Peuple

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Le peuple désigne la multitude d'hommes d'un même pays et vivant sous les mêmes lois.

Littérature[modifier]

André Maurois, Lélia ou la vie de George Sand, 1952[modifier]

Elle a éprouvé et exprimé un amour sincère du peuple, bien avant que le suffrage universel imposât cette attitude. « Je ne suis pas, disait-elle, de ces âmes patientes qui accueillent l'injustice avec un visage serein. »
  • L'écrivain biographe André Maurois cite ici George Sand.


René Char, Fureur et mystère, 1948[modifier]

Feuillets d'Hypnos

Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépouvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles...
Prairie, vous êtes le boîtier du jour.

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1962  (ISBN 2-07-030065-X), partie FEUILLETS D'HYPNOS (1943-1944), p. 132


Marie d'Agoult, Nélida, 1866[modifier]

Un mariage, quelque brillant qu'il fût, me plaçait sous le pire des jougs, celui du caprice d'un individu qui pouvait être noble et intelligent à la vérité, mais qui pouvait aussi être vulgaire et stupide. D'ailleurs, le mariage, c'était le ménage, le gynécée, la vie des salons. C'était le renoncement presque certain à l'expansion de ma force, à ce rayonnement de ma vie sur d'autres vies, dont l'image seule enflammait mon cerveau d'irréfrénables désirs. L'idée de diriger un jour une communauté tout entière et l'éducation de deux cents jeunes filles, toujours renouvelées et recrutées dans les premiers rangs de la société, s'empara de moi comme la seule qui pût me conduire à un but digne d'efforts. Si je pouvais, me disais-je, infiltrer dans ces jeunes cœurs les sentiments dont le mien déborde ; si, au lieu de la morgue et de la vanité dont on les nourrit, je parvenais à les pénétrer des principes d'une égalité vraie ; si j'allumais dans leur âme un pur et enthousiaste amour du peuple, jaurais fait une révolution... Ce mot me donnait le vertige.


Notre pays, me disais-je, depuis la dernière révolution, n'a pas repris son équilibre. Deux classes de la société, la noblesse et le peuple, sont en proie à de vives souffrances ; l'une subit un mal imaginaire, l'autre un mal réel ; la noblesse, parce qu'elle se voit dépouillée de ses privilèges et de ses honneurs par une bourgeoisie arrogante ; le peuple, parce que le triomphe de cette bourgeoisie, amenée par lui au pouvoir, n'a été qu'une déception cruelle. Il commence à regretter, par comparaison, ses anciens maîtres. Comme il lit peu l'histoire, il ne se souvient que des manières affables et des largesses du grand seigneur. Pourquoi ces deux classes, éclairées par l'expérience, ne s'entendraient-elles pas contre leur commun adversaire ? Pourquoi les instincts courageux du peuple, l'esprit d'honneur de la noblesse, ne triompheraient-ils pas d'une bourgeoisie égoïste et déjà énervée par le bien-être ?


Philosophie[modifier]

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885[modifier]

L'État, c'est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s'échappe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »
  • Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Geneviève Bianquis), éd. Flammarion, coll. « GF-Flammarion », 1969  (ISBN 2-08-070881-3), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 87


Des destructeurs sont ceux qui tendent des pièges pour des multitudes et les appellent l'État : ils suspendent au-dessus d'eux un glaive et cent appétits.
Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l'État et il le hait comme un mauvais œil et comme un péché contre les coutumes et les droits.

  • Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. « Les Classiques de Poche », 1972  (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 66


Politique[modifier]

C'est dans le peuple et dans la classe ouvrière qu'est l'avenir du monde. Vous en avez la foi et moi aussi, nous serons donc toujours bien d'accord sur tout ce que vous tenterez pour hâter l'enfantement de la vérité et de la justice, ces deux divinités jumelles que la sainte plèbe porte en son sein. Je ne me fais pas d'illusion sur les obstacles, les peines et les dangers de l'entreprise. Mais enfin il est né des libérateurs. Ils ne manquent point déjà de disciples généreux et intelligents. Avec le temps, la masse sortira de l'aveuglement et de l'ignorance grossière où les classes dites éclairées l'ont tenue enchaînée depuis le commencement des siècles.
  • Lettre à Agricol Peridiguier, 20 août 1840
  • « George Sand, entre socialisme évangélique et messianisme social », Jacques-Noël Pérès, Autres Temps. Cahiers d'éthique sociale et politique (ISSN 2261-1010), vol. 63 nº 1, 1999, p. 49 (lire en ligne)


Je m’adresse aujourd’hui, en terminant, aux heureux de ce monde, à ceux qui ont jusqu’à présent délaissé les questions sociales, qui n’ont pas voulu entendre les grondements lointains des mécontents. Comme je le disais aux élèves de Saint-Cyr, allez au soldat, aimez-le, occupez-vous de lui et de son éducation, de son âme, et si tous les officiers avaient appliqué cette manière d’être, il n’y aurait peut-être plus de dissensions dans le peuple. Allez au peuple, vous chef d’industrie, ne regardez point cet ouvrier qui peine à votre service, qui vous consacre à contre-cœur sa vigueur, sa jeunesse, ne le regardez point comme une unité, comme une machine à laquelle vous ne devez plus rien quand vous lui avez payé le salaire quotidien: combien parmi nous sont sensibles à une attention d’un patron, à un simple mot amical, à une demande concernant sa famille ou ses enfants ; il n’est pas d’hommes même parmi ces populations minières qui ne jouissent du soleil que durant une partie de leur vie et qui semblent plus formées que d’autres à la gratitude humaine, il n’en est point qui ne s’émeuve devant une main loyalement tendue... Allez au peuple, allez à l’ouvrier, allez au travailleur des champs. Ne les laissez pas éloignés plus longtemps de vous à une distance telle qu’il ne verrait plus votre main tendue. Ne lui laissez pas croire surtout que vous ne viendrez à lui que le jour où vous le craindrez. Et s’il appartient à l’Etat de nous dispenser la liberté et l’égalité, c’est à nous autres citoyens à imposer, pratiquer, sans distinction de classe, le plus beau des trois mots de notre devise française : Fraternité.
  • Commandant Emile Driant, 27 juin 1906, Salle Wagram, dans L'Eclair, paru 28 juin 1906.