George Sand

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George Sand par Nadar

George Sand, de son vrai nom Amantine Aurore Lucile Dupin, plus tard baronne Dudevant, est une écrivaine française née à Paris le 1er juillet 1804 et morte à Nohant le 8 juin 1876.

Sommaire

[modifier] Citations propres à l'auteur

[modifier] La Mare au diable, 1846

L'année prochaine, ce sillon sera comblé et couvert par un sillon nouveau. Ainsi s'imprime et disparaît la trace de la plupart des hommes dans le champ de l'humanité. Un peu de terre l'efface, et les sillons que nous avons creusés se succèdent les uns aux autres comme les tombes dans le cimetière. Le sillon du laboureur ne vaut-il pas celui de l'oisif, qui a pourtant un nom, un nom qui restera, si, par une singularité ou une absurdité quelconque, il fait un peu de bruit dans le monde?...


[modifier] Le Roman de Venise, 1904

On me dit de me méfier de toi, on t'en a dit autant de moi sans doute ; eh bien ! envoyons-les tous faire... et ne croyons que nous deux.
Si tu me réponds vite en me disant pour toute littérature : Viens ! je partirai, eussé-je le choléra ou un amant.
A toi toujours.

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand à Marie Dorval — Paris, 18 juillet 1833, p. 48


Si comme toi, je n'avais pas envie d'écrire, je voudrais du moins lire beaucoup. Je regrette même que mes affaires d'argent me forcent de faire toujours sortir quelque chose de mon cerveau sans me donner le temps d'y faire rien entrer. J'aspire à avoir une année tout entière de solitude et de liberté complète, afin de m'entasser dans la tête tous les chefs-d'oeuvres étrangers que je connais peu ou point. Je m'en promets un grand plaisir et j'envie ceux qui peuvent s'en donner à discrétion.

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand à Hippolyte Chatiron — Venise, 6 mars 1834, p. 165


Est-ce que ta haute destinée te faisait peur ? Est-ce que l'esprit de Dieu était passé devant toi sous des traits trop sévères ? L'ange de la poésie, qui rayonne à sa droite, s'était penché sur ton berceau pour te baiser au front ; mais tu fus effrayé sans doute de voir si près de toi le géant aux ailes de feu. Tes yeux ne purent soutenir l'éclat de sa face, et tu t'enfuis pour lui échapper. A peine assez fort pour marcher, tu voulus courir à travers les dangers de la vie, embrassant avec ardeur toutes ses réalités et leur demandant asile et protection contre les terreurs de ta vision sublime et terrible. Comme Jacob, tu luttas contre elle, et comme lui tu fus vaincu. Au milieu des fougueux plaisirs où tu cherchais vainement ton refuge, l'esprit mystérieux vint te réclamer et te saisir. Il fallait que tu fusses poète, tu l'as été en dépit de toi-même.

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand — Venise, 1er mai 1834, p. 244


Tu jetteras mes cendres au vent, elles feront pousser des fleurs qui te réjouiront.

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand — Venise, 1er mai 1834, p. 395


Quelle fièvre avez-vous fait passer dans la moelle de mes os, esprits de la vengeance céleste ? quel mal avais-je fait aux anges du ciel pour qu'ils descendissent sur moi et pour qu'ils missent en moi pour châtiment, un amour de lionne ?

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand — Venise, 1er mai 1834, p. 396


La vie est courte, le mal et le bien y sont inutiles à quiconque ne veut plus que le repos. Traitez-moi comme un mort. Ne laissez pas insulter ma tombe, mais n'y mettez pas d'épitaphe, je suis bien comme cela.

  • Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand à François Buloz — Nohant, 5 janvier 1836, p. 471


[modifier] Correspondance autre

Écoutez ; ma vie, c'est la vôtre ; car vous qui me lisez, vous n'êtes point lancés dans le fracas des intérêts de ce monde, autrement vous me repousseriez avec ennui. Vous êtes des rêveurs comme moi. Dès lors tout ce qui m'arrête en mon chemin vous a arrêtés aussi. Vous avez cherché, comme moi, à vous rendre raison de votre existence, et vous avez posé quelques conclusions. Comparez les miennes aux vôtres. Pesez et prononcez. La vérité ne sort que de l'examen.

  • Œuvres autobiographiques, George Sand, éd. La Pléiade, Gallimard, 1970, t. I, p. 27-28


La vie est une longue blessure qui s’endort rarement et ne se guérit jamais

  • George Sand à Bocage, 23 février 1845.
  • Correspondance, George Sand, éd. Classiques Garnier, 1964, t. VI, p. 807


30 mai : Va pour le quai Saint-Michel, j'en adore la position. Je m'arrangerai pour que la chambre du fond soit inconnue, barricadée, impénétrable pour les étrangers. Je serai censée n'avoir que deux pièces. La troisième sera la chambre noire, la chambre mystérieuse, la cachette du revenant, la loge du monstre, la cage de l'animal savant, la niche du trésor, la caverne du vampire, que sais-je ?... Terminez sans me consulter davantage...

  • George Sand à Emile Regnault, 30 mai 1831.
  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004 (ISBN 2-253-10923-1), chap. III. George Sand, II. De Jules Sandeau à Georges Sand, p. 173


Il y a cohue à ma porte, toute la racaille littéraire me persécute, et toute la racaille musicale est aux trousses de Chopin. Pour le coup, lui, je le fais passer pour mort.

  • George Sand à Carlotta Marliani, 15 mars 1839


[modifier] Propos rapportés de George Sand et commentaires à ce même sujet

Elle a éprouvé et exprimé un amour sincère du peuple, bien avant que le suffrage universel imposât cette attitude. « Je ne suis pas, disait-elle, de ces âmes patientes qui accueillent l'injustice avec un visage serein. »


Ce que le monde appelle scandale, disait-elle, n'est pas ce que le Christ eût appelé scandale.

  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004 (ISBN 2-253-10923-1), chap. I. Aurore Dupin, V. L'héritière de Nohant, p. 78


« Je concentre mon existence aux objets de mes affections. Je m'en entoure comme d'un bataillon sacré qui fait peur aux idées noires et décourageantes... » Pour comprendre Aurore Dudevant en 1830, et son besoin d'aventures sentimentales et spirituelles, il faut se représenter ce qu'étais alors, en France, l'effervescence intellectuelle. La Passion régnait. Comme autrefois la Raison, la Folie était déifiée. Les nouveaux poètes, les nouvelles doctrines philosophiques et sociales enivraient les jeunes. On se disait hugolâtre, saint-simonien, fouriériste avec délire.

  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004 (ISBN 2-253-10923-1), chap. II. Madame Dudevant, IV. Le petit Jules, p. 149


Elle ne savait pas que le génie est toujours solitaire et qu'il n'existe pas de hiérarchie morale unaniment acceptée par les meilleurs. Elle avait pris pour des poètes tous les gens qui faisaient des vers. Deux ans de dure expérience lui avaient montré que les grands hommes ne sont pas des géants, « que le monde est pavé de brutes et que l'on ne peut faire un pas sans en faire crier une. »


« Je regarde comme un péché mortel non seulement le mensonge des sens dans l'amour, mais encore l'illusion que les sens cherchaient à se faire dans les amours incomplètes. Je dis, je crois qu'il faut aimer avec tout son être, ou vivre dans une complète chasteté. »
La faute, le péché à ses yeux, ce n'est pas de changer d'amant, pour aller à celui qu'on aime ; c'est de se donner à celui que l'on n'aime pas, fût-il votre mari.

  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004 (ISBN 2-253-10923-1), chap. VI. La révolte des anges, I. Politique personnelle de George Sand, p. 465


La mode est, en 1866, de railler ce « mal du siècle » dont elle souffrit jadis avec tous ses amis romantiques. Elle relève ce vieux drapeau troué : « Peut-être notre maladie vallait-elle mieux que la rédaction qui l'a suivie ; que cette soif d'argent, de plaisirs sans idéal et d'ambitions sans frein, qui ne me paraît pas caractériser bien noblement la santé du siècle. »

  • Lélia ou la vie de George Sand (1952), André Maurois, éd. Le Livre de Poche, 2004 (ISBN 2-253-10923-1), chap. VIII. Maturité, VI. Souffrances et mort de Manceau, p. 603


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