Simone Weil

Citations « Simone Weil » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
Aller à : navigation, rechercher
Simone Weil, 1922

Simone Weil, née à Paris le 3 février 1909 et morte à Ashford le 24 août 1943, est une philosophe française.

Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, 1934[modifier]

Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n'a aucun contenu.

  • Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934), Simone Weil, éd. Gallimard, coll. Folio essais, 1955, p. 39


La bonne volonté éclairée des hommes agissant en tant qu'individus est l'unique principe possible du progrès social.

  • Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934), Simone Weil, éd. Gallimard, coll. Folio essais, 1955, p. 46


La Pesanteur et la Grâce, 1947[modifier]

Le temps est une image de l'éternité, mais c'est aussi un ersatz de l'éternité.


Un critérium du réel, c'est que c'est dur et rugueux. On y trouve des joies, non de l'agrément. Ce qui est agréable est rêverie.


C'est un grand danger que celui d'aimer Dieu comme un joueur aime le jeu.


L'amour est un signe de notre misère. Dieu ne peut aimer que soi. Nous ne pouvons aimer qu'autre chose.


Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie: s'aimer soi-même comme un étranger.


Parmi les êtres humains, on ne reconnaît pleinement l'existence que de ceux qu'on aime.


Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime.


Je ne dois pas aimer ma souffrance parce qu'elle est utile, mais parce qu'elle est.


Le malheur contraint à reconnaître comme réel ce qu'on ne croit pas possible.


« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.


Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence.


Essayer de remédier aux fautes par l'attention et non par la volonté.


L'attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l'amour.


Considérer toujours les hommes au pouvoir comme des choses dangereuses.


Il faut éliminer le malheur autant qu'on le peut de la vie sociale, car le malheur ne sert qu'à la grâce et la société n'est pas une société d'élus. Il y aura toujours assez de malheur pour les élus.


L'Enracinement, 1949[modifier]

Un homme qui serait seul dans l'univers n'aurait aucun droit, mais seulement des obligations.

  • L'Enracinement, Simone Weil, éd. Gallimard, 1949, p. 9


Des obligations identiques lient tous les êtres humains, bien qu'elles correspondent à des actes différents selon les situations. Aucun être humain, quel qu'il soit, en aucune circonstance, ne peut s'y soustraire sans crime ; excepté dans les cas où, deux obligations réelles étant en fait incompatibles, un homme est contraint d'abandonner l'une d'elles. L'imperfection d'un ordre social se mesure à la quantité de situations de ce genre qu'il enferme. Mais même en ce cas il y a crime si l'obligation abandonnée n'est pas seulement abandonnée en fait, mais est de plus niée.

  • L'Enracinement, Simone Weil, éd. Gallimard, 1949, p. 10


Si nous gardons sans cesse présente à l'esprit la pensée d'un ordre humain véritable, si nous y pensons comme à un objet auquel on doit le sacrifice total quand l'occasion se présente, nous serons dans la situation d'un homme qui marche dans la nuit sans guide, mais en pensant sans cesse à la direction qu'il veut suivre. Pour un tel voyageur, il y a une grande espérance.

  • L'Enracinement, Simone Weil, éd. Gallimard, 1949, p. 16


Aider la France à trouver au fond de son malheur une inspiration conforme à son génie et aux besoins actuels des hommes en détresse. Répandre cette inspiration, une fois retrouvée ou du moins entrevue, à travers le monde.

  • L'Enracinement, Simone Weil, éd. Gallimard, 1949, p. 170


L'unique source de salut et de grandeur pour la France, c'est de reprendre contact avec son génie au fond de son malheur.

  • L'Enracinement, Simone Weil, éd. Gallimard, 1949, p. 184


Si l'on admire l' Empire romain, pourquoi en vouloir à l'Allemagne qui essaie de le reconstituer, sur un territoire plus vaste, avec des méthodes presque identiques ?

  • L'enracinement: prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain (1949), Simone Weil, éd. Gallimard, 1960, écrit en 1943, p. 127


La Condition ouvrière, 1951[modifier]

Jamais en aucun cas je ne consentirai à juger convenable pour un de mes semblables, quel qu'il soit, ce que je juge moralement intolérable pour moi-même.

  • La Condition ouvrière, Simone Weil, éd. Gallimard, coll. NRF, 1951, p. 208


Mon dialogue avec Simone Weil, 1984[modifier]

L'Église commet un abus de pouvoir quand elle prétend contraindre l'amour et l'intelligence à prendre son langage pour norme. Cet abus de pouvoir ne procède pas de Dieu. Il vient de la tendance naturelle de toute collectivité, sans exception, aux abus de pouvoir.

  • Mon dialogue avec Simone Weil, Joseph-Marie Perrin, Simone Weil, éd. Nouvelle Cité, coll. Rencontres, 1995 (ISBN 2853130924), p. 172


Écrits historiques et politiques[modifier]

Peut-on dire que nous avons apporté la culture aux Arabes, eux qui ont conservé pour nous les traditions grecques pendant le moyen âge ?

  • « Lettre à Jean Giraudoux » (1940), dans Écrits historiques et politiques, Simone Weil, éd. Gallimard, 1960, p. 362


La civilisation européenne est une combinaison de l'esprit d'Orient avec son contraire, combinaison dans laquelle l'esprit d'Orient doit entrer dans une proportion assez considérable. Cette proportion est loin d'être réalisée aujourd'hui. Nous avons besoin d'une injection d'esprit oriental.

  • « À propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français » (1943), dans Écrits historiques et politiques, Simone Weil, éd. Gallimard, 1960, p. 372-373


L'hitlérisme consiste dans l'application par l'Allemagne au continent européen, et plus généralement aux pays de race blanche, des méthodes de la conquête et de la domination coloniales.

  • « À propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français » (1943), dans Oeuvres, Simone Weil, éd. Gallimard, 1999, p. 431


Je n'oublierai jamais le moment ou, pour la première fois, j'ai senti et compris la tragédie de la colonisation. [...] Depuis ce jour, j'ai honte de mon pays. Depuis ce jour, je ne peux pas rencontrer un Indochinois, un Algérien, un Marocain, sans avoir envie de lui demander pardon. Pardon pour toutes les douleurs, toutes les humiliations qu'on lui a fait souffrir, qu'on a fait souffrir à leur peuple. Car leur oppresseur, c'est l'Etat français, il le fait au nom de tous les Français, donc aussi, pour une petite part, en mon nom. C'est pourquoi, en présence de ceux que l'Etat français opprime, je ne peux pas ne pas rougir, je ne peux pas ne pas sentir que j'ai des fautes à racheter.

  • « Qui est coupable des menées antifrançaises » (1938), dans Écrits historiques et politiques, Simone Weil, éd. Gallimard, 1960, p. 341


Il n'y a pas de "France éternelle", tout au moins en ce qui concerne la paix et la liberté. Napoléon n'a pas inspiré au monde moins de terreur et d'horreur qu'Hitler, ni moins justement. Quiconque parcourt, par exemple, le Tyrol, y trouve à chaque pas des inscriptions rappelant les cruautés commises alors par les soldats français contre un peuple pauvre, laborieux et heureux pour autant qu'il est libre. Oublie-t-on ce que la France a fait subir à la Hollande, à la Suisse, à l'Espagne ? On prétend que Napoléon a propagé, les armes à la main, les idées de liberté et d'égalité de la Révolution française ; mais ce qu'il a principalement propagé, c'est l'idée de l'État centralisé, l'État comme source unique d'autorité et objet exclusif de dévouement ; l'État ainsi conçu, inventé pour ainsi dire par Richelieu, conduit à un point plus haut de perfection par Louis XIV, à un point plus haut encore par la Révolution, puis par Napoléon, a trouvé aujourd'hui sa forme suprême en Allemagne. Il nous fait à présent horreur, et cette horreur est juste ; n'oublions pas pourtant qu'il est venu de chez nous.

  • « Réflexion sur les origines de l'hitlérisme » (1940), dans Écrits historiques et politiques, Simone Weil, éd. Gallimard, 1960, p. 13-14


L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme.

  • Pensées sans ordre concernant l'amour de Dieu, Simone Weil, éd. Gallimard, 1962, Lettre de Simone Weil à Déodat Roché, p. 64


Autres projets:


Autres projets: