Adam Smith

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Adam Smith.

Adam Smith (5 juin 1723 - 17 juillet 1790) est un philosophe et économiste écossais des Lumières. Il est considéré comme le père de la science économique moderne.

Théorie des sentiments moraux (1759)[modifier]

Quand nous visitons les palais des grands, nous ne pouvons nous empêcher de concevoir la satisfaction qui serait la nôtre si nous en étions nous-mêmes propriétaires et si nous disposions d’une demeure si habilement et si ingénieusement conçue.

  • Théorie des sentiments moraux. (1759), Adam Smith, éd. PUF, 1999, p. 252


Lectures on Justice, Police, Revenue and Arms (1763)[modifier]

Quand les gens sont ainsi menacés à chaque instant de se faire voler tout ce qu’ils possèdent, ils n’ont plus aucune raison d’être industrieux.

  • Lectures on Justice, Police, Revenue and Arms. (1763), Adam Smith, éd. Adamant Media Corporation, 1976, p. 223


Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776)[modifier]

Livre I[modifier]

Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles. Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage, dont la division du travail a fait un métier particulier, ni accoutumé à se servir des instruments qui y sont en usage, dont l’invention est probablement due encore à la division du travail, cet ouvrier, quelque adroit qu’il fût, pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée, et certainement il n’en ferait pas une vingtaine. Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite, non-seulement l’ouvrage entier forme un métier particulier, mais même cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers. Un ouvrier tire le fil à la bobine, un autre le dresse, un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête. Cette tête est elle-même l’objet de deux ou trois opérations séparées : la frapper est une besogne particulière ; blanchir les épingles en est une autre ; c’est même un métier distinct et séparé que de piquer les papiers et d’y bouter les épingles ; enfin, l’important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes, quoique dans d’autres le même ouvrier en remplisse deux ou trois. J’ai vu une petite manufacture de ce genre qui n’employait que dix ouvriers, et où, par conséquent, quelques-uns d’eux étaient chargés de deux ou trois opérations. Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre et, par cette raison, mal outillée, cependant, quand ils se mettaient en train, ils ve­naient à bout de faire entre eux environ douze livres d’épingles par jour ; or, chaque livre contient au delà de quatre mille épingles de taille moyenne. Ainsi, ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée ; donc, chaque ouvrier, faisant une dixième partie de ce produit, peut être considéré comme donnant dans sa journée quatre mille huit cents épingles. Mais s’ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles, peut-être pas une seule, dans sa journée, c’est-à-dire pas, à coup sûr, la deux-cent-quarantième partie, et pas peut-être la quatre-mille-huit-centième partie de ce qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une combinaison convenables de leurs différentes opérations

  • (en) To take an example, therefore, from a very trifling manufacture; but one in which the division of labour has been very often taken notice of, the trade of the pin-maker; a workman not educated to this business (which the division of labour has rendered a distinct trade), nor acquainted with the use of the machinery employed in it (to the invention of which the same division of labour has probably given occasion), could scarce, perhaps, with his utmost industry, make one pin in a day, and certainly could not make twenty. But in the way in which this business is now carried on, not only the whole work is a peculiar trade, but it is divided into a number of branches, of which the greater part are likewise peculiar trades. One man draws out the wire, another straights it, a third cuts it, a fourth points it, a fifth grinds it at the top for receiving, the head; to make the head requires two or three distinct operations; to put it on is a peculiar business, to whiten the pins is another; it is even a trade by itself to put them into the paper; and the important business of making a pin is, in this manner, divided into about eighteen distinct operations, which, in some manufactories, are all performed by distinct hands, though in others the same man will sometimes perform two or three of them. I have seen a small manufactory of this kind where ten men only were employed, and where some of them consequently performed two or three distinct operations. But though they were very poor, and therefore but indifferently accommodated with the necessary machinery, they could, when they exerted themselves, make among them about twelve pounds of pins in a day. There are in a pound upwards of four thousand pins of a middling size. Those ten persons, therefore, could make among them upwards of forty-eight thousand pins in a day. Each person, therefore, making a tenth part of forty-eight thousand pins, might be considered as making four thousand eight hundred pins in a day. But if they had all wrought separately and independently, and without any of them having been educated to this peculiar business, they certainly could not each of them have made twenty, perhaps not one pin in a day; that is, certainly, not the two hundred and fortieth, perhaps not the four thousand eight hundredth part of what they are at present capable of performing, in consequence of a proper division and combination of their different operations.
  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, t. 1, chap. 1, livre 1, p. 7-8 (texte intégral sur Wikisource)


Cette amélioration survenue dans la condition des dernières classes du peuple doit-elle être regardée comme un avantage ou comme un inconvénient pour la socié­té ? Au premier coup d’œil, la réponse parait extrêmement simple. Les domesti­ques, les ouvriers et artisans de toute sorte composent la plus grande partie de toute société politique. Or, peut-on jamais regarder comme un désavantage pour le tout ce qui améliore le sort de la plus grande partie ? Assurément, on ne doit pas regarder comme heu­reuse et prospère une société dont les membres les plus nombreux sont réduits à la pau­vreté et à la misère. La seule équité, d’ailleurs, exige que ceux qui nourrissent, ha­billent et logent tout le corps de la nation, aient, dans le produit de leur propre travail, une part suffisante pour être eux-mêmes passablement nourris, vêtus et logés.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, chap. 8, livre 1, p. 108 (texte intégral sur Wikisource)


Il est rare que des gens du même métier se trouvent réunis, fût-ce pour quelque partie de plaisir ou pour se distraire, sans que la conversation finisse par quelque conspiration contre le public, ou par quelque machination pour faire hausser les prix[38]. Il est impossible, à la vérité, d’empêcher ces réunions par une loi qui puisse s’exé­cuter, ou qui soit compatible avec la liberté et la justice ; mais si la loi ne peut pas empêcher des gens du même métier de s’assembler quelquefois, au moins ne devrait-elle rien faire pour faciliter ces assemblées, et bien moins encore pour les rendre nécessaires.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, chap. 10, livre 1, p. 169-170 (texte intégral sur Wikisource)


Ceux qui emploient l’ouvrier constituent la troisième classe, celle des gens qui vivent de profits. C’est le capital qu’on emploie en vue d’en retirer du profit, qui met en mouvement la plus grande partie du travail utile d’une société. Les opérations les plus importantes du travail sont réglées et dirigées d’après les plans et les spéculations de ceux qui emploient les capitaux ; et le but qu’ils se proposent dans tous ces plans et ces spéculations, c’est le profit. Or, le taux des profits ne hausse point, comme la rente et les salaires, avec la prospérité de la société, et ne tombe pas, comme eux, avec sa décadence. Au contraire, ce taux est naturellement bas dans les pays riches, et élevé dans les pays pauvres ; jamais il n’est aussi élevé que dans ceux qui se précipitent le plus rapidement vers leur ruine.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, chap. 11, livre 1, p. 322-323 (texte intégral sur Wikisource)


Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce, qui vient de la part de cette classe de gens [la troisième classe], doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, chap. 11, livre 1, p. 324 (texte intégral sur Wikisource)


Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme.

  • (en) It is not from the benevolence of the butcher, the brewer, or the baker, that we expect our dinner, but from regard to their own interest. We address ourselves, not to their humanity but to their self-love.
  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, t. 1, chap. 2, livre 1, p. 19 (texte intégral sur Wikisource)


Livre II[modifier]

Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l’établir nous-mê­mes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque avan­tage.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, t. 2, chap. 2, livre 2, p. 36 (texte intégral sur Wikisource)


Livre III[modifier]

Tout pour nous et rien pour les autres, voilà la vile maxime qui paraît avoir été, dans tous les âges, celle des maîtres de l’espèce humaine.

  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, chap. 2, livre 3, p. 509 (texte intégral sur Wikisource)


Livre IV[modifier]

Par conséquent, puisque chaque individu tâche, le plus qu’il peut, 1° d’employer son capital à faire valoir l’industrie nationale, et 2° de diriger cette industrie de manière à lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. À la vérité, son intention, en général, n’est pas en cela de servir l’intérêt public, et il ne sait même pas jusqu’à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler. je n'ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bon­nes choses.

  • (en) By preferring the support of domestic to that of foreign industry, he intends only his own security; and by directing that industry in such a manner as its produce may be of the greatest value, he intends only his own gain, and he is in this, as in many other cases, led by an invisible hand to promote an end which was no part of his intention. Nor is it always the worse for the society that it was no part of it. By pursuing his own interest he frequently promotes that of the society more effectually than when he really intends to promote it. I have never known much good done by those who affected to trade for the public good. It is an affectation, indeed, not very common among merchants, and very few words need be employed in dissuading them from it.
  • Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (trad. Germain Garnier), éd. Otto Zeller, 1966, t. 2, chap. 2, livre 4, p. 35 (texte intégral sur Wikisource)
  • (en) An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (1776), Adam Smith, éd. Penguin Classics, 1986  (ISBN 0140436154), vol. Books IV-V, chap. 2, book IV, p. 32 (texte intégral sur Wikisource)


Citations rapportées sur Adam Smith[modifier]

Adam Smith postule qu'à l'instar de l'univers cosmique structuré par un jeu de forces reposant sur le principe de l'attraction, l'univers humain est organisé par un jeu de forces reposant sur le principe de l'intérêt personnel.


Je m'enrichis quand j'embauche un ouvrier ; je m'appauvris quand j'embauche un domestique.


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