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Véronique Tadjo

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Véronique Tadjo.

Véronique Tadjo est une romancière, poétesse, peintre et illustratrice franco-ivoirienne, née le à Paris.

Citations

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A Vol d'oiseau, 1986

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Si tu veux aimer
Fais-le
Jusqu'au bout du monde
Sans faux détours
À vol d'oiseau.


Il faut entendre la voix de ceux qui se taisent avec des mots qui sortent de terre. Point de langage aseptisé, mais le tempo de la vie au galop, remodelant les images dépassées, les syntaxes usées, la pensée capitonnée.


Il ne me reste que l'écriture. Ces mots sur du papier blanc. Ce sont eux qui me disent à l'oreille les souvenirs. Qui chuchotent à mon âme les paroles momifiées.


J'ai construit ses silences en montagnes dorées, bâti ses paroles en arcs de triomphe. Et voilà que du fond de moi-même monte une grande nostalgie. Des mots simples, j'ai voulu faire un drame. Des gestes anonymes, j'ai inventé la suite.


Je réarrange le puzzle, déplace les moments, récupère les souvenirs. Tu vis ta vie, je vis la mienne. Il y a mille histoires, mille saisons du cœur.


Le Royaume aveugle, 1990

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 Le poète prend la parole :
"Un pays sans espoir est un pays qui s'effondre.
Quand des générations entières ne s'en sortent pas et que la vie meurt chaque jour un peu plus, d'une mort sans sépulture, sans repos, sans lendemain,
Quand des colonnes d'hommes et de femmes se retrouvent devant des portes closes,
Quand le matin n'existe pas,
Quand le soleil ternit,
Alors, ils déterrent tous la hache de guerre et invoquent les esprits du tonnerre.
[…]"

  • Le Royaume aveugle, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 1990  (ISBN 2-7384-08893), chap. 15. L’espoir est mort, p. 62


La mémoire est notre bien le plus précieux. Avec elle nous vaincrons le temps qui nous dresse des pièges. Il faut que tu te souviennes de tout ce que je t'ai dit et de beaucoup d'autres choses encore, pour que puissent se rebâtir la cité en ruine et les villages mourants. Garde précieusement le savoir de cette terre et donne-lui des formes nouvelles.
  • Le Royaume aveugle, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 1990  (ISBN 2-7384-08893), chap. 25. La tirade de la vieille, p. 100


Champ de bataille et d'amour, 1999

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Quand elle parlait de ce qu'elle avait vécu, eh bien, elle utilisait des mots de tous les jours. De temps en temps, elle penchait la tête de côté et lissait sa robe avec application. Ses silences n'étaient pas comme ceux que j'avais déjà connus. Non, c'étaient des silences habités par le vertige. Des silences peuplés de corps défigurés, de cadavres en putréfaction.
  • Champ de bataille et d'amour, Véronique Tadjo, éd. Les Nouvelles Éditions Ivoiriennes/Présence Africaine, 1999  (ISBN 2-7087-0685-3), chap. Sept, p. 69-70 (lire en ligne)


Je croyais pouvoir l'écouter comme on écoute la vérité des autres, la réalité lointaine des souffrances étrangères. Mais sa voix a percé mon âme, laissé des trous dans mon cœur.
  • Champ de bataille et d'amour, Véronique Tadjo, éd. Les Nouvelles Éditions Ivoiriennes/Présence Africaine, 1999  (ISBN 2-7087-0685-3), chap. Sept, p. 70 (lire en ligne)


L'Ombre d'Imana, 2000

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Je ne voulais pas que le Rwanda reste un cauchemar éternel, une peur primaire. Je partais avec une hypothèse : ce qui s'était passé nous concernait tous. Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le cœur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l’obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le premier voyage, p. 11


La vérité se trouve dans le regard des hommes. Les paroles ont si peu de valeur. Il faut aller sous la peau des gens. Voir ce qu'il y a à l'intérieur. Le Mal change de tactique et de champ de bataille. Il surgit là où nous avons baissé la garde.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le premier voyage, Kigali, p. 19


Le génocide est le Mal absolu. Sa réalité dépasse la fiction. Comment écrire sans parler du génocide ? L'émotion peut aider à faire comprendre ce qu'a été le génocide. Le silence est pire que tout. Détruire l'indifférence. Comprendre le sens réel du génocide, l'accumulation de la violence au fil des années. L'oralité de l'Afrique est-elle un handicap pour la mémoire collective ? Il faut écrire pour que l'information soit permanente. L'écrivain pousse les gens à lui prêter l'oreille, à exorciser les souvenirs enfouis. Il peut mettre du baume sur la déchirure, parler de tout ce qui apporte un peu d'espoir[1].
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le premier voyage, L’écrivain, p. 36


Oui, je suis allée au Rwanda mais le Rwanda est aussi chez moi. Les réfugiés sont répartis dans le monde entier, portant en eux le sang et la colère des morts abandonnés. Et j'ai peur quand j'entends parler chez moi d'appartenance, de non-appartenance. Diviser. Façonner des étrangers. Inventer l'idée du rejet. Comment l'identité ethnique s'apprend-elle ? D'où surgit cette peur de l'Autre qui entraîne la violence ?
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le premier voyage, Le premier retour, p. 47-48


Le Rwanda est en moi, en toi, en nous. Le Rwanda est sous notre peau, dans notre sang, dans nos tripes. Au fond de notre sommeil, dans notre esprit en éveil. Il est le désespoir et l'envie de revivre. La mort qui hante notre vie. La vie qui surmonte la mort.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le premier voyage, Le premier retour, p. 48


Se souvenir. Témoigner. C'est ce qui nous reste pour combattre le passé et restaurer notre humanité.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le deuxième voyage, Aucune personne seule n’a tué une autre personne, p. 95


Enfants du génocide, ils sont la blessure qui pourrait faire mourir encore une fois le pays car leur souffrance est amère et leur avenir ne va pas plus loin que le bout de la rue. Ils grandiront la rage au ventre et qu'importe l'appartenance, la vie n'est pas chère, la vie ne vaut pas grand-chose. Mourir n'est pas une grosse affaire puisque ça se fait au bord de la route, dans la poussière ou la boue. Ceux qui viendront armer leurs bras et les enrôler dans une armée de va-nu-pieds sauront trouver les mots pour combler le vide de leurs journées vagabondes. Ils sont les plaies ouvertes de la mémoire, le mal qui suppure.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le deuxième voyage, Commune de Kicukiru. Secteur de Kagarama, p. 98


Si j'avais quelque chose à dire aux enfants à propos de la guerre, je leur ferais comprendre qu'elle vient de la haine et d'une trop grande ambition. C'est bien d'être ambitieux, mais il faut être réaliste. Il ne faut pas trop vouloir. Il faut se contenter de ce que l’on peut avoir honnêtement. Surtout, il ne faut pas croire les politiciens. Ils ne disent pas la vérité. Ils ne pensent qu'à leurs intérêts.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le deuxième voyage, Joséphine, p. 120-121


Regardez la vie reprendre. Ecoutez les voix des morts qui s'apaisent et s'endorment dans le vent. Ils nous chuchotent que la saison de tous les tourments doit cesser et qu'ils sont prêts à se retirer pour laisser la place aux vivants. L'obscurité a caché le soleil et l'ombre a noyé la terre. Nous sortirons de cette longue et terrifiante éclipse.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le deuxième voyage, Sœur Agathe, p. 131


Je ne suis pas guérie du Rwanda. On n'exorcise pas le Rwanda. Le danger est toujours là, tapi dans les mémoires, tapi dans la brousse aux frontières du pays. […] La violence des hommes a fait la mort cruelle, hideuse. Monstre à tout jamais dans la mémoire du temps. Comprendre. Disséquer les mécanismes de la haine. Les paroles qui divisent. Les actes qui scellent les trahisons. Les gestes qui enclenchent la terreur. Comprendre. Notre humanité en danger.
  • L'Ombre d'Imana : voyages jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2005  (ISBN 2-7427-5477-6), chap. Le deuxième voyage, Le deuxième retour, p. 133


À mi-chemin, 2000

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 Plusieurs extraits prépubliés dans « Poèmes », Présence Africaine, no154, 1996 [texte intégral] ; d’autres republiés dans « Poèmes », Po&sie, no157-158, 2016 [texte intégral] .

On ne part pas sans perdre du sang. Tu reviens, le cœur plein de bonnes intentions. Mais tes yeux parcourent la ville et tu tombes de haut. Il faut tout reprendre à zéro. […] Le retour, ah oui, le retour ! Pour apprendre que la mort était là avant toi et que les oiseaux sont partis avec les dernières pluies.
  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 17


Tu ne connais
aucun chemin par cœur
Les détours te font peur
La ville a changé
plus vite que toi
Elle t’a filé
entre les doigts

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 20


Comment veux-tu parler
de l’arbre et de ses fruits
quand les racines se meurent
sous la terre malade ?

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 26


Et
c’est
comme si la vie
n’avait plus de panache
comme si j’avais vu
derrière le décor
comme si les racines de l’arbre
se mettaient à pourrir
comme si le soleil
était plaqué d’or

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 37


Il faut apprendre
à se séparer
connaître les mécanismes
qui aident à s’éloigner
sans briser les liens
sans casser les sentiments
Il faut apprendre
à se quitter
sans se perdre

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 42


Laisse-moi poser ma tête
sur le fleuve endormi
Ta force entraîne la mienne
Tes silences me répondent
Donne-moi la main
tu sais si bien
qui je suis

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 45


Dans cette ville
qui hurle
ses inégalités
Dans cette ville
désabusée
où tout se perd
l’amitié / l’amour
le silence / le souvenir

  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Premier Chemin, p. 71


Il dormait en silence. […] C’était ce qu’elle admirait et redoutait en lui : ce voyage silencieux dans un univers où il était intouchable. Alors qu’il aurait dû devenir vulnérable, puisqu’elle se tenait près de lui à l’observer.
  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Second Chemin, p. 83


Dans un aéroport, un petit garçon est tué à coups de mitraillette. Dans un aéroport, des corps criblés de balles attendent les ambulances. Des valises éventrées, une odeur de poudre, de sang et de peur pèse sur le silence. Commando terroriste. Attentat reconnu. La mort au hasard.
  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Second Chemin, p. 93


Il n’y a qu’une histoire d’amour que nous habillons et déshabillons avec nos mots et nos espoirs, une seule vraie saison du cœur où l’univers peut éclore, un seul moment de grâce pour renaître et reconstruire le monde envers et contre tout.
  • À mi-chemin, Véronique Tadjo, éd. L’Harmattan, 2000  (ISBN 2-7384-9154-5), partie Le Second Chemin, p. 97


Adjamé, quartier Saint-Michel, 2001

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Reine Pokou, 2004

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Une femme sans enfant est comme un condiment amer que l’on mêle à une sauce. Il la rend immangeable.
  • Reine Pokou, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2004  (ISBN 2-7427-5397-4), partie 1, p. 15


Lorsque la mort s’empare de sa proie, on ne peut pas l’empêcher de l’avaler.
  • Reine Pokou, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2004  (ISBN 2-7427-5397-4), partie 1, p. 23


Le ventre de la mer est un vaste utérus.
  • Reine Pokou, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2004  (ISBN 2-7427-5397-4), partie 2, p. 46


La puissance porte toujours un masque grimaçant.
  • Reine Pokou, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2004  (ISBN 2-7427-5397-4), partie 2, p. 80


Loin de mon père, 2010

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Cette histoire est vraie, parce qu'elle est ancrée dans la réalité, plongée dans la vie réelle. Mais elle est fausse également parce qu'elle est l'objet d'un travail littéraire où ce qui compte, ce n'est pas tant la véracité des faits, mais l'intention derrière l'écriture. Tout a été revu, remanié, réordonné. Certaines choses ont été passées sous silence, d'autres au contraire ont été renforcées. Bref, ce qui reste, c'est le mensonge (facétie) de la mémoire, de la parole. Références perdues. Citation réécrite, ou entièrement de moi ?


Nina referma le livre. C'était sinistre. Elle aurait voulu croire que cet ouvrage se trouvait dans le tiroir par hasard. Mais les pages écornées révélaient qu'il avait été consulté maintes fois. Des larmes lui montèrent aux yeux. Dans quel monde son père avait-il vécu ? Elle comprit qu'ils avaient été séparés l'un de l'autre par une distance bien plus grande que les milliers de kilomètres entre eux.
  • Loin de mon père, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2010  (ISBN 978-2-74279127-9), partie Livre un, chap. VIII, p. 69


"D’ailleurs, toi, tu n’es pas une vraie Africaine !" Nina pensa : Être métisse, est-ce avoir la mauvaise ou la bonne couleur de peau ? Marcher sur une corde raide. Falsification d'identité. Le miroir se brise. Trouble-fête ? […] Toute ma vie, j'ai louvoyé, négocié, feinté. J'ai caressé dans le sens du poil, courtisé l'acceptation, attendu la reconnaissance, espéré l'invitation. Toute ma vie, j'ai tenté de faire preuve de bonne volonté, multiplié les efforts pour être entendue. J'ai reformulé mes envies, redirigé mon tir, mis plusieurs cordes à mon arc. Je me suis décarcassée, pliée en quatre, ai mis du miel dans ma bouche, tourné sept fois mes phrases. Finalement, j'ai dansé autour du pot. Un mensonge à deux, à trois, à plusieurs. Etre multiple, être une. Des deux côtés, à double tour. Aller-retour et marche arrière. La ligne droite n'existe pas. Que me voulez-vous ? Que dois-je faire pour vous convaincre ?
  • Loin de mon père, Véronique Tadjo, éd. Actes Sud, 2010  (ISBN 978-2-74279127-9), partie Livre deux, chap. III, p. 126-127


En compagnie des hommes, 2017

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Allée des baobabs
Nous, les arbres. Nos racines plongent jusqu'au cœur de la terre dont nous sentons battre le pouls. Nous respirons son haleine. Goûtons sa chair. Nous naissons et mourons au même endroit sans jamais nous éloigner de notre territoire. À la fois prisonniers et vainqueurs du temps, figés et élancés. Nous nous adaptons à la pluie et au beau temps, aux orages et aux vents d'harmattan. Nos cimes épousent les rêves cotonneux du ciel. Nous sommes le lien qui unit les hommes au passé, au présent et au futur incertain.


Baobab africain
Je suis Baobab, arbre premier, arbre éternel, arbre symbole. Ma cime touche le ciel et offre une ombre rafraîchissante au monde. Je cherche la lumière douce, porteuse de vie. Afin qu'elle éclaire l'humanité, illumine la pénombre et apaise l'angoisse.


On dit que je suis un savant, un homme qui a fait de la science sa vérité. Mais j'ai compris une chose : la raison scientifique ne peut répondre à tous les besoins humains. Dans le combat contre Ebola, les hommes restent les plus importants. Ils sont les agents de leur propre guérison, de leur propre protection. Et, dans cette course contre la montre, les ancêtres ont aussi leur mot à dire. Ce sont eux les protecteurs, les grands alliés des vivants. […] Dans les villages et dans certains quartiers de la ville, le guérisseur détient une connaissance ancestrale. Sa parole rassurante et ses gestes rituels se nourrissent d'un passé refusant de céder la place. Rival de taille. Ceux qui jettent un regard méprisant sur son autorité sont condamnés à l'erreur.
  • En compagnie des hommes, Véronique Tadjo, éd. Don Quichotte, 2017  (ISBN 978-2-35949-639-0), partie Lutter de toutes ses forces. Encore lutter, chap. XIII. La connaissance est sans frontières, elle n’a pas de couleur, elle est sans parfum, p. 134-135 (lire en ligne)


Nous, les virus, avons réussi à conquérir la planète. Nous sommes dans les océans, dans l'air. Nous sommes partout. Nous nous réinventons, accélérons nos mutations, opérons nos multiplications. Les hommes n'arrivent pas à nous cerner. Les antibiotiques, leur grande fierté, n'ont aucun effet sur nous. Nous pouvons traverser les frontières et les continents à notre guise. Nous tuons les microbes et les bactéries par milliers. Et, pourtant, personne n'aura l'idée de nous remercier pour notre aide, alors à quoi bon ? […] Nul ne peut me vaincre. Nul ne peut m'éliminer. Si je recule, ce n'est qu'une retraite tactique. Lorsqu'une nouvelle occasion se présentera, je reviendrai. Les plus grands savants du monde ont essayé, mais ils n'arrivent pas encore à déchiffrer mon code. Je suis une équation impossible à résoudre.
  • En compagnie des hommes, Véronique Tadjo, éd. Don Quichotte, 2017  (ISBN 978-2-35949-639-0), partie Au fin fond de la forêt, chap. XIV. La voix glaciale d’Ebola claque dans le matin naissant, p. 143-144 (lire en ligne)


Je remercie la nuit, 2024

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Flora et Yasmina, c’était « ton pied, mon pied ». Elles s’étaient très vite bien entendues malgré le fait que l’une était en littérature et l’autre, en biologie. Quand Yasmina se penchait sur un roman, elle était capable de le décortiquer, de l’analyser 10 fois mieux que personne. […] Leurs discussions étaient sans fin. Intriguée, un jour, elle lui posa la question tout de go :

– Comment se fait-il que la littérature t’intéresse tant alors que tu as choisi les sciences ?
– Ah, et qui t’a dit que c’était une contradiction ? On pense que les scientifiques ne s’intéressent qu’à ce qui paraît rationnel, logique, précis, etc. Et que, de l’autre côté, il y a la littérature, qui n’est que fantaisie, imagination, rêverie…
– Oui, c’est ce que la plupart des gens pensent, en effet.
– Eh bien, non, il y a plus de rapprochements entre les sciences et la littérature que l’on pourrait croire. Les scientifiques comme les écrivains cherchent à changer le monde. Bref, ils veulent s’impliquer dans le destin des hommes.

  • Je remercie la nuit, Véronique Tadjo, éd. Mémoire d’encrier, 2024, p. 18-19


La télé : Laurent Gbagbo a été conduit par les forces d'Alassane Ouattara à l'Hôtel du Golf pour « être mis à la disposition du président ». Images dans la chambre d'hôtel le montrant en gros plan, assis sur le rebord d'un lit. Prostré, l'air hagard, il ressemblait à un vieillard amaigri. Sur un divan, à côté de lui, Simone, son épouse, les tresses défaites, les épaules nues, muette, tête baissée. Jamais femme dans ce pays n'avait eu autant de pouvoir. Jamais femme dans ce pays n'avait autant perdu.
  • Commentaire des images de la chute de Laurent Gbagbo.


Autres publications

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Cinquante ans depuis qu'il s'en est allé, enveloppé dans la jeunesse de sa passion, recouvert du linceul de sa peau noire. Homme qui savait douter de tout et de lui-même, fraternel jusqu'au bout des ongles. Sa pensée, trop souvent éclipsée. Pas par hasard. Mais parce qu'il s'est engagé contre l'injustice pour mettre au jour la violence absolue et l'hypocrisie d'un système colonial se croyant tout permis.
  • « Fanon, l'homme-aigle », Véronique Tadjo, dans Sur Fanon, Bernard Magnier (dir.), éd. Mémoire d'encrier, coll. « Chronique », 2016  (ISBN 978-2-89712-357-4), p. 130


Il est grand temps d’inscrire la littérature du Sud dans l’imaginaire du monde francophone occidental qui inclut, entre autres, le Canada, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Quant à la littérature française, elle a sa propre histoire et ses propres canons. Les écrivains africains, tout en partageant la même langue, ont des préoccupations et une vision du monde qui leur sont particulières. La littérature écrite en français n’a pas besoin de se réclamer de la littérature française pour exister. C’est cette différence qu’il faut célébrer avant tout, car là se trouve la vraie francophonie débarrassée de son passé colonial.
  • « Il est grand temps d’inscrire la littérature du Sud dans l’imaginaire francophone occidental[2] », Véronique Tadjo, lemonde.fr, 26 janvier 2018 (lire en ligne)


Entretiens

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J'essaie de faire la promotion de notre patrimoine culturel africain, car je pense qu'il est essentiel qu'il soit valorisé. Les enfants d'aujourd'hui et en particulier ceux qui vivent danz les villes, sont en train de perdre leur culture. Il sont très tournés vers l'Occident alors que notre patrimoine culturel est très riche. C'est une source inépuisable d'inspiration.
  • « Le "royaume d'enfance" de Véronique Tadjo », La Joie par les livres et Véronique Tadjo, Takam Tikou, nº 6. Albums sur l'Afrique. Nouvel élan de l'édition africaine, 1997 (lire en ligne)


J'écris de la prose poétique, d'abord par inclination et ensuite parce que je suis convaincue que les jeunes y sont très sensibles. Cela est dû au fait que les enfants sont naturellement ouverts d'esprit. Et la poésie est le domaine privilégié de l'imagination. Ils comprennent les images parfois plus facilement que les adultes. Et même lorsqu'ils ne comprennent pas tout, ils sont capables de donner plusieurs interprétations satisfaisantes.
  • « Le "royaume d'enfance" de Véronique Tadjo », La Joie par les livres et Véronique Tadjo, Takam Tikou, nº 6. Albums sur l'Afrique. Nouvel élan de l'édition africaine, 1997 (lire en ligne)


Comment parvenez-vous à concilier littérature de jeunesse et littérature pour adultes ?
On m'a souvent posé cette question. Il n'y a pas vraiment d'explication. Cela vient peut-être de ce que j'ai vécu dans mon enfance et de la capacité que j'ai à me replonger dans ce que Léopold Sédar Senghor appelle le "royaume d'enfance".
  • « Le "royaume d'enfance" de Véronique Tadjo », La Joie par les livres et Véronique Tadjo, Takam Tikou, nº 6. Albums sur l'Afrique. Nouvel élan de l'édition africaine, 1997 (lire en ligne)


Je crois qu'on commence à comprendre l'importance de la littérature pour la jeunesse. On dit toujours que les Africains ne lisent pas, mais si l'on n'apprend pas aux enfants à aimer la littérature, à aimer le livre, à avoir un rapport agréable avec le livre dès leur plus jeune âge, ils associeront le livre à l'école. Ce ne sera jamais un plaisir pour eux. Dès lors, pourquoi achèteraient-ils des livres une fois adultes ? Le livre est aussi très important pour le développement affectif, intellectuel et culturel de l'enfant. Il y a des générations qui n'ont eu que des livres importés. Que pensent ces enfants ? Que leur culture n'a aucune valeur !
  • « Pour le plaisir de lire, entretien avec Véronique Tadjo », Taina Tervonen (propos recueillis par), Africultures, nº 22. Créations africaines pour la jeunesse, novembre 1999  (ISBN 2-7384-8364-X), p. 10 (lire en ligne)


On a beau penser qu’on va tirer des leçons des guerres, tout semble pareil. Les hommes ont une capacité énorme à oublier et à ne pas changer.
  • « Véronique TADJO - l'écriture passion, l'écriture réalité : "Vous n’avez jamais entendu dire que la réalité peut être plus forte que la fiction ?" », PlanèteAfrique, Revue, 2003 (lire en ligne)


Ce qui me préoccupe, ce n’est pas tant la mort que la cruauté qui sommeille en tout être humain et qui lui donne la capacité de tuer. Notre existence sur terre est une bataille constante entre nos pulsions de vie et de mort.

  • « Véronique TADJO - l'écriture passion, l'écriture réalité : "Vous n’avez jamais entendu dire que la réalité peut être plus forte que la fiction ?" », PlanèteAfrique, Revue, 2003 (lire en ligne)


Les femmes souffrent particulièrement de la guerre. Des femmes violées sont mortes des années plus tard du sida. Mais cela a été un choc de découvrir que certaines avaient participé au génocide. J’avais ce préjugé que l’être féminin est par nature aimant, protecteur. Il m’a fallu accepter la réalité de la femme tueuse. Une douche froide. Au point que j’ai hésité à le dire. Ce qu’il faut retenir, c’est que subsiste un espoir. Dans cette période tragique, des gens ont dit « non ». Des Hutus ont abrité des Tutsis au péril de leur vie. Même dans un pays en guerre, il y a des gens qui s’élèvent jusqu’à l’extraordinaire.
  • « Véronique Tadjo, romancière: "Les femmes africaines ne sont pas des victimes" », Violaine Binet (propos recueillis par), lexpress.fr, avril 2017 (lire en ligne)


Je comprends que le terme [féminisme] résonne en Amérique où elle [ Chimamanda Ngozi Adichie ] vit. Pour ma part, j’aurais du mal à l’employer. Je suis bien sûr du côté des femmes. Qu’elles atteignent le plus d’égalité possible. Qu’elles aient plus de place dans la société. Mais je me méfie des étiquettes et le féminisme ne me convient pas tout à fait parce qu’il fait appel à une histoire, à des mouvements qui se sont essentiellement développés en Occident. En fait, il s’agit, je crois, d’un malentendu. On ne vit pas dans les mêmes sociétés. Il y a des réalités africaines que les féministes n’ont pas comprises. […] J’aimerais qu’on se débarrasse totalement de l’idée que les femmes africaines sont des victimes. Elles ont plus de pouvoir qu’on ne l’imagine.
  • « Véronique Tadjo, romancière: "Les femmes africaines ne sont pas des victimes" », Violaine Binet (propos recueillis par), lexpress.fr, avril 2017 (lire en ligne)


Le conte a cet avantage qu’il est intemporel, il existe dans toutes le cultures, c’est un genre universel; et c’est un genre qui continue à exister et qui donne une liberté incroyable. Parce qu’on peut parler du présent tout en prenant du passé, c’est une liberté totale au niveau de l’imaginaire. On n’a pas de restriction, on peut faire ce que l’on veut.
  • Véronique Tadjo, Le Réveil culturel. Lundi livre. « Véronique Tadjo : "J’ai été profondément inspirée par la littérature orale africaine qui continue d’influencer les écrivains contemporains" », France Culture, 9 octobre 2017 (accéder en ligne)


J’ai été profondément inspirée par la littérature orale. […] Je pense que cette tradition continue à influencer les écrivains d’aujourd’hui.
  • Véronique Tadjo, Le Réveil culturel. Lundi livre. « Véronique Tadjo : "J’ai été profondément inspirée par la littérature orale africaine qui continue d’influencer les écrivains contemporains" », France Culture, 9 octobre 2017 (accéder en ligne)


Il ne fallait pas perdre le lecteur. Parce que c’est déjà un sujet qui est tellement lourd, parfois on dit Ebola et personne ne veut en entendre parler […], donc comment arriver à amener le lecteur à continuer sur ce sujet. Et donc je voulais en même temps donner au tant d’informations que possible mais aussi que ça reste littéraire, que ça reste un livre, un roman.
  • Véronique Tadjo, Le Réveil culturel. Lundi livre. « Véronique Tadjo : "J’ai été profondément inspirée par la littérature orale africaine qui continue d’influencer les écrivains contemporains" », France Culture, 9 octobre 2017 (accéder en ligne)


On ne peut pas prouver que la dégradation de notre environnement est la cause première du réchauffement climatique, mais on sait que la probabilité est grande, les statistiques et les données scientifiques mettant en évidence cette dangereuse dérive. Plus rien ne semble acquis aujourd’hui et la relation des êtres humains à la nature est si désastreuse qu’elle est devenue un danger réel pour l’avenir de la planète. […] Il y a une corrélation indéniable entre l’épidémie d’Ebola qui a touché la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia et la déforestation importante que ces pays ont subie.
  • « Agir par l’imagination. Entretien avec Véronique Tadjo », Lucile Schmid (propos recueillis par), Esprit, 2018, p. 180 (lire en ligne)


Le combat écologique est devenu primordial face à l’urgence devant laquelle nous nous trouvons. Pour que la conscience écologique soit renforcée et disséminée, il est essentiel que les arts accompagnent le travail des scientifiques. La littérature a la faculté de s’immiscer dans la vie quotidienne des lecteurs. Elle peut aller là où la science s’arrête. […] Il faut également agir par l’imagination, toucher l’homme dans sa représentation du monde et lui offrir des récits de transformation. La bataille se situe sur un terrain invisible et la littérature peut façonner des identités communes, conscientes d’un destin collectif. […] Écrire, conter, imaginer et faire ressentir sont des actes essentiels si l’on veut hâter le changement des mentalités.
  • « Agir par l’imagination. Entretien avec Véronique Tadjo », Lucile Schmid (propos recueillis par), Esprit, 2018, p. 182 (lire en ligne)


Citations sur

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Le récit de Tadjo donne un sentiment d'inachèvement plus ou moins volontaire: changements de rythme, d'énonciateurs, multitude de petites histoires annexes, etc., comme si la réponse devait rester en l'air. Conclusion logique du flou, de l'incertitude de la relation que la fille a entretenue avec son père, révèré et récusé jusque dans sa tombe. Avec la grande question qui reste irrésolue: faut-il pour accepter sa peau noire accepter aussi la tradition? Qu'est-ce que le métissage?
  • Chroniques littéraires africaines, Daniel Delas, éd. Sépia, 2023  (ISBN 979-10-334-0562-7), partie Mon père l'africain, p. 209


Notes et références

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  1. Toute la section L’écrivain est entre guillemets. Dans un entretien avec Eloïse Brezault, interrogée sur le passage « L'écrivain pousse les gens à lui prêter l'oreille, à exorciser les souvenirs enfouis. Il peut mettre du baume sur la déchirure, parler de tout ce qui apporte un peu d'espoir », elle répond : « Ces propos sont ceux d'un écrivain rwandais que j'ai rencontré à l'époque… Il faisait cette différence entre l'écriture journalistique ou historique et la fiction. Les journalistes peuvent parfois se permettre d'être pessimistes quant au devenir de l'Afrique. Un écrivain, selon lui, ne peut pas fonctionner ainsi. Il doit lutter contre l'indifférence et l'abandon s’il veut guérir les âmes. » (Afrique : paroles d'écrivains, 2010 (ISBN 978-2-923713-20-5), p. 347 ).
  2. republié dans Revue de l’Université de Moncton, 49, 2, 2018 DOI 10.7202/1069741ar.

Voir aussi

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