Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

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D'après Jean-Marc Nattier, Portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (Bibliothèque-musée de la Comédie-Française) -001.jpg

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (24 janvier 1732, Paris18 mai 1799, Paris) est un écrivain et dramaturge français.

Citations propres à l'auteur[modifier]

Le Barbier de Séville, 1775[modifier]

Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur.

  • « Le Barbier de Séville », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Firmin-Didot, 1865, acte II, scène 2, p. 84


Figaro : Voyant à Madrid que la République des Lettres était celle des loups, toujours armés les uns contre les autres, et que, livrés au mépris où ce risible acharnement les conduit, tous les Insectes, les Moustiques, les Cousins, les Critiques, les Maringouins, les Envieux, les Feuillistes, les Libraires, les Censeurs, et tout ce qui s'attache à la peau des malheureux Gens de Lettres, achevait de déchiqueter et sucer le peu de substance qui leur restait ; fatigué d'écrire, ennuyé de moi, dégoûté des autres, abîmé de dettes et léger d'argent ; à la fin, convaincu que l'utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de la plume, j'ai quitté Madrid, et, mon bagage en sautoir, parcourant philosophiquement les deux Castilles, la Manche, l'Estramadure, la Sierra-Morena, l'Andalousie ; accueilli dans une ville, emprisonné dans l'autre, et partout supérieur aux événements ; loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là ; aidant au bon temps, supportant le mauvais ; me moquant des sots, bravant les méchants ; riant de ma misère et faisant la barbe à tout le monde ; vous me voyez enfin établi dans Séville et prêt à servir de nouveau Votre Excellence en tout ce qu'il lui plaira de m'ordonner.
Le Comte : Qui t'a donné une philosophie aussi gaie ?
Figaro : L'habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.

  • « Le Barbier de Séville », dans Le Barbier de Séville, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Gallimard, coll. Folio, 1996, acte I, scène 2, p. 49


Basile : La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande Ville, en s'y prenant bien ; et nous avons ici des gens d'une adresse !... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez Calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil ; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. — Qui diable y résisterait ?

  • « Le Barbier de Séville », dans Le Barbier de Séville, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Gallimard, coll. Folio, 1996, acte II, scène 8, p. 81 (texte intégral sur Wikisource)


Figaro : Mais soyons vrais, Docteur ; quand la jeunesse et l'amour sont d'accord pour tromper un vieillard, tout ce qu'il fait pour l'empêcher peut bien s'appeler à bon droit la Précaution inutile.

  • « Le Barbier de Séville », dans Le Barbier de Séville, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Gallimard, coll. Folio, 1996, acte IV, scène 8, p. 161 (texte intégral sur Wikisource)


Le Mariage de Figaro, 1778[modifier]

Marceline : On ne sait comment définir le Comte ; il est jaloux et libertin.
Bartholo : Libertin par ennui, jaloux par vanité ; cela va sans dire.

  • Beaumarchais - Théâtre (1778), Beaumarchais, éd. Garnier, 1980 (ISBN 2-253-13251-9), acte I, scène 4, p. 348


Figaro : Diable ! C'est une belle langue que l'anglais ! il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam, en Angleterre, on ne manque de rien nulle part. — Voulez-vous tâter d'un bon poulet gras ? entrez dans une taverne, et faites seulement ce geste au garçon. (Il tourne la broche.) God-dam ! on vous apporte un pied de bœuf salé, sans pain. C'est admirable. Aimez-vous à boire un coup d'excellent bourgogne ou de clairet ? rien que celui-ci. (Il débouche une bouteille.) God-dam ! on vous sert un pot de bière, en bel étain, la mousse aux bords. Quelle satisfaction ! Rencontrez-vous une de ces jolies personnes qui vont trottant menu, les yeux baissés, coudes en arrière, et tortillant un peu des hanches : mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! God-dam ! elle vous sangle un soufflet de crocheteur, preuve qu'elle entend. Les Anglais, à la vérité, ajoutent par-ci, par-là, quelques autres mots en conversant ; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue ; et si Monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en Espagne...

  • Le Mariage de Figaro (1989), Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Le Livre de poche, 1999, acte III, scène 5, p. 163


Figaro : Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore, d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point ; s’enfermer pour tailler des plumes et paraître profond, quand on n’est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage ; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets ; intercepter des lettres ; et tâcher d’ennoblir la pauvreté des moyens par l’importance des objets : voilà toute la politique ou je meure !

  • Le Mariage de Figaro (1970), Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Librio, 2004, acte III, scène 5, p. 78


Marceline : Dans les rangs même les plus élevées, les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! Ah ! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié !

  • Le Mariage de Figaro (1989), Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Le Livre de poche, 1999, acte III, scène 16, p. 182


Antonio : Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte II, scène 21, p. 153 (texte intégral sur Wikisource)


Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire…

  • « Le Mariage de Figaro », Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, dans XVIIIe siècle (1970), André Lagarde et Laurent Michard, éd. Bordas, 1985 (ISBN 18346S), acte V, scène 3, p. 400 (texte intégral sur Wikisource)


Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais... que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

  • « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » est la devise du journal Le Figaro
  • « Le Mariage de Figaro », Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, dans XVIIIe siècle (1970), André Lagarde et Laurent Michard, éd. Bordas, 1985 (ISBN 18346S), acte V, scène 3, p. 400 (texte intégral sur Wikisource)


Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs.

  • Le Mariage de Figaro (1970), Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Librio, 2004, acte V, scène 3, p. 87


Basile :

Cœurs sensibles, cœurs fidèles
Qui blâmez l'amour léger.
Cessez vos plaintes cruelles:
Est-ce un crime de changer?
Si l'amour porte des ailes
N'est-ce pas pour voltiger ?

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte IV, scène 10, p. 171 (texte intégral sur Wikisource)


BRIDOISON : Tout finit par des chansons.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte V, scène 19, p. 185 (texte intégral sur Wikisource)


De toute les choses sérieuses, le mariage est certainement la plus bouffonne.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte I, scène 9, p. 138 (texte intégral sur Wikisource)


FIGARO : Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse, mais d'échapper au péril en la menant à bien.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte I, scène 1, p. 133 (texte intégral sur Wikisource)


MARCELINE : Sois belle si tu peux, sage si tu veux, mais sois considérée, il le faut.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte I, scène 4, p. 135 (texte intégral sur Wikisource)


SUZANNE : Prouver que j'ai raison pourrait accorder que je puis avoir tort.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte I, scène 1, p. 133 (texte intégral sur Wikisource)


Il y a souvent très loin du mal que l'on dit d'un ouvrage à celui qu'on en pense.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, p. 122 (texte intégral sur Wikisource)


L’usage est souvent un abus.

  • « Le Mariage de Figaro », dans Œuvres complètes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, éd. Auguste Dérez, 1840, acte III, scène 15, p. 162 (texte intégral sur Wikisource)


D'autres auteurs le concernant[modifier]

On le voit, pendant tout le temps de la vogue de Figaro, occupé de sa pièce comme un auteur entendu qui sait les rubriques du métier et qui ne songe qu'à en tirer tout le parti possible pour le bruit et pour le plaisir. Dès la quatrième représentation, on vit pleuvoir des troisièmes loges dans la salle des centaines d'exemplaires imprimés d'une chanson satirique contre la pièce, que quelques-uns attribuaient tout bas à un grand personnage, à un prince (le futur Louis XVIII) et où ce bel esprit classique et caustique avait peut-être trempé. Mais l'impression et la distribution, à ce qu'on assurait, s'étaient faites par ordre secret de Beaumarchais. C'était une des manoeuvres qui lui étaient réputées familières : s'emparer d'une calomnie, d'une méchanceté dont il était l'objet et la propager pour y mieux répondre, pour en tirer avantage et se faire des amis de tous les badauds indignés. Après la trente et unième représentation de Figaro, on dit que le total de la recette s'élevait à cent cinquante mille livres.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Beaumarchais, 14 juin 1852. Causeries du lundi, t. VI, p. 10


La révolution de 89, dès le début, apprit à Beaumarchais combien il était impuissant devant ce flot immense qu'il avait été des premiers à provoquer et qui débordait en le menaçant. Sorti de France et réfugié à Hambourg, il y vécut dans la détresse jusqu'au point de devoir ménager une allumette et en réserver la moitié pour le lendemain.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Beaumarchais, 14 juin 1852. Causeries du lundi, t. VI, p. 13


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