Marie-Josephte Corriveau

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Le squelette de la Corriveau, dans son gibet de fer, terrorisant un voyageur un soir de tempête, illustration de Charles Walter Simpson pour les Légendes du Saint-Laurent, 1926.

Marie-Josephte Corriveau (1733-1763), mieux connue sous le surnom de « la Corriveau », est l’une des figures les plus populaires du folklore québécois. Habitante de Nouvelle-France au moment de la Conquête de la colonie en 1759-1760 par les Britanniques, elle est condamnée à mort par une cour martiale anglaise pour le meurtre de son second époux et pendue à Québec le 18 avril 1763. La « cage » de fer, dans laquelle son corps est exposé et laissé à pourrir à Pointe-Lévy durant cinq semaines, marque fortement l'imaginaire de la population et engendre de nombreuses légendes qui seront véhiculées par la tradition orale.

La redécouverte de la cage en 1851 ravive les souvenirs et les imaginations, tout en inspirant romans et contes fantastiques aux écrivains du temps, dont Philippe Aubert de Gaspé (Les Anciens Canadiens, 1863), James MacPherson Le Moine, William Kirby (The Golden Dog, 1877) et Louis Fréchette. Depuis, la Corriveau n'a cessé d'inspirer les artistes, d'Alfred Laliberté à Mes Aïeux, en passant par Gilles Vigneault, Pauline Julien, Anne Hébert et Victor-Lévy Beaulieu, suscitant romans, chansons, pièces de théâtre, films, séries télévisées, sculptures et peintures.

Dépeinte jusqu'aux années 1950 comme une sorcière ou une meurtrière ayant tué jusqu'à sept maris, la Corriveau a ensuite vu son image réhabilitée depuis la montée des mouvements nationaliste et féministe dans les décennies 1960 et 1970 : elle est depuis quelques décennies souvent présentée comme une victime de l'oppression anglaise, du système patriarcal ou de la violence anglaise.

Citations sur Marie-Josephte Corriveau[modifier]

Littérature[modifier]

Louis Fréchette[modifier]

— La cage de la Corriveau... qu’est-ce que cela? demanda quelqu’un.
— Une affreuse chose [...], un sombre témoin de la barbarie d’un autre âge, une relique éloquente d’un de ces terribles drames judiciaires qui passent à l’état de légende dans la mémoire du peuple.
  • « Une touffe de cheveux blancs (II) », Louis Fréchette, L'Opinion publique, vol. III nº 17, 25 avril 1872, p. 202 (lire en ligne)


Louky Bersianik, L'Euguélionne, 1976[modifier]

Ainsi, au premier tour, quelqu’un s’est écrié : « C’est la Corriveau ! » Et c’était vrai. Elle avait le corps étranglé dans un treillis de fer qui épousait sa chair étroitement. Sa figure était celle d’une suppliciée.
  • Dans ce premier grand livre féministe écrit au Québec, les journalistes rendant compte de l'arrivée de la visiteuse extraterrestre et protagoniste (L'Euguélionne) la compare à plusieurs figures féminines québécoises (la Manikoutai, Pauline Archange...), dont la Corriveau.
  • L'Euguélionne, Louky Bersianik, éd. La Presse, 1976, p. 19


Andrée Ferretti[modifier]

Rébellion impuissante à changer le cours des choses, mais seule apte à conférer quelque noblesse aux vies agressées par la loi du plus fort, comme celle d'une de ses héroïnes, la « Corriveau » qui fut vraiment pendue à Saint-Vallier de Bellechasse en 1763, condamnée à mort par un tribunal composé d'officiers anglais prétentieux qui ne connaissaient pas un mot de français, mais qui eurent l'impudence de la déclarer coupable d'avoir tué son premier, puis son second mari. L'histoire ni la légende ne le disent, mais Aubépine DesRuisseaux a toujours soupçonné que la mort des maris laissait ces soldats froids comme leur air, qu'ils s'étaient plutôt vengés sur la jeune femme de la résistance de nombreux habitants à leur occupation du village et des villages voisins. Ambitieuse et déterminée, la « Corriveau », de son vrai nom Marie-Josephte Corrivaux, propriétaire de grandes et riches terres devait s'être opposée plus efficacement que ses concitoyens aux levées incessantes et ruineuses de blé et d'autres grains effectuées par les conquérants qui, dès lors, avaient craint sa dangereuse influence et avaient pris prétexte des morts suspectes des maris pour lui intenter un procès et la condamner. Pour narguer l'ennemi barbare qui avait exposé le cadavre dans une cage, un villageois déroba le corps. Tous les habitants s'empressèrent alors de faire courir la rumeur que la pendue s'était elle-même délivrée et qu'elle entretenait la nuit venue des relations hérétiques avec les sorciers qui, affirmaient-ils, pince-sans-rire, dans une bonne imitation de l'humour prétendu anglais, séjournaient dans l'île d'Orléans majestueusement étendue à quelques milles marins en face de Saint-Vallier.
  • « Le plus-que-parfait du subjonctif », Andrée Ferretti, L'Action nationale (ISSN 0001-7469), vol. XCI nº 6, juin 2001, p. 97-98 (lire en ligne)


Histoire et ethnographie[modifier]

Luc Lacourcière, 1968[modifier]

Il n’est guère de femme, dans toute l’histoire canadienne, qui ait plus mauvaise réputation que Marie-Josephte Corriveau, appelée communément La Corriveau. Cette malheureuse est morte voilà plus de deux siècles. Mais elle continue de hanter les imaginations. On parle encore d’elle, de son crime réel et de ses crimes fictifs.
  • « Le triple destin de Marie-Josephte Corriveau », Luc Lacourcière, Les Cahiers des Dix (ISSN 0575-089X), vol. 33 1968, p. 213 (lire en ligne)


Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, 1992 (1982)[modifier]

Les femmes ne sont pas persécutées, mais l'image de la sorcière exerçant un pouvoir maléfique demeure un des stéréotypes les plus puissants qu'on applique aux femmes déviantes. [...]

En 1763, Marie-Josephte Corriveau qui, selon son propre témoignage, refuse de continuer à se faire battre par son mari est condamnée à mort pour le meurtre de celui-ci et pendue. Au début du XIXe siècle, le romancier Philippe Aubert de Gaspé fait d'elle un spectre horrible qui hante les voyageurs nocturnes. Les folkloristes et historiens des XIXe et XIXe siècles amplifieront la légende de la Corriveau, la rendant plus horrifiante à chaque nouvelle version.

Les femmes qui tuent leurs maris ou leurs enfants remettent en question l’autorité masculine. Deux des seules explications acceptées par les hommes pour justifier cette révolte subversive menaçant les fondements de leur autorité sont celles de la sorcière, la mauvaise femme qui connaît les secrets du diable, et de la folie. La rébellion féminine est ainsi niée et nommée de telle manière que les hommes ne se sentent plus menacés.

  • À propos de la croyance en la sorcellerie dans la population de ce qui allait plus tard devenir le Québec, au cours de la période 1701-1832.
  • L'Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (1982), Collectif Clio (Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart), éd. Le Jour, éditeur, 1992  (ISBN 2-8904-4440-6), chap. 4. L'Ancien Régime au féminin, « Croyances de toutes sortes », p. 128-129


En général, les peines prononcées contre les femmes sont plus sévères que celles des hommes: plus de punitions corporelles (sauf les galères) et de peines infamantes (blâme, flétrissure, réparation publique), comme si la punition du peu de femmes qui contreviennent aux lois des hommes devait servir d'exemple. C'est le sort qui attend celle qui s'écarte de la norme. [...] Marie Josephte Corriveau fut l'une des victimes de la nécessité de réprouver toute transgression de l'ordre masculin par une femme. [...] Les autorités britanniques, voulant intimider une population nouvellement conquise, la conduisent au gibet et, comme c'est coutume au XVIIIe siècle, son corps est exhibé publiquement : elle est suspendue pendant un peu plus d'un mois dans une cage de fer, au-dessus d'une croisée des chemins, à Lauzon, près de Québec. De tous les hommes ayant tué leurs épouses, il n'y en a aucun qui ait gagné la renommée de la Corriveau, encore légendaire deux cents ans après sa mort pour s'être révoltée contre son sort de femme battue.
  • À propos de la criminalité féminine dans ce qui allait plus tard devenir le Québec, au cours de la période 1701-1832.
  • L'Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (1982), Collectif Clio (Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart), éd. Le Jour, éditeur, 1992  (ISBN 2-8904-4440-6), chap. 4. L'Ancien Régime au féminin, « Vivre en marge », p. 134-136


Autres[modifier]

Lori Saint-Martin, 1998[modifier]

Pierre De Billy: Votre livre [...] explore également les traces du passé à la recherche d’un mythe bien à nous, la Corriveau, que vous situez dans le contexte plus large d’une réhabilitation féminine de la figure de la sorcière.

Lori Saint-Martin: Vous avez raison de parler de mythe, car la Corriveau a joué chez nous le rôle d’une figure mythique de première importance. Elle fut un temps le prototype de la mauvaise femme, de la sorcière. Puis elle est devenue pour les féministes une représentation de la femme rebelle et indépendante qui se révolte contre la domination masculine. Les féministes d’Europe et des États-Unis ont retracé l’histoire de centaines de milliers de femmes qui ont été portées au bûcher. Nous avons notre Corriveau. Le plus fort de l’histoire, c’est que les recherches ont démontré que le mari qu’on l’accusait d’avoir tué la battait. On aurait voulu l’inventer qu’on n’aurait pas fait mieux.
Pierre De Billy: Mais elle a existé précisément. Que devient la véracité historique dans tout ça?
Lori Saint-Martin: La Corriveau révoltée, anti-patriarcale des féministes, n’a pas plus de réalité historique que celle de Philippe Aubert de Gaspé qui, dans Les Anciens Canadiens, en faisait une femme qui pactise avec le diable. C’est bien pour cela qu’elle est devenue un mythe.
Pierre De Billy:Et presque une martyre de la cause féministe.

Lori Saint-Martin: En fait, la sorcière est une figure si riche qu’elle cristallise plusieurs symboles en elle. Elle représente la victime de la société patriarcale qui forçait une femme à rester avec un mari violent sous peine de rejet social et de misère matérielle. La sorcière évoque la folie : démence de la femme piégée, oui, mais également folie libératrice de celle qui brise ses entraves. Elle symbolise aussi, dans les textes féministes, la résistance politique et la maîtrise de la fertilité, car beaucoup de sorcières étaient en fait des sages-femmes ou des guérisseuses. Mais l’importance de la Corriveau — et des sorcières en général — réside surtout dans le fait qu’elle est pour les femmes une figure puissante qu’elles peuvent situer dans l’histoire, une histoire écrite par les hommes, et qui les met en scène.
  • Extrait d'une entrevue avec Lori Saint-Martin, à propos du mythe féministe de la Corriveau
  • « Ras-le-bol de la nostalgie : place au métaféminisme! », Pierre De Billy, La Gazette des femmes, vol. 20 nº 1, mai-juin 1998, p. 8-10 (lire en ligne)

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