Orgueil
L'orgueil est l'opinion très avantageuse, le plus souvent exagérée, qu'une personne a de sa valeur personnelle aux dépens de la considération due à autrui. C'est l'un des sept péchés capitaux définis par le catholicisme.
[modifier] Littérature
[modifier] Manifeste
[modifier] René Crevel, Note en marge du jeu de la vérité, 1934
Lénine, plus et mieux que jamais, nous apparaît incontestable, lorsqu’il déclare :
« Si l’homme était privé de sa faculté de rêver, s’il ne pouvait parfois courir en avant et contempler par l’imagination l’œuvre complète qui commence à se former sous ses mains, comment pourrait-il entreprendre et mener à leur fin lointaine la vastitude épuisante de ses travaux ? Rêvons, mais à la condition de croire sérieusement en notre rêve, d’examiner attentivement la vie réelle, de confronter nos observations avec notre rêve, de réaliser scrupuleusement notre fantaisie. Il faut rêver. Et cette sorte de rêve est malheureusement trop rare dans notre mouvement par le fait de ceux-là mêmes qui s’enorgueillissent le plus de leur bon sens et de leur exacte approximation des choses concrètes. »
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« Note en marge du jeu de la vérité », René Crevel, Documents 34, nº 20, Avril 1934, p. 23
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Chasteté paradoxale
À ce moment, les portes s’ouvrirent toutes grandes, et un chœur de jeunes femmes, roses à l’égal des Grâces, entra en un bourdonnement d’essaim. L’atmosphère était saturée d’odeurs. Mais je ne vis que Myriam, soleil noir parmi les étoiles. Jamais je n’avais compris, senti, aimé, avec cette profondeur et cette intensité le prestige orgueilleux des brunes.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 105
[modifier] Poésie
[modifier] Victor Hugo, Les Contemplations, 1856
[…] dans nos regards vains
Brillent nos plans chétifs que nous croyons divins,
Nos vœux, nos passions que notre orgueil encense,
Et notre petitesse, ivre de sa puissance;
Et, bouffis d'ignorance ou gonflés de venin,
Notre prunelle éclate et dit : Je suis ce nain!
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Les Contemplations, Victor Hugo, éd. Hachette, 1858, t. 1, p. 275-276
[modifier] Henri de Régnier, Les jeux rustiques et divins, 1897
Les regrets
Au crépuscule mauve au delà de la haie
Où l’épine à la fleur survit avec la baie,
La Colère a passé, ce soir, sur le chemin,
Hautaine avec la torche et le glaive à la main,
Et l’Orgueil la suivait pas à pas et la Haine
Et l’Amour qui fit signe à mon âme incertaine ;
Il a tourné la tête et j’aurais pu le suivre...
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« Les Regrets », dans Les jeux rustiques et divins, Henri de Régnier, éd. Mercure de France, 1897, p. 99
[modifier] Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922
L'orgueil de Rrose Sélavy sait s'évader du cercle qui peut se clore comme un cercueil.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
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« Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 21
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Qu’elle est douce, aux cœurs amers, la solitude, qu’il est doux, le spectacle de l’abandon, aux âmes orgueilleuses. Je me réjouis de la lente promenade du héros dans la ville déserte où la statue de Jack l’éventreur indique seule qu’une population de haute culture morale vivait jadis.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 46
Dès qu’il eut passé la dernière porte de l’asile, les personnages multiples du génie vinrent à lui.
« Entrez, entrez, mon fils, dans ce lieu réservé aux âmes mortifiées et que le tendre spectacle de la retraite prépare votre orgueil à la gloire prochaine que lui réserve le seigneur dans son paradis de satin et de sucre. »
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 50
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Travaux du poète
Elle rôde, s'insinue, s'approche, s'éloigne, revient sur la pointe des pieds et, si je tends la main, disparaît — une Parole. Je n'aperçois que sa crête orgueilleuse : Cri. Christ, cristal, crime, Crimée, critique, Christine, critère ?
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — X, p. 56
Papillon d'obsidienne
Prends mon collier de larmes. Je t'attends de ce côté du temps où la lumière inaugure un règne heureux : le pacte des jumeaux ennemis, l'eau qui fuit entre les doigts et la glace, pétrifiée comme une reine dans son orgueil. Là tu fendras mon corps en deux pour épeler les lettres de ton destin.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Papillon d'obsidienne, p. 93
[modifier] Roman
[modifier] Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, 1761
La véritable pénitence de l'homme lui est imposée par la nature : s'il endure patiemment tout ce qu'il est contraint d'endurer, il a fait à cet égard tout ce que Dieu lui demande ; et si quelqu'un montre assez d'orgueil pour vouloir faire davantage, c'est un fou qu'il faut enfermer, ou un fourbe qu'il faut punir.
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Julie ou La nouvelle Héloïse (1761), Jean-Jacques Rousseau, éd. Garnier-Flammarion, coll. GF Flammarion, 1967 (ISBN 2-08-070148-7), partie III, Lettre XXI à Milord Edouard, p. 284
[modifier] Philippe Djian, Lent dehors, 1991
Elle se coupait de la réalité, s'évaporait quand un soupçon d'humilité était le prix à payer.
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Lent dehors (1991), Philippe Djian, éd. Folio, 1993, p. 324
[modifier] Théâtre
[modifier] Saint-Evremond, Oeuvres mêlées, 1643-1692
Godeau :
Colletet, je me loue, il le faut avouer,
Mais c'est fort justement que je me puis louer.
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« Les Académiciens » (1650), dans Oeuvres mêlées de Saint Evremond, Saint-Evremond, éd. Les Grands Classiques Illustrés, ~1935?, acte I, scène II, p. 177
M. le chancelier :
C'est à tort, grands auteurs, que la Grèce se vante.
La Rome des Latins n'est plus la triomphante ;
L'Italie aujourd'hui tombe dans le mépris,
Et les Muses n'ont plus de séjour qu'à paris.
Godeau :
Qui croirait, monseigneur, que ces enchanteresses,
Que les neuf belles Soeurs, nos divines maîtresses,
Vinssent ici flatter nos esprits et nos sens
Si vous n'aviez aimé leurs charmes innocents ?
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« Les Académiciens » (1650), dans Oeuvres mêlées de Saint Evremond, Saint-Evremond, éd. Les Grands Classiques Illustrés, ~1935?, acte III, scène I, p. 193
[modifier] Philippe Néricault Destouches, Le Glorieux, 1732
L Comte
Il n'est donc plus permis de sentir ce qu'on vaut ?
Savoir tenir son rang passe ici pour défaut ?
Et ces petits bourgeois traiteront d'arrogance
Les sentiments qu'inspire une haute naissance ?
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Le Glorieux (1732), Philippe Néricault Destouches, éd. Duchesne, 1763, acte 3, scène VI, p. 91
Lycandre
O détestable orgueil ! Non il n'est point de vice
Plus funeste aux mortels, plus digne de supplice.
Voulant tout asservir à ses injustes droits,
De l'humanité même il étouffe la voix.
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Le Glorieux (1732), Philippe Néricault Destouches, éd. Duchesne, 1763, acte 4, scène III, p. 109
[modifier] Philosophie
[modifier] Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves, 1942
L'eau est l'élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie, et, dans les drames de la vie et de la littérature, elle est l'élément de la mort sans orgueil ni vengeance, du suicide masochiste.
-
L'eau et les rêves — Essai sur l'imagination de la matière, Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1993 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie V, chap. III Le complexe de Caron, le complexe d'Ophélie, p. 98
Si la provocation est une notion indispensable pour comprendre le rôle actif de notre connaissance du monde, c'est qu'on ne fait pas de la psychologie avec de la défaite. On ne connaît pas tout de suite le monde dans une connaissance placide, passive, quiète. Toutes les rêveries constructives — et il n'est rien de plus essentiellement constructeur que la rêverie de puissance — s'animent dans l'espérance d'une adversité surmontée, dans la vision d'un adversaire vaincu. On ne trouvera le sens vital, nerveux, réel des notions objectives qu'en faisant l'histoire psychologique d'une victoire orgueilleuse remportée sur un élément adverse. C'est l'orgueil qui donne à l'unité dynamique à l'être, c'est lui qui crée et allonge la fibre nerveuse. C'est l'orgueil qui donne à l'élan vital ses trajets rectilignes, c'est-à-dire son succès absolu. C'est le sentiment de la victoire certaine qui donne au réflexe sa flèche, la joie souveraine, la joie mâle de perforer la réalité.
-
L'eau et les rêves — Essai sur l'imagination de la matière, Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1993 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie I, chap. VIII L'eau violente, p. 181
[modifier] Théologie
[modifier] Antoine-Claude Pasquin Valery, Curiosités et anecdotes italiennes, 1842
Salomon, dans ses Proverbes, fait dire à Dieu : « Je hais l'arrogance et l'orgueil ». Il ne faut pas s'étonner qu'il les haïsse ; car, remarque Boëce, tous les autres vices fuient devant Dieu, l'orgueil seul résiste à sa volonté et marche contre lui.
- de Jacques Passavanti, cité par :
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Curiosités et anecdotes italiennes, Antoine-Claude Pasquin Valery, éd. Amyot, 1842, p. 46
[modifier] Propos de moralistes
[modifier] François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales, 1665
Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent le moyen d'être occupés de leur passion sans l'être de la personne qu'ils aiment.
-
Maximes et Réflexions, suivies des œuvres mêlées de Saint Evremond, François de La Rochefoucauld, éd. Les Grands Classiques Illustrés, ~1935?, p. 92
L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l'augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts.
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Maximes et Réflexions, suivies des œuvres mêlées de Saint Evremond, François de La Rochefoucauld, éd. Les Grands Classiques Illustrés, ~1935?, p. 102
Il semble que la nature qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l'orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections.
-
Réflexions ou sentences et maximes morales, La Rochefoucauld, éd. Charles Barbin, 1675, p. 14 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] Pierre Marc Gaston de Lévis, Maximes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique, 1812
Vous croyez que vous êtes modeste....Je ne vous savais pas si orgueilleux.
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Maximes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique, Gaston, duc de Lévis, éd. Renouard, 1812, vol. 1, p. 68
Si vous restiez debout, l'orgueil ne saurait vous écraser.
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Maximes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique, Gaston, duc de Lévis, éd. Renouard, 1812, vol. 1, p. 68
[modifier] Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, 1728
La honte est un orgueil secret, et l’orgueil est une erreur sur ce que l’on vaut, et une injustice sur ce que l’on veut paraître aux autres.
-
Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 187
[modifier] Joseph Joubert, Pensées
Les orgueilleux me semblent avoir, comme les nains, la taille d’un enfant et la contenance d’un homme.
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Pensées (~1780-1824), Joseph Joubert, éd. Librairie Vve Le Normant, 1850, t. 1, p. 197 (texte intégral sur Wikisource)
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