Sel

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Littérature[modifier]

Poésie[modifier]

Benjamin Péret, Les Grands jours du poète, 1923[modifier]

Un commodore anglais jure qu'on ne le prendra plus à cueillir la sauge la nuit entre les pieds des statues de sel.
A ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses jambes fines.
Elle verse dans mon assiette ce qu'il me reste à vivre.

  • « Les Grands jours du poète », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 11/12, Octobre 1923, p. 9


Daniel Lefèvre, Présence réelle, 1968-1978[modifier]

J'ai perdu pied dans ton aurore montante
J'ai roulé nu dans tes ravins
Dans tes chaudes alluvions
Dans l'arôme turbulent
De tes caresses d'iode et de sel

Amour profond comme un désastre

  • Toute la vie posée sur le tranchant des mots, Daniel Lefèvre, éd. DN, 2012, p. 196


Prose poétique[modifier]

Robert Desnos, Pénalités de l'enfer, 1922[modifier]

Baignoire et Verdure tombent vertigineusement à travers des trémies de sel et des feux d'artifice.
  • « Pénalités de l'enfer », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 12


Roman[modifier]

François Rabelais, Pantagruel, 1542[modifier]

Le Philosophe raconte, en mouvent la question pour quoy c'est que l'eaue de la mer est salée, que, au temps que Phébus bailla le gouvernement de son chariot lucifique à son filz Phaéton, ledict Phaéton, mal apris en l'art et ne sçavant ensuyvre la line écliptique entre les deux tropiques de la sphère du soleil, varia de son chemin et tant approchaz de la terre qu'il mist à sec toutes les contrées subjacentes, bruslant une grande partie du ciel que les Philosophes appellent Via lactea et les lifrelofres nomment le chemin Sainct Jacques, combien que les plus huppez poètes disent estre la part où tomba le laict de Juno lors qu'elle allaicta Hercules : adonc la terre fut tant eschauffée que il lui vint une sueur énorme, dont elle sua toute mer, qui par ce est salée, car toute sueur est salée ; ce que vous direz estre vray si vous voulez tastez de la vostre propre, ou bien de celle des vérollez quand on les faict suez ; ce me est tout un.
  • (fr) Pour expliquer la salaison de la mer, le Philosophe explique qu'au temps où Phébus céda la conduite de son charriot de lumière à son fils Phaéton, celui-ci, incompétent et ne sachant suivre la ligne écliptique entre les deux tropiques de la sphère du soleil, dévia de son chemin et approcha tant de la terre qu'il assécha toutes les contrées sur son passage, brulant une grande partie du ciel que les Philosophes appellent Voie Lactée et les ignorants nomment le chemin de Saint Jacques, là où, selon les poètes les plus précieux, est tombé le lait de Junon lorsqu'elle allaita Hercules : ainsi la terre fut tellement échauffée qu'il lui vient une sueur énorme, dont elle sua toute la mer, ce pourquoi elle est salée, car toute sueur est salée ; ce dont vous conviendrez si vous voulez tâter de la vôtre, ou bien de celle des vérolés quand on les fait suer ; cela m'est égal.
  • « Lucifique » veut dire littéralement qui « produit de la lumière ». L'expression « le Philosophe » renvoie ici à Aristote qui, ironiquement, réfute justement cette hypothèse du présocratique Empédocle. Voir les notes de Mireille Huchon dans l'édition de la Pléiade (1994), pp.1249-1250
  • Pantagruel (1534), François Rabelais, éd. Gallimard, 1964, chap. II, « De la nativité du très redoubté Pantagruel », p. 61-63