déesse Athéna instaure le tribunal de l'Aréopage à Athènes afin de trancher le conflit entre Apollon et les Erinyes au sujet de la culpabilité ou de l'innocence d'Oreste (la mère d'Oreste, Clytemnestre, ayant tué son époux Agamemnon, Oreste a tué Clytemnestre, commettant ainsi un matricide pour venger son père).
  • (grc) Tragédies complètes, Eschyle (trad. Paul Mazon), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 406-407, vers 681-710


À propos d'Eschyle

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Aristote

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Eschyle le premier porta de un à deux le nombre des acteurs, diminua l'importance du chœur et donna le premier rôle au dialogue ; Sophocle porta le nombre des acteurs à trois et fit peindre la scène. De plus la tragédie prit de l'étendue, abandonnant les fables courtes et le langage plaisant qu'elle devait à son origine satyrique, et elle acquit sur le tard de la majesté.
  • Poétique (IVe siècle avant J.-C.), Aristote (trad. J. Hardy), éd. Gallimard, coll. « Tel », 1996 (Les Belles Lettres 1990)  (ISBN 2-07-074368-3), 1449a, p. 84


Nicolas Boileau, XVIIe siècle

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Eschyle dans le chœur jeta les personnages.
D’un masque plus honnête habilla les visages,
Sur les ais d’un théâtre en public exhaussé
Fit paroître l’acteur d’un brodequin chaussé.


Liens externes

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